‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 39 sur 39 · AUBAN · texte numérisé non relu

AUBAN

On a déjà vu que les cloches de Cléon avaient été aussi portées à Allan.

La même année 1621, la commune fut assignée à M. de Montauban pour concourir à l'entretien de ses troupes, et celui-ci leur donna quittance, en 1622, de 138 livres; elle paya encore 47 livres à M. de Portes pour les 200 hommes de pied levés au Puy-St-Marlin ; 32 livres à la compagnie de Lesdiguières logée à Chàteaudouble; 60 livres à M. de Dieulelit, fortifiant Chàteauneuf-de-Mazene au nom des églises ; 320 livres aux chevau-légers de M. de la Laupie ; 600 livres à la compagnie de M. de Jony ; 127 livres aux 10 soldats qui, du 9 au 28 octobre, avaient monté la garde à Cléon, par ordre de M. de Mollans.

1029. -- Lesdiguières réclame 20 pionniers à Montélimar, 6 à Chàtcauneuf-du-Uhône, 4 à Cléon et à Chàteauneuf-de-Mazenc, 3 à la Bâtie-Rolland et à Kspeluche.etc; Labussière, de son côté, veut 12 quintaux de bois pour le château de Montélimar et les consuls de celte ville, 1 mousquetaire payé 4 sols par jour pendant un mois, outre les munitions.

« Vous ne ferez faute, la présente reçue, écrit à son » tour, le 15 février, le commissaire Coulaud, d'en- » voyer 10 hommes par feu, ensuite de la commission » de M. le duc de Lesdiguières, du 2 de ce mois, pour » assister à la démolition de Chateauneuf-de-Mazonc, » avec pics, pelles, pals de fer et barrettes (brouettes), » ensemble avec vivres pour 3 jours, à peine d'y être » contraints par les voies en tel cas requises. »

Un certifiait de Basset, du 16 mars 1623, établit que deux pionniers de Cléon travaillèrent continuellement, du 3 février au 16 mars, à la démolition de ChAtcauneuf-de-Mazenc.

Cette année 1622 avait commencé pour la commune d'une façon désastreuse, ainsi que le constate une rcquête de Charbonneau.

« Les suppliants, y dit-il, accablés sous le gros et dé- » plorable fardeau de tant de misères et calamités, ne » pouvoient plus respirer, quand, derechef, pour les » achever du tout, le régiment du sieur de Monlbou- » cher, composé de 500 liommes, la plupart du Viva- » rais, y fondit le 2« jour de janvier et y séjourna » 4 jours entiers, lesquels, après avoir mangé et bu » tout ce qui étoit dans ledit lieu, autant joyeux qu'ils

• (les habitants) n'eussent rien pour se garantir de la

• faim à l'avenir que marris qu'ils eussent encore des » portes et des fenêtres dans leurs maisons pour se » préserver des injures du froid, les ont brûlées avec » les autres meubles de bois, et ont emporté le fer » desdites portes et fenêtres.

» Les voisins, ayant pitié et compassion de la misère » des suppliants, les avoient soulagés de quelque peu » de grains pour se garantir de la faim, quand le 5 du - présent mois la compagnie de chevau-légers du sieur » deBeauregard y coucha par ordre de M. de St-Chau- » mont, laquelle étant à discrétion et les suppliants

• n'ayant aucune avoine, furent contraints de bailler » auxdits gens d'armes, même pour leurs chevaux, le

• pain qu'ils avoient pour se mettre sous la dent et se

• garantir de la faim, laquelle ils ne peuvent éviter si » V. G. n'a pas pitié et commisération d'eux. »

Charbonneau, qui signa cette requête sans date, en avait reçu mission dans une assemblée du 13 décembre 1621 ; mais comme l'édit de paix du 19 mars 102*2 annulait le décret de Lesdiguières, la communauté renouvela les pouvoirs de son mandataire le 27 novembre 1G22, et celui-ci présenta le compte de ses dépenses en

Charbonneau, dans sa requête, outre la restitution des cloches de l'église paroissiale, des mules et du sel retenus à Allan, réclamait encore l'exemption de tout logement et de toute contribution militaires pendant dix ans, la perle de leur cadastre et de leurs papiers rendant toute levée de ce genre impossible.

1693. — 11 est question d'exhausser les murailles « et de dresser les portes, » et un emprunt de 300 livres est voté ; on achète aussi de la poudre ; on envoie des pionniers au Pouzin et on impose une taille de 2,400 livres pour payer les compagnies de MM- de la Laupie et de Portes.

1625. — Kien de saillant ne marque l'année 1G24; mais la suivante il faut réparer les murailles, envoyer un soldat à Poët-Laval pour concourir à la conservation île la place et donner deux chapons à M. de Blacons pour qu'il loge ailleurs ses trois compagnies.

1626. — 200 hommes y séjournent six jours, et Tannée d'Italie envoyée au Pouzin exige de nouvelles fournitures; de plus, les troupes de Lesdiguières qui vont assiéger Soyans menacent de passer par Cléon, et les consuls font intervenir M. de Mollans pour les en préserver.

1627. — Les garnisons du voisinage ou les mouvements de troupes nécessitent diverses impositions : ainsi St-Gervais dépense 3,501 livres; Mirmande, 1,102; Lachamp, 327, etc., et il faut leur venir en aide.

Cette année-là, le maréchal de Créquy répartit sur 100 feux du voisinage les frais de la démolition do Koynac. Le 27 novembre, de Leberon, commis des Etats, réclamait à Cléon 27 livres pour leur quote-pai l « d'une œuvre utile à la province. » — Voici en quels termes elle avait été prescrite :

« Sur ce que le marquis de la Baulme nous auroil

DE MONTELIMAH

» fait en tend iv que les ennemis du service du Koy » auroienl assurance de se saisir d'une place appelée » Roynac, appartenant audit sieur marquis, et qu'il

• luy seroit impossible de les en emj)c>clier autrement que

• par la démolition d'une maison qu'il a audit lieu,

• nous requérant y pourvoir; nous, pour obvier à l'in- » cpnvénieni qui en pourroit arriver, informé d'ailleurs

• des advis donnés au sieur de la Baulme, avons or- » donné que ladite maison et les murailles dudit lieu » seront entièrement démolies, et l'entrepreneur rem- » bourse du prix par les communautés nommées en » l'état ci-joint. »

1698. — Pareil sort était réservé à Sauzet, témoin la lettre suivante, écrite le l"i mai par le marécbal de Créquy :

« Sur la remontrance qui nous a esté faicte que » l'assiette du cbasleau de Sauzet estant grandement

• forte, et les murailles et masures d'icelui très-bonnes, » il est à craindre que les ennemis du service du Roy » venant à s'en saisir, cela n'apportât du trouble au » repos de ceste province, et notamment aux lieux cir-

• convoisins, àquoy désirant pourvoir de bonne heure, > nous ordonnons que ledit cbasteau et murailles seront » démolis dans deux mois, et mis en estât qu'ils ne » puissent causer aucun préjudice à cette province. » M. de la Bâtie du Verre fut chargé de l'exécution de l'ordonnance, et chaque feu dut fournir deux pionniers dans ce but.

La môme année, Cléon dépense 2,&>'2 livres pour l'entretien des compagnies de la Koche et de Monloison, loge cinq compagnies de Grignan en août, et en juillet celles de l'Arthaudièrc et de Tallard. On trouve mention de divers cadeaux faits à des capitaines, altn de s'exonérer de semblables logements : 50 écus à l'un,

L'A RROl,;T»ISSE MENT

30 livres à l'autre, etc.; et de plusieurs contributions pour venir en aide à Montélimar, à Ancone, etc., qui ont dépensé 28,054 livres l'une, et 2,443 livres l'autre.

De semblables levées se retrouvent les années suivantes jusqu'à la fin du xvue siècle; mais j'en ai dit assez sur ce point.

En 1637, deux compagnies étant logées à Cléon, 14 soldats de M. d'Angéle voulurent encore s'y arrêter et se livrèrent à quelques voies de fait; une enquête eut lieu, et les consuls durent payer 43 livres pour les frais.

Le sol de la commune est, comme celui de Bonlieu, de l'époque diluvienne ; il convient aux céréales, au mûrier et à la vigne.

En 1868, il y a eu 310 hectares ensemencés en blé, 5 en méteil, 5 en seigle, 4 en orge, 4 en maïs, 8 en sarrasin, 210 en avoine et 40 en pommes de terre ; 600 onces de graines de vers à soie produisirent 4,200 kil. de cocons. Deux ans auparavant, le bétail agricole comprenait 60 chevaux ou poulains, 75 mulets ou mules, 15 bœufs ou génisses, 794 brebis ou agneaux, 436 porcs, 138 chèvres et 85 ruches à miel.

La population, qui était, en 1799, de 431 àmes, en 1820, de 587, et en 1835, de 676. se composait, en 1866, de 207 garçons, 163 filles. 170 hommes mariés, 173 femmes, 22 veufs et 29 veuves; total, 769. Sur ce nombre, 739 sont catholiques et 30 calvinistes. Il y avait 113 ménages dans 106 maisons agglomérées, et 89 dans 85 maisons éparses. Indépendamment des industries spéciales à toute agglomération : boulangers, bouchers, tailleurs, maçons, etc., il s'y trouve une 81alure de cocons assez importante: mais la population est tout-à-fait agricole.

Le chœur roman de l'église est seul digne d'attention.

Un quartier du village appelé Auvergne semble confirmer ma conjecture de la possession originelle du prieuré par l'abbaye de Sl-Chaffre.

Terminons ces notes par une citation de la notice de l'abbé Servait, en 1790 :

■ Cléon, dans les siècles précédents, de petite consi- » dénition parmi les villages des enviions, mal bâti et

• presque ignoré, est fait pour devenir un lieu consi-

• rallie, soit par son emplacement que les temps ont ■ amélioré, soit par l'industrie et le travail de ses ha-

• hilants. »

Antiquités

Il est hors de doute que les Romains, après la conquête des Gaules, eurent des établissements le long du Koubion, affluent du Rhône ; le principal témoignage qui nous reste de leur présence à Cléon résulte d'une inscription funèbre trouvée par II. Chalons (François] dans sa propriété, à 2 kilomètres du village, sur le chemin de St-Gervais, et assez près de la rivière précitée. « Ce cippe renfermait dans une petite excavation prati- » quée au-dessus de son couronnement quelques pièces » de monnaie perdues aujourd'hui, ainsi que des » dents d'une longueur démesurée. Il est en pierre de

• grès et sert actuellement de jambage à une porte; sa

• hauteur est de l" 30, sa largeur de 0m GO et son épais-

» seur de 0m 30. Les lettres ont 5 centimètres de haut » et la distance d'une ligne à l'autre est aussi de 5 cen- » timètres. »

Voici l'inscription très-exactement copiée par M. l'abbé Himet, desservant de la paroisse, à l'obligeante érudition duquel nous devons les détails précédents :

ATTICINIA VENTIN F.

ATtCIANV /// ET MATERN // AT1VS PAI R/// OPTIMO

M. Allouer, si bon juge en pareille matière, a bien voulu m'interpréter cette épitaphe.

« L'A et le N de la deuxième ligne, le N et l'I de la » dernière syllabe du mot AVENTIM, de la troisième - ligne, le deuxième T et l'I du mot ATTICIANVS à la » quatrième forment des monogrammes et il faut lire :

» Dits Manibm AUiciani , Aventini fifii , AUic'mmvt et » Matematms pairi opthno. (Aux Dieux Mânes d'Alli- » cianus, fds d'Aventinus, Atticianus et Maternatius (on! » élevé ce monument à leur excellent père).

» Au point de vue de l'histoire générale, de celle qui » s'occupe particulièrement des grands événements po- » litiques, cette inscription est absolument sans intérêt ;

• mais au point de vue de l'histoire locale, el le constate que » déjà au Ier, au ir, au plus tard au me siècle de notre » ère, il y avait, dans les environs de la ferme Chalons, » un noyau de population plus ou moins important. » peut-être un vieux (bourg), peut-être une simple villa

• (métairie). Il est à remarquer que les personnes nom-

DE MONTBLIMAR

» mées dans l'épitaphe, et qui certainement n'étaient pas » des esclaves, ne sont désignées que par des surnoms ; » d'où l'on peut présumer que le cippe faisait partie » d'un monument sépulcral plus considérable où se » lisait, sur une inscription principale, le nom de fa- » mille, et que cette circonstance dispensait de le répéter » sur chacun des tombeaux particuliers qui en dépen- » daient. »

A côté de ces explications si claires d'un maître en épigraphie, faut-il placer l'interprétation d'un antiquaire lyonnais?

« C'est, dit-il, la tombe d'une esclave ou affranchie, ■ élevée par deux de ses co-alTranchis et l'on doit lire :

» Diis Manibus AtticbwB, Ventini filiœ, Atticianus et » Maternianus patrono optimo. (Aux Dieux Mines d'At- » licinia, fille de Ventinus, Atticianus et Maternianus à » leur excellent patron). »

Le lecteur comparera et jugera; mais comment concilier les mots palrono (patron) avec le nom d'une femme? et pourquoi travestir Maternalius en Matermanusï

« Il existe entre Manas et Cléon, à un kilomètre de ce » dernier bourg, — m'écrit M. l'abbé Rimet, — un » quartier appelé la Commanderie, au milieu duquel > s'élève un petit monticule qu'on nomme l'Hôpital. » Sur toute l'étendue de cette propriété on a trouvé et » l'on trouve encore, en creusant le sol, des fondations, » des glacis, une quantité de foyers couverts de char- » bons et de terre brûlée. On y a découvert également » des puits, autant du moins qu'on pouvait le conclure » à la bâtisse circulaire des excavations, des pierres de » taille enfouies, avec de nombreuses pièces de monnaie » et les médailles, une unie, une espèce de poignard » de 15 pouces de longueur, une pierre tumulaire, des

» masses d'autres pierres mêlées avec des luiles dites » sarrazines, brisées ou entières : tout cela sur une cir- » conférence de 4 à 500 mètres de diamètre. On ne » cesse pas, en remuant ce terrain pour l'exploitation » agricole, de faire de nouvelles découvertes. Que se- » rait-ce si la science y entreprenait des fouilles pro- » fondes ? La tradition est unanime à penser que c'est » là l'emplacement d'un village. »

Avant de discuter la tradition, je ferai remarquer ici combien il serait avantageux pour l'historien de trouver à la mairie de chaque commune un petit musée comprenant tous las objets antiques et tous les fossiles recueillis dans son territoire. Puisque le sol de Cléon recèle des restes précieux d'une civilisation ancienne, pourquoi l'administration municipale n'imiterait-elle pas l'exemple donné par celle d'Albon ?

Cela dit, je reviens à la tradition.

Que le village primitif ait existé au quartier de la Commanderie, sur un monticule, son nom l'indique assez : les chartes des xue et xur siècles se rapportent, dans çe cas, à cette première agglomération et non à l'autre, et voilà tout. Il n'est pas vraisemblable, d'ailleurs, que les chevaliers de St-Jean-de-Jérusalem (plus tard de Malte) eussent établi une maison hospitalière pour les pèlerins, loin du village de Cléon et de la route de Châteauneuf-de-Mazenc ou de St-Gervais à Crest.

M. l'abbé Servan, d'un autre côté, parle d'une émigration à Saou des habitants de Cléon, et cette tradition corroborre celle dont parle M. l'abbé Rimet.

Tout s'explique en admettant la ruine de l'ancien village et de la Commanderie par les troupes de Raymond de Turennc vers la fin du xiv* siècle : l'émigration à Saou, le changement de site et la construction des remparts du nouveau bourg, en 1551, au témoignage de de M. de Gênas.

Une seule difficulté pourrait naître de l'existence du chœur roman du xie et xue siècle de l'église actuelle deCléon; mais nous avons vu déjà qu'il y avait jadis plusieurs églises dans la commune, dépendantes de l'abbé de St-Chaffre-au-Monastier.

Enfin, voici encore un dernier argument ; Jean de Poitiers, évôque de Valence, avait uni à son siège, en l'année 1402, les prieurés de Cléon {de Clivo) et de St-Martinde-Chabrillan. Tous les deux dépendaient de St-Chaffre ; mais leurs bâtiments étaient détruits et des brigands cachés dans ces ruines répandaient la terreur dans toute la contrée. Cela fut cause que le pape Eugène IV enleva aux moines les églises qu'ils ne faisaient pas relever et les donna à l'évéque de Valence (1). Malgré tout cet échafaudage de preuves, les terriers de 1538 mentionnant un certain nombre de maisons à Cléon, il est difficile d'arriver à la certitude. Quoi qu'il en soit, il y eut, au xv siècle, des modifications sensibles dans les conditions sociales delà population; la transaction de 1467 relative aux glandage, bûchcrage et pâturage annonce l'établissement de vignobles; et l'abbé Servan estime que les premiers bois défrichés se trouvaient du côté de Roynac. au quartier de Falgène, près de la rivière d'Ancelle. A la même époque (20 mars 1465), l'abbé de Saou et Biaise d'Orliac, syndic de la communauté, assisté de onze habitants, règlent la dime du blé et des légumes à la cote 13% celle du vin à la cote 1 5«, et celle des agneaux et des chevreaux à la cote 25°. Le Chapitre général de St-Thicrs-de- Saou ratifia cet accord l'année suivante, et des arrêts du Parlement de Grenoble le consacrèrent en 1613 et 1638. Cependant, au xvnc siècle, le prieur Etienne Silvestre.

!) Colomhi, De rekn* ae»lis Valentin. et Diensi episcop , ? Mit, p. 182.

qui était chamarier de Saou, avait encore avec les nabi lants de vives contestations (1).

(lj Note communiquée par M. Brun-Durand, de Cresl.

COLONZELLE

Origines.

A 4,(396 mètres de Grignan, son chef-lieu de canton, à 31,045 mètres de Montélimar, et à 75,265 de Valence, sur la rive gauche du Lez, affluent du Rhône, on aperçoit à Test, et presque en face de Chamaret, un modeste village formé de maisons bâties sans ordre et sans aucune symétrie : c'est Colonzelle.

M. de Coston fait dériver ce nom de Colongia, pour Colonica et Colonia, en basse latinité, que Ton trouve fréquemment employé dans les chartes anciennes pour désigner un manse ou quartier. Colonia (de colère, cultiver et habiter) désignait simplement, à l'origine de la féodalité, un domaine de 12 arpents qu'exploitait un colon ou cultivateur, placé sur l'échelle sociale entre le serf et l'homme libre (1).

(1) Bulletin d'archéologie de ta Drôme, V\ 166.

Le nom patronymique de Colongin porté dans les environs de Colonzelle, et les noms de lieu de Colonges, Collorgues et Coligny, ont une étymologie pareille.

II y avait donc là, à l'époque dite Carlovingienne, au témoignage de la philologie, quelques familles agricoles placées sous la dépendance d'un monastère plus ou moins éloigné, mais aujourd'hui inconnu.

L'archéologie corrobore cette conjecture. Il existe, en effet, sur la route de Colonzelle à Margerie (de margina, marne), à 1 kilomètre du village chef-lieu de la commune, un monument que l'humidité dévore, et qui mérite toute l'attention de l'observateur, à cause de son antiquité reculée.

M. Devès, mon dévoué collaborateur, en a fait la description suivante :

c La chapelle St-Pierre a, dans œuvre, 11 mètres 15 » de long sur 3 mètres 70 de large ; sa voûte à plein » cintre, qui mesure 8 mètres 50 de haut, est en moel- » Ions régulièrement taillés, dont chacun porte une • lettre majuscule.

» Deux fenêtres à plein cintre, évasées en-dedans et » en-dehors, ajourent l'édifice, au midi; il n'a ni clo- » cher, ni clocheton, et des tuiles creuses le recouvrent. » Son plan est un parallélogramme allongé ; l'orienta- » tion en est parfaite.

» A l'entrée de la chapelle, un porche voûté en » berceau, soutenu jadis par deux colonnes, n'est plus » rappelé que par le mur septentrional resté debout. » Trois contreforts existent au nord et trois au midi ; » les arceaux et les piliers n'offrent aucune trace d'ar- » chitecture ; quant aux chapiteaux de 10 centimètres » de relief, ils n'ont ni moulure, ni socle.

» L'arceau de la porte d'entrée actuelle est couvert

• de lettres majuscules et de signes inconnus que la » photographie seule pourrait exactement représenter. » On y lit cependant, je crois, S. Pétri, et sur le lin- » teau de la porte, les mots : Ecce Agnus Dei. (Les » deux pierres qui en furent détachées en 1835, ser- » vent aujourd'hui de bancs. )

» Une couche de maçonnerie recouvre le tympan et » cache sans doute aux yeux quelque inscription nié

• roglyphique du genre de celle qui se voit sur la

• porte sud, bouchée depuis un temps immémorial. » D'après le dessin que m'a envoyé M. Devès, l'arceau

de cette porte présente un lièvre, un insecte, six lettres, G, E, N, entre autres, et un quadrupède inconnu faisant face au lièvre.

L'inscription du tympan peut se diviser en deux lignes : sur la première, on voit un arc, une ouvertwv de four ou une arche de pont, entre deux quadrupèdes, aujourd'hui sans téte ; sur la troisième ligne, il y a deux oiseaux affrontés d'espèces difîérenteset un objet inconnu pour moi.

Enfin le linteau porte deux masques ou têtes grimaçantes, à chaque extrémité et deux tonneaux au milieu.

Est-ce là un rébus? Est-ce une inscription'véritable rappelant une donation ou redevance de deux tonneaux de vin, de deux colombes? Est-ce une fantaisie d'artiste? Est-ce une réminiscence du culte de BacchusV

Je me déclare incompétent pour résoudre le problème ; mais si j'obtiens des explications à ce sujet, je m'engage à les publier, soit à l'article de Grignan, soit à l'article «le Montségur.

» L'église de Saint-Pierre de Colonzelle, — m'écrit • M. l'abbé Perrossicr, à l'érudition duquel j'avais conllé » mes perplexités, — me paraît avoir succédé à un » temple de Bacchus (non en ce sens que l'édifice ait

» été un temple, mais qu'il a été construit sur son em- » placement) ; quoi qu'il en soit, son architecture est

• fort ancienne et parait de l'époque carlovingienne. » Elle était autrefois marquée non-seulement à l'exté- » rieur, comme à St-Paul-Trois-Chàteaux, à la Barbara

* (d'Allan) et ailleurs, de signes lapidaires, mais aussi » à l'intérieur; ce qui est plus rare. . . Je ne connais » malheureusement pas de visu cet intéressant édifice ; » mais l'idée que les notes de M. Devès m'en ont donnée » m'inspire le désir d'aller la voir. Elle parait tout-à-fait » digne d'attention. »

Le culte de Bacchus à Colonzelle m'a rappelé aussitôt le Saint-Bach de Suze-la-Rousse, également placé dans un pays viticole, et j'ai voulu consulter les savantes Reclierclies de M. Rolle pour y trouver quelques renseignements.

Or, M. Rolle ne met au rang des attributs du dieu du vin que le thyrse ou verge fleurie, la férule, espèce de roseau de l'Archipel, le lierre, Y âme, le singe, \eporc, le lion, la jmnlhère, et la pie.

Si donc l'inscription de Colonzelle rappelle Bacchus en quelque point, ce n'est pas à l'endroit des tonneaux.

De même à Suze-la-Rousse, Saint Bach, martyrisé avec Sergius, n'a rien de commuiuivec le dieu cher aux Grecs et aux colonies habitées par eux.

Cela étant, l'inscription de Saint-Pierre me semble perdre non pas son antiquité manifeste, mais son caractère mythologique.

Ajoutons enfin à toutes ces obscurités une inscription tumulaire qui se lit sur un cercueil à auge, en pierre de taille d'une seule pièce mesurant 2 m. 20 de long, trouvé par M. Coustaury (Etienne), et servant d'appui à une treille de son jardin : elle porte en lettres majuscules :

HIC VE/TRANVY PNYAT

L'A et PN ou le V du dernier mot forment un monognimme.

Une autre preuve de l'origine toute monastique de la colonie agricole fixée autour de l'église St-Pierre se tire du mot doyenné, affecté au bénéfice ecclésiastique de Colonzelle, dès le xuie siècle au moins.

En effet, Ducange, qui s'appuie en cela sur un passage delà règle de Saint-Benoit, appelle doyen le chef de dix moines, et, d'après la coutume de Cluny, le surveillant des fermes de l'abbaye, sous la dépendance du prieur majeur.

Le môme auteur cite aussi des textes anciens où les fermes des couvents sont dénommées elles-mêmes doyennés, et les colons do ces fermes, doyens.

Comment expliquer d'une façon plus naturelle et plus décisive le titre de doyen porté au moyen-âge par le prieur de Colonzelle ? L'ordre de Cluny et les Bénédictins en général auraient-ils conservé ce titre exclusivement pour Colonzelle, s'il n'y avait pas eu l'ancien usage à respecter, alors que tous leurs autres bénéfices de la Drôme portaient le nom de prieurés ?

Voilà donc la philologie et l'archéologie d'accord pour assigner à la commune une origine monastique.

Une fois la féodalité assise, les moines de Cluny ou de Saint-Saturnin du Port (Ponl-St-Espril), sa dépendance, abandonnèrent la plaine où la défense était impossible, pour s'établir sur les bords du Lez, au sommet d'une rive assez escarpée, et en face de la tour et du village de Chamaret, d'où, en cas d'alarme, les signaux pouvaient être facilement aperçus.

En leur qualité de seigneurs du lieu, les doyens se bâtirent au village actuel un château, avec chapelle, tours et remparts ; mais de toutes ces constructions défensives il ne reste debout qu'une portion de tour à l'angle uord-

est, près du béai du moulin, et de là on contemple toujours avec plaisir le gracieux bassin de verdure et de fraîcheur placé entre Colonzelleet Chamaret.

La commune, borné»' au levant par le territoire de Grillon, au midi par celui de Montségur, au nord et à l'ouest par le Lez, sur lequel une passerelle en fil de fer pour les piétons a été établie depuis sept à huit ans (1), n'est pas exclusivement adonnée à l'agriculture. H s'y trouve un atelier de mécanicien en tous genres, une fabrique à soie occupant 60 ouvrières, une fabrique de papier de pliage, une carderie à laine et trois moulins à farine.

Avant de comparer la situation de Colonzelle en 17*28 avec celle de 1870, constatons que l'église actuelle, construite en 1801) sur remplacement de l'ancienne, n'a rien de remarquable; elle mesure *2*2 m. de long sur 7 m. 90 de large ; St-Pierre en est le patron.

Celle de Margerie a 16 m. de long sur 5 m. o*2 de large; une partie parait assez ancienne, et en 174*2 on l'agrandit de 8 mètres.

Colonzelle est succursale depuis 18*20, et Margerie depuis le 30 décembre 1865.

1) Je reelifie ici les contins donnés à Cl Minaret «Un* la notice consacrée a relie rnmmuiie : Au levant, le Lez; au couchant, Chantemerle; au nord, Grignaii.el au midi. Mont se«:ur.

DE MONTELIMAR

1727 et 1871.

Tout gouvernement soucieux des intérêts généraux et particuliers, doit forcément recourir à la statistique, et, sous l'ancien régime, cette partie du service était fort bien organisée, en Provence surtout, comme on a pu le remarquer déjà à l'article Àllan.

Colonzelle, qui dépendait aussi de la Provence en sa qualité de Terre Adjacente comprise dans le comté de Grignan, fournit, en 1727, sur les ordres de l'intendant, des renseignements très-précis à l'endroit de ses charges et de ses ressources.

La comparaison des chiffres d'alors avec ceux d'aujourd'hui sur le même sujet, semble même assurer la supériorité aux premiers. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner les causes multiples de notre infériorité actuelle ; mais la principale Yient de la défiance qu'inspire mal à propos la statistique aux populations consultées. Là où l'intérêt public seul guide l'administration, le contribuable ne voit d'ordinaire qu'une cause nouvelle d'accroissement d'impôts. Aussi les erreurs fourmillentelles dans les états de production et de consommation dont se parent les tableaux de statistique officielle.

Le cadastre actuel présente, à la vérité, une exécution mathématique supérieure à l'ancien; mais, après quarante ou cinquante ans d'existence, peut-il donner autre chose que la contenance exacte?

D'un autre côté, les évaluations du revenu, bien

qu'exactes isolément, n'ont aucun rapport avec celles des communes voisines, et cette absence de terme de comparaison rend illusoire toute espérance d'arriver à une statistique sérieuse.

Seul le travail de M. Mermoz, directeur des contributions directes de la Drôme, en 1839, présente un guide sûr, parce que seul il s'appuie sur un type uniforme. Une opération semblable, renouvelée tous les dix ans, et mise entre les mains de chaque administration communale, permettrait d'arriver annuellement à des chiffres exacts, surtout si l'on avait soin d'y comprendre la contenance réelle des terres, des prés, des vignes et des bois, modiliée sans-cesse.

Cela dit, je reviens aux réponses de 17*27 et aux chiffres actuels. « Le village, dans son enclos, est composé de 45 habitants qui ont un four appartenant à la commune où ils cuisent leur pain à la cote 25e, et dont celle-ci retire de 30 à 35 livres de rente, lorsque le blé est cher. » (1)

En 1789, il y avait 05 maisons et 325 personnes.

D'après le recensement de 1866, le même village compte 67 maisons et ménages et 242 habitants. L'idée d'association ou de coopération qui avait produit la banalité des fours et moulins est totalement abandonnée, sans que personne s'en plaigne.

« 11 y a un hameau du nom de Margeriès, avec 15 ou 16 habitants, où existe un four particulier, d'aucun revenu pour la commune. »

En 1866, les 33 maisons ou ménages existants étaient habités par 123 personnes, et, en 1789, 75 dans 15 maisons.

« Outre ce hameau, 12 granges sont occupées par leurs maîtres eux-mêmes; une seule, cultivée à mi-

(1) Les guillemets indiquent l'année 1727.

fruits, nipporte environ 100 livres. Ces granges produisent ensemble un revenu de 800 livres. »

On a trouvé, en 1866, 18 habitants à Planlong, 7 a St-Sutïret, 15 aux Echès, 13 aux Fouraaches, 9 à la Vallée, 61 à Moutières, 5 à Bramefan, 10 à St-Michel, 9 à St-Pierre, 34 au Puits, 15 au Vernet, 19 aux Vas, 21 à la Laune, 22 à Hochebouteille, 1 1 au Croc, et 7 aux Iles. Total, 276 dans 53 maisons

La population totale, étant de 641 fimes, se divise en 170 garçons, 186 11 lies, 128 hommes et autant de femmes mariés, 5 veufs et 24 veuves; et en 120 propriétaires exploitant eux-mêmes, 1 fermier et 6 journaliers, avec leurs familles. L'agriculture nourrit 560 individus, l'industrie 63, le commerce 4, et diverses professions ou fonctions 14.

« Il n'y a ni foire, ni marché, ni manufactures, ni fabriques, ni moulins à huile, ni foulons à draps. Aucun commerce n'y est possible avec les localités voisines, le lieu se trouvant enclavé dans la province de Daupliiné, et rien ne pouvant en sortir sans payer de gros droits de douane et foraine. Pour cette cause, le village est très-pauvre, et les deux tiers des habitants sont réduits à la mendicité. »

On a vu déjà quelles sont les industries de Colonzelle. La population ne parait pas aussi malheureuse qu'en 1727. Les foires sont fixées au 20 février et au 1er août(i).

« Le village ne possède aucun couvent d'hommes ni de lilles ; le curé de la paroisse reçoit, outre son casuel. 300 livres de portion congrue du Chapitre de Grignan, prieur décimateur, auquel la dîme, à la cote 14e, rapporte 1,000 livres; les foins, les haricots et les fruits sont exempts de cette redevance. »

(1) J'ai oublié d'indiquer celles de Cléon-d'Andran ; elles se tiennent les 2 janvier, 17 avril, 5 août et 15 novembre.

Aujourd'hui, les deux siccursalistes sont payés par l'État.

« Par sa situation à demi-lieue du Comtal, la commune n'est pas exposée au passage des gens de guerre.

» Un seul puits au bas du village sert aux habitants et à l'abreuvage du bétail.

» Deux rivières ou torrents, le Lez et l'Ollière, emportent par de fréquentes inondations les meilleures terres, quelques réparations que l'on fasse, et l'on ne peut en utiliser les eaux pour l'arrosage. »

Un état statistique de 1789 mentionne en outre le ruisseau de la Robine et la rivière de Hieusset.

t Les habitants n'ont aucun droit d'usage dans les bois voisins. Tous les revenus communaux proviennent du four, de quatre petits mûriers et d'un creux ou auge recevant une partie de l'égoul des rues, et le tout n'arrive pas à 40 livres par an.

» Le rôle de taille de 10:28 fut fait sur le pied de 3,740 florins, et pour subvenir au paiement des deniers royaux, pensions, charges ordinaires et extraordinaires, locales et générales, il faut imposer de 8 à 9 sols par florin d'estime. La taille de 17-27 à 8 florins a produit 1,800 livres.

» Le territoire, qui est tout en plaine, a 778 salraées 1 émine 5 cosses; la salmée a 1,000 cannes et vaut G ëmines (de '266 cannes), de 10 cosses l'une. Dans ce compte ne sont pas compris les fonds du seigneur direct, exempts de taille. »

On n'en trouve que 400 dans l'état de 1789.

D'après le cadastre, les bois particuliers ont 80 hectares de superficie ; les terres et jardins, 348; les vignes, 8*2; les prairies, 10; les pâturages, 5i; les rivières, roules, etc., 30, et les édifices publics, 2. Total, 009 hectares.

DE MONTÉLIMAB

M. Mormoz, en 1839, évaluait le revenu des propriétés bâties à 2,297 fr., et celui des propriétés non bàlies à 19,555 fr. Total. 21,852; le revenu moyen d'un hectare à 33 fr. 66 c, et la contribution moyenne à 2 fr. 44 c.

Voici le résultat des contributions directes en 1871 :

Part de 1 Etat 2,884f.09c

— du département 1,83*2 35

— de la commune 3,186 45

Non-valeurs 111 03

Total 7,443

« La salmée de bonne terre (155 environ) vaut 440 livres; celle de la deuxième estime (289), 130 livres; celle de la dernière estime (334), en terres incultes, rochers et broussailles, 3 livres.

» Il se sème de 20 à 22 salmées de blé, qui en produisent 80; 100 salmées de seigle, qui en produisent de 320 à 325 ; 15 à 16 salmées d'épeautre, de millet noir cl île vesces, donnant de 45 à 50 salmées de récolte. Les terres du seigneur, simplement soumises à la dîme, n'entrent pas dans ces calculs. »

D'après l'état de 1789, 100 salmées de grains en produisaient 500, dont 36 étaient prélevées pour la dime, 4 pour les seplain, huitain et vingtain du seigneur, et 13 pour la chaude (abonnement au maréchal chargé de l'entretien de l'outillage agricole); les 446 restantes servaient à la nourriture des habitants et aux semences.

Les productions de 1868 ont été : en blé, de 1,700 hectolitres (à 10 par hectare); en seigle, de 120 (à 8 par hectare); en méteil, de 1,680 (à 10 par hectare); en orge, de 10; en sarrasin, de 24; en maïs, de 4; eu avoine, de 56 ; en pommes de terre, de 8,000 hectolitres (a 200 par hectare).

('ne des productions les plus avantageuses est celle de la soie, lorsque les vers réussissent. En 1868, 360 onces ont donné en moyenne chacune 15 kilog. (à 5 fr. le kil.) L'état de 1780 évalue la récolte à 10 quintaux, lesquels, à 24- sols la livre, représentent 1/200 livres.

« La commune possède un bois de 25 salmées, appelé Croc, complanté en chênes verts, buis et giuirrigucs, où les bêles à laine et les pourceaux vont pailre. Elle a aussi un marais de 15 salmées, appelé la Palud, qui sert au même usage. Pour ces deux articles, tenus en accensemenl du seigneur, elle paie 12 livres 13 de censé annuelle.

» Les vignes (95 journées équivalant à 200 souches à 5 pans Tune de l'autre, soit 5 cosses) produisent, année commune, les dîmes payées, 930 barraux de vin (le barrai a 24 pots, pesant 96 livres) qui se consomment sur place ; il n'y en avait que 600 barraux en

» Quant aux prés non arroses, leurs 22 journées (de 2 tonnes chacune, ou de 532 cannes) ne produisent pas assez de foin pour le bétail. »

En 1789, deux salmées en donnaient 1,000 quintaux, insuilisantc quantité pour leurs 24 couples de gros bélail et pour leurs 400 bétes à laine.

En 1866, on a compté 25 chevaux, poulains ou juments, 50 mulets ou mules, 11 ânes, 1,002 brebis, agneaux ou moutons, 205 porcs, 33 chèvres, plus, 12 ruches à miel.

« Colouzelle récolte très-peu de fruits; on y Irouve seulement quelques noyers et pommiers. »

En 1789, il y avait encore quelques oliviers échappés à l'hiver de 1765, et produisant 12 barraux d'huile; mais l'hiver de cette année-là les fit périr, ainsi que les figuiers.

« La commune doit 1,200 livres à Antoine Devès, 1,000 à Pradal et Jamier et G00 aux pauvres, et sans la suppression des billets de banque, elle se serait libérée.

» Ses charges vont à 17 ou 1,800 livres, les impôts extraordinaires à 500, et les charges locales, intérêts des sommes dues y compris, à 1,200. »

Le total arrivait, en 1789, à 3,003 livres.

« Les droits seigneuriaux, sous les noms de censés, directes et tasques, ne donnent guères plus de 80 livres par an, non compris les lods (le sixième du prix des ventes).

» Comme dépendance de son domaine de Montségur, le comte de Grignan, seigneur de Colonzelle, a 45 salmées de terre labourable, non cadastrées, un droit de tasque à la cote 12 sur les récoltes de 40 salmées, évalué 25 livras, un moulin banal et un pré au village, affermés 140 livres environ.

» Il est seul seigneur du lieu où il a toute juridiction, mais il n'y possède ni château, ni demeure aucune, et ses juges du 1er et du 2e degré sont établis à Grignan. » (1)

Les Doyens, seigneurs.

M. Nadal a soutenu, le premier, que le territoire de (1) Archives de la Drome. C 4 et II. (Statistique >

la paroisse dépendait, à l'origine, de l'ordre de St-Benoil, et qu'il passa dans la suite aux religieux de Cluny, établis à St-Saturnin-du-Port (Ponl-St-EspritJ (1). N'osant assigner une date précise à la fondation de cet antique bénéfice, M. l'abbé Filiet la reporte néanmoins à l'époque gallo-romaine. « Sans parler, dit-il, des maté- • riaux de la chapelle rurale de St-Pierre, dans lesquels » quelques-uns ont cru voir les débris d'un temple » païen, les nombreux tombeaux à auge, en pierre, » qu'on trouve au sud-ouest de celte chapelle en sont » une preuve non équivoque. » Toutefois, sur l'autorité du faux cartulaire des Adhémar, qui fait donner ColonzaUe, Chamaret, Montségur, etc., par Lambert-Giraud Adhémar de Monteil à Giraud Adhémar, son frère cadet, en 83-2, ce jeune et laborieux érudit incline visiblement vers la possession primordiale de la seigneurie par les maîtres de Grignan (-2).

A la vérité, l'absence de documents contemporains rend bien peu solides toutes les hypothèses émises sur ce point d'histoire; mais celle de M. le chanoine Nadal me semble, jusqu'à preuve contraire, mériter les préférences des archéologues.

Silvis, le premier doyen connu de Colonzelle, servait de caution, le "20 février 1549, avec Turlettc, prieur de St-Pantaléon, aux consuls de Visan, dans une transaction intervenue entre eux et le prieur de SI- Martin de leur localité (3;.

(1) Giraud, cvêque d Uzès, avait donné à Cluny, on 945, I église de St-Saturnin, près de laquelle le prieuré existait en 959. (Histoire du Languedoc, II, /9.)

(2) « Chacune des pierres de la chapelle St-Pierre porte soit une lettre majuscule de forme romaine, soit d'autres figures... Klle a au devant une espèce de portique ou d'atrium dont la destination n'est pas certaine. » (Notice historique sur Grignan.^

(3; Statuts de Visan, p. 131.

DE MONTBLIMAR

Rican Corni, son successeur, assista, le 13 septembre 1265, à la pose de la première pierre du pont de St-Saturnin-du-Port.

On a perdu le texte d'un acte passé, en 1270, entre l'évêque de St-Paul et le doyenj de Colonzelle; mais cinq; ans plus tard, le 4 octobre 1576, sous Pierre de Cornillon, des arbitres étaient nommés pour rétablir la paix entre ce seigneur ecclésiastique et Guillaume Adhémar, dit le Gros, seigneur de Grignan : ils s'appelaient Raymond Hugol, dbyen du Pont-St-Esprit ; Dalmas, de Taulignan, prieur des églises, et Guillaume Armand, de Montségur, damoiseau.

Comme les difficultés à résoudre révèlent le premier indice des empiétements commis par les Adhômar sur les biens du doyenné, il ne sera pas inutile de recueillir avec soin les détails conservés dans les actes du temps.

Guillaume Gros (ou le Gros) prétende 1 i!onc, à cette époque, au droit d'exiger dans le château de Colonz *l!e 50 sols viennois chaque année, des corvées, î émine de blé et 1 denier de tout laboureur avec bœufs ou mules et le ligayrage, c'est-à-dire une journée de chaque possesseur d'ânes ou de mulets, pour le transport de son bois au château de Grignan.

Le doyen, en s'opposant avec toute justice à de pareilles exigences, envenima, parait-il, les réclamations du suzerain, fondées, à son dire, sur la jouissance immémoriale d'un droit de chevauchée, c'est-à-dire du droit d'exiger en certains cas un service militaire des habitants de Colonzelle.

Pierre de Cornillon ne reconnaissait pas plus les chevauchées que les autres prétentions de Guillaume ; aussi les voies de fait ne tardèrent pas à se produire de la part de ce dernier. Les gens de Colonzelle, en vertu d'anciennes concessions, menaient paître leur bétail sur le

territoire de Grignan ; il leur prit de force bœufs, vaches et troupeaux, d'une valeur de 5,000 sols.

L'avénement au doyenné d'Aimar Adhéraar, fils de Guillaume et moine de Cluny, vers 1283, contribua sans doute efficacement à ramener la paix. Toutefois, en 1306, la discorde ranima les anciennes divisions. Giraud Adhémar ayant chargé un officier de sa cour de justice, nommé Etienne d'Auberive, d'aller faire la perception de certains droits à* Colonzelle, celui-ci y fut accueilli d'une façon brutale et mourut même des blessures reçues à son arrivée. Le seigneur de Grignan cita les coupables devant sa barre, et ils ne comparurent pas. Aussi, pour vaincre une résistance de si mauvais exemple, se rendit-il lui-même à Colonzelle. Mais les portes du bourg se fermèrent à son approche, et lui et ses gens ne recueillirent que des huées et quelques coups de pierres.

Les amendes succédèrent aux amendes, les citations aux citations, et, en 1312, rien n'était encore terminé.

Quoiqu'il en soit, le nouveau doyen, Guillaume Raoul, prêtait hommage au seigneur de Grignan le 24 juillet 1353, et Bertrand de St-Agnan lui succéda vers 1365.

Une sentence arbitrale du 28 mars 1380, rendue par Bequin, Mellier, de Liton, Dauphin et Cabrier, anéantit toutes les réclamations du seigneur de Grignan à la population de Colonzelle, en obligeant celle-ci à lui payer 50 sols viennois, chaque veille de Noël, et, — pour une fois seulement, — 300 florins, exigibles en dix paiements. Ils ajoulèrent que pendant six ans les habitants du lieu ne pourraient être contraints à fortifier leur bourg, ni à payer aucune redevance pour ce motif.

La sentence fut ratifiée à Colonzelle le 29 mars, à l'entrée du fort, et le 15 avril à Grignan, en présence du doyen Trenelhan. qui avait rendu hommage en 1377.

Pressé par divers créanciers, Giraud Adhémar eut hâte de leur distribuer les fractions exigibles des 300 florins de la sentence, et, depuis lors, on ne trouve plus de trace de cette affaire.

Sous le cardinal de Thureys, Hector du Cheylard (de Caylario), son recteur au doyenné, transige avec le baron de Grignan, acquéreur de la terre papale de Grillon, au sujet des empiétements commis par les habitants sur Colonzelle, le 19 décembre 1409.

De 144-2 à 1474, le doyenné est régi par Jean Jaqueton, qui, le 17 mars 1473, confesse tenir du seigneur de Grignan les château, territoire et toute justice de Colonzelle, en fief franc, noble et d'honneur, lui promettant, debout, les mains jointes dans les siennes, avec le baiser réciproque, par serment sur les saints Evangiles, de le servir en guerre et dans les assemblées délibérantes {de jdacito et de guerra) contre toutes personnes.

Guillaume Adhémar, fils de Giraud, évêque de St- Paul et doyen de Colonzelle, après Jaqueton, transigea avec ses vassaux dudit lieu, leur permettant de conduire leur bétail au devès deMargeries, moyennant 1 gros par 30 bêtes menues et 4 deniers par tête de gros bétail, pendant la durée seulement de sa domination a Colonzelle. Il leur défend l'exercice de la chasse et attribue cependant aux bergers le gibier pris par leurs chiens, à la condition qu'ils ne les auront ni excités ni dressés a cet amusement. Quant au hûcherage réclamé par la population dans le devès sus-mentionné et réservé aux pourceaux, du 28 septembre au 25 décembre, à l'exclusion de tout autre bétail, il chargea Guillaume Aubert et Giraud Aulanhier d'étudier cette demande.

Le 5 octobre 1497, le même doyen, pour couper court à des contestations naissantes, fit séparer par des

bornes les territoires de Grignan et de Colonzelle, aux Rouvières, tirant droit le long d'un certain thoral jusqu'au Lez, et de là jusqu'à Rochebouteilie.

Depuis le cardinal de Thureys et Guillaume Adhémar, l'ordre de Cluny semble avoir perdu la haute main sur le bénéfice de Colonzelle; en effet, nous voyons le résigner, en 1519, Antoine Crozet, prêtre séculier de Grignan, et peu après, le 18 octobre 1533, le pape Clément VII l'unir au chapitre de St-Sauveur de Grignan, récemment fondé, et le pape Paul III, en 1539, confirmer cette annexion.

Antoine Vache, doyen du nouveau chapitre, prit possession de la seigneurie de Colonzelle en 1533, et ses successeurs la gardèrent jusqu'en 1574.

Un acte du 26 août 156G nous fait connaître exactement les droits et les devoirs du seigneur et des vassaux. En effet, les habitants de Colonzelle reconnurent alors à Balthazar de Villeneuve, le mère et mixte empire; la juridiction haute, moyenne et basse sur leur territoire; le pouvoir d'y tenir un juge ou bailli, un lieutenant, un procureur fiscal, un greffier et un sergent, chargés de décider les causes el de punir les délits ; un droit de lods et de prélation ; la possession du château, dç l'église et de St-Pierre, d'un devès avec garenne au Croc de 12salmées, de 7 salmées de terre à laCondamine, de 5 salmées de terre à Antèze ; et enfin les censés de divers immeubles : G deniers pour le four, 3 pour la forge et 12 pour les terres des confins ou la Palud.

Pareille domination était, comme on le voit, excessivement bénigne. Elle le fut moins plus tard, lorsque Louis de Castellane Adhémar eut échangé Colonzelle ;ivec le doyen contre divers fonds nobles, en 1574 (il.

(1) Voir le Journal de Die. en 1869. pour la Notice de M. l'ibbé Fillet; — Archives de Colonzelle.

Seigneurs laïques.

L'histoire des barons et comtes de Grignan, acquéreurs du fief de Colonzelle, devant trouver sa place naturelle ailleurs, nous rappellerons seulement ici que Louis- François de Castellane-Adhémar ( 1598-1 624) remplaça Louis, premier successeur des doyens, et que Louis-Gaucher (1624-1668) eut pour héritier François (1668-1714), gendre de M»e de Sévigné et père de Mœe de Simiane, dernière survivante d'une famille illustre.

Louis de Castellane-Adhémar, dans la première reconnaissance exigée de ses vassaux, le 13 janvier 1578, introduisit, sous le nom de Cas impériaux ou Taille aux sept cas, une redevance inusitée dont la raison d'être s'explique difficilement à la fin du xvie siècle.

Quels étaient ces cas, en effet ?

1. Le premier avait pu, aux xne et xm« siècles, occasionner quelque dépense au seigneur revêtu solennellement de la toile d'or, du baudrier, de l'épée et des éperons dorés de la chevalerie ; mais où en étaient les chevaliers sous Charles IX, Henri IV et Louis XIII? Il n'y avait guère plus alors que l'ordre du St-Esprit qui autorisât la taille.

2. Au mariage de la fille aînée, et môme, selon quelques auteurs, de toutes les filles du seigneur, ses vassaux lui devaient de loyaux aides. A ce compte, les possesseurs de Grignan auraient eu occasion de tailler souvent leurs hommes, car nombreuse était d'ordinaire leur famille.

3. Tombé dans un combat au pouvoir des infidèles ou même des ennemis du roi, le seigneur devait être racheté par les habitants de sa terre.

4 et 5. L'acquisition d'un fief et non d'une simple métairie était un cas de taille, ainsi que l'entrée en campagne dans l'arrière-ban.

6 et 7. Il y avait enfin le passage de l'empereur d'Allemagne, ancien suzerain du Dauphiné, et le voyage en Terre-Sainte : cas purement fantaisistes à une époque où les pèlerinages lointains avaient cessé, et où les rois de France, à leur passage, n'exigeant aucune redevance, les seigneurs devaient en faire autant.

Chacun des sept cas impériaux s'évaluait généralement au double de la rente ou censé foncière ; en quelques lieux néanmoins on s'abonnait moyennant une somme déterminée : 1 ,000 livres dans la baronnie de Sassenage, 50 livres à la Motte-Chalancon (1).

En somme, sur les sept cas demandés, il n'y en avait guère plus de trois, en 1578, d'exaction possible : le mariage des filles, l'acquisition d'un fief et le service militaire. Mais le vague des prétentions du comte effrayait à juste titre les habitants de Colonzelle, qui les accueillirent avec méfiance et en murmurant. Aussi, les consuls Jean et Pierre Verchier, désireux de rétablir l'union, signèrent-ils un accord avec Louis-François de Castellane-Adhéraar, le 30 avril 1613, qui exemptait la population de la suroharge nouvelle, lui permettait de conduire en tout temps son bétail au Devès du Croc, moyennant une censé annuelle de 12 livres, en remplacement de celle de 1 salmée de blé et de l'amende de 25 sols par 30 tètes de bétail à laine et de 4 deniers par téte de gros bétail, stipulées en 1578. Il l'affranchissait,

(1) De l'Usage des fiefs, par Salvaing de Boissieu, p. 294 (!'• partie).

DE MONTÉLIMAH

en outre, de tous arrérages antérieurs vis-à-vis du seigneur et de ses rentiers, lui octroyait le bois mort, les garrigues, buissons et autre petit bois de gacfumade (broussailles) du Devès, et autorisait le transport des grains hors du mandement sans permission ni impôt d'aucune sorte. De son côté, le seigneur conservait un droit de pâturage au Croc et recevait pour toutes ces concessions une indemnité de 300 livres. L'acte où se trouvent les clauses de cet accord fut passé à Grignan, dans la salle neuve du château, en présence de Jacques de Villeneuve, d'Orange; de Daniel Joannis, bailli et juge général du comté de Grignan ; de noble Jacques de Merandon, de Baume-Transit et de quelques autres (1).

Cependant pareille vente n'arrêta pas les entreprises de Louis-Gaucher, témoin la consultation signée par Buisson etChabert, avocats d'Aix, en date du 15 août

Après avoir examiné la sentence arbitrale de 1380, les reconnaissances des 26 août 1566 et 13 janvier 1578, et la transaction du 15 avril 1613, les avocats consultants soutiennent que les habitants de Colonzelle ne peuvent être tenus à reconnaître les cas impériaux, t espèce de » servitude et de sujétion contre la liberté naturelle » , à laquelle le demandeur ne peut prétendre sans titre valable ou sans une possession suffisante.

Or, le comte de Grignan n'a rien de tout cela. Jamais la population du tief n'a payé de loyaux aides, bien que les occasions de les exiger se soient présentées plusieurs fois et que les autres communes vassales les aient acquittés. La possession ne peut donc être invoquée utilement.

Quant aux titres, le seigneur de Grignan en montre un (1) Archives communales de Colonzelle, AA 1.

seul : la reconnaissance de 1578 ; mais cet acte ne peut lui servir, à cause des circonstances antérieures et postérieures, et notamment : 1° à cause de la sentence de 1380, où les cas impériaux ne sont pas stipulés, et où se trouve même une clause déclarant nuls et caducs tous droits non mentionnés expressément; 2° et de la reconnaissance de 1566, absolument muette sur le point débattu.

La conséquence légitime est donc que la nature et la qualité des droits seigneuriaux ne pouvant être augmentées ni altérées au préjudice des vassaux, les titres antérieurs doivent dominer les postérieurs.

D'un autre côté, la seule reconnaissance de 1 578 ne pourrait prévaloir contre les anciennes, par la raison : 1° que si, pour la directe et la banalité, il en faut deux ou plusieurs, à fortiori une seule serait-elle suffisante pour des droits plus odieux ; 2° qu'elle n'a été suivie d'aucune exécution; ce qui, en matière de servitude» la rend tout-à-fait nulle.

Enfin une preuve manifeste de l'exemption des habitants résulte de l'accord du 30 avril 1613, « et il ne faut • pas que le sieur comte, sous prétexte de son fidéicora- » rais, allègue qu'il n'est tenu demeurer à la transaction » du sieur son père, parce qu'il est certain que l'héri- » ticr grevé ayant l'administration de l'héritage peut » transiger comme un tuteur et tout autre adminislra- » teur », lorsque surtout il n'y a pas eu dol dans l'acte (1).

Il paraît, d'après les comptes consulaires de 1636, que l'affaire s'arrangea moyennant une somme de 500 livres, payée au seigneur de Grigri an.

Artefeuil place, au temps de la liquidation des affaira^ embrouillées laissées à sa fille par le dernier Castellane-

(1) Archives communales de Colonzelle, A A 1.

Adhémar, la seigneurie de Colonzelle et celle de Montségur dans les mains de Jean-Reymond II de Villardy, comte de Quinson et capitaine de dragons en 1690, marié, en 1704, avec Gilberte-Charlotte-Françoise de Monetay-Chazeron, et, en deuxièmes noces, avec Thérèse-Dauphine de Grille (1)

Sa postérité ne garda pas Colonzelle. En effet, une reconnaissance du G octobre 1741 en attribue le fief à Jean-Baptiste de Félix, chevalier, comte de la Reynarde et de Grignan, marquis du Muy, la Roquette, Marsan, etc., commandant en Provence, conseiller d'Etat d'épéc, sous- gouverneur du Dauphin, représenté par Louis de Maroty, son procureur, depuis 1735.

Cette reconnaissance, précieuse pour l'histoire, mérite d'être analysée.

Elle donne au seigneur : la juridiction haute, moyenne et basse, le mère et mixte empire, l'hommage, le serment de fidélité prêté à genoux, l'exercice de la justice par un bailli, juge général du comte, en première instance, par un châtelain à Colonzelle pour les causes minimes, avec un procureur juridictionnel (en l'absence du procureur général), un greffier et un sergent et par un juge d'appeaux pour las appels du bailli ;

l 'n droit de sceau sur tous les actes et mandements de justice, sur les contrats faits et passés par les vassaux du lieu;

La rigueur déclame, exigée par le procureur fiscal ou par un commis spécial ;

Le droit de défaut, levé de la môme façon ;

Les amendes prononcées par le juge seigneurial ;

Le droit de régale sur les murailles du bourg, sur les chemins, les cours d'eaux vives et mortes, avec dépen-

(l) Histoire héroïque de la noblesse de Provence, II, 501.

dances et le droit exclusif de les donner à bail emphytéotique ;

La propriété de toutes les terres hernies vacantes et gastes, avec privilège d'en disposer à son gré ;

Un droit exclusif sur les gippièrestperrières (carrières de plâtre et de pierres de taille) et mines, sauf sur les pierres non de mine;

Les lods au 6e denier sur les ventes, échanges, cessions et transmissions de biens ; le droit de rétention et de prélation avec pouvoir d'investir ;

Des droits de péage, leyde et pulvérage sur toutes les bétes et marchandises passant par ledit lieu ;

Une tasque sur les habitants et sur les pièces de terre désignés dans les titres anciens ;

Un moulin banal où tous doivent faire moudre leurs grains, moyennant la 20e partie;

Le droit d'empêcher l'ouverture des vendanges avant Le 8 septembre et la levée sans permission de toute imposition locale.

D'après le même acte, les vassaux conservent la possession du bois de Croc, sous la censé de 12 livres tournois par an, aux termes de l'accord du 25 février 17;î7 ; celle de la maison du four, en payant 6 deniers, et de la forge, en en payant 4; du tènementdes Confins, de 1*2 salmées, sous la censé de 12 deniers par salmée ; du coslias derrière l'église, d'un placage avec puits devant le grand portail, de G émines et de 3 salmées au Croc, à raison de 14 deniers par an, pour le tout fi).

On voit, par cette longue énumération de droits et de devoirs, toute la différence féodale de la domination laïque et de la domination ecclésiastique à Colonzelle. La perte de plusieurs titres ne permet pas d'établir les

(l) Archives de la commune, AA 1

étapes successives du pouvoir envahissant des seigneurs ; mais, au moment de la Révolution de 1789, la situation ne devait pas avoir subi de changements notables.

La paroisse.

La séparation de l'Eglise et de l'Etat dont on s'occupe de nos jours, n'est pas chose nouvelle en France, où elle a duré de treize à quatorze siècles. Si donc on l'étudié non pas dans les journaux, mais d'après les documents anciens, on reconnaîtra sans peine que celte mesure aura pour inévitable effet de rendre aux divers clergés, individus ou corporations, les biens dits de main-morte, immuables dans les mêmes mains, les offrandes ou oblations et la dime, soit en nature, comme autrefois, soit en argent, comme on le propose, mais toujours à la charge des fidèles.

A Cléon-d'Andran, à Colonzelle et ailleurs, la paroisse se forma d'abord peu à peu autour d'un petit monastère ou prieuré, doté par quelque famille puissante du voisinage d'une certaine étendue de territoire inculte, auquel le service religieux était confié et dont les revenus servaient à l'entretien de l'église et à la nourriture des moines et des pauvres.

Peu à peu, la féodalité, fille de l'association, mit au service des seigneurs laïques, toujours prêts à étendre

leur autorité, la force militaire et la conquête, et les prieurés ruraux déchurent insensiblement et se dépeuplèrent. Cette révolution une fois accomplie, amena la création des vicaires perpétuels ou curés, que l'on trouve à Colonzclle dès 1380, bien que 4a seigneurie du lieu fût restée aux doyens ou prieurs.

Retirés dans leurs monastères, ceux-ci continuèrent à percevoir les revenus du bénéfice, en assignant aux curés de faibles moyens d'existence, sous le nom de/xwtion confjrue. Puis, l'usage des commendes qui permit au même individu, fûl-il clerc, moine ou prêtre séculier, de posséder en même temps plusieurs prieurés, établit à son tour une sorte de féodalité où les enfants des grandes familles trouvaient une position avantageuse. Mais les troubles du xvr siècle changèrent bientôt ou modifièrent singulièrement cet usage abusif.

Les moines de Cluny avaient à Colonzelle, comme on Ta vu, outre les revenus du fief, la dîme des grains et du vin à la cote 14 (de 14 gerbes une). Cette cote onéreuse, comparativement à celle d'un grand nombre de villages où elle était de 20 et de 25, trouve peut-être une justification suffisante dans l'union des deux pouvoirs temporel et spirituel entre les mains du doyen; car à peine cette union cessa-t-elle que les plaintes et les murmures des fidèles se firent entendre.

La première diflieulté remonte, il est vrai, à huit ans avant la cession du fief ; mais toutes les autres sont postérieures.

Voici les clauses de la transaction du 23 août 1506 entre Balthazar de Villeneuve, doyen de Grignan, et les consuls : le chapitre de Si-Sauveur payera aux pauvres de Colonzelle « à la congnoissance du conseil • la 24* partie de la dime ; les habitants acquitteront cette redevance pour le chanvre et pour tous les fruits croissants

DE MONTELIMAR 305

dans leur territoire à la cote 14; en cas de fraude au sujet de la vendange, le chapitre pourra mettre aux portes du bourg des contrôleurs approuvés par la communauté, pour vérifier la récolte des raisins. Les arbitres furent l'avocat Prévôt et le bailli de Grignan, d'Audigier.

Divers documents, et les comptes consulaires entre autres, permettent d'affirmer que les fidèles et le chapitre remplirent leurs engagements pendant quelques années.

Mais, en 1617, le chapitre ayant réclamé par assignation et obtenu par arrêt provisoire la dîme des agneaux, les habitants portèrent la cause devant le parlement d'Aix et prouvèrent par témoins que c'était là une innovation. On a des mémoires contemporains où la prétention des demandeurs est combattue au moyen des preuves suivantes : 1° dans les masages ou petits lieux de la dépendance du chapitre, la dime est loin d'être uniforme ; à Grillon, elle pèse sur les grains, le chanvre et les agneaux, mais à la cote 19 ; à Gapillac, près Colonzelle, il y a encore une différence, enfin, à Colonzelle même, c'est la cote 14 sur les grains et le vin qui a prévalu, et celte cote élevée compense très-probablement la perte résultant des matières exemptes; 3° les témoignages produits n'ont aucune valeur et ne se réfèrent en aucune façon à la paroisse.

A titre de demande reconventionnelle, les habitants réclamaient alors au chapitre un secondaire ou vicaire, la '24e partie de la dîme stipulée en 1566, la distraction des semences, le repas donné aux consuls et le pot de vin des vendanges, abandonnés par ceux-ci aux pauvres.

On croit qu'un arrêt d'appointement prescrivit une enquête.

Les procès- verbaux de quelques visites épiscopales

renferment sur les points débattus plusieurs révélations pleines d'intérêt. En 1601, une requête des habitants constate l'existence à cette époque de la dîme du chanvre, des agneaux et des chevreaux, et en porte le revenu total à plus de 150 écus, et ils s'appuient sur ce chiffre pour demander un prédicateur du carême, la 24* partie des pauvres et la distraction des semences. L'évêque, dans son ordonnance, met la corde de la cloche à la charge du chapitre, à cause précisément de sa dîme du chanvre, et prescrit l'observation de l'accord intervenu entre les prieurs et les habitants : ce qui prouve la fausseté des assertions des parties, lorsque plus tard, dans leurs mémoires, les fidèles se prétendirent dispensés de la dîme du chanvre et des agneaux, et le chapitre de Grignan, du paiement de la 24e des pauvres.

Dans la visite de 1633, l'évêque ne décida rien au sujet de la dîme des agneaux et des chevreaux, à cause du procès alors pendant sur ce point. Mais celle de François de Grignan, le 2 mars 1644, porte expressément que la dîme se lève à Colonzelle « à la cote 14 de tous grains, payables à l'aire et du vin à la vendange » » — ce qui implique pour le chapitre la perte de son procès,

— et qu'elle s'afferme 60 salmées de blé ou consegail (méteil) et 20 salmées de transailles outre les légumes,

— ce qui annonce une extension de droits à son profit. La reconstruction du chœur ou presbytère de l'église

souleva de nouvelles difficultés en 1654. Les consuls soutenaient que les décimateurs devaient réparer à leurs fmis les églises tombant de vétusté, et que les paroissiens intervenaient seulement en cas d'msuffisance notoire. Pendant les débats, une partie du rocher sur lequel était bâti l'édifice paroissial s'écroula soudain, et l'imminence d'une ruine totale ranima la discussion. Cependant un accord ménagé entre les parties régla, le

15 novembre 1688, que, conformément à l'ordonnance épiscopale du 28 octobre 1686, le chapitre fournirait un tiers de la dépense des reconstruction, réparation et entretien du chœur, de la nef, des toits, de la sacristie, des portes, fenêtres et murailles de l'église paroissiale et de la chapelle St-Pierre, et la communauté les deux autres tiers ; que la même proportion serait observée à l'égard des frais de visite épiscopale, sauf les droits honorifiques, bravades, élrennes, députations, etc., à la charge exclusive de la commune, ainsi que l'entretien de la chaire, du confessionnal, du clocher, etc. ; que le chapitre entretiendrait les ornements sacrés, le maitre-autel, etc. ; et que la lampe du sanctuaire brûlerait à frais communs.

Comme sanction de l'accord précédent, le chapitre de St-Sauveur donna 500 livres pour sa part des réparations faites, et s'engagea, le 2 décembre de la même année, à payer dorénavant le tiers des réparations de la maison curiale, pour l'achat de laquelle la commune donna 80 livres.

Mais un édit de 1695 n'ayant laissé à la charge des décimateurs que l'entretien exclusif du chœur des églises paroissiales, les chanoines de Grignan cherchèrent à s'affranchir des clauses stipulées dans les transactions de 1688, et la commune, d'après l'avis de l'avocat Siméon, les rappela à leurs engagements.

Nous trouvons aussi, en 1789, la question de la 34e partie de la dîme reprise de nouveau avec toute la passion des époques tourmentées, et l'administration municipale se faisant elle-même justice, qui retenait les grains de la redevance ecclésiastique jusqu'au paiement de la part des pauvres.

Les avocats Bovis et de Payan, dans leurs mémoires, donnent raison complète au chapitre, la transaction de

1566 n'ayant aucune valeur à leurs yeux. Mais la commune trouva sans doute aussi des défenseurs tout aussi explicites.

Quoi qu'il en soit, la tempête qui ne tarda pas à éclater, emporta toutes les institutions anciennes, sans les remplacer d'abord, et plus tard en mettant les frais du culte, d'abord à la charge des paroisses, et ensuite à celle de l'Etat.

La succursale deColonzelle remonte seulement au 16 mars 1820, et celle de Margerie au 30 décembre 1865; ensuite d'un don de 4,000 fr. fait par M. Jean Blanc, en 1820, cette dernière avait été déclarée chapelle vicariat le 26 février 1823.

En 1601, la portion congrue du curé était de 7 charges de blé, de 16 barraux de vin, et de 4 écus en argent; l'évoque la porta à 8 salmées de grains, moitié blé et moitié seigle; elle arriva, en 1633, à 9 charges de méteil et de blé, à 18 barraux de vin et à 10 écus, et, en 1645, à 1 5 sétiers de blé et 15 de seigle et à 18 barraux de vin et 10 écus en argent, comme en 1601, pour ces deux derniers articles.

On apprend des visites épiscopales, qu'il y avait à Colonzelle une confrérie de St-Pierre dont les statuts furent approuvés en 1601 ; qu'il fut défendu, en 1633, c d'en » inquanter les charges, les confrères pouvant choisir » entre eux ceux qui voudront plus donner ; de faire » repas ni buvette aux dépens de ladite confrérie, ni de » plus se servir de la coutume abusivement introduite » de faire un roy, une royne, un mignon, une mignon- » ne, à peine de cassation et suppression. » Elle fut réunie alors à la confrérie du St-Sacrement.

En 1746, l'évéquc défendit aussi de dire la messe à Margerie le dimanche, dans l'octave de l'Assomption. « à cause des excès commis jusqu'à présent à pareil

» jour. » Cette chapelle était dédiée à Nolre-Dame-des- Lumières.

A la môme date, l'église du bourg, dédiée à Notre-Dame, menaçait ruine et l'eau entrait dans la chapelle St- Pierre. Joignons à ces détails diverses plaintes réitérées contre les curés de la paroisse qui s'absentaient ou négligeaient le service, et nous aurons une idée exacte de la différence du système actuel d'avec l'ancien.

Dernières noies.

On trouve la communauté, dans les plus anciens titres, représentée par des syndics ou consuls pour toutes ses affaires importantes. Ces consuls, au nombre de deux, étaient élus à la majorité des votes oraux, le 1er mai de chaque année, selon l'usage anlique. En 1719, Verchier et Coustaurv durent leur élection à 17 votants.

A la différence de Cléon-d'Andran, on n'y voit pas régulièrement des conseillers, mais seulement deux ou trois auditeurs de comptes consulaires; toutes les assemblées paraissent y être générales, et les délibérations conservées sont excessivement courtes. Les affaires publiques se traitaient devant le baile ou le châtelain, soit à la porte de l'église, soit dans la cour du château, ou dan* le château lui-même, comme en 1G30, soit dans la maison du four, et, à partir de 1670, dans la maison commune.

La lecture attentive des comptes consulaires a révélé peu de détails intéressants. Comme à Cléon, les Bohémiens (Baumians ou Egyptiens) sont pour la localité un véritable sujet d'effroi. En 1593, il est offert 18 sols an capitaine pour mener ailleurs sa troupe; vers 1600, $6 sols; en 1626, 2 florins: vers 1618, on fit garder les portes du bourg, et, une fois, il fallut môme recourir au juge de Grignan.

Une autre préoccupation incessante, c'est l'envoi de cadeaux au seigneur. Un personnage important arrivet-il au château? la jeunesse est convoquée pour aller en armes à sa rencontre, et le maître d'hôtel du comte de Grignan accepte volontiers gibier et volaille. Faut-il obtenir permission de s'imposer une taille ou contribution locale? un cadeau prépare à la requête un accueil favorable. En 1598, on achète 24 douzaines de cfiainbres (écrevisses) et 4 conils (lapins); vers 1610, un levraut (9 sols), 5 livres de truffes (12 sols), et 8 douzaines d'écrevisses (18 sols); en 1627, les consuls ne peuvent offrir leurs présents au comte, « tant il avoit de noblesse » chez lui » ; en 1632, on lui porte 7 paires de poulels, 1 pigeonneau et 1 mouton; en 1658, 1 mouton, 2 chapons et 3 paires de poulels. Seize mousquetaires ou arquebusiers choisis parmi les jVuncs gens vont faire honneur à M. le cardinal de Carpentras « au baptiser » du seigneur » ; en 1671, mêmes démonstrations à l'arrivée de M. le comte et Mm« la comtesse (1). De leur côté, les seigneurs de Grignan venaient parfois en aide à leurs vassaux de Colonzclle, et, vers 1700, ils leur donnèrent 600 livres pour leur école communale.

Indépendamment des évolutions militaires accidentelles, il y avait les revues ou bravades périodiques,

(1) Archives communales, CC 1, 2 et suiv

exécutées sous la direction de l'abbé oV la jeunesse, le jour de la StPierre-ès-liens août).

Les archives communales nous signalent, en outre, une tempête affreuse, en 1646, qui détruisit les récoltes ; plusieurs voyages à St-Paul pour obtenir la permission de travailler après la messe, les jours de féte, en été ; une visite de Geoffroy Stachon, commissaire du roi el de l'évôque de St-Paul, pour constater l'état des églises ; ce qui me permet de rectifier l'erreur commise dans là monographie de Cléon-d'Andran, où le même personnage, faute de détails, a été pris pour un envoyé des églises réformées.

Quant aux limites imposées à la sollicitude paternelle des consuls, elles sont d'une étendue incommensurable. Ces élus du peuple n'ont pas seulement la charge de collecteurs des tailles, le soin de la santé publique et de la protection des pauvres et des enfants abandonnés ; ils ' s'occupent aussi des écoles, de la forge et du four de la commune, du système d'abonnements appelé c/iandoîi, appliqué aux détails les plus minutieux, etc. En 1547, « les sandiques fan far las cridas de las estoblas per » retengudes etautras cridas que enquus estrangiés non » glenesson à Colonzellou »; et l'année suivante, ils délivrent < lo chandou de las barbas », à Mirabel, à la la condition « que tous que sarun à chandou li donon » 5 coasses de blat consegal per homme », et le barbier promet de venir toutes les semaines ; en 1 550, ils traitent aussi avecDaubor pour la sonnerie des cloches « quand » tronara, et à toutes les prossessions générales, comme » de costume » , à raison de 9 florins, el vers 16*20, avec Dubouc pour le monopole de la boucherie, à la condition de vendre 7 liards la livre de mouton et 5 liards celle de brebis.

A l'article Statistique, j'ai déjà fait connaître les char-

ges de la commune ; ajoutons ici, qu'en sa qualité de Terre-Adjacente, elle était taxée à 1 feu 1/5, et qu'en la population demandait à rester en dehors de la ligue des autres terres : « Voulant demeurer, sous le » bon plaisir du roi, dans ses franchises ordinaires et

• supporter en son particulier tout ce qui lui peut arri-

• ver. » (1)

On a très-peu de détails sur les guerres du xvie siècle à Colonzelle. En 1589, Gouvcrnct et Blacons levaient péniblement dans leComtat les contributions ordonnées par Lcsdiguières ; ce dernier, instruit des difficultés opposées à ses exacteurs par Grimaldi, vice-légat d'Avignon, « assemble ses gens à St-Paul-Trois-Chasleaux, et » s'cstant équipé de trois canons, se rend maître, che- » min faisant, de Cbantemcrle, de Valaurie et de Co- » lonzelles. Le gouverneur de cette place, pendu à un » amandier, paya la témérité d'avoir attendu l'artillerie » et servit d'exemple à celui de Bouchet, pour le faire » capituler d'abord. Les habitants de Richerenches et » de Uochegude ne voulurent pas résister. » (2)

Les guerres civiles de tous les temps offrent de ces traits de barbarie inutile.

Pendant la tourmente révolutionnaire, la commune eut à déplorer quelques rares excès : le 17 novembre 1795, le conseil du district de Montélimar annula une délibération municipale relative au partage des biens communaux, tout en louant la fermeté et la soumission aux lois du maire Françon. Le 3 ventôse an vui, des malfaiteurs coupent l'arbre de liberté, et le 12 messidor suivant, ferment dans l'église les fidèles réunis

(1] Archives communales, BB 1, 2, etc.

(2) Videl, Histoire du connétable de Lesdiguihes, éd. in- 8'\ p. 174.

pour prier et enlèvent la caisse du percepteur, fait renouvelé le 20, à huit heures du soir (1)-

Une note de l'an xi semble attribuer aux pauvres du lieu un domaine alors aux mains de la Régie nationale : c'est là une erreur. Voici, en effet, l'explication donnée par le P. Boyer de Ste-Marthe : M1,e Anne Armand, de Colonzelle, ayant institué J.-C. son héritier, dans un testament authentique du 22 août 1(577, et commis divers ecclésiastiques pour établir un corps de missionnaires auquel elle assignait les revenus de 12,000 livres, et pour fonder, avec le restant de ses biens, un séminaire dans le diocèse de St-Paul-Trois-Chàteaux. le procureur . des pauvres de Colonzelle prélendit à la succession de la défunte, commo représentant J.-C, et les sœurs de MUc Armand demandèrent, de leur côté, l'annulation du testament. L'affaire fut portée au Parlement de Grenoble et plaidée avec solennité ; mais la cour, par son arrêt du 10 juillet 1678, décida que le testament serait exécuté selon sa forme et teneur, c'est-à-dire que des missions seraient fondées et un séminaire diocésain établi.

Effectivement, l'évéquc de St-Paul chargea Louis Eymar, missionnaire de Pierrelate, de la direction de l'établissement formé pour l'éducation des jeunes clercs. Toutefois, comme le procès engagé par les héritiers de la testatrice avait singulièrement diminué le montant de la succession, l'entreprise de l'œuvre diocésaine échoua peu de temps après, et l'évéque, désirant mettre à profit la fondation de M,le Armand, institua une théologale ou prébende, qui obligeait à prêcher et à enseigner la théologie.

Ici finissent nos renseignements sur Colonzelle, com- (1) Archives départera., série M.

mune intéressante sans contredit, mais dont l'histoire se trouve intimement liée à celle de Grignan.

Privée de routes faciles jusqu'à ces dernières années, Hle n'a pu, comme Cléon-d'Andran, profiter des avantages de sa position pour permettre à son village une extension toujours croissante. Mais les efforts de sa population laborieuse, en vue de relations plus commodes avec les centres commerciaux voisins, méritent d'être remarqués, et les archéologues, en quête de souvenirs historiques dans les lieux habités par les Adhémar et par Mm* de Sévigné, n'auront garde à l'avenir de négliger la curieuse et antique chapelle de St-Pierre.

DE MONTBLIMAR

fiLANSAYES KT COLONZELLE

(Supplément^

Clnnaaye». — Nous avons signalé une statuette trouvée dans cette commune et faisant partie de la collection de M. Devès, greffier de la justice de paix de Grignan : en voici la description exacte donnée par M. L. Vallentin, vice-président de la Société d'archéologie de la Drùme :

« Statuette de la Fortune avec la tunique lalaire, tenant de la main droite un gouvernail et de la gauche une corne d'abondance, ayant sur la tôte le symbole d'Isis, c'est-à-dire une touffe d'épis de blé et de fleurs de lotus. »

Colonzelle. — J'avais promis, en signalant aux curieux l'église de St-Pierre, de recourir aux hommes spéciaux pour avoir l'explication des signes hiéroglyphiques de Tune de ses portes.

M. Allmer, le savant épigraphiste, dans un r cent voyage, a bien voulu, sur ma demande, aller étudier de visu le monument religieux et m'en rendre compte dans une lettre du 23 mars 1872 :

« 11 n'y a pas d'inscription hiéroglyphique à Colonzelle, mais une petite chapelle qui m'a paru être du xe siècle, et dont toutes les pierres d'appareil portent des lettres, simples marques maçonniques. Il serait puéril de vouloir y chercher des assemblages de syllabes ou de mots, et si l'on y en trouvait, ce serait un jeu du hasard

et rien de plus. Il n'existe sur aucune partie des murs de la chapelle de bas-reliefs imitant soit un pont soit une gueule de four; mais une porte à plein cintre au midi, aujourd'hui bouchée et en partie enterrée. Les claveaux du centre portent tous des lettres, c'est-à-dire des signes d'appareillage, à l'exception des deux premiers, à droite et à gauche, sur lesquels sont sculptés un oiseau et un quadrupède difliciles à déterminer ; l'on peut aussi bien y voir une colombe et un loup qu'un renard et un corbeau.

« Le linteau sur lequel s'appuie le plein-cintre en question est formé d'un débris de bas-relief romain, peut-être emprunté à la face d'un sarcophage, et employé sens dessus-dessous. On y voit encore la partie supérieure d'un personnage qui était debout à côté de deux rangs de tonneaux superposés, dont il ne reste que deux tonneaux composant le rang d'en haut, et une petite partie des deux qui composaient le rang d'en bas. Il est certain que les anciens faisaient des tonneaux de bois comme les nôtres, qu'ils appelaient cupœ. Ceux du bas-relief de Colonzelle sont cerclés par les deux bouts d'au moins six ou sept cercles à chaque bout ; mais on n'y aperçoit pas les joints des douves.

« Les représentations antiques de tonneaux de bois sont rares, ce qui rend très-curieux le bas-relief de la chapelle de Colonzelle, tout mutilé qu'il est.

« Une pierre longue déposée à côté de la porte d'entrée porte dans un petit cartouche carré sur une de ses faces l'inscription suivante, en lettres du x° siècle :

ECCE AGNDÏ (Ecce agnus DeiJ.

• Celte pierre a du être un gradin d'autel, et l'ins-

cription se trouvait alors au-dessous du tabernacle. Des rinceaux barbares sont sculptés à droite du cartouche. »

Le même savant lit ainsi l'inscription du tombeau de Margerie, remontant au ve ou au vie siècle :

HIC VETRANVS PAUSAT (Ici repose Vetranus). Pausat pour jacet, a été remarqué el signalé par M. Leblant, dans les inscriptions chrétiennes ; PY remplace le S du ve au vu* siècle.

Page 1