‹ L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistiqueChapitre 38 sur 39 · CHATEAUNEUF-DU-RHONE · texte numérisé non relu

CHATEAUNEUF-DU-RHONE

Statistique.

La gracieuse vallée du Rhône, dans la partie comprise entre Montélimar et Viviers, s'arrête brusquement en face de cette dernière ville devant un massif considérable de rochers et de mollasse qui semble délier le fleuve. « L'étage néocomien supérieur, dit M. Lory, avec ses caractères ordinaires et des caprotines très-abondantes, forme les roches de N.-D. de Montchamp, de Kac et de Châteauneuf-du-Rhône. Entre ces dernières et les roches semblables de Viviers, le fleuve est resserré dans une coupure étroite connue sous le nom de Robinet (le Donzère. » (1) Au-dessus des calcaires à coquillages on trouve soit des assises de sables et de grès verdàtres, jaunâtres, souvent ferrugineux, correspondant à la craie inférieure ou craie chloritée, soit un lambeau de mollasse d'eau douce composé surtout de marnes blanches et de cal-

(1) Description géologique du Dauphiné, pp. 319,368,399.

caires lacustres, avec des moules de lymnées, d'hélices, etc., et de petits bancs de lignite non exploitables. (1)

Ce lambeau, placé sur les bords du Hhône, où il était exposé à toute la violence des courants diluviens, n'a dû sa conservation qu'à la dureté de sa base, formée d'un calcaire compacte.

« En 1787, écrivait le naturaliste Genthon du Barsac, (le 26 thermidor an IX), je fus invité de me rendre à Chàteauneuf-du-Khône, pour diriger l'ouverture d'une bure creusée dans l'intention de découvrir dans la montagne une mine de charbon. Cet ouvrage fut commencé et abandonné, faute de fonds. Mais je trouvai dans des ravins profonds creusés par les eaux, quelques filons perdus de charbon de pierre d'une excellente qualité et des indices presque certains d'une mine de fer de la classe des hématites, mais il ne me fut pas possible de donner quelque suite à ces premières recherches, étant reparti pour Sl-I)omingue. » (2)

De nouvelles tentatives faites il y a peu d'années n'ont pas eu meilleur succès.

Quoiqu'il en soit, on trouve à Chàteauneuf des indices de fer et de lignites, et M. Gras mentionne, au quartier des Olives, des grains de fer en forme de pois répandus à la surfacce du sol, et, au quartier de Navon, dans les déblais d'un ancien puits d'épreuves, des morceaux de gypse. J'ajouterai que la Statistique de la Drôme place également à Chàteauneuf une carrière de marbre blanc, veiné de rouge, carrière abandonnée aujourd'hui, sans doute, puisque les habitants n'ont pas su m'en indiquer la position.

Là se bornent les ressources de la partie montagneuse de la commune ; quant à celles de la plaine, terrain d'alluvion moderne, elles sont essentiellement agricoles.

(1) Scip. Gras, Statistique minéralogique de la Drôme.

(2) Archives de la Drôme, S., Mines.

DE MONTÉLIMAB 171

Placé entre Montélimar au nord, le Rhône à l'ouest, Allan et Rac à l'est, Donzère, au midi. Châteauneuf présente une contenance totale de 2,503 hectares 86 ares, et, sur le plan cadastral, la forme d'une oriflamme, dont la partie sud serait la hampe.

Or, au point de vue de la culture, d'après les Leçons d'agriculture de M. Brun, instituteur communal, la section À du plan, appelée Plan Sagnères ou Sablières, offre un terrain siliceux, composé de sable, de petits cailloux et de matières terreuses ; la section B des Iles, la plus fertile de toutes, est formée de silice, de petits cailloux et d'alluvion ou humus amené par le Rhône ; la section C du Village occupe fort peu de place sur son assielte calcaire ; la section D, ou partie montagneuse, est argileuse et calcaire ; la section E, de Freyssinet, présente des terres crayeuses, siliceuses, calcaires, noires et blanches ; enfin la section F de l'Etang est devenue productive depuis les assainissements pratiqués.

Voilà, certes, un excellent moyen d'enseigner l'agriculture par des exemples locaux, accessibles à tous.

Joignons à ces détails quelques renseignements statistiques, et nous aurons une idée exacte de la commune. (1)

Contenance Revenu.

Terres labourables. 1,517 hect. 42,310 fr.

Vignes 296 — 8,214

Bois taillis 215 — 1,686

Bois futaie 45 — 314

Oseraies 116 — 529

Prés 55 — 5,082

Pâtures 228 — 794

Landes 17 — 13

Canaux 1 — »

Maisons 5 — »

Jardins 4 — 436

(l) Leçons d'agriculture par M. Brun, manuscrit.

J'ai négligé les fractions décimales du détail ci-dessus ; mais le total de la contenance est de 2,503 hectares 86 ares ; le revenu des propriétés Inities est de 3,665 fr. pour 509 maisons et 2 moulins, et celui des propriétés non bâties, de 60,003 fr. 86. Si, à la contenance imposable, on ajoute les 203 hectares occupés par le Rhône, les 30 hectares par les rivières et ravins, les 51 hectares par les routes et chemins, plus 3 par l'église et le cimetière, on arrive à 2,789 hectares 93 arcs 89 centiares.

Au point de vue de la production, voici des chiffres assez exacts :

Blé, hectares ensemencés

Méteil,

Seigle,

Orge,

Avoine,

Maïs.

Sarrasin,

Pommes de terre,

Betteraves,

Racines.

Légumes,

Colza,

Prairies nat.,

- artihe.

Vignes,

Soies, onces de graines, 1,600 ?ô kilogr. de cocons l'une, en 1868.

La rareté du fourrage y rend le bétail peu nombreux. En 1852, on y comptait 54 chevaux, 8 vaches ou boeufs, 2,167 brebis, agneaux ou moutons, 1,348 pourceaux, 180 chiens.

A la même époque, la production moyenne d'un hectare était, en blé et en seigle, de 15 hectolitres; en mé-

leil, de 14 hectolitres ; en avoine, de 16 hectolitres; en sarrasin et en colza, de 10 hectol.; en pommes de terre, de 51 hectol,; en vignes, de 11 hectolitres. (1)

Voici le montant des rôles des quatre contributions, en 1867 :

Part de l'Etat 11,609 ' 51«

— du département. . . 5,252 30

— de la commune. . . 3,711 55 Non-valeurs 380 20

Total 20,953 < 56 e

En 1734, on déclarait les terres de la commune fort légères. Un tiers s'ensemençait en blé et les deux autres tiers en seigle, méteil ou légumes. Les céréales se consommaient sur place. On apprend d'un état de 1789 qu'il y avait quelques vignes, quelques noyers et mûriers ; que la récolte était insuffisante pour la consommation, et que les habitants se nourrissaient d'aliments très-grossiers, en général ; que la Riaille, le Vazel et la Giranne, seuls rivière et torrents du pays, faisaient parfois de grands ravages, et qu'il n'y avait que peu de bétail, aucune industrie, aucun commerce. « La nouvelle route. » qui est à demi-lieue du village, a coûté à la commu- • nauté 10,000 livres, sans compter l'entretien, de sorte » qu'il serait juste de lui accorder un dégrèvement pour » lui aider à réparer ses chemins. Cette route lui a été » enlevée par injustice. »

Il y avait, en 1734, 124 maisons ou familles; en Tan VIII, 884 habitants; en 1809, 182 maisons et 930 âmes; en 1820, 1079; en 1831, 1333 âmes; en 1842, 1450 âmes ; en 1852, 1402 âmes ; en 1862, 1364 âmes ; en 1870, 1293 âmes, dont 533 pour la population agglomérée et 760 pour la population éparse.

(1) Notes communiquées par M. Brun, instituteur.

Suit le résumé du recensement de 1866 :

Quartiers.

Ménage».

Ames.

Mol II1. .•••••••••••(••

Antiquités.

Longtemps avant la conquête romaine, les bords du Rhône devaient être de préférence fréquentés par les Celtes, à cause des facilités que donnait le fleuve aux opérations commerciales. Mais les marchands étrangers avaient-ils un comptoir à Viviers, à Donzère ou à Chà-

teauneuf ? Les annales du pays sont muettes sur ce point, comme, hélas! sur une foule d'autres. Pour combler l'immense lacune, aujourd'hui connue sous le nom d'époque préhistorique, il ne reste à l'érudition que la ressource des conjectures. Ainsi, il est naturel de supposer alors des cabanes faciles à défendre, soit au sommet de la montagne à double colline où se dressent encore les ruines altières de forteresses féodales, soit sur la rive gauche du fleuve. Des fouilles sérieuses pratiquées dans les grottes inexplorées de la portion de territoire comprise entre Donzère et Châteauneuf ou bien dans les anciennes îles du Rhône, amèneront sans doute la découverte d'armes et de parures de l'âge de la pierre polie ou de la pierre taillée.

En attendant que des archéologues dévoués entreprennent l'exploration du sol de la commune, constatons que nulle position le long du fleuve ne se prêtait mieux à un établissement commercial ou militaire. Les hautes collines qui, en interceptant la vallée du Rhône, permettaient de suivre et d'arrêter les mouvements d'une armée ennemie; les vallons étroits, placés entre Châteauneuf et Donzère, qui reportaient l'ancienne route gauloise vers Rac et Montchamp, où les Romains tracèrent plus tard la leur : tout concourt à démontrer que les points culminants adoptés par le moyen-âge étaient les seuls habitables et habités alors.

Si donc Châteauneuf existait dans les temps préhistoriques, c'était à Montpensier ou à tout autre endroit de difficile accès. A la vérité, il n'a pas été découvert de monument ancien dans cette direction, à moins que les deux roches droites vues du chemin de fer en un val solitaire, sur la rive gauche du Rhône, au lieu d'être l'œuvre exclusive de la nature, ne soient de véritables metihirs, indiquant un»' sépulture illustre ou une nécropole.

On les appelle les deux DonzeUes, et la jeune fille gravée sur un sceau municipal du voisinage a quelque prétention, à ce que l'on raconte, d'après la légende qui Taccompagne, de rattacher DonzeUe ou Donzère à cette tradition populaire. (1)

J'ajouterai que, d'après X Essai sur la statistique de la Drôme, on aperçoit dans les fissures des rochers voisins, parmi divers accidents très-bizarres, plusieurs grottes dont une surtout est fameuse pour n'avoir jamais été parcourue jusqu'au fond. Cette circonstance est à noter pour les archéologues, toujours en quête d'instruments et de vestiges des premiers habitants de la contrée.

Deux mille ans avant Jésus-Christ, chez les Celtes, qui sans doute avaient leurs demeures dans la montagne, et dont l'état de barbarie peut être comparé à celui des peuples sauvages récemment visités par les Européens, les Gallo-Kymris apportaient les éléments d'une civilisation nouvelle, encore inférieure à celle des Assyriens, des Egyptiens ou des Phéniciens ; mais ces derniers, de l'an 1500 à Tan 600 avant notre ère, exploraient à leur tour les côtes de l'Afrique, de l'Espagne et de la Gaule.

MM. Ollier de Marichard et Pruner-Bey ont récemment découvert près de Bourg-St-Andéol, à Liby, un cimetière carthaginois, renfermant seize crânes admirablement conservés, dont treize de race berbère, deux sémites et un métis. Au môme endroit se sont trouvés des briques, des fragments de vases d'une forme particulière, en pâte noire et quelquefois rouge brique, avec

(1) « Un maire do Donzère, peu versé dans la langue des Gaulois, s'est cru autorisé à traduire Dusera par DonzelUi, et satisfait d'une solution obtenue sans grands frais d'esprit et d'imagination, fit graver un sceau portant une jeune fille avec la légende DonzeUe. » L'abbé Vincent, Notice historique sur Uonzhe.

une couche de vernis bleu ; un moulin à blé en pierre volcanique formé de deux hémisphères superposés, dont l'un, mobile, tourne à l'aide d'un manche autour du cône du second, fixé sur une pierre de taille, et une espèce de mortier en pierre calcaire blanche, muni de trois becs.

De Bourg-St-Andéol à Donzère et Châteauneuf, la distance n'est pas considérable, et la petite colonie a dû rayonner dans toutes ces vallées fertiles. Un fait qui le prouve encore, c'est le qualificatif sarrasin donné au tesson de vase ou de brique, mis à nu par la charrue ou la pioche. En effet, disent très-bien les deux savants archéologues, les premiers Berbères, venus en Gaule, furent les premiers initiateurs des Celtibères à la civilisation et à la connaissance des arts et de l'industrie, leur apprenant à se confectionner des vêlements de laine et à se bâtir des maisons plus solides que leurs misérables huttes de chaume.

Or, concluent nos deux guides, s'il est permis de confondre les Berbères avec les Sarrasins, à cause du type négroïde commun à ces deux races africaines, on ne doit pas les assimiler aux bandes de pillards détruites par Charles Martel (1).

« Les Berbères étaient tous des peuples colonisateurs, « et leurs établissements le prouvent par la prospérité « dont ils ont joui pendant même l'occupation romaine « et jusqu'aux grandes invasions des Vandales du Nord.»

Avec l'arrivée du peuple-roi, le luxe s'introduit dans la vallée du Rhône. Parmi les débris de poterie à vernis rouge trouvés au Palais-sur-Châteauneuf, il en est qui ont des sculptures lubriques, ce qui est rare dans nos pays. Au même endroit, la culture a fait découvrir des

(1) Les Carthaginois en France ; Colonie Lybio-Phénicienne de l.iby. Montpellier, 1870, broch. in-8".

pierres gravées, des médailles, des vases, des mosaïques, des statues en bronze et en marbre. Toutes ces richesses avaient été recueillies au domaine de Cliampblanc par un collectionneur instruit, M. Bourlon de Moncev ; mais il n'en reste plus aujourd'hui qu'une portion fort incomplète chez M. Vallentin, à Montélimar. Des pièces d'or antiques ont été volées chez un autre propriétaire, et M. Broc montre aux curieux un buste d'homme en marbre blanc qui parait de l'époque romaine. Sur un mur du jardin se voit un fragment de statue représentant un évéque ou un abbé, et dans les débris voisins, des tombes en pierre et des morceaux de tuiles dites sarrasines.

Enfin la Statistique de fa Drùme ayant donné une leçon fautive de l'inscription funéraire découverte au même quartier, M. Minier m'en a envoyé la transcription suivante :

Diis Manibm

C. Severius Julianus Snadulliœ Julianeni, matripientissim'w .

Aux Dieux Mânes. C. Severius Julianus a fait ce monument à Suadullia Juliane. sa très-pieuse mère.

M. Allmer ajoute que le surnom de Suadullia n'était pas Jufiana, mais Juliane ou Julianes, faisant Julianenis, au génitif, et Julianeni, au datif. De son côté, M. Vallentin, à cause de la forme irrégulière des lettres, estime que cette inscription remonle au Bas-Empire et non à la bonne époque romaine.

D'aucuns ont supposé que le nom de Palais donné au quartier où se rencontrent le plus d'antiquités, indique un établissement considérable ou du moins une trèsriche villa. L'hypothèse est fondée. Toutefois n'a-t-on pas appelé ainsi le quartier précisément à cause des nombreux vestiges d'opulence qu'il recèle?

Quant aux bains de la fonlaine Morterol, ils ont dû être remplacés au moyen-âge par un moulin à farine, et les murs anciens encore existants ne révèlent aucun genre d'établissement spécial.

En présence de ces témoins irrécusables d'un passé glorieux, peut-on douter encore de l'antiquité de Châteauneuf? Non. Seulement les invasions des Barbares, la main du temps et des hommes ont brisé ou dispersé tous les fils d'Ariane qui auraient pu diriger la science dans le labyrinthe de ces époques lointaines.

ni

Palais et Goomier.

II. l'abbé Vincent fait naître Châteauneuf avec la féodalité et grandir avec elle. « Le nom de Castrum

• novum , les traditions locales . les enseignements

• épars ça et là dans les annales du Dauphiné ne per-

• mettent pas, dit-il, de lui assigner une date antérieure

• au viue ou au ixe siècle. ■ L'auteur ajoute ensuite que ce point de départ constitue pour la communauté à travers les âges un rôle actif et fécond en péripéties du plus haut intérêt, mais que des incidents de ce long drame reflétant une situation tantôt calme et tantôt agitée, l'histoire n'en a point gardé le dépôt. Sans avoir l'intention de contredire un maître, je ferai remarquer en passanl que sa proposition doit être re-lre'.nle au

village et au château seuls. Car, d'après M. l'abbé Vincent lui-même, il y a eu des quartiers à Châteauneuf plus anciennement habites que le bourg. « En fouillant

• le terrain contigu à remplacement de l'ancienne » chapelle de St-Vincent(où des blocs de maçonnerie et » d'informes débris existent encore), on a découvert,

• dit-il, de nombreux ossements, des lampes, des mé- » «lai lies et ces vases de pâte grossière que l'on mettait » à côté du défunt, pleins d'eau bénite ou de charbons » consumant de l'encens » (1). Donc il y avait en cet endroit de la montagne une petite agglomération qui, à l'époque où le culte de St Vincent devint populaire en France, c'est-à-dire en 542, voulut mettre son église sous la protection de ce saint.

Au nord du village, dans la plaine de Montélimar, deux autres établissements peuvent remonter aux premiers siècles gallo-romains : l'un s'appelait Gournier ou St-Césaire, et l'autre le Palais ; et tous les deux ont leurs traditions et leurs légendes.

M. Espanet (2) a prétendu que le monastère de St- Pierre-du-Palais avait été fondé en 1140 par Pierre de Cluny sur les ruines du Palais, « espèce de villa romaine, » ancienne résidence des gouverneurs de la contrée, » et qu'il dépendait de la congrégation de Cluny. ■ Deux » de ses religieux, ajoule-t-il, étaient attachés au mo- » nastère des religieuses de Notre-Dame-de-la-D/'li- » vrance, situé tout auprès sur le lac de Gournier, » ancien vivier du gouverneur et conservant sous les » Bénédictines la même destination. »

(1) Notice historique sur Châteauneuf- du- Rhône Valence, Chaléat, 1863, br. in-12.

(2) Les Saintes Fontaines. .. Montélimar, Rourron, 1864. broch. petit in 8°.

Toutes ces assertions ne sont pas d'une exactitude bien rigoureuse.

M. l'abbé Vincent ne parle pas de Gournier; mais il donne les détails suivants :>ur Saint-Pierre :

« Dépendance du château de Combemont qui appar- » tient à MM. de La Mure, la métairie du Palais a eu

• son rôle et son éclat dans l'histoire ecclésiastique de » Chàteauneuf. Ce nom résume les destinées du prieuré » de St-Pierre, d'abord affilié au monastère de Nyons, » puis à l'abbaye d'Ainay. Une vaste église, le cime-

• tière, tous les bâtiments nécessaires à l'exploitation » de riches domaines ou réclamés par les exigences de » la vie monacale, les protestants du xvp siècle en ■ firent table rase. Des fondations couvrant au loin le » sol, des mosaïques, des tombes à auge, des tronçons » de colonnes révèlent son antique splendeur et l'éten- » due de son périmètre. Au milieu de son enceinte que » protégeait un mur circulaire . ou à peu de dis- » tance, ont été mis à jour des fragments de statues, » des urnes, des camées, des médailles à l'effigie des » Césars et un cippe chatgé d'une inscription romaine. » La présence de ces objets rend vraisemblable et auto- » rise une conjecture déjà émise : le séjour du peuple-

• roi et l'existence d'une villa opulente, sur les ruines » de laquelle se serait élevé, après la défaite des Mau- » res, le prieuré de St-Pierre-du-Palais. Le mot Palais, » synonyme ici de Prétoire, réveille-t-il le souvenir d'un » édifice antérieur à l'établissement religieux, ou faut-il » voir là un signe distinctif emprunté à une circons- » tance de la vie du chef des Apôtres ? C'est là un

• problème à résoudre et dont la solution peut inté- » resser les annales de Chàteauneuf. »

Afin d'avoir la solution de ce problème, je me suis adressé à M. Alhner, archéologue fort au courant des antiquités romaines.

« Le nom de Palais, me répond-il. donné à un » endroit où Ton découvre des débris de statues, des

• restes de mosaïques, etc., peut avoir été donné après » coup, précisément à cause de tous ces débris qu'on

• aura supposé indiquer l'emplacement d'un palais, » c'est-à-dire d'une très-somptueuse habitation ; quant

• à la conjecture relative à un prétoire, je vous engage

• à la laisser de côté. »

Ajoutons, pour en finir avec le Prétoire, qu'il y avait à Valence et à Die des quartiers appelés Palais et aujourd'hui Pala, ce qui semble exclure un signe dislinctif, einiïrunté à une circonstance de la vie du clwf des Apôtres, et, qu'au surplus, d'après M. Dezobry, on appelait prétoire non-seulement l'exploitation du préteur ou gouverneur d'une province, mais encore l'habitation du maître dans une grande villa d'habitation.

Un document conservé dans les archives épiscopales de St-Paul-Trois-Chàteaux, du mois de novembre 1469, va me permettre, à mon tour, de fournir quelques détails nouveaux sur le monastère de Goumier ou de St-Césaire. (1)

Etienne Genevès, évéque de St-Paul, revendiquait les dinies du quartier ou fief de St-Césaire à Chàteauneufdu-Rhône, entre la Riaille, le Cros-de-Vazelle, le chemin de Montélimar, le vallat ou fossé de Dardalhon et le chemin de Viviers à Montélimar, comprenant les fonds de l'Epinouze, de Lo Ressaut, Istanhols et Las Plantas. Le prélat recourut au représentant du pape Paul II, à Avignon, et obtint de lui un monitoire pour avoir des révélations sur la vérité des faits allégués par les habitants et sur le mérite de ses prétentions. Plusieurs personnages, noble Humhert d'Atchier, Mathieu

I) Archives départenien taies, Série G.

DE MONTELIMAR

Arribert, Jean Raftart, châtelain de Chàteauneuf pour magnifique et puissant seigneur Giraud Adhémar, seigneur de Grignan et coseigneur dudit Chàteauneuf, Pierre Dufisc. Pierre Du Kif, etc., font de longues déclarations établissant que le fief de Sl-Césaire était soumis à la tâche et non à la dime, au profit de l'évêque de Viviers et de noble Pierre Bedos (BeihciiJ, et que cette tache se levait à la cote onzième (de 1 1 gerbes 1} ; cependant ils ajoutent que, pour quelques terres seulement, la moitié de la tache et de la dime sont payées au prieur du Palais de Chàteauneuf; que depuis vingt-cinq ou trente ans la culture a pris une grande extension dans ce quartier, demeuré inculte à cause des pestes et des guerres.

Un détail curieux à relever dans les révélations de Mathieu Arribert est celui-ci : Anciennement les religieuses de St-Césaire levaient la dime dans le fief de ce nom jusqu'à Gournier, où se trouve encore une petite muraille, et où Ton se rendait pour la guérison des fièvres, parce qu'autrefois il y avait un monastère de religieuses, monastère englouti depuis; le prieur d'Aigu avait plusieurs titres relatifs au fief susdit et il en percevait la dime, le prieur de St-Pierre et l'abbé d'Ainay n'ayant droit à cette redevance que sur deux terres (1).

Pierre Du Kif (Rivi), dans sa déclaration, ajoute avoir ouï dire à Montélimar qu'une cloche trouvée à Gournier avait été placée dans l'église de Notre-Damed'Aigu.

il] Décime antiquitua levabantur per moniales Su Cesarii et accedebatur usque Gornier, tocum qui est in territorio Montilii Adheymarii ubi est quidam paries modicus, et pro febribus sanandis ibidem accedebatur, quia antiquitus ibidem monasterium dictarum monialium esse dicebatur quod in abyssnm periit — Cartulaire ou recueil d'actes pour t evi-ché de St-Panlv fol. 173.

Comme conclusion de cette démarche de l'évêque de St-Paul, le P. Boycr de Ste-Marthe nous apprend qu'il Iraila avec le curé de Châtcauneuf-du-Rhône, Jacques Barges, touchant la dime du territoire du village et celle du fonds de St-Césaire, et que le curé s'obligea à lui en donner la quatrième partie, en exceptant un quartier dont il était seul décimateur en sa qualité de prieur. (1)

Si maintenant l'on veut expliquer comment et par qui fut fondé le monastère de Gournier, les documents se taisent, et la plus grande obscurité se répand sur toute la durée de son existence.

St Césaire, l'une des plus grandes lumières de l'Eglise de France, naquit en 469 et mourutévéque d'Arles en 54*2, après avoir fondé une communauté religieuse de filles dont la première abbesse fut Ste Césarie, sa sœur. Une autre Césarie lui succéda et à celle-ci Liliole, puis Ste Rustique.

« Une de leurs principales observances étoit la clô- » turc perpétuelle ; elles ne mangeoient point de chair, » si elles n'étoient fort malades; leur habit étoit blanc, » et leur coiffure ne pouvoit être que d'une certaine » hauteur marquée dans la règle. Quelques-unes s'appli- » quoient à transcrire les livras saints et les autres aux » ouvrages convenables à leur profession, à leur sexe.» (%

Les religieuses de St-Césaire adoptèrent plus tard la règle de St-Benoît, ce qui explique leurs rapports avec l'Ile-Barbe dont Notre-Dame-d'Aigu dépendait, et avec l'abbaye d'Ainay.

Celle-ci fut fondée au lieu appelé Atlmnacum, sorte d'ile lyonnaise unie à la terre ferme, où elle existait déjà

(1) Histoire de l'Eglise... de St-Paul, p. 185.

(2) D. Bulteau, Abrégé de l'histoire de l'ordre de St-Benoit. I, 212.

DE MONTÉ LIMAR

au v* siècle. La reine Brunehaut l'avait fail construire ou réparer. < Ce monastère étoit double, ou du moins » il y avoit auprès une communauté de religieuses. »

St-Pierre-du-Palais et St-Césaire-de-Gournier pourraient donc avoir été d'abord deux communautés de filles.

Mais on ne sait rien sur la dernière, sinon que sa demeure disparut un beau jour dans le lac ; (1) quant à la première, elle parait avoir été le berceau de la paroisse.

Sl-Nicolas.

Quelques moines bénédictins de l'abbaye d'Ainay desservirent probablement, à l'origine, la paroisse de Chàteauneuf, encore peu populeuse. On ignore, d'ailleurs, leurs faits et gestes d'une façon complète, et les notes recueillies sur leur prieuré de St-Pierre-du-Palais, tout insuffisantes qu'elles soient, méritent d'être conservées cependant.

En 1250, le pape Innocent IV confirma à l'abbaye d'Ainay la possession du prieuré de St-Pierre et de l'église de Chàteauneuf. Aimar Adhémar, nommé évé- <|ue de Metz, en 1327, était prieur du Palais au moment de son élection. Ce même prieuré fut uni, le 8 novem-

(1) Voir sur cet événement, la légende en vers pracieux publiée dans le Journal de Mnnlélimar du 15 janvier 1870, sous la signature de M. Alorice Viel. — Gournier se trouve à l'ouest de Mauber , entro Dondouneau et le Khône.

bre 1 568, à la merise conventuelle du monastère lyonnais par l'abbé Vespasien Gribaldi, en échange d'une rente en grains, évaluée 350 livres, due par lui aux religieux.

Quelques années auparavant, en 1509, Claude de Tournon, évéque de Viviers, déjà seigneur temporel de Chateauneuf, s'empara de St-Pierre-du-Palais et des revenus de son bénéfice; mais un arrêt du Grand- Conseil le condamna à les rendre à l'abbé d'Ainay avec •2,515 livres d'indemnité ou de dommages-intérêts. De son coté, Jean de Montchenu, aussi évéque de Viviers, avait, en 1483, cédé les dîmes de Ressaut et Dardallion au prieur Vincent de La Hoche, moyennant une pension de 27 sétiers moitié blé et moitié seigle.

M. Brun-Durand, qui m'a donné ces renseignements, ajoute qu'en 1715 il fut question d'unir le Palais au chapitre de Sl-Paul-Trois-Chàteaux, mais que ce projet se se réalisa pas. (1)

La féodalité, pour défendre avec plus de succès les habitations de cultivateurs qui se groupaient au pied des coteaux de Montpensier et de Ste-Catherine, environna le bourg naissant d'une ceinture de murailles, avec quatre porles : MotUéiïmar, la Combe, la Poterne et Notre-Dame, aux quatre points cardinaux.

Une église dans l'intérieur du village devenait indispensable dès lors, et les habilants, avec le concours des seigneurs et ries religieux d'Ainay, l'élevèrcnt au xur siècle, car « sa structure à la fois simple, riche et ma-

• jestueuse, accuse les allures et l'ornementation du

• style roman-byzantin touchant à sa dernière période. » Une voûte en berceau, une abside ornée de trois arca- » tures. un porcin; à colonnes, des croisées à plein » cintre, une coupole élancée supportant le clocher, à

(1) Dictionnaire ecclésiastique du Dauphinë, manuscrit, par M. Bru n -Dura ml.

» ces traits caractéristiques se reconnaissent d'abord • l'harmonie et la grâce du plan primitif. » (1)

Afin de rendre à cet édifice religieux sa splendeur première et de proportionner son vaisseau à la population actuelle de la paroisse, il n'y aurait qu'à faire disparaître la disgracieuse masse de pierre appelée improprement tribune, dominant presque toute la nef, à construire une travée qui reculât plus à l'ouest la façade, et à effacer l'affreux badigeonnage de l'intérieur. Celle triple amélioration, fort peu coûteuse, ferait de SliNicolas une église digne de la population et du pasteurinstruit et zélé qui dessert la paroisse. Aussi n'est-il pas douteux que l'administration locale se prêtera volontiers à la réalisation d'un projet à la fois utile et artistique.

Le culte de St Nicolas, i»atron des bateliers el des jeunes enfants, ne remonte pas, en France, d'après Bai Ilot , au-delà du jxf siècle ; il ne prit même de l'extension qu'après la translation de ses reliques de Myrc en Lycieà Barri en Italie, en 1087. (2)

La charge d'âmes incombait, à l'origine, à un religieux d'Ainay, puisque l'abbé conserva jusqu'à la Révolution des droits sur la paroisse de St-Nicolas ; puis le chapitre, se réservant la dime el les privilèges du prieur, se fit remplacer par un curé ou vicaire perpétuel.

En 1644, François Adhémar de Monteil, évôque de St-Paul, visilant la paroisse, trouva : l'église dépourvue d'ornements ; — Hovère, le curé, en possession d'une maison, d'un jardin, d'une terre et de 63 écus 20 soN de portion congrue ; — les religieux d'Ainay, prieurs, avec 400 livres de revenus en fonds et en rentes ; — un vicaire ou secondaire, chargé des écoles, doté de 40 écus

(1) Notice historique sur Châteauneuf- du- Rhône.

(S) Baillei, Vie des Saints.

de traitement ; — les prieurs obligés chaque année, le 1er jour d'août, fête de St Pierre, patron de l'église de l'ancien prieuré, de payer un repas à tous les habitants dudit lieu ou 21 livres pour s'en exonérer.

Les fidèles soutinrent à l'évêque de St-Paul que le prieuré rapportait à l'abbaye d'Ainay de 5 à u'OO livres, que l'abbaye devait augmenter le traitement du vicaire et leur fournir un prédicateur du Carême. De Barcos, religieux d'Ainay, prétendit, de son côté, que la vicairie était une charge nouvelle réclamée plus par passion que par dévotion ; que, d'après un accord intervenu avec la population au sujet de la dîme, elle devait payer le vicaire, à cause de la diminution de cote consentie par l'abbaye.

L'évêque ordonna : aux prieurs, d'entretenir la lampe du sanctuaire, d'acheter une chasuble noire et mie blanche, un ciboire et un ostensoir d'argent, de donner 130 livres par an au vicaire, moyennant la dispense du repas du 1" août ; — au sieur de Loreille, de changer de place l'autel de sa chapelle ; — au prieur de Vais, recteur de la chapelle Ste-Catherine, de dire dans cette chapelle trois messes par mois ; — à la communauté, de faire clore le cimetière ; — à toutes personnes, de fuir les jeux publics, les dimanches et fêtes, pendant l'office divin, d'éviter les cabarets et les pratiques superstitieuses, comme de faire sauter le jxitat et tourner le crible. (1)

(1) D'après de bienveillants correspondants, \epatat, monnaie papale, était regardé comme une sorte de talisman ; lorsqu'on le jetait en l'air, il donnait, par la face, le pronostic d'un succès, el parla pile, celui d'un insuccès. Cotait là, sans doute, ce qu'on appelait faire sauter le patat. — Quant au crible, les sorciers en faisaient usage en comptant le nombre de tours ou en remarquant s'il s'arrêtait à plat on ii l'envers. Quelques personnes font encore tourner le crible en chantant la chanson de la Meunière et en frappant sur un verre pour imiter le tictaedu moulin. Mais ce n'est là qu'un simple amusement aujourd'hui.

Les chapelles latérales de St-Nicolas, au lieu d'être, comme l'église, en style roman-byzantin, ont, d'après M. l'abbé Vincent, une toilette empruntée du tierspoint qui désarme la critique et dispose à l'indulgence.

Celle du St-Esprit fut fondée, au xve siècle, par Nicolas Berchès, notaire, et par son neveu, André Gauthier, de Cluses, le 11 mai 1420. Ce dernier voulut y être enseveli, légua douze gros au chapelain de Chàteauneuf, douze gros au luminaire de Notre-Damc-de- Montchamp (de Monte CaJvo), une quarte d'huile au luminaire de St-Nicolas, un sétier de blé à la confrérie du St-Esprit, un sétier à l'aumône de la Charité, un lit garni à l'hôpital, une maison à la femme Durand, sa commère, un jardin à Heymond de Chastanhac, son compère, et fit héritier universel Jean RalTard, son autre compère, après avoir confirmé la dotation de la chapelle du St-Esprit et l'avoir augmentée de 6 florins.

Dans le même siècle, noble Pierre Bedos [Bedocii), dont on a fait Budos, coseigneur de Portes, obtint la permission de faire construire dans l'église de St-Nicolas une chapelle vis-à-vis celle de la Ste-Vierge et qui lui ressemblât, sous le deuxième arc de IVglise. Il lui assigna un revenu de 4 florins pour la célébration de messes.

M. l'abbé Vincent place au quartier de St-Joseph la maladrerie de Chateauneuf où Mathieu Giron, lépreux, fit élever une chapelle au xve siècle. L'évéque de St-Paul accorda quarante jours d'indulgences à tous ceux qui prendraient part à cette œuvre charitable.

Trois autres chapelles couronnaient des sommets déserts : Ste-Catherine à Montpensier, St-Saturnin et St-Vincent plus avant dans la montagne.

Enfin les Pénitents Blancs, fondation du xvu* siècle, avaient une chapelle sous le vocable de Notre- Darae-de- Pitié.

En présence île tant de témoignages de la foi des habitants, on peut être certain qu'ils ne laisseront pas faiblir les croyances saintes où le présent trouve des consolations et l'avenir des espérances.

Seigneurs.

11 n'est peut-être pas de bourg en Dauphiné qui ait conservé plus religieusement sa physionomie ancienne. De la halle, placée au centre, des rues conduisent dans tous les quartiers : ce sont les rues Charnière, Montpensicr, ['Hôpital et Poterne. Entre ces artères principales s'ouvrent des allées, des passages, des ruelles connues sous les noms de Paitlaret, du Paiement, du Jeu de Quittes et de la Juiverie. Dans la partie sud, quelques hôtels du xiv- au xvr siècle offrent encore des traces de leur splendeur d'autrefois ; puis le donjon de Monlpensier, appelé aussi château de Ste-Catherine à cause d'une chapelle de ce vocable, déroule son enceinte àdemi ruinée sur deux cols inhabités, également stériles. De là descendait sur la vallée la paix ou la guerre, et là aussi, en cas d'attaque du bourg, les habitants allaient chercher un asile.

Chàleauneuf est gracieusement assis au pied de la forteresse détruite, sous des arbres qui l'entourent d'une ceinture verte, ayant pour spectacle la belle vallée où le Rhône promène ses eaux bleues et le chemin de fer ses longues files de wagons.

Quel fut son fondateur ou son premier maître ? L'histoire n'en dit rien. S'appela-t-il Chateauneuf par opposition au château ou palais de la plaine ? L'hypothèse est rationnelle, mais non certaine. Quant à Monlpensier, M. de Coston, si fort en étymologies, hésite à lui en donner une. « Pensier, veut-il dire montagne close,

• fermée, fortifiée, de peu et de serra, clos, bien fermé.

• serrure en basse latinité, emprunté à sera, serrure,

• verrou, primitivement barre fermant une porte ? » Monlpensier serait alors un pléonasme.

« Est-ce le nom d'homme tudesquc, Penz, Penza, » Penzo, cité par Forstemann, et combiné avec la finale » ier qu'on retrouve dans Gauthier, Iteynier, etc. ?

• Est-ce un nom d'homme d'origine celtique dont la » forme primitive aurait été Pennsaer, chef des hommes

• libres, de penn, sommet, téte, chef, et de saer, saor, » homme libre, et habile ouvrier, forgeron en irlandais » et en breton ; mara, libre, indépendant en sanscrit ?

• Enfin, \e moi panzer veut «lire cuirasse en allemand » et a pu avoir le sens de cuirassé ; il est formé d'un «• radical commun aux langues germaniques, latines, » au polonais et au bohémien, qu'on retrouve dans le

• mot panse, dans le nom de Saneho-Pança, et peut- » être dans celui de Pansier qui habitait Sisteron en » 13-27. Lorsque Louis VIII mourut à Monlpensier (en » Auvergne), on lui appliqua une prophétie de l'en- » chanteur Merlin, d'après laquelle le lion pacifique » devait mourir au ventre du mont. » (1)

Une charte fausse du faux cartulaire des Adhémars, contient, à la date du 25 janvier 83*2, un accord entre Lambert Adhémar de Monteil, duc de Gènes, vicomte de Marseille, baron deMontélimar, et Charles et Giraud, ses frères, attribuant a Charles, l'un d'eux labaronnie

,1 j Bulletin de la Société d'Archéologie. IV. r>>4-5

de la Garde- Adhémar et les châteaux, forteresses, bourgs, fiefs et arrière-fiefs de Pierrelate, Donzère, Montpensier (de Monte panciroj, Chàteauneuf-du-Rhône, Ailan, Rac, Montboucher, etc.

Pour combler l'immense lacune que présente l'histoire depuis la conquête romaine jusqu'à l'origine de la féodalité, il serait possible de raconter ici l'origine de Viviers, ville épiscopale, toute rapprochée de Châteauneuf, ainsi nommée de ses nombreux réservoirs pour le poisson destiné aux Lucullus tfÂlàa (Aps), choisie par Auxonius, vers 412, comme le siège de son église et de la curie ; mais les rapports entre les deux localités à ces époques lointaines ne paraissent nullement établis. (1)

On trouve, en 1 198, pour témoin de la charte des libertés de Montélimar, un Jean Burgondion ou Bourguignon, coseigneur de Montpensier, et, au dire de Pithon-Curt. ces Burgondion, issus des anciens seigneurs de Montpellier, ont longtemps habité le Comtat. Un autre Burgondion, fils de Mondon, vendait, en 1263, toutes ses possessions deChâteauneufàrévéque de Viviers, Hugues de La Tour (2), le même qui acheta le château de Montpensier en 1264.

Une lettre du pape Innocent III à l'abbé de Citeaux, en 1210, appelle G. Adhémar et Lambert de Monteil seigneurs de Chatcauneuf et de Donzère, et blâme les exactions indûment levées par eux et par le comte de Forcalquier, Silvion de Crest, Alasie de la Roche, le prévôt de Valence, Arthaud de Roussi lion, son frère et quelques autres, sur les chemins publics et sur les fleuves, sous le nom de péages.

(1) L'abbé Rouchier, Histoire... du Vivarais, I, 221.

(2) De Coston, Bulletin de la Société d'Archéologie. IV, 254; — Pithon-Curt, Histoire de la Noblesse du Comtat, H. 445 ; — S. Columhi, Opuscula varia, p. 223, 216, etc.

Enfin Guy de Chàteauneuf, possesseur du péage de Donzère, et Guillaume de Donzère, maître des château et mandement de ce nom, les vendirent, vers 1295, à Guillaume ou Raimond de Falgar (de Falgario), évôque de Viviers.

D'où il suit : 1° que l'abus, efnon le péage lui-môme, avait été condamné par le pape ; 2° qu'il existait une famille de Chàteauneuf, dès 1206, car cette année-là Guy, l'un de ses membres, avait prôlé hommage à Bernon, élu évéque de Viviers. Cette famille, après avoir cédé ses droits au siège «'piscopal du Vivarais, eut d'assez longues difficultés, terminées en 1278, et obtint de l'évôque Hugues de La Tour, en la personne de Geoffroy et de Bertrand, fils de Manon, des droits à Viviers et dans le diocèse.

On ne sait rien de très-précis sur ces trois premiers seigneurs de Chàteauneuf.

Toutefois, un fait militaire de 1217 mérite de trouver place ici.

C'était l'époque de la Croisade contre les Albigeois. Le comte de Valentinois Aimar de Poitiers, et Guillaume Adhémar, seigneur de Montélimar et de Chàteauneuf, avaient pris parti pour le jeune Raymond, comte de Toulouse. Pierre de Vaulx Cernay appelle Aimar de Poitiers un homme puissant, mais plein de méchanceté, constamment hostile à la Croisade, ainsi qu'il l'avait déjà prouvé au passage de Simon de Montfort, et depuis, en attaquant Humbert de Mirabel, évèque de Valence. Le cardinal légat persuada à Montfort de venir faire un exemple et de passer le Rhône. Le chef de la Croisade donna donc l'ordre de lui préparer à Viviers le nombre de barques nécessaires ; de leur côté, les partisans du comte de Toulouse se réunirent à Chàteauneuf pour empêcher le passage du fleuve, et des Avignonnais, montés

sur de fortes barques, leur prêtaient un utile secours. Mais lorsque les derniers virent quelques soldats de Momfort franchir le Rhône sans crainte, ils furent miraculeusement effrayes et prirent la fuite. Telle est la version de P. de Vaulx Cernay ; les historiens du Languedoc avancent que les soldats d'Aimar de Poitiers opposèrent de la résistance, et M. l'abbé Vincent parle d'un choc violent où ils furent culbutés et repoussés. (1)

La version de P. de Vaulx Cernay nous parait la meilleure, d'autant que le passage suivant d'une chronibue rimée contemporaine la corrobore :

E pois a alavesque de Viviers enviât, — Car el en Azemars se sont entremeselat, — Que navei H trameta belament a celât Sobre laigna de Rozer et son outra passât Dont lo valens coms joves a mot lo eor irai Quel vinher de Valensa om aviat talat Car el se combatera qu'il ne crezes de grat. Et intrec al Montelh ou Lambert la menât.

S'étant ensuite pris de querelle avec dom Adhémar (de Poitiers), il (Simon de Montfort) fit prier l'évoque de Viviers de lui envoyer vite et en secret des bateaux, par l'eau du Khône ; et (sur ces bateaux) il a passé le fleuve. Le vaillant jeune comte (de Toulouse) est tout dolent (de ce passage), et si on l'eût cru, il aurait volontiers attaqué Montfort tandis qu'il faisait le dégât parmi les vignobles de Valence. (Simon) entre ensuite à Monleil (Montélimar) où Lambert l'a conduit. (5)

( 1) Vincent. Notice historique sur Montélimar ; — D. Bou-

Îuet. Recueil des Historiens des Gaules, XIX, 90, 109; — Tistoirc de Languedoc, III, 298.

(2) Documents inédits sur l'histoire de France, Croisade contre les Albigeois, p. 292-3.

Guerres.

Les angoisses de l'invasion et les joies de la victoire devaient, à ces époques lointaines, se renouveler fréquemment, à en juger par les quelques détails échappés aux historiens. Sans doute alors, nos pays méridionaux n'avaient plus à redouter les immigrations terribles des peuples du Nord, Cimbres, Huns, Goths ou Visigoths ; mais chaque guerre de seigneur à seigneur ne semaitelle pas les ruines et la douleur dans les terres du vaincu, et pour être localisé, le mal en étail-il moins grand ?

La situation de la France au moment où j'écris peut seule donner une idée des épreuves anxieuses infligées à nos pères, et dont les annalistes contemporains ont à peine daigné tenir compte.

If. l'abbé Vincent parle d'une bataille antérieure aux faits militaires du xme siècle, déjà racontés ; mais il n'en établit point la certitude sur des preuves incontestables.

« Puissants, mais désunis, les Adhémar, dit-il, invo- • quaient l'arbitrage de l'épée ; en 1 1 17, ils guerroyaient » les uns contre les autres, se disputant la possession de » Montpensier. Chacun d'eux avait ses milices, ses alliés » et ses vassaux ; au premier bruit de leur démêlé » s'agite le Bas-Valentinois scindé en deux camps. » Jacques et Eynard deMoreton, coseigneurs de Pierre- » late, prennent fait et cause pour le baron de La Garde » et vont assiéger Montpensier, où les attendait une gar-

* nison enrôlée par le sire de Monteil. Le commandant

• de la place Giraud de Vesc est tué dans une rencontre

* et le château forcé après un assaut vigoureusement » conduit. De ses compagnons nul ne survécut ; tous ■ demeurèrent sur la brèche. Des corps jonchant le sol, » la forteresse traitée en pays conquis, c'était là le dé- » nouement. • (1)

Tout ce récit repose sur deux points historiques encore incertains, savoir : la possession par les Adhémâr, en 1 1 17, de la baronnie de La Garde, et par les Morcton, de la seigneurie de Picrrelate. Une discussion raisonnée des titres généalogiques des deux familles sera mieux placée dans la monographie des localités sus-mention nées ; mais il n'est pas hors de propos, en attendant, de remarquer d'assez graves dissidences à propos du même fait entre les auteurs dauphinois qui en parlent.

D'après M. Rochas, « Aytxard de Moreton et ses deux » fils Jehan et Jacques reçurent, en 1 1-23, de Guillaume

• Adhémar, baron de La Garde, l'investiture d'une » partie de la seigneurie de Pierrelatte, en récompense » des services qu'ils lui avaient rendus dans la guerre » qu'ils soutenaient contre Girard de Vesc. » (2)

Indépendamment des noms : Aitiard au lieu d'Aimar de Moreton et Girard au lieu de Giraud de Vesc, cette nouvelle version permet de conclure qu'avant 1 123 les Moreton n'étaient pas seigneurs de Pierrelate, puisqu'ils reçoivent seulement alors une partie de la seigneurie ; de plus, Girard ou Giraud de Vesc, inconnu à tous les historiens de sa famille, au lieu d'être un simple commandant de place comme dans le premier récit, devient, dans le second, l'ennemi principal du baron de La Garde.

(1) Notice historique sur Châteauneuf-du-Rhône.

(2) Biographie du Dauphiné, verbo Moreton.

De pareilles divergences rapprochées de l'incertitude qui règne sur l'origine des familles auxquelles un rôle est attribué dans le drame, ne sont pas de nature à fortifier une foi déjà chancelante.

M. l'abbé Vincent raconte une autre bataille avec beaucoup de verve et d'imagination. « En 1252, Châ- » teauneuf était, dit-il, l'enjeu d'une lutte opiniâtre à » laquelle semblaient devoir succomber et le vassal et le

■ suzerain. L'armée du comte de Valentinois bloquait » étroitement la place ; chaque jour diminuait la résis- > tance, et déjà l'ennemi rêvait de pillage et de butin, » lorsqu'un renfort inattendu fit pencher la victoire en » faveur des habitants. Pris entre deux feux, Aimar de » Poitiers lève le siège, se retire et laisse derrière lui » une population acclamant son libérateur, Amédée de » Genève, évôque de Valence. Pour modifier le tempéra-

■ ment tracassier d'Aimar, il fallait autre chose qu'un » échec. Guy, seigneur de Chàteauneuf, ne l'ignorait » point ; son coffre forl épuisé, l'égoïsme de ses alliés, » leur jalouse antipathie le vouanfcà un rôle de victime, » à des hasards sans gloire et sans compensation, il se » dessaisit de son fief et le remit, en 1204, aux évéques • de Viviers. » (1) Les mêmes prélats acquirent Donzère en 1286 ; mais cette extension de territoire, loin de leur assurer une paix durable, multiplia leurs ennemis, suivant l'adage connu : t Qui terre a guerre a. »

Columbi, seul garant du récit de l'expédition de 1252. se contente de la décrire en ces termes : Aimar succéda à Arnaud, sur le siège de Viviers. Les archives mentionnent un différend grave entre cet évêque et Aimar de Poitiers, comte de Valentinois. Je ne trouve pas les causes de leurs luttes ; mais si elles viennent de difficultés an-

(1) .Voitce historique sur Chàteauneuf -du- Rhône.

térieures aplanies par des arbitres, je suis d'avis que les 10,000 sols accordés à Burnon (pour Mczenc, La Baume, et Chomérac, tenus en hommage de Pévéque par le comte de Valentinois), (1) doivent entrer en ligne de compte.

Celui-ci était un homme inquiet, et, si l'on en juge par les troubles qu'il excita dans le Valentinois et le Diois, fort avide des biens du clergé, il en vint à ce point d'irritation et d'aveuglement irréfléchi qu'il mit le siège devant le château de Montpensier.

L'évêque de Die, appelé Amédée, de la maison de Genève, prit fait et cause pour Aimar, évéque de Viviers, son frère ; et le comte, inférieur en courage ou en forces aux deux prélats, leva le siège et se retira sans gloire.

Il n'y a dans la narration de Columbi aucun fait, aucune parole qui permette d'attribuer quelque importance à la levée de boucliers de 1552, et l'on peut en dire autant de celle qui suivit l'acquisition de Chàteauneuf et de Donzère, de 1264 à 1286.

« Les Adhémar de Monteil, dit M. l'abbé Vincent, » ravagent la partie du domaine épiscopal sise en deçà » du Rhône, et cernant Chàteauneuf, objet du litige, » menacent de le détruire et de l'incendier. Comme » naguères un de ses devanciers, accourt Amédée de » Roussillon; il fond tout-à-coup sur les troupes de » Lambert de Monteil, les dissipe et fait signer au con- » tendant vaincu une paix que ne troublèrent ni ses » successeurs, ni les comtes de Valentinois. »

\as jésuite Columbi, unique autorité de l'historien, se borne à dire qu' Amédée de Roussillon, mort à Die en 1281, termina heureusement les dissensions existantes entre l'évêque de Viviers et Lambert, sire de Monteil, et

(1) J. Columbi, Opuscula varia, p. 221 et 223.

DE MONTELIMAR

rendit ainsi la paix à cette église, longtemps éprouvée par la guerre. (1)

Je me félicite d'avoir à constater des accommodements au lieu de combats autour de Chàteauneuf, et les évèques pacificateurs me paraissent bien autrement respectables que les prélats guerriers, faisant tuer leurs diocésains au lieu de les convertir.

Malgré l'aliénation, au xni* siècle, du fief de Châteauneuf au profit des évêques de Viviers, consentie par les vassaux des Adhémar ou par eux-mêmes, ces puissants seigneurs y conservèrent longtemps encore une part de juridiction et de territoire. Ainsi, le î$ mai 1338, Hugues, seigneur de La Garde, faisait hommage au prélat suzerain pour sa parerie de Monlpensicr, et, de 1446 à ♦ 1453, Giraud, seigneur de Grignan, se soumettait à la même formalité.

Vers la même époque, les rois de France, comme Dauphins et comme héritiers de la maison de Poitiers, avaient des droits à Chàteauneuf, et des difficultés avec le siège épiscopal de Viviers. Jean de Montchenu, évêque de cette ville, en 1482, ayant fait placer des penonceaux ou étendards sur le château et ailleurs en signe de su-

(1) Opuscula varia, pp. 357 et 305.

vu

Redeyaices.

prématie féodale, le Parlement de Grenoble enjoignit aux habitants du fief et à ceux de Donzère, Picrrelate, Roussas. La Garde et Rac d'avoir à reconnaître uniquement la juridiction delphinale, à l'exclusion de toute autre supériorité, et ajourna l'évôque en personne devant sa barre.

Des procédures ultérieures semblent indiquer toutefois que le roi se bornait à jouir de Chàteauneuf, Rac et Donzère, pendant la vacance du siège de Viviers, car, en 1497 et 1498, les sénéchaux de Beaucaire et de Montélimar, instruits des provisions accordées à Claude de Tournon, faisaient enlever à Montpensier les armas delphinales. (1)

De nouvelles difficultés étaient pendantes en 1515, et l'évéque assignait les procureurs généraux de Dauphiné et de Languedoc devant le conseil d'Etat pour dégager entièrement sa souveraineté sur Chàteauneuf des entraves sans cesse renaissantes que lui suscitaient leurs prétentions contraires. L'année suivante, le roi acquit de Claude de Tournon les aïeux, la suzeraineté et le ressort supérieur de Donzère et de Chàteauneuf, à la condition que le prélat ferait hommage à S. M. pour ces deux terres, y conserverait la justice ordinaire, sauf les appels réservés au Parlement de Grenoble, et recevrait T2 livras de revenu sur St-Pierre de Barry, Devès de Granon, Chomérac, etc., jusqu'à ce que le seigneur de Grignan lui eût abandonné sa parerie de Chàteauneuf.

Le Parlement et la Chambre das Comptes de Grenoble approuvèrent ce traité, en 1516, et laissèrent à l'évéque de Viviers la jouissance du titre nominal de prince de Donzère et Chàteauneuf.

Ce fut en 1517 que le seigneur de Grignan évacua la

(1) Inventaire de la Chambre des Comptes de Grenoble.

seigneurie cédée à François I* et reçut en récompense « les château et terre de St-Maurice aux Baronnies, avec » toute justice, rentes, moulins, forêts, vingtain, tasques • et domaine. »

Voici, d'après l'Inventaire de la Chambre des Comptes, l'estimation de la parerie de Chàteauneuf cédée au roi par Louis Adhémar de Monteil et par ce monarque à Claude de Tournon :

« 27 florins 6 gros pour le péage par terre arrenté » 110 florins.

- 10 florins pour le péage de Malataverne arrenté 40 » florins.

« Pour le péage par eau à raison de 3 florins par la- » beur et pour 22 labeurs qui étoient passés 6C florins.

« Censés en argent montant 8 florins 7 gros.

« 1 1 florins 3 gros pour sa part des 45 florins du » four.

« Censés en blé montant 1 sétier 3 émines.

« 1 civayer d'orge, 10 sétiers blé et seigle pour le qua- » rantain.

• 3 florins pour sa part des enquêtes.

« 20 florins pour sa portion en la leyde des langues » et nambles des pourceaux et aux lods de ce qui étoit » de son fief, outre la juridiction haute, moyenne et » basse. »

Un dénombrement fourni au roi, en 1540, par Charles de Tournon, évôque de Viviers, fait connaître plus explicitement encore les droits féodaux du prélat dans la terre de Chàteauneuf. Il y possède toute justice, 15 livres 15 sols 6 deniers de censés, y compris celles qui avaient appartenu aux Adhémar, 16 sétiers 1 quarte de blé, 10 barraux de vin, 11 chapons et 17 poules ; le chevalage ou droit levé sur les possesseurs de bœufs de labour, lui rapporte 24 sétiers d'avoine ; les gentils-

hommes de la localité lui doivent l'hommage, et les habitants de Viviers, propriétaires à Châteauneuf, lui payent le quaranlain de leurs récoltes, soit environ 20 sétiers de blé, et autant de seigle et d'orge.

Il a, en outre, le ban-vin, ou privilège d'y vendre seul du vin pendant le mois d'août ; le péage par terre affermé 120 livres et le four banal affermé 30 livres.

Les évéques de Viviers avaient déjà cédé à cette époque une certaine partie du territoire de Châteauneuf à divers particuliers qui, en 1540, déclarèrent au sénéchal de Montélimar les contenances et les droits par eux possédés. J'abrège leurs dénombrements :

Despous, chanoine de Viviers, un pré de 6 à 7 journaux.

Cliapitre de Viviers, 80 ou 100 sétérées de terre, 2 sols 6 deniers et 6 séliers de blé de censé, plus 3 livres 12 sols sur le péage.

Jean d'Arlandes, seigneur de Concouies, le domaine de Bordelet, comprenant 200 sétérées de terre, 16 hommes de pré, 35 hommes de vigne, une garenne, la leydc des verres et des pots vendus à Châteauneuf et 10 sétiers de censés de tous grains.

Guillaume Ducros, dit Raffard, héritier de noble Guillaume Raffard, 60 sétérées de terre, 4 journaux de pré et 2 sols 0 deniers de censés.

GabrkUe de l'Auberge, 9 sétiers de blé, 9 sétiers d'avoine, 1 poule, 200 sétérées de terre et 10 journaux de pré.

Noble Louis Jantin, 50 sétérées de terre, une petite grange, un journal de pré et une vigne.

Noble Arnaud Odoard, seigneur de Barcelone, le péage par eau et par terre et quelques censés évaluées 15 livres.

Anne et Nicolas Masaulane, 3 maisons, 200 sétérées

de terre, 6 journaux de vigne, 5 hommes de pré, 1 livre de censés.

Le curé, le recteur de la chapelle du St-Esprit, Odon, du Gué, Ariberl et Segier possédaient aussi quelques immeubles et quelques redevances. (1)

La Communauté.

On ignore l'époque et les circonstances de l'émancipation municipale de Chàteauneuf-du-Rhône ; et l'acte le plus ancien où sont mentionnés ses administrateurs ou syndics, se trouve intimement lié à la possession de quelques brins d'herbe, et remonte au 21 février

Rostaing Borjon (Borionis), chevalier de St-Jeande Jérusalem, commandeur de Montélimar, « disoit » et afïïrmoit qu'il avoit le droit de dépaistre et abruver » et prendre eau pour son bestail de toutes bestes, de » quel genre qu'elles fussent, et aussi pour tous ses do- » mestiqucs, donnés, frères et bergers, par tout le man- » dément et destroict de Chasteauneuf, ce pouvoir ayant » esté acquis par ses prédécesseurs des jadis signeurs du » lieu. »

Pierre de Grand'llive, procureur de la communauté, et les autres syndics contestaient aux religieux hospita-

(1 ) Inventaire de la Chambre des Comptes.

liers, connus plus tard sous le nom de chevaliers de Malte, ce privilège onéreux a une population essentiellement agricole et pastorale. Il fallut un arbitrage. Guy Pellapra, Vincent Schandolat, licenciés ès-lois, et nobles Pierre de l'Isle et Firmin Lambert, chargés de la négociation, accordèrent les parties aux conditions suivantes:

Les droits du commandeur de Montélimar sont reconnus, mais restreints au territoire compris, du côté de Montélimar et du domaine de Dromette, appartenant à Tordre de St-Jean de Jérusalem, entre le Rhône, le béai de Nauriac, la terre de Malpasser, le chemin de la Grèse, le cros de Vaseilhes, le vallat ou fossé de Goufernat, le chemin de Rac à Dromette, le Molinas (versus Moleriam), la fontaine de Molière, appelée aussi Telonnel ou Touronnet, la combe du bois de Thomas Ohautard et le terroir d'Allan.

De son côté, et à titre de compensation, le commandeur doit assurer à la communauté une pension annuelle de 4 sétiers de blé destinée à l'entretien des murs d'enceinte du bourg et « à ses autres négoces et nécessités. »

Parmi les contractants figurent : Pierre Sentri et Jean de Chamblanc, syndics; Hugues Termer, Jean Archias, Jean Manassieu et Barthélémy Quiblier, prudhommes. La ratification de l'acte fut faite par Vautour, noble Jean de Masaulane, Pierre de Champroux, André Chamaret, Pierre de Laboissière et 58 autres habitants.

Malgré l'accord de 1385, de nouvelles difficultés surgissent pour le même objet en 1551, entre Louis de Thollon, commandeur de St-Vincent-lès-Valence, Montélimar et Dromette, et les consuls de Châteauneuf.

Ces derniers soutiennent qu'ils sont en « possession » et saisine de faire chacune année ou par autre divers » temps, certain devès dans leur territoire où personne » ne peut faire dépaistrc bestail, quelqu'il soit, sans » estre déclairé par eux. »

Le différend est porté devant le Parlement de Grenoble, qui prescrit une enquête et finit par ordonner la stricte exécution de l'accord de 1385.

Une sorte de cartulaire ou recueil d'actes municipaux renferme ces deux seuls documents pour la période du moyen-âge, et permet ainsi de conclure à un calme profond pendant ces siècles lointains.

Dans les temps plus rapprochés du nôlre, il contient, à la date du 2 novembre 1579, l'adjudication d'un bois de 450 sétérées, appelé Pâlis de la Font-des-Reynauds, près d'Allan et Dromette, à Jacques Rippert, marchand et bourgeois de Montélimar, en son nom et en celui de ses frères, au prix de 900 écus d'or sol ; — en 1619, la réception comme habitant du lieu, avec les droits, privilèges et facultés des indigènes, du capitaine Jean Pas- Ire dit La Bastide ; — en 1649, le 17 août, une délibération relative aux précautions à prendre contre la peste ; — en 1619, le prix fait de la fonte de deux cloches, une grosse et une petite, etc.

On y voit aussi qu'au xvm° siècle l'administration communale était confiée à deux consuls et quatre conseillers ; que la levée des tailles extraordinaires se donnait par adjudication, et que les affaires les plus importantes étaient décidées en assemblées générales des habitants.

Enfin, comme détail de mœurs, signalons encore les règles de police relatives à la boucherie et à la garde des bestiaux dans les champs.

Chaque année, les possesseurs de chèvres, de vaches ou de pourceaux nommaient un berger commun, qui recevait de chacun d'eux de 2 civayers à 1 émine de seigle pour sa peine. Sans aucun doute, l'application de ce mode de surveillance, difficile aujourd'hui à cause du morcellement delà propriété et de la vente des terrains

communaux, favoriserait à merveille aux enfants la fréquentation des écoles. Mais les moyens simples et praticables sont-ils toujours le plus longtemps suivis?

Quant à la boucherie, elle n'était pas libre. Les consuls affermaient le monopole de vendre de la viande pendant un an, de 18 à 150 livres. De plus, ils se réservaient le droit de fixer les prix de détail, d'empêcher qu'il ne fût baillé aulcung souquet et berlande de brebis pour du mouton et d'assurer aux habitants « en cas d'ouailhe et disgrâce d'aucune bête, » et en temps de salaison, le pouvoir de tuer du bétail pour leur ménage et de vendre du bœuf par quartier.

Les partisans de la liberté commerciale, en tant qu'elle ne porte atteinte ni à la santé publique, ni à la modération des prix, au moyen des coalitions, ne craindraient peut-être pas de déclarer sage et avantageuse la mesure adopiée par nos pères, à une époque où les communications étaient difficiles et où la communauté cherchait dans tous ses actes à protéger les intérêts de chacun.

A côté de ces institutions du passé, dignes d'être connues, il y avait malheureusement des charges sans cesse renaissantes, nées des mouvements continuels de troupes.

Pour y faire face, la communauté avait simplement des tailles ou impositions extraordinaires et lequaratdain ou impôt dû par les forains, variant de 7 à 38 sétiers de blé ou de seigle. Mais les titres manquent pour détailler ce long martyrologe.

XVI* Siècle.

Ln phénomène semblable à celui dont notre époque est le malheureux témoin se produisit en France, à la fin du xvie et du xvm- siècles. Aujourd'hui, comme alors, les meilleurs esprits cherchaient une voie légale ou raisonnable pour sortir d'une situation tourmentée à l'excès, lorsque les impatients, sous le manteau de la liberté, de la tolérance et de l'affection réciproque, déchaînèrent les haines, les vengeances, les dissensions intestines, la guerre civile enfin, et couvrirent nos pays de sang et de ruines. « A l'an 1560 remontent les pre- » miers troubles; jusqu'à l'édit de Nantes, bourgs, » cités, hameaux, campagnes sont le théâtre d'une lutte » incessante qui les dépouille, les saccage et les appau- » vrit. Le donjon de Montpensier, une ceinture de mu- » railles, une population agglomérée, deux voies de » transport entre le Nord et le Midi, vouaient Château- » neuf à un rôle actif, à de cruelles angoisses. Tour à x tour au pouvoir des Calvinistes et des Catholiques. » ses péripéties furent celles de Montélimar, autour du- » quel gravitaient ses destinées comme un astre vers » son orbite. La destruction des archives et le silence » des chroniqueurs laissent incertains ou ignorés les » détails des sièges par lui soutenus. » (1)

fil L'abbé Vincent, Notice historique sur Châteauneufdu-Mi/lne, p. 19.

Fort heureusement, des Notes relatives aux guerres de religion, tirées des archives du couvent de S t- François de Montélimar, publiées par M. E. Arnaud, pasteur à Crest, nous permettent de combler la lacune signalée ci-dessus, et nous reproduisons ces nouveaux renseignements dans leur sèche analyse, persuadé que des faits attestés par un contemporain ont plus de mérite aux yeux du lecteur impartial que les récits les plus dramatiquement arrangés.

1560. — La commune de Chàteauneuf est mise à contribution pour nourrir la compagnie du prince de Salerne, cantonnée à Montélimar.

3/ juillet. — L'édit d'Amboise, qui permettait le libre exercice de la religion, est publié à Chàteauneuf.

/«■ mai. — Une contestation s'y élève entre les deux partis au sujet du consulat.

1564. — « Feux à Chàteauneuf ; messe et prêche en » la même église. Eau bénite répandue le 15 août. » (Cette note laisse entrevoir probablement des diflicultés au sujet des tailles, elle révèle ensuite une prépondérance successive des deux religions et une cérémonie dont nous ne comprenons pas le motif.)

8 octobre. — Une requête de Pévêque de Viviers conclut à la défense de faire le prêche à Chàteauneuf et à Donzère, terres placées sous la dépendance féodale du prélat.

1565. — // avril. — Cette défense est notifiée au ministre des deux localités, qui refuse d'obéir.

// février. — Pan de mur tombé à Chàleauneuf.

1566. — 4 novembre. — Les habitants présentent une requête au Parlement de Grenoble, exposant « qu'au » moyen des troubles survenus pour la diversité des » religions, le service divin auroit entièrement cessé » et cesse encore en l'église paroissiale de St-Nicolas.

DE MONTELIMAR

» tant pour n'y avoir aucuns autels dressés que par » faute d'ornements, revenu et aliment nécessaire pour » Tentretènement des prêtres; ce qui auroit souvent » obligé les suppliants de s'en plaindre au prieur de » St-Pierre du Palais, qui est tenu d'y en entretenir » deux continuellement pour faire ledit service, requé- » rant son rentier de faire construire et bâtir un autel, » fournir les ornements et aliments pour lesdits deux » prêtres, par le désir qu'ils ont de voir rétablir ladite » église et le divin service; la cour, par son décret, or- » donne audit prieur de le faire, autrement seront les » revenus du prieuré séquestrés et à ce employés après » huitaine. »

1561. — 43 février. — Prise et ruine de Viviers par le sieur de St-Auban.

44 septembre. — « Sommaire apprinse (information) » sur le défaut de messe au lieu de Châteauneuf. »

4cr octobre. — « Commandement de par le roy fait à » son de trompe à tous ceux de la religion romaine de » rendre toutes armes à feu et bâtons pour être gardés. » et ce, sous peine d'être menés prisonniers au chef de » la province. »

S octobre. — Passage du capitaine Guichard avec sa compagnie allant au camp de Viviers.

7 octofjre. — L'église est ruinée.

% octobre. — Passage du capitaine Combemont avec sa compagnie.

Du 24 octobre au 19 décembre, « la gendarmerie huguenotte » y occasionne de nouvelles dépenses.

4" novembre. — Le sieur de St-Alban atteste y avoir logé avec sa compagnie le 30 octobre et dîné le 31 , allant à Pierrelate. Passage du capitaine Fanton avec sa compagnie.

3 novembre. — « Abattu le plancher de l'église et fait » Tinquant (encan) des vases sacrés et ornements. »

48 novembre. — « Etape à Châteauneuf pour Don- » zéro établie par les huguenots. »

24 novembre. — « Verbal de ceux du lieu touchant » les pionniers. »

30 novembre. — Passage de M. d'Acier avec 400 chevaux.

49 décembre. — « Ordre du sieur Rondeau, juge du » sieur de Montbrun et bailli de robe courte, aux con- » suis de Clultcauneuf de ne donner aucuns vivres aux » soldats ou autres, sans ordre dudit de Montbrun , » Bourjac ou conseil de Valence. »

1568. — 4 janvier. — Etait alors ministre de Châteauneuf Mre Jean Pontanier, natif de Lorgues.

6 janvier. — Continuation de l'encan des ornements et vases sacrés de l'église du lieu.

40 janvier. — Un camp y est dressé.

// janvier. — 500 hommes de Rocolles (1), allant à Viviers, couchent et dînent à Châteauneuf.

46 janvier. — Nouveau passage de Rocolles allant à Sisteron.

49 janvier. — Continuation de l'encan des ornements sacrés.

24 février. — Passage de deux compagnies de piétons et de 700 chevaux, sous la conduite de d'Acier et de Montbrun.

26 février. — Soldats de Châteauneuf envoyés au camp de Pierrelate.

6 juin. — Continuation de la vente des ornements, vases et bois de l'église.

(1) Rocoles ou Rocoules, fief deCliampis, mandement de la Hàtie-Crussol (Ardèche).

DE JiONTÉLIMAR

29 juin. — Requête des habitants à leur juge pour obtenir l'éloigneinent des étrangers armés.

ii aoxil. — Ordre de M. de Gordes de dresser le dénombrement des nobles et autres propres au service.

Octobre. — Château neuf fournit du pain pour le camp de Noël Albert, qui tient Viviers assiégé.

48 octobre. — Noël d'Achier, écuyer, gouverneur député de Cnâtcauneuf pour Jean d'Orgcoise de la Thi volière, et Jacques Kiote, son lieutenant, arrêtent et relâchent sous caution André Uugon, soldat religionnaire.

1569. — 44 février. — Pareatis du Parlement de Dauphiné pour l'exécution d'un arrêt de celui de Toulouse contre Noël Albert.

40 mars. — Sais:e de bois à Châteauneuf appartenant audit Albert, faite à la poursuite de MM. de Viviers, ensuite du pareatis ci-dessus.

7 novembre. — « Le rentier de Châteauneuf demande « dédomagement de l'église et maison de prière ruinée « le 7 octobre 15G7. »

157©. — 27 mars. — Démantèlement du bourg.

Mai. — « Les huguenots passent le Rhône et volent » à Châteauneuf. Le 10, l'amiral de Châlillon assiège » Montélimar. »

24 mai. — « Dans l'église paroissiale de St- Nicolas * sont faits les consuls qu'on n'a pu faire le 1er mai, » jour accoutumé, comme le lieu est démantelé, au com- » mencement de la présente guerre, qui fut le 27 mars, » lendemain de Pâques U). On passa dudit Château- » neuf à Rac une certaine quantité de filet, mais il fut » volé au temps du siège de Montélimar. »

1574. - 30 octobre. - Requête dont on ignore l'objet au gouverneur de Dauphiné canonnant Grane.

[11 Pâques tomba le 26 mars en 1559 et en 1570. 11 s'agit ici évidemment de 1570.

1576. — Passeport ou sauvegarde donnée à Pontaix, le 21 février, à M. de Conceser, de Châteauneuf, avec ordre de lui fournir des vivres.

157 7. — /er février. — « Les huguenots prennent » Donzère, le tenant encore le 2 octobre, temps de » guerre. Depuis environ deux ans donnent des alar- » mes à tous moments à Châteauneuf, et leur ont tué » cinq ou six hommes ; étant obligés de garder leurs » deux châteaux, payent contribution aux huguenots » et gouverneur de Chateauneuf-de-Mazenc.

» Le 7 novembre s'enfuit sieur Noël d'Achier, établi » leur gouverneur par M. de Gordes. » (1)

1585. — Le capitaine de St-Vincent, au nom du roi, prend possession de Châteauneuf, Rac et Ancone, et il en confie la garde à 400 chevaux et à 30 argoulets. (2)

1587. — « Audit an les huguenots de Montélimar allèrent tant âpied que à cheval avec charrettes auBourdelet, domaine du sieur de Concoules, pour y faire un fort et lui froissèrent et gâtèrent tous ses blés. » (3)

Tel est, dans sa triste concision, le journal des événements arrivés à Châteauneuf, pendant les troubles du xvi" siècle. Au commencement du siècle suivant, le passage fréquent des troupes et les secours en vivres ou en argent donnés aux communautés voisines, aggravent encore les charges publiques. D'un autre côté, à peine rendue à la paix et au travail des champs, la population se voit, en 1629, menacée et frappée de la peste. Heureusement, le fléau ne fait qu'une halte assez courte dans

[1] Bulletin de la Société d'archéologie de la Drôme. 16e et 17r livraisons.

(2) Eustache Piémont. Mémorial des choses advenues, etc. Manuscrit.

3) Bulletin de la Société d'archéologie de la Drôme, 19*

livraison.

le village. Depuis cette époque, l'histoire n'y recueille aucun fait tant soit peu remarquable, si ce n'est le refus inintelligent des autorités locales, au xviii» siècle, d'y permettre l'ouverture de la grande route de Lyon en Provence, appelée aujourd'hui route n° 7 de Paris à Antibes, à travers le bourg. Cette faute n'a laissé d'autres ressources au pays que celles de l'agriculture.

Commerce.

Les tribus celtiques établies sur les hauteurs de Chàtcauneuf avaient-elles, indépendamment de la voie fluviale, des chemins favorables à l'échange des produits du sol et de l'industrie ? On l'ignore. Mais pour les Romains, beaucoup plus civilisés, la création des grandes routes qui reliaient l'Italie aux provinces conquises de la Gaule présentait un intérêt de premier ordre.

Quant à la féodalité, essentiellement militaire et agricole, elle recherchait de préférence des sites peu accessibles, et renfermait ses vassaux dans l'enceinte d'un bourg fortifié et d'un territoire qu'ils ne pouvaient franchir, d'où leur vint le nom de mariantes ou manants.

Au xviii0 siècle, seulement, la route de Lyon en Provence et Languedoc fut commencée dans le département de la Drôme, en suivant la direction de l'ancienne voie romaine.

D'après le témoignage de l'ingénieur Rolland, le chemin du moyen-âge par Châteauneuf offrait, de Montélimar à Donzère, différents obstacles en six intervalles distincts.

Le premier intervalle, de la porte de Montélimar à la rive droite du Roubion, d'une longueur de 120 toises, devait former l'avenue du pont projeté sur la rivière.

Dans le deuxième intervalle, de 110 toises, qui comprenait la traverse du Roubion, « sous l'embouchure du Jabron, » les piétons passaient l'eau au moyen d'un bac, à cheval ou en voiture, sauf dans les grosses pluies qui interrompaient la circulation des voitures.

Le troisième intervalle, entre la rive gauche du Roubion et la croix de St-Jaime, sur 147 toises, n'avait qu'un chemin creux, d'une largeur insuffisante.

Mêmes difficultés pour le 4« intervalle, de 2,970 toises de long, exposé d'ailleurs à l'irruption des eaux de la campagne.

Les 48 toises du cinquième intervalle, étant le lit même de la Riaille, affluent du Rhône qui vient d'Allan, exigeaient un pont et un endiguement fort coûteux.

Dans le sixième intervalle, de la Riaille à Châteauneuf, l'ancienne voie, sinueuse et étroite sur une longueur de 8U0 toises, ne pouvait être conservée.

Le septième intervalle ou la traverse de Châteauneuf présentait des montées et des descentes pénibles, et exigeait l'élargissement des rues du village sur 180 toises de long, de la porte de Montélimar à celle de Donzère.

Au-delà de la porte de Donzère, sur les 400 toises du huitième intervalle, l'ancien chemin côtoyait, dans un val solitaire, un ravin et un rocher fort dur, avec une pente excessivement raide.

Le reste de la montée, ou les 460 toises du neuvième intervalle jusqu'au Serre du-Pas, offrait des rampes plus douces sur un sol de terre glaise.

Enfin, le dixième intervalle, du Serre-du-Pas à Donzère, sur 18*20 toises, se développait, comme le précédent, au milieu d'une solitude affreuse où tous les crimes étaient possibles.

Au contraire, en laissant Rac et Chateauneuf à droite, depuis la Riaille, où un pont de trois arches suffisait, jusqu'au sommet de la montée du Tertre, on obtenait une voie en ligne droite, de 48 pieds de largeur et voisine de fermes et de hameaux habités.

La direction proposée par las ingénieurs obtint le plein assentiment de l'intendant de la province, et un marché fut conclu, le 21 février 1757, avec Richon, pour redresser et construire à neuf la partie de route comprise entre Montélimar et le Comtat, moyennant la somme de 213,000 livres (1).

Depuis l'ouverture de la nouvelle voie, Chateauneuf se trouva isolé au pied de sa montagne, sans autres ressources que celles de l'agriculture dans une plaine heureusement fertile.

Pendant le moyen-âge, malgré la difficulté des chemins, les Juifs y possédaient un comptoir ou banque, nécessité par la batellerie, la fabrication des draps et étoffes de laine, et par l'industrie des chercheurs d'or dans le sable du Rhône (2).

Mais, avec le temps, la vapeur détrône le tirage des bateaux, la draperie des grandes villes fait taire les mé-

(1) Archives département., C, 244, 245.

(2) L'abbé Vincent, Notice sur Châteauneuf. L'orpailleur passait le sable f:r»)ssier ries amples du Rhône à la claie, puis le mettait dans des baquets pleins d'eau. Il le versait ensuite avec l'eau sur des morceaux de drap ou sur des peaux de mouton tendus sur une claie inclinée. L'or et le sable le plus fin restant attachés au drap, on lavait de nouveau le sable dans une écuelle de bois à rainures, et l'or demeurait ainsi au fond de lasébMle.

tiers isolés, et le lavage des sables du fleuve ne donne plus assez d'or; la route abandonne le village, et le chemin de fer lui-même établit sa station plus près de Viviers que de Châteauneuf .

Malgré ce délaissement, la commune, dans son état actuel, témoigne d'une phase d'aisance et de prospérité, et ce n'est pas nous qui la plaindrons d'avoir pu conserver, au milieu des transformations modernes, l'amour du travail salutaire des champs, la simplicité des mœurs antiques et la vivacité des vieilles croyances et des saines traditions.

Conrbon.

Moréri et les biographes principaux parlent avec éloges d'un vaillant guerrier né à Châteauneuf vers 1650, en s'appuyant sur l'unique autorité d'Aimar, juge de Pierrelate, qui publia à Lyon, en 1695, V Histoire du marquis de Courbon, maréchal des camps et armées de la serenissime republique de Venise et Vun des commandât** en chef sous le généralissime, après la mort du mareclial de Conisnmrc. (1)

Eymard et non Aimar, dans sa dédicace a Nicolas de Prunier, seigneur de St-André, marquis de Virieu,

(1) 1 vol. in-12 de 332 pa^es. Le privilège de Thomas Arnaubry «st du 10 avril 1692 (Communiqué par M. Garielu

DE MONTÉLIMAB

premier président au Parlement de Grenoble, déclare formellement n'avoir jamais écrit de biographie ; mais, ajoute-t-il, « l'amitié et l'estime que j'ay toujours eue » pour le marquis de Courbon m'a fait entreprendre » cet ouvrage, afin de luy continuer encore celte amitié » et cette estime même au-delà du tombeau.

» Au reste tout ce que je diray dans cette histoire, je » l'ay apris ou delà bouche même de ce grand homme. » ou des relations de Venise, ou des personnes qui ont » vécu avec luy et qui ont été présentes à tout et qui sa- » voient très-bien les choses. »

Le témoignage du héros n'est pas suffisant, on le conçoit, pour assurer la sincérité du récit ; celui des témoins, s'ils étaient nommés et connus d'ailleurs, serait de beaucoup préférable ; quant aux relations de Venise, il n'en est fait mention nulle autre part dans le livre.

Ces diverses circonstances, jointes au silence de Chorier et de Guy Allard, écrivains contemporains, ne sont pas de nature à lever tous les doutes à l'endroit des faits et gestes du soldat de fortune né à Châteauneuf. Aussi M. Rochas n'a-t-il pas une confiance illimitée en la critique historique du juge de Pierrelate. « Le bonhomme, » dit-il, narre dans son histoire avec la plus robuste » crédulité tous les contes que Courbon lui a débités ; il » le nomme sérieusement un grand homme, et ce fut » probablement pour donner un digne pendant à son » histoire qu'il écrivit, quelques années après, celle du » chevalier Bayart. » Toutefois, au dire de M. Rochas lui-même, la vie de Courbon est fort amusante et rappelle bien souvent les aventures de Gilblas et de Guzman d'Alfarache, si agréablement écrites, de vingt à trente ans plus tard, par Lesage (Alain René), mort en 1747, à l'âge de 79 ans.

Ces explications données, nous allons faire connaître

le héros d'Eymard, après avoir emprunté à son livre le portrait suivant :

« Courbon étoit d'une taille proportionnée, le tour de » visage un peu plein et uni, les cheveux noirs, son » teint un peu halé à cause de tant de campagnes qu'il » a voit faites, et un corps si bien pris pour tous les exer- » cices de la guerre qu'on n'en pouvoit pas voir de plus » dispos ni qui marqua plus de cœur ni un plus par- » fait honnête homme.

» Il avoit de la tête et il faloit bien qu'il en eut pour » parvenir aux rares emplois où son rare mérite l'avoit » poussé....

» Son esprit a paru à savoir faire tant de différents » personnages et à se retirer avec honneur de tant de » mauvaises affaires qu'il a eues, d'avoir réussi dans » lout ce qu'il entreprenoit et d'en avoir toujours trouvé » les moyens; mais surtout il brilloit dans la conver- » sation ; il y étoit agréable et divertissant et il y plai- » santoit d'une manière spirituelle et à ne choquer ja- » mais personne, sa mémoire et son esprit luy fournis- » sant cent jolis contes à rire et à faire rire la compagnie.

» Pour le cœur on est asses persuadé qu'il en eut auv tant qu'on peut en avoir. »

Au récit maintenant.

« Le marquis de Courbon naquit à Châteauneuf-du- » Rhône, qui est un petit bourg dans le Bas-Dauphiné, » vers 1650. Son père s'appeloit Bornas et sa mère » Heynier. Ils eurent trois enfants dont le dernier étoit » notre marquis. »

Le cadet, après vingt campagnes, entra dans l'ordre de SI François, et se signala dans les Missions étrangères, à Bénin, en Nigritie. Quant à l'aîné, il conserva sans doute les biens et le nom de la famille, et quitta Chàteauneuf pour les environs de Pierrelate.

DE MONTELIMAR

A cause de ses belles qualités, les parents du héros futur le destinèrent à apprendre les belles-lettres. « En » effet, on l'envoya au collège dès qu'il en fut capable, » et, selon le sentiment de ceux qui avoient soin de ses • études, il n'y profitoit pas peu. Mais comme toutes ses » inclinations étoient tournées à la guerre, il se dégoûta » bientôt des livres, il pria ses parents de le retirer des » classes et de lui permettre d'aller dans le service. »

Ceux-ci, parait-il, ne se pressaient pas d'accéder à ses impatients désirs. Aussi, voyant que ses lettres demeuraient sans réponse, le jeune collégien songea-t-il à se passer d'une autorisation régulière. Le difficile était d'obtenir l'argent nécessaire au voyage ; mais, à l'aide d'une lettre supposée de Bornas père, à un riche marchand, connu de la famille, il toucha les avances espérées. Non content de ce faux, il s'adjugea encore un cheval de son frère et se dirigea vers la Provence. Pareil début promettait.

Chemin faisant, le jeune aventurier se lie avec un gentilhomme d'humeur pareille à la sienne, et tous les deux s'engagent comme volontaires dans l'infanterie, où ils avançaient rapidement, lorsque la conclusion de la paix avec l'Espagne entraînant la réduction de l'effectif des régiments, Bornas, un des derniers officiers promus, est congédié, à son grand déplaisir. Il avait alors de 17 à 18 ans.

Cependant la guerre continuait entre l'Espagne et le Portugal, et il allait prendre de l'emploi dans ces pays lointains, si, au passage des Pyrénées, des voleurs ne lui avaient guère laissé autre chose que la vie et la liberté. Dans cet état de dénùment, il rencontre fort à propos un ermite français, appelé du Vcrdier, auquel son air, son langage et ses desseins belliqueux inspirent de l'intérêt. Hospitalité cordiale, habits neufs et conseils

excellents, il trouve tout chez lui. Touché de tant de bienveillance, le soldat ermite reste de dix à onze mois avec le religieux et visite en sa compagnie les curiosités des villes principales de trois ou quatre provinces.

Un jour, des bruits de guerre arrivent jusqu'à l'ermitage paisible, et les idées belliqueuses obsèdent l'esprit du jeune solitaire. Prières et remontrances, rien ne le touche. 11 part bien équipé avec 50 piastres, don de son hôte. Après quelques lieues de marche, il tombe dans une embuscade de miquelets ou voleurs de montagne : « Camarades, leur dit-il, se voyant pris, que voulez- » vous de moi ? Je suis un soldat qui, lassé du métier » des armes, vient vous trouver pour en faire un autre. » Recevez-moi, je vous prie, dans votre compagnie, et » je vous promets que vous serez autant content de » moy que j'auray lieu de l'être de vous autres. »

Surpris de tant de résolution, les voleurs désirent connaître l'histoire de leur nouvelle recrue, et Courbon l'arrange de manière à les intéresser. Son esprit et son courage lui assurent bientôt sur la troupe un ascendant qu'il employa toujours à empêcher les meurtres. C'est son historien qui l'affirme.

Trois mois s'écoulent au milieu de cette vie de périls, de fatigues et d'action. 11 s'échappe à la fin, rentre en France, et demeure deux ans chez un riche seigneur bourguignon. Ensuite, muni de quelque argent, il s'associe sans scrupule avec un pirate de Marseille, et une prise importante lui vaut un revenant-bon de 10,000 livres. Sa libéralité et son esprit le font dès lors de plus en plus connaître, et, sur l'invitation de quelques gentilshommes, il passe en Italie. A Rome, où il prit le titre de marquis, • ce nom luy fit faire bien de la dépense, parce que, se » trouvant en cette ville, des personnes de cette illustre et » ancienne famille, qui reconnurent notre marquis pour

» parent et qui le firent connoitre à tout ce qu'il y avoit » de plus considérable, il fallut qu'il soutint ce nom et » cette qualité avec éclat. »

Pareil danger n'avait pas été prévu, et Courbon, pour en sortir avec honneur, supposa des lettres qui, le rappelant dans sa famille, lui permettaient de quitter ses amis. Ce fut toutefois pour peu de temps, car, sur la route de Turin, une dame de qualité, brouillée avec son mari, accepta de le ramener à Rome, où il réussit à réconcilier les deux époux et regagna la France et Paris avec la comtesse. Mais sa situation délicate auprès d'un mari jaloux ne pouvait durer longtemps. Il profita de sa position pour apprendre l'équitation, se créer des protecteurs et obtenir un emploi.

C'est alors, en effet, qu'il est nommé lieutenant au régiment de Furstemberg et chargé d'enrôler des recrues. Trouvant sa place prise au retour, il provoque en duel et tue le successeur de son capitaine. Pareille esclandre mettait ses jours en péril; il revint donc à Paris, et, grâce à l'appui de la comtesse, entra comme cornette dans les troupes de l'évéque de Munster, où il. servit deux ans.

Après la campagne de Hollande, « Courbon est obligé, » contre son inclination, de suivre le cours de la for- » tune et de porter les armes contre son prince légiti- » me. » Pour atténuer ce crime, l'auteur invoque l'âge peu avancé encore de son héros et le peu d'importance des engagements auxquels il prit part. Mais à quoi bon justifier un jeune homme déjà si accompli dans l'art d'arriver au but, sans se préoccuper de l'honnêteté des moyens ! Eymard croyait si peu à l'efficacité de son plaidoyer, qu'il fait combattre le marquis contre le grand Turenne, devant Zeintzein, où il reçoit cinq blessures.

Dans une autre rencontre près de Maèstricht, ses Al-

lemands ayant élé battus il fut fait prisonnier, et sa position était des plus critiques, lorsqu'un de ses parents facilita son évasion. Nommé lieutenant de cavalerie au retour, il sauve l'arrière- garde de l'armée du duc de Lorraine et devient capitaine pour ce fait. « Comme les » mémoires de Courbon, qui étoient fort curieux, à ce » qu'une personne qui les avoit vus m'a assuré, » se perdirent à Négrepont et qu'on n'a pu parler à des officiers ayant servi en Allemagne, Eymard insinue que bien des exploits de son ami demeureront ignorés, et il s'en console en affirmant que celui-ci passait aux yeux du duc de Lorraine et de son neveu pour un habile et vaillant guerrier.

Revenu en France, à la paix de Nimègue, pour se munir de litres de noblesse favorables à son union avec une riche allemande, il éblouit Pierrelate de son luxe. « On ne sauroit croire la joie qu'il causa à sa famille, » car comme on ne pensoit plus à luy, on fut si agrea- » blement surpris qu'il y parut pour y faire une si belle » ligure, que son père qui vivoit encore ne pouvoit pas » s'imaginer que ce fut son fils, tant la chose lui parois- » soit surprenante. »

Pendant ce séjour, le marquis rencontra par hasard du Verdier, l'ancien ermite des Pyrénées et lui fit grand accueil, mais il dut renoncer à trouver écrites sur de bons parchemins ses prétentions aristocratiques. Déçu de ce côté, il laisse son équipage à son frère et se rend en Autriche, où les Turcs venaient de porter la guerre.

Troisième officier de cavalerie du comte de Caste!, il met en fuite le* infidèles et gagne ainsi l'amitié des généraux et du roi de Pologne.

Après la campagne, Courbon, de passage à Vienne, va rendre visite au comte de Rimbourg. Celui-ci était mort depuis peu, laissant une veuve fort recherchée.

Notre marquis se met sur les rangs et tache de faire entendre qu'il obéissait de la sorte aux désirs du défunt, son ami. La comiesse résiste, sous le prétexte d'obtenir le consentement de l'impératrice douairière; toutefois, voyant le mauvais état des finances du prétendant évincé, elle lui donne une bourse et un riche diamant, en souvenir de son mari.

Courbon renonçait à ses projets de mariage sans le baron de Colombiers, son compatriote, « homme d'esprit et d'intrigue. » qui, en obtenant la permission de l'impéralrice et de la cour entière, lève tous les obstacles.

Voilà désormais le marquis au comble des honneurs et de la prospérité, comme successeur d'an mari qui avait eu aussi d'étranges aventures, auxquelles Moréri ajoute peu de foi. Simple portier de couvent, Rimbourg, initié au secret de transformer les métaux en argent, avait été appelé à la cour d'Allemagne, où il s'était marié avec une riche héritière de Bohême et avait occupé une charge de ministre et l'emploi de directeur de la Monnaie.

Quoi qu'il en soit, son héritier, toujours ami de la gloire, ne resta pas longtemps inactif. On le retrouve au siège de Bude, où il se distingue, et parmi les enrôlés de distinction que recrute en Allemagne l'ambassadeur de Venise, Contarini. Mais l'expédition de Morée, qu'il fait à la tétc d'un régiment de dragons, achève d'établir sa réputation de bravoure.

Au siège de Coron, il repousse deux sorties des assiégés et se rend maître de la place. Mêmes services éclatants à Navarin, où il commande la cavalerie, taille en pièces celle des Turcs et obtient pour sa part du butin la tente du séraskier. Eymard avait reçu, comme gage de l'amitié de Courbon, la bague du général ottoman vaincu; « elle enfermoit dans son chaton une grosse

» pierre précieuse où le nom de ce seraskier étoit » gravé. »

Le maréchal Oonismarc, Suédois, au service de la république de Venise (1), ne prit qu'une part médiocre au triomphe de Courhon, à cause de la rivalité suscitée entre leurs femmes par le luxe de la marquise. Dans une revue, les dragons de Courbon furent même insultés, et il fallut l'intervention du généralissime pour réconcilier les deux chefs.

Le succès des Vénitiens à Napoli de Romanie aurait été, d'après Eymard, l'œuvre presque exclusive de Courbon. « 11 arrive où tout étoit dans la dernière con- » fusion ; sa présence seule donne à penser aux Barba- » res (Turcs) et arrête leur pointe ; là-dessus, il donne, il » enfonce, il épouvante, il lue et presque dans un mo- » ment tout change de face. Là, il passe sur le ventre à * des bataillons; ici, il défoit des escadrons ; là, il en » met d'autres en fuite... » Pendant cette mêlée sanglante, le comte de Farges, de la maison du prince de Turenne, le sauva de la mort.

Après la capitulation de la place, Courbon reçut du généralissime (Morosini) les patentes de commandant de la cavalerie et des dragons et une augmentation de pension. Vers le même temps, il perdait sa femme, hériritait de ses biens et grâce à l'abbé Gros, frère du baron de Colombiers, d'une cassette pleine d'or, de pierreries et de valeurs. Vivement affecté de cette mort, notre héros n'en continue pas moins ses exploits militaires, se couvre d'honneur à Patras, où il est blessé au genou et voit sa pension augmentée de nouveau de 2,000 ducats. Venise donnait, en même temps, une épée garnie de diamants au prince de Turenne et un régi-

(1) Les auteurs l'appellent aussi Koningsmarg et Kœnismark.

ment de dragons au baron de Colombiers. Malgré la prise de Corinthe et de Misithra, le généralissime, aux approches de l'hiver, termine la campagne, contrairement à l'avis de Courbon, qui voulait attaquer Négrepont, sans délai. Le marquis profite de ce repos forcé pour retourner à Venise et à Vienne, et tirer vengeance du comte de Castel qui l'avait offensé.

La guerre recommence avec les beaux jours, et Négrepont est assiégé le 18 juillet 1688. Secondé à propos, Courbon s'en rendait maître dès les premiers jours ; mais on temporise et les difficultés se multiplient. Bientôt Konismark est emporté par la maladie, et le soin des opérations incombe à d'Harcourt et à Courbon. Ce dernier, en remplissant avec zèle ses devoirs de chef supérieur, est tué par un boulet et sa perte est bientôt suivie de l'insuccès et du départ de l'armée vénitienne.

« Ainsi finit d'une si glorieuse mort, à l'âge de 38 » ans, l'un des vaillants hommes de son temps, le père » des soldats, l'ami des étrangers, et le compagnon des » officiers et de la noblesse, en un mot l'amour et les » délices de toute l'armée; celuy qui étoit la terreur de » rotoman, le bras droit de ses généraux, le cœur et » l'ame d'une armée. »

Critiqoe historique.

Le juge Eymard attribue au marquis de Courbon une mémoire prodigieuse et une facilité étonnante pour apprendre les langues étrangères. « Il en savoit, dit-il, » jusques à huit et encore davantage et il les parloit si » juste qu'on eût dit qu'elles luy étoient naturelles. » Quant à son courage, « depuis lïige de treize ans jus- » qu'à l'âge de vingt, il garda quelque mesure et quel- » que ménagement et ne s'exposoit pas tant au péril; » mais depuis ce temps-là, ni les dangers les plus terri- » bles, ni la crainte de la mort ne le firent jamais re- » culer.

» Que dirons-nous de sa libéralité et de sa magnifi- » cence ? Il est seur qu'il possedoit ces deux belles vertus » dans un éminent degré ; son train etoit l'un des plus » lestes et des plus magnifiques de l'armée.... Dans sa » maison il avoit plus de soixante domestiques et parmi » ceux-là des joueurs de toutes sortes d'instruments. » En Morée, il tenait table ouverte et fournissait de l'argent à tous ceux qui en avaient besoin. « Il pretoit de bonne » foy, sans billet et sans prendre ses suretez. Cela luy a » fait perdre de grosses sommes et a été cause que son » frère, après la mort de ce marquis, n'a pas profité de » la moindre chose. » Il aimait aussi le jeu d'un amour de politesse et de complaisance et non par passion.

Depuis son mariage, il mena une vie fort réglée et môme dévote, communiant tous les mois et assistant à la messe le plus souvent possible.

DE MONTELIMAR 227

Tels sont les traits principaux du caractère et des exploits du héros d'Eymard, qui ne cite jamais de dates et très rarement les noms des personnes et des localités.

Or, de tous ces exploits la partie romanesque a dû être contée à l'auteur par Courbon lui-même, et la partie héroïque ou militaire par le baron de Colombier, un de ses amis et compatriotes. L'histoire mentionne parfaitement les batailles relatées dans le livre du juge de Pierrelate, mais elle ne les attribue jamais au marquis. Cependant j'ai trouvé un témoignage en sa faveur dans les rares ouvrages que j'ai pu consulter. C'était à l'époque du siège de Négrepont, du vivant de Konismark. Le doge Morosini avait résolu de donner l'assaut à la partie de la ville qui avoisine le rivage ; il la fit attaquer le 20 août 1668 par cinq endroits différents. Trois fois les Vénitiens furent repoussés ; à la quatrième cependant, le retranchement demeura en leur pouvoir. « Les Turcs • prirent la fuite du côté de la ville, mais le marquis de » Courbon, à la tète d'un corps de cavalerie, leur coupa » le chemin, de sorte que quelques-uns furent tués et » que d'autres se jetèrent dans la mer. De ceux qui par- » vinrent jusqu'à la ville, il y en eut aussi un grand » nombre de massacrés, parce qu'on ferma les portes » de peur que les vainqueurs entrassent avec les h vaincus. » (1)

Ce seul fait, attesté par les historiens de Venise Foscarini, Gratiani et Ricaut, d'après les auteurs anglais de Y Histoire universelle, suffit pour assurera Courbon une véritable dose d'habileté et de courage et à donner une sanction réelle si ce n'est à tous les détails de sa vie, du moins aux traits principaux.

A ce contrôle normal j'ai voulu ajouter celui de la tra-

(1) Hittoire universelle... Traduite de l'anglais. Taris, 1779-1791, 120 vol. in-8°. T. 91. p. 248.

dition, d'autant que le frère du marquis étant allé à Venise pour recueillir son héritage avait reçu de la Sérénissime République une médaille d'or de 600 ducats et rapporté un magnifique portrait du défunt.

Mais la tradition est également muette à Châteauneufdu-Rhône et à Pierrelate. Toutefois, mon enquête n'aura pas été inutile. Questionné sur le juge, historien du xviie siècle, M. Eymard (Jules) répond : « En fait d'ou- » vrages de membres de ma famille, je ne connais que » la Vie de Bayard par le chanoine Eymard. »

D'où il suivrait, contrairement à la Biograplûe du Dauphiné, qu'il y a eu à Pierrelate deux écrivains de môme nom, l'un juge et l'autre chanoine. C'est là un fait absolument nouveau pour les bibliophiles.

De Châteauneuf sont arrivés aussi quelques renseignements curieux. • Nous n'avons pas les registres de bap- » témes, mariages etdécès des années 1649, 1650 et 1651 , » à cause d'une lacune de 30 ans depuis 1627, — m'écrit » M. l'abbé Renaud, curé de la paroisse, ecclésiastique » aussi bienveillant qu'instruit. — J'ai trouvé plusieurs » fois, dans ceux de 1621 à 1627, le nom de Bournard, » mais jamais celui de Bornas. Il est évident dès lors » que Bournard était le vrai nom du marquis. Cette » famille devait être riche et considérée, car je vois » André (1), Antoine et Isabeau Bournard figurer dans » les baptêmes à côté de femmes nobles. D'ailleurs le » fait seul d'avoir un fils au collège indique assez claire- » ment une situation plus qu'ordinaire.

» Vous dites qu'un frère du marquis s'établit à Pier- » relate et voici la preuve de cette assertion. En 1692, » Jean Bournard, bourgeois habitant à présent Pierre-

(1) En 1644, André était boulanger à Châteauneuf, sa femme s'appelait Clauda Cuoc et son fils Esprit. (Protocoles de notaires à Châteauneuf.)

» laie, maître de l'hôtel des Trois-Pigeons, vendait à » Darlin une maison située en la Grand'Rue, limitée au » nord par une ruelle qui va à la Juiverie. Cette maison » existe encore ; elle a subi des transformations ; mais, » à la vue du local, je suis très porté à croire que c'est » la maison paternelle de notre héros.

» Il avait certainement pris le nom de Courbon d'un » quartier de la commune, ainsi appelé aujourd'hui » encore. Quant à sa famille, elle n'a plus ici de repré- » sentant.

» En parcourant nos registres paroissiaux, je viens de » trouver Nicolas Bournard parrain, en 1679. Le rédac- » teur de l'acte de baptême avait d'abord mis le mot de » marquis ; il a biffé ce titre et l'a remplacé par sieur de » Courbon, officier et capitaine d'une compagnie de » cavalerie. La signature est N. de Courbon. »

Grâce à ces bienveillantes communications, l'incident est vidé.

Mais on peut se demander, non sans raison, si l'illustre Bornas ou Bournard a été l'unique célébrité de Châteauneuf. En parcourant le bourg, on est involontairement frappé de l'aspect aristocratique de ses maisons du xvc siècle et l'imagination y retrouve aussitôt de nombreuses familles opulentes, nobles ou bourgeoises. Aucune d'elles n'a-t-elle produit un homme remarquable par ses vertus, par son courage, par son esprit ou même par ses malheurs ? Essayons de répondre.

Parmi les maisons nobles dont les documents conservés révèlent les noms, on trouve les d'Achier, éteints au xvue siècle dans les Chevalier, parents des Sinard. Marie d'Achier avait épousé Georges de Chevalier, lieutenant du juge de Châteauneuf. Celui-ci, par son testament de 1644, voulut être enseveli dans la chapelle de M. de St-Ferréol. Ne laissant pas d'enfants de Marguerite

d'Esclauseau, ses biens échurent à Jeanne, sa sœur, et à Louis, son frère, prieur du Pègue. (1)

Nous avons signalé un d'Achier pendant les guerres du xvi* siècle, et la famille, au siècle précédent, habile Montboucher et Valence. (2)

Les Chevalier de Sinard, originaires du Triôves, remontent à un célèbre jurisconsulte qui professait le droit civil à Grenoble en 1282.

On a vu déjà les St-Ferréol à Châteauneuf-de-Mazenc. Guillaume, l'un d'eux, épousa Louise Dupré, dame du Mas, et en eut Benjamin. Aimar, fils de celui-ci, est qualifié, en 1639 et en 1642, seigneur de La Mure. VArrno- • rial du Dauph'mé lui donne pour femme Catherine Durand de Pontaujard ; Chorier, Lucrèce de Higot, et un acte notarié, Jeanne de Chalamel, fille de Marie de Feautrier, parente ou alliée de Daniel d'Arlandes, sieur du Monard, et de Barthélémy Darbon, sieur d'Espenel. (3)

Cassini et M. l'abbé Vincent confondent La Mure avec le fief de Combeaumont ou Combemont. Quoi qu'il en soit, M. de Tulle, époux de l'héritière des de Vesc de Combemont, vendit, en 1736, à M. Alexis Rivière une contenance de 244 sétérées, et M. de St-Ferréol de St-Pons, 117 autres sétérées d'immeubles. (4)

M. l'abbé Vincent décrit avec détails le manoir féodal de La Mure, parle de ses fosses, de ses murs crénelés, de ses tours, de sa herse et de son pont-levis, de son large escalier à balustre conduisant a la salle d'armes, de ses arbres séculaires, de son mail et de ses jardins;

(1) Protocoles de notaires de Châteauneuf-du-Rhône.

(2) Edmond Maipnien. Généalogies et Armoiries dauphinoises. Grenoble, 1870. Drevet. Broch. in-8".

(3) Protocoles de notaires de Châteauneuf-du-Rhône.

(4) Carte de Cassini ; — Notice historique sur Châteauneuf; — Archives déparlein., C. Vingtièmes.

mais tout ce cachet d'un autre âge a disparu. M. de La Mure a changé ou supprimé une partie des agencements extérieurs et intérieurs. « Il voulait du confortable et, » dans sa résidence, le confortable est venu s'installer » gracieusement. »

Un des ancêtres des possesseurs actuels du château, officiers estimés, fut président juge des Traites au département de Montélimar, et épousa Paule Célio dé Quiroga, originaire d'Espagne. Il avait eu un emploi civil dans l'armée du maréchal de Saxe et obtenu la confiance de ce général. (1)

De 1779 à 1789, un Rivière de La Mure fut garde des sceaux en la chancellerie du Parlement de Grenoble. (2)

M.' de Piolenc de Thoury possédait la seigneurie de Châteauneuf-de-Mazenc et le domaine du Roure, à Chàteauneuf-du-Rhône ; il vendit ce domaine 11,500 livres en 1758 à Jacques-Daniel N'icolas, avocat du roi à niôtel-de-Ville de Montélimar, et ses créanciers, en 17ti9, firent exproprier la seigneurie.

Marie de Perluis, veuve de noble Jean d'Aubrespin, et Brohard, son gendre, avaient, en 1758, le domaine de Pertuis. Paulmier de La Tour écrivait à l'intendant de la province que, de lous les malheureux de la Généralité, ceux-là avaient le plus de titres à sa compassion. • Trois vieilles femmes ou filles, dont une sur le bord » du tombeau, un homme très borné, tous quatre sans » yeux et sans bras pour travailler un petit bien en sé- » queslre, rongé par les créanciers, nulle autre res- » source » ; telle est leur situation. • Cela est au point » que, pour vivre à la journée, on vend le crin des » chaises et des matelas et les meubles les plus néces-

(1) Archiv. départ., série M.

(2) Armoriai du Dauphiné et Archives départ.

» saires ; en un mot, c'est la misère en chausse et en » pourpoint. » (1)

Turenne doit-il son nom au fameux condottiere du xiv« siècle ou bien au maréchal illustre de Louis XIV ? M. de Coston opine pour Raymond Roger et la tradition penche pour le maréchal.

Le Moleyron appartenait aux de Vesc. Deux membres de cette famille puissante, prévôts de la cathédrale de Valence, en 1546 et 1548, l'avaient grevé d'une pension au profit du chapitre de St-Apollinaire. Il appartenait, au xviii» siècle, à M. de Baratier, d'une famille de l'Enibrunois. (2)

Les d'Arlandes, originaires des environs de Montélimar, où ils possédaient, au xvi* siècle, le domaifle de Bordelet, ont produit le célèbre aéronaute François- Laurent, marquis d'Arlandes, major d'infanterie, né le 25 septembre 1742 à Anneyron.

Comment ce domaine passa-l-il de leurs mains en celles du trésorier de France, Hébrard de la Valonne ? Un fait certain, c'est qu'en l'an x, le 9 nivôse, les biens de la succession d'Elizabeth Hébrard, veuve de Jacques- François Pavin de Fontenay, échurent à Mrae Rousset-la- Valonne pour quatre neuvièmes, et aux Crouy-Chanel pour cinq neuvièmes. (3)

En 1815, Mm« la marquise d'Arces, née Rousset, se disant âgée de 80 ans et ruinée par la Révolution, réclamait le remboursement des impôts payés à la décharge de ces derniers.

M. le baron de Coston a donné, dans le Journal de Montélimar (année 1803), une appréciation critique de

(1) Archives départ., C, Vingtièmes.

(2) Inventaire des titres du Chapitre aux archives départ, et série C, Vingtièmes.

(3) Archives de la Drùine, série M.

l'histoire généalogique des Crouy-Chanel prétendant au trône de Hongrie et de Modène ; je ne reviendrai pas sur ce point.

D'après ce travail curieux, les Chanel descendent de François-Laurent, sergent-major au fort de Barraux, en 1642, père de Claude II, greffier du bailliage de Graisivaudan, en 1670, et grand-père de Claude III, bourgeois et greffier de l'Election de Grenoble, en 1723 ; ce qui explique le silence de Chorier et de Guy Allard.

MM. Germain Sarrut et Niary, au contraire, établissent la filiation des Crouy-Chanel, en ligne directe, depuis André III, dernier roi de Hongrie, de la dynastie des Arpad, laquelle, au témoignage du duc d'Arscot, remonte d'abord au roi des Huns Attila, et de celui-ci à Noé. (1)

Dernières notes.

La devise de l'historien sincère se résumant en ces deux mots : « Ni trompeur ni trompé * , j'ai fait appel à toutes les bonnes volontés pour obtenir le plus de ren-

(1) De Coston, Les Arpad et les Crouy-Chanel. Montélitnar, 1863 Br. in-8°; — Les Crouy-Chanel et leurs Adulateurs. Paris. Br. in-8° ; — Germain Sarrut. Les Fils d Arpad. Paris, 1861. 1 vol. in-8"; — Alb. Niary, Les droits des Arpad. Paris, 1862. 1 vol. in-8°.

seignements possibles et éviter les erreurs presque inhérentes à ce genre d'études : de là les additions suivantes.

Mines. — « Dans mes courses à Donzère, m'écrit M. Brun, instituteur à Châteauneuf, j'ai pu remarquer, sur les limites des deux communes, au quartier du Buis, les indices d'une mine de charbon de pierre d'excellente qualité. Les morceaux choisis pour épreuve brûlent parfaitement et ne répandent pas l'odeur désagréable des charbons du Gard. Si l'extraction de ce combustible a été provisoirement abandonnée, elle pourrait être reprise aujourd'hui avec plus de succès, grâce au chemin de movenne communication n° 44 de Châteauneuf à Don-

zère ; et la compagnie du chemin de fer, ainsi que la population, y trouveraient de sérieux avantages.

« La carrière de marbre blanc veiné de rouge dont parle la Stathliqiw de la Drôme existe réellement à Châteauneuf dans la partie Est et Sud du village ; et si elle n'a pu vous être indiquée à votre passage ici, c'est qu'elle a cessé d'être exploitée, fait d'ailleurs regrettable, car ce marbre est susceptible d'un beau poli, et pourrait être employé aux incrustations.

« Jusqu'à ce jour, les blocs de la carrière S.- S. -E. ont été utilisés sur place dans les constructions, à cause du poids des blocs, supérieur d'un tiers environ à ceux du calcaire. »

Statistique. — Dans l'énumération des quartiers de la commune, le mot Iles a été fautivement remplacé par Devès, et le chiffre total des ménages par 241, au lieu de 249 ; celui du quartier dit la Montagne étant de 1 1 et non de 4. Enfin, les 1 ,293 habitants du recensement de 1866 se divisent en 372 garçons, 280 hommes mariés et 37 veufs, pour le sexe masculin, et en 273 filles, 280 femmes et 51 veuves, pour le sexe féminin. Sous lerap-

port religieux, on compte 1,260 catholiques et 33 dissidents; sous le rapport professionnel, 1,120 agriculteurs, 132 industriels et 9 commerçants, 4 membres du clergé, 17 personnes sans profession et 1 1 exerçant des professions libérales. Quant à l'origine, 1,239 individus sont nés dans le département, 51 hors du département, 2 sont étrangers naturalisés et 1 étranger.

Si l'on veut connaître le degré d'instruction de ces 1,293 habitants, le recensement de 1866 révèle 547 personnes qui savent lire et écrire, 104 qui savent lire, et 643 qui ne savent ni lire ni écrire.

Antiquités. — < J'ai visité les objets trouvés au Palais, à l'époque des travaux du chemin de fer, m'écrit M. l'abbé Renaud, déjà cité plusieurs fois pour ses intéressantes communications. 11 y avait : l°deux pans de mosaïque transportés dans les cours du château de La Mure, l'une arlistement faite et l'autre d'une facture grossière ; 2° un tronçon de statue en marbre fort belle qui a dû faire partie d'un groupe, car on y voit sur l'épaule les doigts d'une main étrangère ; 3° un socle de statue et un animal mutilés ; 4° beaucoup de tombes complètement vides.

« Avant l'exécution de la voie ferrée, on y avait découvert un fragment de frise d'une excellente exécution, et il se voit encore en compagnie de deux ou trois autres dans un appartement du château de La Mure. »

Paroisse. — Le même correspondant explique la cérémonie du 15 août 1564, précédemment mentionnée au chapitre des troubles du xvr siècle, par les prescriptions du droit canonique relativement aux aspersions d'eau bénite dans les églises que les hérétiques ont occupées.

« En 1656, ajoute-l-il, un fait assez curieux, après le

concile de Trente, se produisit à Châteauneuf . Le prieuré de St-Pierre-du-Palais ayant été détruit, les biens en furent affectés, partiellement du moins, à l'établissement d'un secondaire ou vicaire, dont l'abbé d'Ainay revendiqua la nomination. Lors donc que M. Vallat résigna ce bénéfice en faveur de M. de Varage-Delolle, agréé par Mgr l'évôque deSt-Paul-Trois-Chàteaux, le Chapitre d'Ainay protesta en ces termes : « Nous ne prétendons » pas souffrir que M. le secondaire prenne son vicariat » pour un bénéfice dont il puisse disposer. Nous enten- » dons de l'y établir, de l'y entretenir et de l'en sortir » quand bon nous semblera, et nous ne sommes pas » résolus de souffrir que Mgr de St-Paul en nomme un » non plus, parce que, puisque nous le payons, nous » avons droit de le nommer, et outre ce, nous préten- » dons de le faire casser plus tôt qu'on ne croit. Néan- » moins, pour éviter le scandale et la cessation de la » messe, nous avons résolu d'en nommer un sans lui « donner aucune provision. »

« Malgré ce langage énergique, la prétention du Chapitre d'Ainay n'eut pas de suites, car nous voyons l'évôque de St-Paul nommer dans la suite les vicaires de Châteauneuf. »

Une autre contestation était pendante, au moment de la Révolution, entre la commune et le Chapitre d'Ainay ; et le Directoire de Montélimar décida, le 1 1 novembre 1791 : 1° que les 1,134 livres d'arrérages dus à l'abbaye lyonnaise par ses fermiers, seraient payées quand même, cette dette se trouvant antérieure à l'année 1790, et au décret du 30 juin exonérant les bénéficier des réparations qui n'avaient pas été faites ; 2° que l'arrestation par la municipalité entre les mains des fermiers serait levée, et que ceux-ci verseraient la somme de 1 , 134 livres dans la caisse du receveur du District, sauf au Chapitre d'Ainay à en demander main-levée.

Événement* — Pendant cette môme période, Chateauneuf échangea son nom trop féodal contre celui de Bourg-le-Bliône ; mais ce fut à peu près là tout ce qu'il y eut d'innové dans les habitudes locales. A la vérité, le partage de la montagne et de quelques 80 sétérées de biens communaux faillit y exciter une émeute ; car, la municipalités'opposantà cette mesure, admise en principe, bien que non réglée par les lois, les mécontents tenaient des conciliabules et menaçaient de passer outre; mais l'envoi par le Conseil du District de Montélimar de deux commissaires et de cinquante hommes du bataillon de volontaires suffit pour calmer les esprits.

Parmi les biens nationaux d'alors, on trouve l'Jle- Digoine, les domaines de Lardet, du Devès, La Grèze et des fonds aux Sagnières, La Couronne, d'Achier, Courbon et Les Prieurs, appartenant au Chapitre de Viviers ; le domaine de Loreille, à M. Souchon de Champrond, et l'île de Balafray, à M. de Jovyac.

Parlerai-je des arrestations à main armée des messageries nationales, faites les 7 ventôse an v (27 février 1797) et 14 brumaire an vin (5 novembre 1799), près l'auberge du Pélican ? Non ; elles forment à peine deux incidents de peu d'importance au milieu d'un drame politique accompli surtout dans les bois de Malataverne, entre Châteauneuf et Donzère. (1)

Féodalité. — On sait qu'autrefois on payait aux seigneurs, à l'exemple de nos droits actuels d'enregistrement, des droits de lods en cas de vente et d'aliénation quelconque d'immeubles. Vers l'an 1500, de longues difficultés surgirent entre noble Antoine de Mézerac, écuyer, et noble Catherine Odoard, veuve et héritière de noble Jean Marran (Marrani), au sujet de la succession

(1) Archives départementales, série M.

de ce dernier. De Mézerac y prétendait en vertu d'un testament; la veuve, au nom de ses enfants décédés. Une transaction intervint, attribuant à Catherine les biens de Châteauneuf-du-Rhône avec le péage levé par eau et par terre audit lieu, et à de Mézerac les biens de Bourg- St-Andéol, St-Montant et St-Marcel. De plus, afin d'indemniser ce dernier de ses dépenses, Catherine Odoard dut lui payer 150 écus d'or par les mains de noble Guillaume d'Ancezune, seigneur de Caderousse.

Cette transaction donnait-elle lieu à la perception des lods? Etienne Bertrand, célèbre jurisconsulte dauphinois, né en 1434, mort en 1516, répondit que non, parce qu'il n'y avait eu ni aliénation ni transport, mais simplement continuation de possession. (I)

Nous avons vu que, vers le môme temps, d'autres difficultés étaient pendantes entre l'évéché de Viviers et le roi, au sujet de la terre de Châteauneuf; Aimar du Rivail nous apprend que, le 5 mars 1516, Claude de Tournon, évôque de Viviers, et Jear Matheron, d'abord procureur fiscal au grand-bailliage, et alors avocat général au Parlement de Dauplnné, décidèrent, au moyen d'un accord amical, que Donzère et Châteauneuf-du- Rhône feraient partie du domaine supérieur du Dauphin, que l'évéque y aurait un juge en première instance et un juge des appels, et qu'en troisième juridiction les causes seraient portées au Parlement de Grenoble (2) . Les prédécesseurs du prélat n'avaient jamais voulu, jusqu'à ce moment, prêter serment de fidélité à personne, à cause de l'indépendance ou de l'allodialité de leur domaine.

(1) Consilia et resolutiones jurium D. Stephani Iiertrandi Edit. de 1532, t. I., n° 321.

(2) De Allobrogibus, libri novem, p. 562. — Chorier. Histoire du Dauphiné, t. U, p. 515.

Ici s'arrêtent mes renseignements sur une localité intéressante, digne à tous égards de l'attention des touristes et des archéologues. Tout ce qui s'y est fait, depuis quelques années, en chemins et en améliorations diverses, est présent à la mémoire des habitants. Laissons le bien s'opérer dans la commune : l'histoire, un jour, rendra justice aux enfants, comme elle l'a rendue aux pères.

CLANSAYES

Topographie.

Parti de St-Paul-Trois-Châteaux, par une belle journée de juin, je suivais le chemin de Clansayes, à travers les blés jaunis qui attendaient la faucille du moissonneur et sous les rayons d'un soleil ardent qui, réfléchis par le sable, embrasaient la vallée.

Les yeux fixés vers le sol pour y découvrir quelque fossile ou quelque silex taillé, je remarquais assez peu les collines à-demi boisées, ravinées et arides, formant barrière au nord, à Test et à l'ouest, lorsque je me trouvai auprès d'un ruisseau où deux ou trois ouvriers passaient à la grille et lavaient du grès à fossile, afin d'en extraire de l'engrais chimique. J'étais à environ 4 kilomètres de St-Paul, dans la direction du Nord-Est.

J'ouvris mon guide géologique pour avoir l'explication du fait :

« A l'ouest de Clansayes, dans les ravins du quartier

DE MONTÉ LIMAR

» de Gaspardoux, on trouve abondamment, — écrit M. » Lory, — les fossiles du Gault proprement dit, à l'état » de moules très-durs formés de phosphate de chaux. » Un moule d'ammonite de cette localité m'a donné » 50 % de phosphate de chaux ; un moule d'arat carit nota, 66 °/0. » (1)

Or, le phosphate minéral renferme les mêmes principes que le phosphate des os qui, après avoir servi à la clarification du sucre, est livré aux cultivateurs sous le nom de noir animal (5), et les savants, MM. Elie de Beaumontet Georges Ville, entre autres, en ont proclamé et démontré les avantages.

M. Ville ayant pris du sable calciné et lavé dans quatre pots, sema dans chacun \ingt grains de blé et y maintint l'hraidité suffisante en les an osant avec de l'eau distillée. Le premier pot, qui avait du sable pur, donna 6 grammes de récolte ; le deuxième, où le sable avait été mêlé avec de la matière azotée, produisit 9 grammes ; le troisième, qui comprenait du sable, du phosphate de chaux, de la potasse et de la chaux, arriva seulement à 8 grammes; mais le quatrième, plein de sable, de phosphate de chaux, de potasse, de chaux et de matière azotée, atteignit 24 grammes. (3)

M. Quenin, architecte à Vienne, ayant étudié avec soin la* gisements de fossiles à phosphate de Clansayes, traita, le 1er mai 1868, avec la commune pour leur exploitation et transmit ensuite ses droits à la Compagnie générale des phosphates fossiles des bassins du Rhùne, à Lyon. Cette compagnie, en 1869, espérait

(1) Lory, Description géologique du Dauphiné, 2e partie p. 336-37.

'2) Journal d'agriculture pratique, 1861, p. 247.

(31 Bulletin des travaux de la Société d'agriculture de la Drôme, I. lt>3.

arriver à un transport de 5,000 tonnes par an et assurer de la sorte du travail aux habitants et un revenu annuel de 1,000 fr. au budget municipal. Les malheureux événements de la guerre avec la Prusse ont retardé l'essor de cette industrie.

Ces explications obtenues, j'examinai les fossiles qui gisaient en grand nombre sur le sol, et je reconnus avec M. Lory que la plupart sont encore assez bien conservés. En voici les noms scientifiques : Cônes de bélemnite ; nautile ; ammonites mammiUatus, Lyelli, nodosocost at us, MUetianus, Mayorianus, latidorsatus, Dupinianus, Beudanti; HamUcs punctatus et rotundus ; Scalaria Cletnent'ma et Dupiniana ; Avellana lacryrna et inflata; Natica gaultina, Ervyna et Raidiniaca; Trochus conoideus ; Solarium maniliferum et dentatum ; Turbo martinianus et indecisus; Pleurotomaria Gibsii et Paris; Rosteilaria druviensis; Cerithium trimontie; Mactra gaultina; Venus Yibrayeana; Tlietis minor ; Opis Sabaudiana; Cardita Constantii; Cyprina regularis ; Arca carinata, fibrosa et Hugardiana ; Gervilia difficilis; Pecten Ifuberianus ; Spondylus gibbosus et Renauxian us; Plicalula radiola ; Rhinconclla sidcata ; Terebralula Dutempleana; GalerUes caslanea;Discoïdea rotula et decorata; Salenia; Aplocyalhus conidiis. (1)

Selon Genton (2), la petite montagne de Venterol parait être un prolongement de celle de Clansayes et en a été séparée par quelque courant de mer. * Elle est, en » général, formée par des couches de sable très-ferru- > gineux dans lesquelles on voit de très-grosses géodes » d'un rouge brun, formées par des couches concentri- * ques et des masses considérables de grais d'un grain

(1) Lory, Description géologique, II, p. 338-39.

(2) Mémoire sur les fossiles du Bas-!)anphiné. Avignon. Seguin, 1781. 1 vol. in-12, p. 49.

DE MONTELIMAR

» grossier. * Le môme naturaliste a reconnu, dans le sable marin du pied de la montagne, au couchant : 1° des cornes d'Ammon à grandes stries et à petits tubercules, d'autres lisses et herborisées ; 2° de petites arches de Noé avec leurs stries très-fines et bien conservées ; 3° de petits cames et des noyaux de moules ; 4° de petits buccins à tubercules, des nérites, des limaçons et l'oursin appelé bouton; 5° du bois pétrifié et vermoulu.

Au pied de Venterol, le chemin tracé à peu près en ligne droite depuis St-Paul, oblique à droite dans la direction de Toronne, et déroule ensuite ses spirales le long d'un coteau, taillé à pic au nord et à l'ouest, mais offrant une pente régulière au midi.

Ce coteau ou montagne s'appelle le Sautde-la-Pierre et présente une élévation de 70 toises environ ; un torrent appelé Rousset ou Roset, qui devient furieux dans les temps d'orage, en baigne les dernières assises ; le village de Clansayes est bâti en amphithéâtre au sommet.

Dès les premières courbes de la route, on remarque de vigoureux genêts d'Espagne dont les fleurs jaunes répandent au loin une odeur agréable ; puis, à mesure que l'on avance, les murs de soutènement renversés, les maisons démolies, les ruines amoncelées, les jardins en jachères, le vieux château détruit, traces évidentes de quelque événement sinistre, remplissent l'imagination d'idées lugubres.

Arrivé à la croix, que l'on distingue fort bien dans la vue du village que Y Album du Dauphiné a publiée, on trouve une espèce de porte à l'Ouest; au Nord, un précipice, et à l'Est, un plateau presque stérile et des blocs de pierre grise, couchés ou debout.

Les maisons de Clansayes, jetées ça et là sans ordre en amphithéâtre «ur le versant méridional de la montagne du Saut-de-la-Pierre, n'offrent de près qu'un aspect

chétif et peu gracieux. L'église, la tour et le château les dominent.

De là, si le spectacle est triste à vos pieds, le panorama qui se déroule au loin est à la fois grandiose et poétique, embrassant la vallée du Rhône, pleine de verdure et d'animation, de Donzère à Orange, et les collines plus lointaines de Vaucluse et du Gard.

A la mairie, qui est aussi la maison d'école, je trouve un excellent accueil ; M. Sicard, secrétaire et instituteur, me montre les fossiles qu'il a recueillis et la conversation s'engage sur les silex taillés, œuvre des premiers habitants du pays, et sur les curiosités géologiques signalées par tous les ouvrages spéciaux.

Je remarque, tout en causant, une filasse jaunâtre placée, non sans motif, dans le musée de mon hôte. « D'où vient cela ? lui demandai-je. — Vous ne le devineriez pas, répondit-il. Elle vient du genêt d'Espagne. — Comment ! de cet arbuste à fleurs jaunes qui parfume la route le long du coteau ! — Précisément. — Mais on pourrait avec cette (liasse obtenir une toile fort belle et très-fine; et les habitants ne vous ont jamais consulté sur la culture d'un arbuste qui réussit à merveille sur leurs collines dénudées où rien autre ne prospère ? — Hélas! nos cultivateurs sont moins enthousiastes que vous; ce que vous avez entrevu au premier coupd'œil, il leur faudra longtemps pour le comprendre, tant les préjugés et la routine nuisent à leur bien-être! Vous savez bien ce qui advint à Parmentier lorsqu'il voulut répandre la pomme de terre. — Et vous n'essayez pas de les convertir ? — Nullement. J'ai pris le seul parti raisonnable; voici mes notes sur la culture du genêt; je las dicte comme exercice orthographique à mes élèves; plus tard, l'idée viendra sans doute à l'esprit de quelqu'un; l'exemole achèvera le r^ste. »

DE MONTELIMAR

J'approuvai le plan de M. Sicard et lui demandai communication de ses notes, dont voici le résumé :

La culture du genêt d'Espagne exige peu de soins et les terres les moins fertiles lui conviennent. On le sème en hiver, après un léger labour, et il se développe sans aucun autre soin, — si ce n'est d'enlever les pieds trop serrés, — pendant l'espace de trois ans. On coupe, après cette période, rez terre, en février ou en mars, les pousses printanières ; quelquefois on attend l'époque des moissons. Dans tous les cas, on choisit pour la filasse les rejetons les plus jeunes. Vers la fin d'août, les tiges coupées sont réunies en bottelettes d'une poignée et laissées sur place jusqu'à dessiccation complète ; on les attache alors en paquets ou fardeaux de 25 à 30 poignées. Par un temps humide on bat ces rameaux avec une massette ronde sans les casser, et, fin septembre, on les introduit dans l'eau pendant une demi-journée. On les étend par bottelettes sur un lit de fougère, de paille ou de buis haché, on en forme un las que l'on recouvre de paille et que l'on charge de pierres. On l'arrose ensuite pendant huit jours, à raison de 1 hectolitre par 50 poignées. Le rouissage est terminé le neuvième jour. On lave les paquets à grande eau. en les trempant, et on les bat sur une pierre dure avec un battoir jusqu'à ce que la partie filamenteuse se sépare du ligneux central. Déliant alors les bottelettes, on les étend sur le sol en forme d'éventail pour les faire sécher et blanchir au soleil. Cela fait, les poignées sont remises en faisceaux et en fermées jusqu'à l'hiver. Pendant cette saison a lieu le triage des brindilles et de la filasse. 11 ne reste plus alors qu'à passer à la carde celle-ci et à la livrer au fuseau ou au rouet.

Cette culture est certainement fort simple, etM. Sicard a rendu un véritable service en la découvrant et en la publiant. J'estime toutefois que la fabrication du papier

avec le genêt exigerait de moindres préparatifs que la toile et j'appelle toute l'attention de l'industrie sur un arbuste qui peut lui rendre de véritables services et qui demande pour prospérer les seuls terrains dédaignés par les autres végétaux.

Les Tremblements de terre.

Après celte leçon de géni&tieuUure, je priai mon obligeant professeur de me donner quelques détails circonstanciés sur les tremblements de terre qui désolèrent le pays, à la fin du siècle dernier. • Volontiers, me dit-il, car l'unique épave du naufrage complet de nos archives municipales contient précisément une relation contemporaine de ces événements désastreux. » Ce disant, il me tendit un papier jauni par le temps, dont voici la transcription fidèle, à l'orthographe près :

Relation des tremblements de terre principalement

RESSENTIS A CLANSAYES.

» Ce village, ou plutôt ce tas de masures, situé sur le penchant d'une montagne et sur des rochers mal assurés, a été le théâtre des tremblements qui viennent d'aflliger le canton.

» Il est vraisemblable que ce n'est pas pour la première fois : les éboulements et crevasses qui se montrent, en tournant du couchant au nord de la montagne, at-

lestent des mouvements et événements précédents. Quelles en ont été les causes et les époques? C'est ce que l'on ignore.

» Une pareille ignorance pourrait à l'avenir avoir des inconvénients : c'est pour les prévenir que l'on déposera dans les archives de la communauté de Clansayes ce tableau des accidents qu'elle vient d'éprouver.

» Le 8 juin 177*2. on y ressentit, sur le midi, une première secousse de tremblement ; l'impression en fut légère, ainsi que celle de trois autres appréciées entre 3 et 5 heures du soir, qui continuèrent le lendemain. »

Faujas Saint-Fond qui s'était rendu à Clansayes pour étudier le phénomème et en a dressé un journal, ajoute : « Les quelques secousses du 0, toutes sensibles dans le • voisinage, n'occasionnèrent aucun dommage dans le » village. » (1)

« Une secousse plus forte se fit sentir le 1 1 , à 5 heures du matin, sur deux lieues de surface et fit tomber plusieurs pierres des vieux remparts de Clansayes. Le reste du jour se passa en faibles ébranlements, mêlés de bruits souterrains qui imitaient l'explosion d'un canon, lors desquels la terre ne paraissait faire aucun mouvement. (Ce bruit qui se manifestoit particulièrement à Clansayes dura pendant tout le mois de juin par intervalle, et fut suivi de quelques légères secousses, dont la direction étoit alors du couchant au levant.)

» Ces phénomènes n'ont point ou bien légèrement été inarqués jusqu'au mois de novembre suivant. A cette époque, les petites secousses et les bruits ont recommencé. Parmi le nombre, on remarqua la secousse du 29, mais sans nul effet extérieur.

» Le calme parut ensuite se rétablir, et, jusqu'au mi-

(1) Les additions lirées du journal de Faujas St-Fond sont séparées du texte de la relation présente par une pareuthèse.

lieu de janvier 1773, on n'a éprouvé que quelques légères secousses avec bruits. Mais le 16 de ce mois, sur les 4 heures et demie du soir, on ressentit deux mouvements assez violents, suivis de moindres, qui durèrent toute la nuit, partie du lendemain et surlendemain 18. » (Ils occasionnèrent, d'après Faujas Saint-Fond, une fente à la voûte de l'église, dans la partie attenante au frontispice.)

» Le 18 fut remarquable par les ébranlements considérables qu'il fournit à 8 heures 10 minutes, 8 heures 48 minutes, 9 heures 20 minutes du matin et 8 heures 15 minutes du soir. La chute de plusieurs pierres des remparts et des maisons ; les lézardes survenues à différents bâtiments du village alarmèrent les habitants au point qu'ils se retirèrent presque tous en criant : Miséricorde ! dans l'église paroissiale.

» La nef fendue et ouverte d'environ un pouce ne leur présentait pas un asile bien sûr ; mais le zèle de de M. Daudel, leur curé, qui y passa la nuit avec eux, leur fournit la plus grande consolation. La postérité apprendra avec admiration que ce respectable pasteur, dont la maison était la plus menacée par sa situation et son mauvais état, résista constamment aux sollicitations de ses parents qui voulaient l'en tirer, pour rester à portée de secourir ses malheureux paroissiens. »

Faujas Saint-Fond ajoute que toutes les maisons furent ébranlées et que plusieurs reçurent des dommages; que les 19, 20, 21 et 22 il y eut beaucoup de bruit et de faibles secousses et que la réponse suivante du curé mérite d'être conservée à la postérité : « Pouvois-je » abandonner mes pauvres paroissiens, dans le moment » où je leur devenois le plus nécessaire? Je suis résigné » à tous les événements, et résolu de ne quitter mon » clocher qu'à ma mort. »

DE MONTELIMAR

» M. d'Audiffret, vi-bailli de St-Paul-Trois-Châteaux et subdélégué du département, empressé de concourir à la tranquillité des habitants, écrivit aux consuls de l'informer exactement des accidents, et tacha de les rassurer sur leurs suites, d'après l'indication que donnait la pureté des eaux.

» Ce symptôme semblait, en effet, promettre que le feu n'ayant aucune part aux tremblements, ils ne seraient pas considérables; on jugea qu'ils provenaient des éboulements intestins de la montagne (sa formation les rendait très- vraisemblables). Cette conjecture était appuyée par les déchirements intérieurs, le défaut des exhalaisons et altérations des eaux et un simple tourbillon frais qui accompagnait les ébranlements » (et ne duroit qu'autant qu'eux).

» Leur succession fut faible et mêlée de simples bruits jusqu'au 23, à 4 heures après-midi ; mais deux terribles secousses ressenties à cette heure sur 5 à 6 lieues de surface répandirent la plus grande frayeur. Elles agrandirent la lézarde de la nef de l'église de Clansayes, abattirent le couronnement du clocher, fendirent le sanctuaire, ébranlèrent la chaire à prêcher (faite en pierre), rendirent la maison curiale et partie du village inhabitable. Ce fut l'époque de l'altération légère d'une source voisine et d'une exhalaison sulfureuse. La commotion agita le timbre de l'horloge de St-Paul-Trois- Châteaux, éloigné de Clansayes d'une petite lieue, jusqu'à lui faire sonner six coups. Elle parut caractérisée par un balancement du levant au couchant, et telle a été la direction constante de tous les mouvements, à l'exception de celui qui sera ci-après remarqué (7 février).

» Le danger imminent des bâtiments de Clansayes avait décidé la désertion de ses habitants. M. d'Audiffret s'y transporta, et, avec le secours du curé, leur per-

suada de rester dans leurs foyers et de ne pas abandonner au désespoir ou à une perte inévitable leurs vieillards, malades, bestiaux et effets. Il manda sur les lieux un architecte (M. Alliasse) et des maçons, qui démolirent ou étayèrent tout ce qui menaçait ruine. Nombre d'habitants délogés, parmi lesquels se trouva le curé, se réfugièrent chez leurs compatriotes dont les maisons présentaient le plus de solidité. Cette classe étant très-petite, il parut convenable d'y suppléer par la construction de cabanes.

» M. de Marcheval, intendant de Dauphiné, informé de ces malheurs, voulut bien en marquer la plus grande sensibilité par une suite naturelle des sentiments d'humanité et de bienfaisance qui le caractérisent. C'est ensuite de ses ordres qu'il a été construit des cabanes, un presbytère et une chapelle sur l'assiette la moins dangereuse et la plus à portée du lieu. Cet asile, ainsi que le reste du village, a été fourni pendant l'hiver de tous les secours nécessaires par la charité paternelle de M. le comte du Muy, seigneur de Clansayes, de M. levéque de St-Paul et d'autres personnes. »

Selon Faujas St-Fond, le tremblement de terre du 23 se prolongea jusqu'à Suze, Valréas, La Garde, Pierrelaie, Montélimar, etc., et môme au-delà du Rhône, dans la direction du Bourg-St-Andéol et de Viviers. Le même auteur signale quelques secousses mêlées de bruit, le 24 janvier ; une simple commotion le 25 ; du bruit et quelques ébranlements légers pendant la nuit, les 26, 27, 28 et 29; deux secousses, la dernière forte, et un bruit souterrain par intervalle, le 30, à G heures du matin.

* Dans la nuit du 30 au 31, quelques secousses, une

• entre autres, terrible : le bruit, cette fois, s'annonça > en même temps que la commotion. A 11 heures du » matin du 31 , autre secousse, mais moins considérable.

» Les 1er, 2 et 3 février, plusieurs secousses médiocres » dans le village, mais beaucoup plus sensibles dans » les fermes situées du nord au couchant. Le 4 février, » à 2 heures après-midi, les fermes qui se trouvèrent » dans cette position, éprouvèrent un ébranlement très- » fort, à peine sensible dans le village. »

« L'intervalle du 23 janvier au 7 février a été rempli par des secousses et du bruit remarqué tant la nuit que le jour, et qui n'ajoutaient ni à la frayeur ni aux accidents. L'une et l'autre furent cruellement aggravés par l'ébranlement ressenti le 7, à une heure trois quarts du matin. »

Faujas St-Fond rend compte en ces termes de la journée du 7 février :

« A 1 heure trois quarts du matin, nouvelle secousse » presque aussi forte que celle du 23 janvier, mais qui » dura quatre secondes de plus ; le village et les fermes » du voisinage furent cruellement ébranlés. *

« La terre moins balancée, dit la relation contemporaine, parut sauter verticalement; l'ébranlement dura une demi-minute, tandis que les précédents n'avaient été que d'environ deux secondes. Il fit sonner sept coups au timbre de St-Paul, déliter une assise de pierres de la voûte et ouvrir les fentes de l'église de Clansayes, où il n'y eut pas d'autres accidents remarquables, attendu les précautions prises pour les prévenir.

« Les effets de cette secousse furent surtout sensibles sur l'esprit des habitants, difficiles à rassurer contre l'espèce de pression des tremblements. »

« Depuis le 7 février jusqu'au 15 du même mois, au

• témoignage de Faujas St-Fond, l'on éprouva diverses » secousses ; elles partoient alors de dessous Clansayes

• et se prolongeoient du côté de St-Uaphael, village » éloigné d'une lieue, où elles occasionnèrent des dom-

» mages, en renversant plusieurs cheminées. Le 15 fé- » vrier, à 11 heures et demie du matin, une secousse

• Ires-courte, mais des plus violentes. Du 15 au 22 du » môme mois, quelques légères commotions ; le bruit » et les tremblements s'afïoiblissoient à Clansayes, mais . augmentent dans la partie du sud-ouest; il arrivoit

• même quelquefois qu'on n'entendoil que le bruit à

• Clansayes, et que les ébranlements se manifestoient » du côté de St-Raphael. »

D'après la relation contemporaine, « depuis le 7 février, de légères secousses et des bruits aperçus alternativement chaque jour laissaient renaître le courage des habitants; mais il subit une rude épreuve, le 22, à 8 heures et demie du matin. Trois secousses ressenties coup sur coup, qui firent détacher des pierres de différents murs et voûtes, rappelèrent encore l'idée de désertion, constamment détruite par les secours et sollicitations de M. d'Audiffret. »

Faujas St-Fond décrit avec plus de détails la funeste journée du 22. « Une grosse pierre se détacha de la » voûte d'un cabinet où le curé étoit occupé à écrire, » mais, heureusement, il n'en fut pas frappé ; les mur^ » du village furent considérablement endommagés, et

• les ouvriers occupés à démolir les murs de l'ancien » château furent contraints, pour ne pas exposer leur » vie , d'interrompre sur-le-champ leur travaux , et » même d'y renoncer. Le 24, entre 8 et 9 heures du » matin, trois secousses si violentes que le curé, ouvrant •< dans ce moment la porte de sa maison, sentit qu'elle » fut repoussée avec violence contre lui, au point qu'elle - fut refermée; une partie du mur du rempart fut ren- » versée sous les yeux mêmes du curé. Le 25, quelques

• ébranlements légers, tandis que, à St-Raphael, les » secousses devinrent violentes. Depuis le 25 février

» 1773 jusqu'au 1er du mois de juin suivant, le village » de Clansayes fut assez tranquille et n'éprouva que » quelques légères secousses, par intervalle; mais ce » qu'il y eut d'extraordinaire, c'est qu'elles furent très-

• violentes à St-Raphael, el qu'elles remontoient vers » une partie du territoire de Clansayes qui avoit été

• épargnée jusqu'alors. Le 1" juin, à 4 heures du ma-

• tin, l'on fut effrayé à Clansayes par un bruit fréquent » et très-marqué, qui se manifesta à diverses reprises » et qui dura jusqu'à raidi, sans commotion; ce ne fut » qu'à 2 heures et demie du soir qu'on ressentit une

• terrible secousse sans bruit. Le % du bruit sans com- » motion. Tout -le reste du mois de juin fut calme et » l'on n'éprouva rien. Le 7 juillet, dans la matinée, trois » secousses très-fortes dans la partie du couchant du » territoire de Clansayes, mais à peine sensibles au vil- » lage. Depuis le 7 juillet jusqu'au 13 octobre, très-peu

• de chose à Clansayes, mais de temps en temps des » secousses très- fortes à St- Raphaël. Le 13 octobre, à » 4 heures après-midi, trois secousses fortes à Clan- » sayes, dont une fut suivie d'un bruit considérable; » la commotion fut une secousse verticale, qui tint la

• direction du midi au nord. Le 15, à 4 heures du soir, » trois légères secousses. Le 25 novembre, quelques » secousses médiocres, avec bruit. Les commotions et » le bruit s'affoiblirent dans le mois de décembre, de » manière qu'à la fin de ce mois l'on n'entendit, et l'on » ne ressentit plus rien. »

Revenons à la relation contemporaine, qui s'occupe uniquement du village.

» Le mouvement du 2$ février est le dernier qu'on ait remarqué ; il n'a été suivi que d'une succession de faibles bruits et tremblements, qui devinrent tous les jours moindres et plus rares.

» Leur force a paru sur la fin se rapprocher du village de St-Raphael, situé dans le vallon, à une demi-lieue de Clansayes; plusieurs maisons y ont été considérablement lézardées.

» La nature des lieux et des accidents ont fait présumer que ces derniers avaient eu leur cause dans l'embrasement d'une mine souterraine. On espère que sa consommation ramènera la tranquillité, et que, si jamais elle était troublée de nouveau, les effets n'en seraient pas plus funestes. La vétusté des maisons justifierait les craintes, et il est a souhaiter qu'on y ouvre efficacement les yeux et qu'on prévienne le danger de leur chute naturelle, plus imminente peut-être que celui des tremblements.

« De tout quoi procès-verbal a été dressé par nous soussigné, assisté des officiers municipaux et notables habitants de Clansayes en trois doubles : l'un pour être envoyé à M. l'intendant, le deuxième pour rester au greffe de la subdélégation, et le troisième pour être déposé dans les archives de la communauté.

» Fait à St-Paul-Trois-Chateaux, le 10 mai 1773. Signés : d'Audilïret, A. Daudel, curé ; Daniel, F. Javelas, J. Bonton, consul; J. Arnoux. »

Bien que le style de cette narration soit embrouillé et incolore, elle n'en jette pas moins un jour véritable sur des événements exagérés dans les feuilles publiques de l'époque, et aujourd'hui tout-à-fait oubliés. Faujas St- Fond, né à Montélimar, le 19 mai 1741, mort à Saulce, le 18 juillet 1819, géologue, administrateur du Jardin des Plantes à Paris, ayant fait plusieurs voyages à Clansayes et éprouvé, sur place, plusieurs commotions, consigna avec beaucoup de soin dans un de ses ouvrages les principales circonstances de ces tremblements de terre, la persuasion qu'il « seroit intéressant pour la

DE MONTÉL1MAR

» physique d'en retenir les détails. » J'en ai copié les particularités omises par la relation précédente. Voici, de plus, les phénomènes remarqués alors, d'après ce savant :

« Lorsque les secousses étoient violentes, les paysans » ne pouvoient pas travailler à la campagne ; ils éprou- » voient sous leurs pieds, à ce qu'ils assuroient unani- » mement, un frémissement pareil à celui qu'occasion- » neroient un grand nombre de carosscs qui roule- » roient rapidement tous ensemble sur le pavé.

■ Les grandes secousses étoient ordinairement précé- » dées et suivies par un tourbillon d'un vent frais, si » fort qu'il arrétoit les hommes et les animaux lorsqu'ils » marchoient : ces derniers étoient effarouchés et don- » noient des signes de terreur.

» Les secousses avoient un mouvement d'oscillation » horizontal, brusque, précipité el inégal, plus ou moins *> violent, en raison de la force et de l'étendue des com- » motions.

■ Il ne s'élevoit aucune exhalaison sensible, qui ma- » nifestàt la moindre odeur, soit dans le jour, soit pen- » dant la nuit. »

Enfin l'auteur constate, avec la relation contemporaine, que les fontaines donnaient de l'eau comme à l'ordinaire, sans altération, ni variation dans leur température. (1)

Un Dauphinois, M. de Rochas {%, qui, au commencement de notre siècle, a étudié les tremblements de terre des Alpes, regarde comme des conjectures incertaines les assertions données sur leur direction, et ne

1) Histoire naturelle de la province de Dauphiné. Grenoble, veuve Giroud, 1781. 1 vol. in-8°.

(2) Nouveau pan sur les sentiers de la nature.,.. Gap, Genoux, 1808. 1 vol. in- 12.

croit guère aux mouvements imprimés par eux aux cloches et sonnettes. « Les tremblements de terre, ajoute- » t— il. arrivent plus fréquemment aux environs des » deux équinoxes. L'apparition ou disparition spon- » tahée des sources d'eau commune ne prouve pas la » proximité du souterrain qui conduit le feu du trem- » blement de terre, et encore moins la proximité du » foyer. »

Selon lui, il existe dans le sein de la terre de vastes grottes où aboutissent différents conduits ; lorsque l'air imflammable s'y allume, il produit la foudre qui ébranle la terre au loin ; si la grotte, outre l'air inflammable, renferme un massif de soufre, de bitume, etc., la foudre embrase ces matériaux combustibles et produit un volcan.

L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert attribue A l'électricité les tremblements de terre et soutient que l'eau, réduite en vapeur par sa chute sur les matières embrasées, y contribue puissamment.

Les causes des volcans et des tremblements de terre sont dues aussi, d'après les auteurs modernes, au feu, à l'eau et à l'air, agissant isolément ou simultanément. Notre objet n'est pas d'approfondir une question aussi complexe.

Faujas St-Fond n'a pas essayé de l'aborder non plus : il s'est contenté de décrire les phénomènes et les terrains. D'après lui, la montagne du Saut-de-la-Pierre se compose, à la base, de dix neuf couches de sable pur, de couleur grisâtre, de un à six pieds d'épaisseur, dont quelques-unes sont mêlées d'argile ; au-dessus se trouvent d'abord des bancs du même sable ; ensuite un autre banc de quarante pieds d'épaisseur, formé de sable ferrugineux à géodes très-dures, et enfin trois bancs d'un sable à gros grain, séparés les uns des autres par de

DE MONTBLIMAR

petits lits d'un grès roussâtre fin. Vingt couches de sable argileux surmontent les précédentes couches et atteignent dans leur ensemble une hauteur de plus de cent pieds ; elles sont recouvertes par des bancs de trentecinq à quarante pieds d'épaisseur d'un grès à gros grain avec coquillages fossiles, déplacés et rompus inégalement en plusieurs endroits. « C'est au-dessus de toute* ces matières et sur le plateau de cet escarpement qu'est bâti le village de Clansayes. »

11 fallait étudier l'intérieur et non l'extérieur pour préparer la solution du phénomène ; mais la chose est difficile et nous y renonçons.

Géologie.

Pleinement édifié sur les tremblements de terre de Clansayes, je priai M. Sicard de me conduire à la tour. Chemin faisant, nous causions géologie et fossiles, et j'insistais beaucoup pour avoir à la mairie une collection complète de tous les coquillages trouvés dans la commune. Mes raisons peuvent même offrir quelque intérêt aujourd'hui encore, car le terrain des environs de St- Paul et le panorama de Clansayes se prêtent merveilleusement à une revue palingénésique ou histoire ancienne du globe.

« Si la terre n'avait jamais subi aucun bouleversement, les couches sédimentaires dont se compose son

écorce solide, rigoureusement concentriques, se recouvriraient toutes successivement, et la dernière, enveloppant toutes celles qui l'ont précédée, se trouverait elle-même sous les eaux qui s'étendraient en une mer sans bornes. II n'y aurait plus dès lors aucune terre visible et le genre humain n'existerait pas ; d'où il suit qu'avant toute création terrestre, il est d'absolue nécessité que le globe ait été le théâtre de diverses catastrophes pour élever successivement les terres au-dessus des eaux. »

Or, ces catastrophes, au nombre de dix-sept, ont précédé les diverses époques de l'émersion complète du continent européen. II est diflicile d'établir les limites vraies des terrains formés après chacun des quatre premiers soulèvements. En effet, les premiers produits sédimentaires remontent à une époque si reculée et si voisine du refroidissement du globe, qu'ils sont très-peu connus et même attribués à la condensation de cinq corps gazeux : le silice, l'alumine, la potasse et la soude, combinés avec l'oxigène. On les trouve à la surface de la terre à l'état de schistes argileux, de micachistes et de gneiss, dépourvus de la moindre trace de corps organisés.

Après ces matières primitives, les géologues supposent un premier soulèvement suivi de l'apparition du terrain cumbrien, ainsi appelé du pays de Galles, avec ses schistes luisants, de couleurs diverses, où se remarquent les premiers fucus (plantes marines), des encrines (polypiers) et des pennatules fossiles dites plumes de mer, nageant à la surface de l'eau ; puis un deuxième soulèvement après les dépôts cumbriens, et un troisième avant le calcaire de Bala, en Angleterre, contenant des trilobites (crustacés) et des spirifères (coquilles bivalves, la dorsale creusée au milieu et l'autre renflée vis-à-vis.)

Le quatrième soulèvement précède l'époque silurienne, dont les mers nourrissaient des trilobites, des spirifères, des productes sans ouverture, à la valve ventrale plate ou môme creuse, des térébratules et des polypiers ; on croit les terres émergées encore privées de végétation.

En exhaussant les dépôts siluriens, le cinquième soulèvement augmente l'étendue des premières îles, allonge le plateau central de la France jusqu'aux Pyrénées el prépare l'époque dévonienne (du Devonshire), à la végétation luxuriante qui forme les raines d'anthracite. Pendant que les mers contemporaines perdent leurs trilobites, les spirifères, les productes, les céphalopodes et les encrines y abondent au point de former les marbres de Flandre et de Belgique.

Le calcaire carbonifère présente des poissons sauroïdes, armés de fortes dents et des squales.

Au sixième soulèvement succède le terrain houiller, époque de végétation puissante pour les fougères, les prèles, les cryptogames, les lycopodiacées et les conifères. Les raers où la houille se forma avaient déjà de nombreux poissons, mais peu de mollusques à conques.

La catastrophe du nord de l'Angleterre (septième soulèvement) fut peu sensible en France ; elle précéda l'époque pétteenne, assez semblable à la précédente pour ses végétaux et ses animaux, sauf les reptiles sauriens qui apparurent alors.

Négligeons l'époque vosgienno, de courte durée, pour arriver aux dépôts du trias ; grès bigarrés, marnes irisées et calcaire conchylien. On y trouve des prèles, des conifères el de très-nombreuses, mais déjà moins hautes fougères, des lézards ou reptiles sauriens, quelques oiseaux et des batraciens (grenouilles).

Fort étendu en Europe, le terrain jurassique, émergé

par le dixième soulèvement, offre des camars ou bélemnites, des ammonites ou esquifs animés, ayant pour voilure tout un système de tentacules (cornes), des sauriens nageurs, des sauriens volants, des cycadées, des conifères et des palmiers, des hélices, des insectes et de petits mammifères marsupiaux. Les productes et les spirifères ont cessé d'exister.

On remarque peu de changements dans les êtres organisés de la période crétacée qui suit le soulèvement de la Côle-d'Or ^le onzième).

La craie inférieure comprend les dépôts wéaldiens, néocomiens, le grès vert, le gault et la craie verte ou chloritée, et renferme une grande quantité de coquillages fossiles, des tortues d'eau douce, des sauriens terrestres et marins, des squales, etc., et une dore intermédiaire entre les terrains qui précèdent {secondaires) et ceux qui vont suivre (tertiaires) ', la craie supérieure a du calcaire terreux, dessables et des grès avec des bélemnites, des échinites (oursins), des cétacés, des hippurites (coquilles uni valves), des radiolites, des sphérulites, des nummuliles, etc. Tous ces fossiles démontrent qu'à l'époque où se forma le terrain de Clansayes, uue grande partie du continent européen était déjà sortie du sein de l'antique océan et que cette vaste surface de terre offrait des baies, des lacs et des mers intérieures où s'est opéré le lent travail de sédimentation des couches postérieures dites tertiaires contenant une grande quantité d'êtres animés et de végétaux 'douzième soulèvement entre les deux crétacés).

Les bélcmnites et les sauriens ont disparu à l'époque du terrain parisien, après le treizième soulèvement; mais on voit apparaître alors les chiens, les tapirs et d'autres mammifères; les mollusques contemporains sont à peu près semblables aux nôtres, et parmi les

plantes, les palmiers, qui ont survécu aux cycadées, accusent encore en Europe une température élevée. Les dépôts de lignites et les débris de mollusques au milieu de dépôts marins proviennent des cours d'eau particuliers de cette époque.

Le quatorzième soulèvement, dit de Corse, donne la dernière forme aux montagnes de la Saône, de la Loire et de l'Allier et précède l'époque de la mollasse, ou terrain formé au sein des eaux par suite d'aiïaissements. Un lac s'étendait, en ces temps reculés, de Marseille à Langres, et cette époque est marquée par l'apparition d'animaux gigantesques : le mastodonte , le dinotfierium, le rhinocéros, et par celle du singe et des écureuils. Le palmier vit encore dans nos climats occidentaux.

A l'époque subapennine, qui suit le soulèvement partiel des Alpes (le quinzième), correspond la présence dans les mers des espèces actuelles, et, sur la terre, des quadrupèdes carnassiers, ruminants et rongeurs : l'ours, l'hyène, le cheval, etc. Pendant que cette catastrophe détermine les hautes chaînes de la Savoie et du Dauphiné, le lac de Langres à Marseille ne vient plus que jusqu'à Valence.

Le grand soulèvement des Alpes principales (le seizième), qui fait surgir les montagnes du Valais et du St- Golhard jusqu'en Autriche et exhausse les terrains tertiaires de la vallée du Rhône, amène l'époque du diluvium, marquée par des cours d'eau considérables dans toutes les directions qui sillonnent les dépôts émergés et forment les alluvions de la vallée du Rhône. Le refroidissement de nos contrées suit cette catastrophe, et les animaux gigantesques ainsi que les palmiers cessent d'exister en nos climats.

• Tout porte à penser que c'est seulement au temps

de calme qui suivit le seizième soulèvement qu'on doit rapporter l'apparition de l'homme sur la terre. » (1) D'où l'on peut conclure que d'abord la plante s'assimile la matière minérale pour la végétaliser, qu'ensuite l'animal, faisant sa nourriture de la plante, a pour fonction d'animaliser le végétal, et que l'homme, la plus haute expression de l'organisation sur cette terre, est omnivore pour hominiscr toutes les matières organiques d'un ordre inférieur.

Une autre conclusion à tirer de cet exposé, c'est que la géologie est d'accord avec la Bible pour nous montrer le Créateur commandant à la lumière, à l'espace, au soleil et aux astres, centres d'attraction, puis à la vie végétative {plantes et animaux inférieurs) et enlin à la vie de relation (sensibilité, instinct, intelligence), si visible dans les mammifères et dans l'homme qui terr mine la création. C'est là l'œuvre des six jours ou des six grandes époques géologiques, subdivisées en une foule d'autres époques déterminées approximativement par des fossiles, qui sont de la sorte les véritables archives du globe terrestre.

Si maintenant nous limitons notre attention à la commune deClansayes, véritable musée archéologique pour les temps anciens, nous trouvons, avec M. Lory, la craie inférieure reposant directement sur les marnes apliennes, qu'on aperçoit au quartier de la Leuze, audessus du calcaire à caprotines ou néocomien supérieur ; les grès verts ou chlorités, à la base de la colline de Venterol ; mie masse de sables de la craie inférieure et

'1} Le 17* soulèvement, postérieur .! l'homme, n'a puère été signalé qu'en Morée ; toutefois depuis, l'érosion et la dénudalion des eaux, le transport de masses énormes de débris arrachés aux montagnes ont encore produit les alluvions anciennes, les dépôts glaciaires, erratiques, les alluvions post-glaciaires et modernes.

des grès ferrugineux dans le reste du mamelon. Le gault qui s'y trouve est un limon tin déposé dans des eaux profondes et tranquilles, témoin les mollusques céphalopodes, les hamites et les scaphites qui s'y rencontrent. Quant au phosphate de chaux, il parait être un amas d'excréments animaux, poissons ou animaux terrestres (coprolites).

« En avançant vers le village de Clansayes, on voit que les sables ferrugineux sont recouverts par d'autres assises de craie cldoritée sableuse, où Ton trouve beaucoup de fossiles, particulièrement ammonites Manlelli, anci/locéras indéterminé, spondylus striatus, holasler suborbicalaris, etc. En laissant Clansayes à gauche et continuant à monter dans la direction du S.-E., on traverse une série de couches sableuses plus dures, sans fossiles, en partie recouvertes par une bande de mollasse qui forme la bordure du plateau. » Les grès blanchâtres de Pansier, à ciment calcaire, contiennent beaucoup de graviers quartzeux et des rognons de silex. On y rencontre des galérites en abondance, des échinides et des térébratules peu déterminables.

En résumé, selon M. Lory, le calcaire d'eau douce, à l'Est de Clansayes, plonge avec une faible inclinaison sous la mollasse marine; dans les ravins, au nord, reparaissent les sables bigarrés reposant sur les grès verts de la craie inférieure et recouverts immédiatement par la mollasse marine ; au village, les sables bigarrés n'existent plus, et les bancs coquillers de la mollasse marine s'appuient immédiatement sur la craie inférieure ; plus à l'Est, sur le plateau de Pansier, ils reposent sur la craie moyenne à galérites (oursins).

M. Scipion Gras ne voit, dans le bassin de Pierrelale, comme dans celui de Montélimar, qu'un produit de l'érosion des eaux, et il ajoute que la friabilité des sables rend celte destruction du sol facile à concevoir.

Dans le cours de la période crétacée, selon le même auteur, les eaux de la mer ont, à plusieurs reprises, envahi et abandonné nos pays, et à chaque époque, en particulier, elles offraient d'un point à l'autre des variations considérables dans leur profondeur.

M. Sicard parut satisfait de ce court exposé de géologie et me promit de commencer son musée communal sans retard. Il m'a fait annoncer, depuis, la découverte d'une tortue fossile et je ne doute pas qu'avec son intelligence et son activité, il ne mène à bien l'œuvre scientifique à laquelle je l'ai convié.

Quant à la conclusion dernière à tirer des études de ce genre, elle est simple et consolante : on parle de remplacer la foi par la science ; mais la science mène à la foi, la corrobore et l'affermit : c'est même là son unique rôle. (1)

Archéologie ; Il Toir.

Indépendamment de nos fossiles qui attirent les

(1) Lory, Description géologique du Dauphiné. 2 vol. in-8°. Grenoble, 1860, Merle etC": — Scipion Gras, Statistique minéralogique du département de la Drôme. Grenoble, ]835, Prud'homme, 1 vol. in-8° ; — Louis Pascal, Etude géologi-

Sue du Velay. Paris, 1865, Eug. Lacroix, 1 vol. in-8° ; — eudant, Cours élémentaire a" histoire naturelle : Géologie. Paris, 1857, Lanplois et Leclcrcq, 1 vol. in-8°; — L. Figuier, La Terre avant le déluge. Paris, Hachette, 1 vol. in-8° , — Zimraermann, Le Monde avant la création de l'homme , 1 vol. in-8°.

géologues, la tour et les ruines de ce village ne méritentelles pas suffisamment l'attention archéologique desérudils pour espérer de vous, me dit mon guide, une notice sommaire sur l'histoire de Clansayes ? — Effectivement, répondis-je, vos ruines sont pittoresques et votre tour curieuse ; mais l'absence de documents rend très-difficiles les recherches de ce genre. Toutefois, au risque d'être incomplet, je vais tâcher de vous satisfaire. Je ne remonterai pas à la création du monde, comme naguères à propos des fossiles : les premiers habitants du pays n'ont laissé ni archives, ni chroniqueur, et les Tricastins eux-mêmes, dont vous faisiez partie, ne sont guère connus que par deux ou trois citations latines. Des savants ont prétendu, à la vérité, que le plateau, au nord du village, renfermait une fabrique de silex taillés, c'est-à-dire une fabrique d'armes et d'ustensiles de l'ilge de pierre, ce qui reporterait à une antiquité reculée l'existence de Clansayes. Mais plus on examine attentivement vos silex, plus on est indécis et perplexe, car ils paraissent plutôt délités par le temps que taillés par la main de l'homme. Je serais désolé d'amoindrir en rien la gloire de votre industrie celtique ; mais, pour être sincère, je dois confesser toute mon incrédulité à cet égard.

Cependant, reprit M. Sicard, vous avez annoncé, dans votre notice sur Chamaret, qu'il existe entre Montségur et Clansayes un monument celtique ; or, un monument suppose une agglomération voisine, une peuplade quelconque. — J'ai écrit cela, il est vrai, et je ne le rétracte pas ; mais signaler un fait sans en affirmer ou en infirmer l'authenticité, n'est pas un acte fort compromettant. Voici, d'ailleurs, le Publicaleur de l'arrondissement (V Orange, du 11 décembre 1843, qui va me servir de caution : « C'est à M. Chapouton, juge de

» paix de la ville de Grignan et savant distingué. — » écrità ce journal M. Martin, curé de Clansayes et lui- » même homme très-érudil, — que nous devons la » découverte d'un menhir gigantesque gisant au des-

• sus de la colline qui domine celte partie de territoire » qu'on appelle les Garrigues de Clansayes, où les géo- » logues s'empressent de venir chercher des hinnites, » des ostracés, des crustacés, etc., de toutes les gran-

• deurs et de la plus belle conservation. On remarque » au faîte de ce menhir une ouverture assez profonde » et arrondie, qui a été pratiquée dans une pierre rap- » portée et habilement incrustée et d'une qualité plus » dure que celle du monolithe qui la contient. Dans

• cette pierre, appelée vulgairement Hoche-Pertus, ont » été taillées diverses niches où l'on plaçait des statues » druidiques ou des victimes humaines que les prêtres

• gaulois immolaient et dont le sang ruisselait sur le

• roc ....

» Ces pierres, sous quelque dénomination qu'on las » classe, étaient de simples bornes ou limites entre deux » propriétés, ou bien, en les élevant davantage, elles

• marquaient la ligne de séparation entre deux peu- » plades. Une divinité spéciale prési lait à ces signes et » mettait sous la sauvegarde des dieux les propriétés » des territoires respectifs et les préservait des moin- » dres violations ; c'est ce qui explique les niches pra- » tiquées dans le menhir des Garrigues de Clansayes,

• qui sert de marque de séparation entre le territoire

• de cette commune et celui de Montségur ; les niches

• de ce menhir étaient probablement embellies des

• statues de Belenus et d'Andarla, divinités celtiques » ou gauloises. ...»

Le menhir, pierre droite, pierre levée, pierre-ficlw ou fitte, etc., est un bloc de pierre de forme allongée.

planté verticalement dans la terre à une assez grande profondeur., et dont la hauteur au-dessus du sol varie, en général, de deux à dix mètres. Celui de Clansayes a six mètres de haut, et M. Salivet, propriétaire voisin de la Roche-Pertus, possède Irois hachettes celtiques trouvées près d'elle, avec une médaille gauloise en argent, possédée aujourd'hui par M. Devès, un de mes bienveillants collaborateurs. Comme la nature, au moyen des intempéries des saisons, a travaillé parfois des blocs de grès semblables à des menhirs, et que, d'ailleurs, certains blocs erratiques, roulés par les eaux, peuvent paraître le résultat de l'industrie humaine, il est assez difficile de se prononcer sur l'authenticité d'un monument celtique ou mégalithique, rappelant, comme celui de Clansayes, s'il est réel, une bataille, un combat particulier, le lieu de la conclusion d'un traité, d'une alliance, d'un accord, une limite territoriale, une idole ou une sépulture illustre. 11 y aurait donc avantage à s'assurer, par des fouilles, s'il y a tout près des silex taillés, des poteries ou d'autres objets contemporains. Quant à se prononcer aussi carrément que M. l'abbé Martin sur leur destination religieuse, les découvertes archéologiques faites jusqu'à ce jour n'y autorisent en aucune faron.

Quelque cent quarante ans avant Jésus-Christ, les Romains, devenus maîtres de la Gaule, y introduisaient leur civilisation et leurs arts. Le voisinage de St-Paul- Trois-Chàteaux, où ils avaient une cité, rend certaine l'exploration de Clansayes par leurs soldats. On y a trouvé, en effet, des médailles, des lampes funéraires en terre, des coupes en verre assez curieuses, dont la Société d'archéologie de la Drôme possède deux jolis spécimens, et une staluette en bronze, acquise par M. Devès, qui a bien voulu me l'adresser pour la soumettre aux con-

naisseurs, afin d'en déterminer exactement l'origine. (1)

— Et la tour, dit mon guide, est-elle romaine ou féodale?

— Examinons-la bien d'abord ; nous concluerons ensuite. Elle a, dites-vous, bien que privée de ses créneaux à la Révolution de 1793, une hauteur de 15 mètres et une circonférence de 32 mètres ; octogonale en bas sur 1 1 mètres d'élévation, elle est tétragonale en haut sur 4 mètres ; ses murs ont 2 mètres d'épaisseur à la base et 1 mètre 50 au sommet ; quant à la pierre dont elle est construite, elle semble provenir de la carrière des Garrigues, sur le chemin de Chamarct ; c'est, du reste, la pierre et l'appareil de la tour de cette localité et de l'église d'Aleyrac, avec leur belle couleur gris-perle.

Vos indications, fort utiles à la vérité, ne suffisent pas cependant pour connaître l'âge et la destination de la tour; d'autre part, la destruction des parties du château qui l'avoisinaient ne permet plus de dire d'une manière certaine si c'était un donjon d'habitation, un donjon d'observation ou beffroi, un donjon forteresse, ou un type intermédiaire. Le donjon féodal varie beaucoup dans sa forme ; on en voit de carrés, de rectangulaires, de ronds, de polygonaux, de polylobés, etc. On en trouve au centre de l'enceinte habitée, à l'une des extrémités, tantôt du côté le plus faible, tantôt du côté le plus fort. A Clansayes, il est bâti à l'ouest du château, du côté du précipice ; il devait donc servir de forteresse. De plus, la ligne brisée qui marque la séparation de l'octogone et du tétragone révèle une partie engagée dans le château, car autrement cette modification

(1] Cette statuette a de 8 à 9 centimètres de hauteur, elle représente une femme tenant à la main gauche un serpent et à la droite un instrument semblable à une faux. Sa tète est surmontée d'une coiffure bizarre.

devient purement fantastique et inexplicable. Aujourd'hui que la tour est complètement isolée et convertie en édifice religieux, puisqu'elle renferme en bas une chapelle et supporte en haut une statue de la Sainte- Vierge, de 7 mètres de haut, l'archéologue n'a plus d'éléments d'appréciation.

— Et l'histoire n'en dit donc rien ?

— Il est fait mention du château dans des titres du xme siècle ; mais de la tour, jamais, sauf dans un dénombrement du 9 août 1686, où François- Adhémar de Monteil, comte de Grignan (gendre de Mme de Sévigné), déclare posséder à Clansayes * vme ancienne tour servant de prison. »

— La tradition confirme ce renseignement, et le souvenir de l'horreur d'un pareil cachot ne fut pas étranger sans doute aux tentatives de démolition qui ont privé la tour de ses créneaux.

— Voyons maintenant ce qu'en pensent les auteurs. « Sa construction singulière, — dit la Statistique de la

* Drôtne, — les ouvertures en sens divers pratiquées » dans l'épaisseur des murailles, la coupole dans la-

• quelle la voix est répercutée, une sorte de tube dont » elle est surmontée et qui transmet la voix au-dehors, » ont fait faire beaucoup de conjectures sur ladestina-

• tion première de ce monument. Quelques personnes » ont pensé que ce pourraient être les restes d'un tem-

* pie consacré sous le paganisme à Echo ou Aïa locutia, » fille de l'Air et de la Terre, et que de Clarœ Aonides » Aia serait venu Clansayes. D'autres croient que c'est » tout simplement une construction du moyen- âge, une » tour propre aux signaux, comme il y en avait alors, » et qu'elle correspondait avec celle de Chamaret, qui » a aussi une forme toute particulière. Quoiqu'il en » soit, c'est, sans contredit, l'un des plus beaux monu-

» raents d'antiquité qui existent dans le département. »

M. le chanoine Jouve, négligeant la déesse Echo, ne trouve dans la tour que peu ou point d'analogie avec les vieux donjons du moyen-âge, et pense que « cette » masse irrégulière, parfaitement appareillée et d'une » solidité à toute épreuve, » devait être comme celle de Chamaret une tour à signaux. • La petite distance d'une » lieue qui sépare ces deux villages et leur position res- • pective dans la direction du sud-ouest rendent encore » plus probable cette supposition. »

11 y a malheureusement un obstacle à la transmission des signaux entre les deux localités : c'est que la crête de la montagne séparative de Chamaret et de Clansayes est à 24 métrés environ au-dessus de la ligne droite correspondante au sommet de chacune des deux tours. (1)

— La conclusion dernière est donc que toutes les deux faisaient partie du château féodal dominant les deux villages ?

— Pardon ; il y en a une autre.

— Laquelle?

— C'est que ni l'auteur de la Statistique de la Drùmc, ni l'auteur de la Statistique monumentale de fa Drôme, ne sont venus à Clansayes.

— Comment cela?

— Tous les deux assurent qu'à la suite des tremblements de terre du siècle dernier les habitants ont transporté leurs demeures dans la plaine, y bâtissant les maisons « qui ont formé le village nouveau. »

— Où est ce village nouveau ?

— Voici le tableau de nos quartiers avec leurs maisons et leurs habitants. Il répondra péremptoirement à la question :

[l) L'arrondissement de Montélimar, article Chamaivl.

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Château-Giraud . . .

Totaux

En 1735, il y avait au village 73 maisons et 30 granges dans la campagne (1). 11 y a eu diminution d'un côté et augmentation de l'autre ; mais le village est resté à sa place.

Et maintenant, tirez la conclusion.

(1) Archives départementales de la Drome, série M et série G Intendance.

Les Seigneurs.

— Grâce aux fossiles et à la tour, nous avons un peu perdu de vue l'étymologie de Clansayes, me fit remarquer mon guide, et je serais bien aise pourtant d'élre fixé sur ce point.

— Mais alors le Clara; Aonides Aia de la Statistique de la Drôme et de M. Martin, votre ancien curé, ne vous satisfait pas ?

— Nullement. Je ne fais guères plus de cas d'une autre étymologie tirée de Clam sederunt ou de clam sedes, à cause des grottes nombreuses où les premiers habitants trouvaient un asile sûr contre les poursuites de l'ennemi ou contre les variations atmosphériques.

— Effectivement, cette étymologie nouvelle, — de l'acabit de la première, — mérite d'autant moins les honneurs de la critique et de l'examen, que les Tricastins, tribu gauloise, ignoraient la langue latine avant l'arrivée chez eux du peuple-roi, et que des familles de cette peuplade habitaient Clansayes longtemps avant la conquête romaine, témoin les hachettes celtiques trouvées à la Roche-Pcrlus; j'ajouterai que le village, si visible au sommet d'une colline, ne saurait offrir que par ironie le sens de cachette.

— Pourrait-on avoir la vôtre?

— Sans doute, car je l'ai empruntée au savant travail de M. de Coston, sur les étymologies d&s noms de lieux du département. « Clansayes, près de Pierrelate, » Clanmyeten 1272. apud Clansayas, en 1332, plus

• tard Clamaium, est perché sur une montagne. Ce

• nom dérive de la même source que ceux de Claon,

• Clcon, Clion, dont on retrouve le radical dans clinwf, » incliné, en latin; klinein, incliner, en grec; cleiniau, » en gallique ; klann et glann, berge, falaise de rivière, » en breton. Gatschet traduit le nom de lieu de Clanx, » dans la Suisse allemande, par flanc de montagne. Gia- » num, variante des noms cités, était une ville gauloise » située sur une hauteur près de St-Remy (Bouches-du- » Khône). La position topographique de ces diverses » localités peut n'être pas toujours la même, gleann, en » écossais et en irlandais, glyn, en gallique, ayant le » sens de vallée (glen, en anglais.)

» La seconde partie du nom de Clansayes reproduit - exactement Yhaïa ou haya bas latin et Scandinave,

• haie, palissade, parc, bois (tiag, en allemand). On » appelait liaya les camps retranchés des anciens Nor- » mands. Clansayes doit donc être traduit par camp

• ou clos de la montagne, ou bien par montagne de

• bois, comme Monlclos, Montclus, Montboissier, Monl- » boucher. La lettre s s'est introduite plus tard dans » le mot Clansayes par suite d'une attraction phonéli- » que. » (1)

— La traduction de clanx faite par Gatschet convient merveilleusement à Clansayes, qui signifie de la sorte camp ou bois du flanc de la montagne.

— C'est parfait. Supposons maintenant, en présence «le la désorganisation sociale occasionnée par les fréquentes invasions des Barbares dans les Gaules, une association de cultivateurs et de chefs militaires, obligés par serment à se défendre et à se proléger mutuellement, et vous comprendrez la féodalité, que l'hérédité des défi) Bulletin de la Société darchSologie de la Dr Ame, IV,

voirs et des droits réciproques entre vassaux et seigneurs rendit si puissante au moyen-Age. Quant à préciser les noms des premiers maîtres de Clansayes, c'est chose difficile ; toutefois le faux Cartulaire des Adhéraar fait donner cette localité et la baronnie de la Garde, en 83*2, à Charles Adhémar de Monteil par Lambert Giraud Adhémar,comrne si les noms patronymiques avaient été en usage alors. Selon Pithon-Curt (1), la Garde et Clansayes appartenaient, dès le commencement du xr siècle, à Guillaume-Hugues ou à Giraud-Hugues Adhémar {adel, cukl, adU, for t, vaillant, illustre ; vtar, guer. rier). Giraud Adhémar, un de ses fils, forma la branche des seigneurs de Grignan ; Giraudet, celle des seigneurs de la Garde, et Hugues, celle des seigneurs de Lombers, commune de 1507 habitants, du canton de Uéalmont et de l'arrondissement d'Albi (Tarn).

Mais rien n'est certain à cet égard. M. Nadal, en effet, fait apporter Lombers en dot à Hugues Adhémar par Agathe de Poix ; et Pilhon-Curtr par une transaction intervenue, en 1095, entre Hugues Adhémar et ses neveux ; enfin une troisième opinion, bien plus probable que toutes les autres, reporte au xmc siècle seulement l'origine des Adhémar de Lombers (*2).

De 1-25*2 à 1*286, nous trouvons sur le siège épiscopal de St-Paul-Trois-Chàteaux un descendant des premiers possesseurs de Clansayes; il s'appelait Bertrand et sortait « de la très-ancienne et très-illustre famille Adhémar. » Lambert, son père, d'autres disent son oncle, avait donné, en 1*233, les dîmes de Clansayes à l'évéque Uiurens, et, le 2 novembre 1-274, il fit hommage à Bertrand de Clansayes, successeur de Laurens, « de la

(1) Histoire de la Noblesse du Comlat Venaissin. •2 De Costnn. Eiiste-t-il encore des Adhéwar de Monteil ?

sixième partie du fief de Clansayes qu'il avoit achetée de Bertrand de Chateauneuf, qui avoit appartenu à Giraud d'Alaman et qui n'avoit jamais relevé du domaine de personne, déclarant qu'il vouloit tenir de luy et ses successeurs cette conseigneurie du seigneur évôque de St-Paul, de tous ceux qui viendroient après luy dans cette dignité, à fief franc et gentil (noble), sous les exceptions cy-après exprimées : savoir, que luy et ses successeurs en ce fief prôteroient l'hommage, et feraient le serment de fidélité qu'on a accoutumé de faire dans de pareilles occasions; qu'il aideroit, ou ses successeurs en ce domaine, l'évôque en temps de paix et de guerre de tout ce qui luy appartient dans ce fief, et qu'il luy remettroit môme pour faire sa paix, ou pour soutenir la guerre, à condition toutefois qu'il ne prendroit rien par droit de justice, si ce n'est les eaux et les pailles pendant tout le temps qu'il y demeureroit, et que la guerre finie, il seroit obligé de rendre ce fief sans détérioration et sans délai à luy ou à ses successeurs; que l'évéque de St-Paul seroit obligé de l'aider et secourir en temps de paix ou de guerre, pour ce qui regarde le fief de Clansayes tant seulement, voulant môme que s'il venoit à construire quelque forteresse dans ce fief, l'évôque l'assistât, luy promettant sur sa foy, sous l'obligation de tous ses biens, et sous serment qu'il ne revoqueroit, ny changerait, ny contreviendrait ja- » mais à la renunciation qu'il luy faisoit, pour quelque

• raison que ce fût ; promettant au contraire que toutes

• les fois qu'il viendrait voir l'évôque de St-Paul, ou

► qu'il seroit dans son diocèse, de luy en prêter hom-

► mage, avec le serment de fidélité, s'obligeant et enga- » géant ses successeurs de faire la môme chose à l'égard

• de tous les évôques qui seraient à l'avenir, toutes Us

» fois que ce fief changeroit de seigneurs ou de vassaux, » ce qui fut confirmé et ratifié par Hugues et Giraud » Adhémar, ses deux fils présents. •

Cet hommage fut rendu dans le château de Lombers à Durand Dubois (de Bosco), mandataire de Bertrand de Clansayes, soit à cause, dit L'historien des évoques de St-Paul, de la difficulté qu'avait le seigneur de Lombers de défendre de loin le village de Clansayes, soit à cause de la grande puissance du prélat, voisin de sa terre (i).

Vers l'année 1233, époque de la donation des dîmes de Clansayes par Lambert Adhémar, Pierre de Brians, de Tulette, cédait à l'évéque de St-Paul la 12* partie des dîmes dudit Clansayes, et Rostaing Alleman, celles de Valaurie (2).

Ne semble-t-il pas résulter de ce qui précède : 1° ou bien que les seigneurs de Lombers avaient aliéné leurs droits à des familles étrangères; 2° ou bien que lesChàteauneuf (du Rhône) étaient leurs proches parents, chose assez vraisemblable; 3° ou bien enfin que les Adhémar de Lombers ne remontent réellement qu'au xme siècle ?

(1) A. Baver <!<• Ste-Marlho, Histoire de l'église cathédrale de St-Paul Trois-Châteaux, p.

Les Adhemar.

Les savants auleurs de Y Histoire géttè'a/e de Languedoc ne font aucune mention de la baronnie de Lombers (Tarn), avant le xm« siècle, assurant que la ville de ce nom se rendit ù Simon de Monlfort, en 1209, et que, dix ans plus tard, Lambert de Thurey ou Thury la reçut en fief du chef de la croisade contre les Albigeois.

Or, ce Lambert de Thurey avait épousé Briande Adhémar, « sœur de Lambert de Monteil Adhémar en Provence, » et il laissa ses biens à sa veuve et à son fils. Briande se remaria avec Guy II de Monlfort, frère puîné de Simon, tué d'un coup de flèche au siège de Yareilles, en 12*28, et eul un fils, Guy III, mort en Terre- Sainte vers 1250.

Lambert Adhémar II, frère de Briande, revendiqua la succession de Guy III de Montfort, son neveu, soit comme proche parent, soit comme donalaire de Lambert de Thurey, autre fils de premier lit de Briande Adhémar. De son côté, Philippe de Montfort, dit le Vieux, frère consanguin de Guy II, prétendit au môme hérilage ; mais, en l'absence de son compétiteur, parti pour la croisade, Lambert Adhémar II fut admis à ren dre hommage de Lombers à la reine Blanche, et St Louis, de passage en Languedoc, en 1274, lui conserva les biens contestés (l).

(1) Histoire générale de Languedoc, III, 43, 313, 37l>, 176, 367, 47», 603, etc.

Rien de plus naturel que cette explication île l'éta- - blissenient des Adhérnar en Albigeois.

Lambert Adhéraar I", déshérité par son père, qu'il avait attaqué dans le château de la Garde, épousa, en 1190, Tiburgc de Baux, et de ce mariage naquirent : 1° Lambert II; 2° Hugues, seigneur de la Garde; 3° Briande, déjà nommée, et 4° l'évêque de St-Paul-Trois- Chateaux. Bertrand de Clansaycs. Hugues, l'aîné, inféoda à Lambert U, en 1233, Clansayes et Chàteauneufdu-Rhône en partie, et lui donna, par son testament de la même année, tout ce que leur père avait possédé dans les mêmes châteaux, à la condition que les seuls enfants mûles de Lambert en jouiraient, qu'il rendrait hommage au seigneur de la Garde et renoncerait à tous ses droits sur la succession paternelle et maternelle (i).

On a vu ce même Laml>ert U rendre hommage à Tévêque de St-Paul-Trois-Châteaux, en 1274; mais il avait cessé de vivre en décembre 130*2, car Tiburge de Clansayes, sa fille, donna, à celte époque, une quittance scellée de son sceau, qui est parti de France et de Toulouse.

Marié avec Bérengère de Lautrec, il eut pour enfants : 1° Hugues, seigneur de Lombers; 2° Briand, co-seigneur de Villelongue; 3° Tiburge de Clansayes ; 4° Vacquerie, femme de Pierre de I^aulrec et de Jourdain de l'Ile, dont les filles s'unirent aux familles de Narbonne, d'Astarac et de Colonna.

Hugues, seigneur de Lombers, dut rendre hommage au seigneur de la Garde, suivant les actes de 1233, et céda, de 1302 à 1305, au Dauphin de Viennois la baronnie de Montauban qu'il tenait de Ronsolin, Ronsolin

(l) Viton de St-Allais. Nobiliaire universel, VII. p. 481 et

de Handonne et Randonnc de Dragonnet, à la charge par l'acquéreur de payer les créanciers de Konsolin (1). Hugues de Lombers mourut en 1307, laissant d'Elise de Laulrec une fille unique, Marguerite Adhémar, fiancée, en 1304, à l'un des fils de Jean, comte de Vendôme, mais mariée, en 1309, à Guy de Comminges, fils de Bernard, descendant des anciens ducs de Gascogne. 11 eut à soutenir un grand procès contre Eléonor de Montfort, comtesse de Vendôme, et dame de Castres.

• Elle prélendoit (pie la baronnie de Lombers et le pays » de Lomberois en Albigeois, qui comprenoit divers

• châteaux, dévoient lui appartenir, comme héritière » de Gui de Montfort, son grand-oncle paternel.... Hu-

• gues soutenoit au contraire qu'étant héritier de Lam- » bert de Monteil Adhémar, son père (qui l'était de » Briande de Monteil), la baronnie de Lombers lui appar- » tenoit. » — « Ce procès qui dura plus d'un siècle fut

• plaidé d'abord devant le sénéchal de Carcassonnc et

• porté ensuite au Parlement de Paris... Eléonor le re- » prit après la mort de Hugues, contre Marguerite de » Monteil, sa fille. Celte dernière étant morte, en 1313,

• sans enfants, Gui de Comminges, son mari, disputa » la baronnie de Lombers à Eléonor de Montfort, sa » tante, tant en qualité d'héritier de Marguerite de > Monteil Adhémar, sa femme, que comme fils de Laurc

• de Montfort, sœur d'Eléonor, et comme ayant le » droit de Pierre, son frère, et il s'empara à force ou- » verte du château de Lombers. Jeanne, Tiburge et » Gaucerande de l'Ile-Jourdain, filles de Vacquerie de « Monlélimar, sœur de Hugues, étant intervenues dans

- le procès, en qualité de plus proches héritières de

- Marguerite de Monteil, leur cousine germaine, le roi

• jugea à propos, en 1314, de mettre la baronnie de

(IJ Valbonnays. I, 260: H, 115

» Lombers sous sa main, et fit ajourner les parties au » Parlement de Paris. Cette affaire dura longtemps en- » core et fut suivie de nouvelles voies de fait de la part » de Gui de Coinminges... » (1) Mais n'insistons pas sur ces débats étrangers à notre sujet et surtout à nos pays.

Briand, frère de Hugues, qualifié damoiseau, dans les Otim (2), soutint avec lui le procès engagé contre les Montfort au sujet de Lombers ; mais il mourut jeune et laissa le soin de cette revendication à son fils Adhéraar dit de Clansayes, seigneur de Villelongue. On trouve, en 1281, un Bertrand de Monteil qui servait avec Adhémar, son frère, dans l'armée de Navarre, et je crois pouvoir les faire descendre l'un et l'autre de Briand. Quoiqu'il en soit, Adhémar se porta héritier de Marguerite de Monteil et Guy de Comminges aussi. Ce dernier, qui se faisait appeler roi d'Albigeois, tuait, blessait, volait, détroussait, rançonnait et pillait, quiconque soutenait le comte de Comminges, le seigneur de l'Ile- Jourdain et la comtesse de Vendôme (3).

« Cette comtesse termina ses différends par un accord » final qui fut passé à Melun, en présence du roi Phi- » lippe de Valois, au mois de mars de l'an 1332. Kilo » céda au comte de Comminges. aux frères et sœurs de » ce comte, pour la sixième partie de la baronnie de » Lombers qui leur appartenoit de la succession de la • maison de Montfort, tous les domaines situés depuis » Damiate jusqu'à Tarsac. Tout le reste des domaines » de la maison de Montfort demeura à Eléonor et au » comte de Vendôme, chevalier, à Jean et Pierre de

(1) Histoire du Languedoc, IV, 159.

(2) Otim ou Registres des arnHs rendus par la cour du roi, III. p. 894.

(3) Histoire du Languedoc. IV, p. 252.

DE MONTELIMAR

» Vendôme, ses fils... La môme comtesse obtint, au » mois d'août 1332, un arrêt du Parlement de Paris qui > lui adjugea, tant en son nom, que comme héritière de » Jean de Montfort, son frère, les cinq parties de six de

• la baronnie de Lombers ; la sixième partie de cette » baronnie fut adjugée au comte de Comminges et à ses » frères et sœurs, comme enfants et héritiers de Laure » de Montfort, sœur d'Eléonor. » (1) Les Adhémar se trouvèrent de la sorte complètement évincés.

« C'est à la perle de ce grand procès, dit Viton de

• St-AUais, qu'on peut fixer l'époque du peu d'aisance » et de l'oubli de la branche de Languedoc. La baronnie » de Lombers comportait plus de trente villes ou vili lages ; il ne resla à Adhémar de Clansayes que la sei-

• gneurie de Villelongue et sans doute aussi la terre de

• Clansayes. S'il ne posséda pas cette terre, du moins » il en porta le nom ; ce nom n'était pas nouveau dans » la famille. Lambert II, son grand-père, le prit sou-

• vent; Bertrand, évéquc de St-Paul-Trois-Chaleaux, » son grand-oncle, et Tiburge, sa Uni te, n'en portèrent » jamais d'autres. •

Adhémar de Clansayes ne vivait plus en 1355; mais il eut de Fines Rattier un fils, Galvan Azémar, qui forma quelques branches rattachées de la sorte à la grande famille des Adhémar.

« Il existe, au dire de St-AUais, une réquisition faite,

• en 1384, par Galvan d'Adhémar à Lambert, seigneur

• de la Garde, des biens et terres qu'Adhémar de Clan-

• sayes, son père, avait dû posséder dans ce pays-là ; - sans doute qu'il ne fut pas plus heureux dans ses » prétentions que ne l'avait été son père dans celles » qu'il avait sur la baronnie de Lombers; du moins

I l Histoire «lu Languedoc. IV, p. 187.

» l'on n'entend plus parler de la terre de Clansayes • qu'il redemandait par cet acte de 1384. » (1)

Un hommage du 16 août 1332, cité par Pithon-Curt, semble prouver que Hugues, seigneur de la Garde, avait alors une maison et une chambre à Clansayes ($).

Enfin, on voit par Y Inventaire de la Chambre des comptes de Grenoble (3), que le 3 avril 1378, Heynaud Rcymond, seigneur de Sigoyer, conseiller delphinal, inféodait à noble Hugues Adhémar, seigneur de Montélimar et la Garde, le château de Clansayes, au diocèse de St-Paul-Trois-Chàleaux, et celui de Lachau, au diocèse de Gap, pour huit portions sur neuf, avec leurs mandements, territoires, justice haute, moyenne et basse, liefs, droits et revenus, à condition de les tenir à fief franc du roi-dauphin, de faire jouir les habitants des mêmes privilèges que les nobles de la province, de servir le prince en ses guerres et de porter les appels de la cour de justice desdits lieux à la cour delphinale des Baron nies. De son coté, le Dauphin s'engageait à ne lever aucun subside dans les deux terres sans le consentement de leur seigneur. Le même jour, par donation entre vifs, Hugues donna les deux châteaux au Dauphin.

La nouvelle condition de Clansayes ne tarda pas à lui être fatale.

(1) Nobiliaire universel. Vil. p. 181 ; — De Coston, Existet-Ù encore des Adhémar de Monteil Nailal, Les Adhémar.

r2, Histoire de la Soblessc du Comtat, III, (50.

[3) Archives île la Drôine.

La 6nerre.

Louis II de Poitiers, comte de Valentiuois el Diois, ayant aliéné ses terres au roi de France (1404), « le » comte de Savoie se servit du ministère d'Antoine de - Grolée et des seigneurs d'Entrenionts et de Miribcl » pour lui faire la guerre. Louis II présenta requête au » Parlement de Grenoble le G juillet 1407 pour deman- » der secours au roi, disant que sétanl rendu son vas- » sal et lui ayant cédé ses états, il était obligé de le se- » courir; sur quoi le Parlement rendit un arrêt qui » défendait à ceux de Vienne de laisser passer aucunes

troupes par eau et par lerre qui vinssent des étals de » Savoie. » (1)

Aimar du Rivail dit, de son côté, qu'au commencement de décembre 1405, Charles VI avait mandé au conseil et aux magistrats dauphinois, de rassembler les soldats de la province, sans dérogation à ses privilèges, pour garder les chemins, les défilés et les ports et empêcher de la sorte rentrée en Frauce et en Dauphiné surtout, de la grande quantité de gens armés qui du Piémont et des Alpes menaçaient de l'envahir. Le vieil historien ajoute que plusieurs étrangers avaient la garde des forteresses delphinales et favorisaient ainsi le passage de leurs compatriotes ; c'est pourquoi le Dauphin recommandait expressément aux magistrats d'avoir l'œil

(1) Anselme. Histoire acnéulogtque de la maixon de France, 11, 196.

ouvert et de n'écouter aucun ordre contraire au sien, do quelque part qu'il vint (I).

V Inventaire de la Chambre des Comptes de Grenoble mentionne : 1° Une procuration du 9 juillet 1407 passée par Louis de Poitiers, comte de Valentinois, à Pierre Bourguignon, de Romans, pour aller demander secours au gouverneur de Dauphiné contre les seigneurs de Grolée et d'Entremonts qui s'étoient emparés du château de Clansayes, de la directe du Dauphin, lequel devait par conséquent ledit secours;

2° Des lettres du gouverneur de la province du 21 juillet 1407 qui ordonnent iY exécuter Guyol Àdhémar, seigneur d'Aps, de la terre de Clansayes dont il s'étoit emparé, quoi qu'elle fût sous la main delphinale;

3° I ne ligue offensive et défensive faite le 27 juillet 1407 entre Louis de Poitiers, comte de Valentinois, et les habitants du lieu de Clansayes, au diocèse de St- Paul-Trois-Châteaux, qui avoient pris les armes contre lui et qui promirent de le servir contre tous, excepté contre le Dauphin (2).

Chorier présente toute une narration des faits énoncés si laconiquement dans Y Inventaire de la Chambre des Comptes; seulement au lieu de Clansa\es, il écrit Clausenc aux Baronnies. J'ai consulté inutilement tous les auteurs spéciaux pour retrouver ce Clausenc, et, craignant une mauvaise lecture dans Y Inventaire de la Chambre des Comptes, je me suis adressé au savant archiviste de l'Isère pour vérifier les originaux... Hélas!... M. Pilot m'écrit, le 5 août 1871. que les titres mentionnés dans V Inventaire n'existent plus... comme tant d'autres, d'ailleurs!...

1) De Âllobrogibus.., p 5'Jl.

(*) Valentinois. 11,905.

Fort de l'autorité d'un travail fait par des hommes habiles, il y a deux siècles environ, et persuadé d'autre part que Chorier a bien pu lire de Clausenco pour de Clansaiïs ou Clansaiar(um) sur quelque document mal écrit où Vu et l'n étaient difficiles à distinguer, j'adopte jusqu'à preuve contraire le récit de l'historien dauphinois, en substituant Clansayes à Clausenc.

« Antoine de Grolée, seigneur de Grolée, avoit assem- » blé des troupes dans l'état de Savoye, pour les em- » ployer contre le comte de Valentinois ; elles lui avoient » même pris le château de Clansayes dans les Baron- » nies (1). Guigues de Montbel, seigneur d'Entremonts » et plusieurs autres de la meilleure noblesse des envi- » rons s'étoient joints à Grolée. Il étoil à Clansayes; et

• de là il faisoit des courses continuelles sur les autres

• terres du comte qui, manquant de courage plutôt que » de forces, ne se défendoit que lâchement. Le Conseil » delphinal, qui gouvernoit en corps en l'absence du » gouverneur, au premier avis de celle guerre, envoya » Odinet de Courleville, damoiseau et châtelain de la » Buissière, au comte de Savoie, et Giron de l'Aire,

• bailli de Graisivaudan, et après lui, Guillaume d'Hos- » Um, bailli des Baronnies, à Grolée et à Entremonts; » celui-là, pour prier le comte de commander à ses su- » jets de se retirer et de mettre bas les armes ; et celui-ci , » pour sommer Grolée et Entremonts de vider Clan- » sayes, comme un fief qui relevoit du Dauphin. Le roi » approuva le procédé, et ayant mandé ses ordres cx- » près, il chargea ses officiers de faire défense, en son » nom, aux uns et aux autres de rien entreprendre » contre le comte de Valentinois, et commandement de

(1) On a vu déjà que, par l'acte de 1378, les appels de la justice de Clansny<\s allaient à la cour delphinale des Baronnies. Cette terre n'a jamais appartenu aux Poitiers.

» rendre ce qu'ils lai avoient pris. Jean d'Angesl, grand- » maître des Arbalétriers de France, s'étoit avancé jus-

• qu'à Lyon et y faisoit un gros d'armée pour l'amener

• au comte, et il prétendoit passer à travers le Dau- » phiné. Mais on n'avait pas moins à craindre ce pas- » sage dans ce pays, que la guerre effective dans le Va- » lentinois. Aussi Courteville lui fut envoyé et au séné- » chai de Maçon, pour le divertir du dessein de faire » prendre cette route à ses troupes, et pour lui inspirer » celui de les mettre sur le Rhône. Cependant Grolée, » qui ne douta pas que le roi faisant son affaire de celle » du comte, la partie seroit inégale, rechercha de s'ac- » commoder. Tout y étoit disposé ; et ses prétentions » contre le comte furent fixées à une somme dont il » lui étoit encore dû l'an 1409 <leux mille florins. La » cause de cette guerre ne m'est pas connue : toutefois » sa fin apprend que peu de chose l'avoit fait naître, » puisque peu de chose la fit finir. Les conditions de la » paix expliquent les motifs de la guerre. » (t;

Il est certainement difficile d'expliquer ce récit de Chorier autrement que par l'intervention des Adhémar dans la lutte du comte de Savoie contre Louis II de Poitiers; et la sentence rendue contre Guyot, seigneur d'Aps, permet aisément d'accepter pareille hypothèse.

Au surplus, Clansayes demeura aux Adhémar, témoin les hommages rendus au roi-Dauphin pour cette terre, le 25 novembre 14-13, par Guy Adhémar, seigneur de Grignan ; le 26 octobre 1420, par Giraud Adhémar, seigneur de la Garde; le 25 aoiH I423, par Louis Adhémar, et le tC février 1447, par Giraud Adhémar.

Bertrand Adhémar, cinquième fils de Giraud XI, baron de Grignan, se qualifiait baron d'Aps, seigneur de

(1) m*toire y'-nêrale de Dauphin*. II. 401-405.

Clansayeset deMarsane; il épousa, en i486, Béatrix Alleman de Taulignan et laissa, entr'aulres enfants, Catherine, femme de Jacques Brunier, seigneur de Larnage (1).

M. Devès me signale, dans les minutes de M* Long, notaire à Grignan, une quittance du 6 avril 1570, passée par Gaspard Adhémar, à Dupont et Ripert, de 500 livres tournois pour le quarlier échu de la ferme de ses péages à Montélimar, Lène et Anses (de Mirmande) et de G30 livres sur la ferme de Clansayes, Monlségur et Chamaret. Un autre acte reçu par Serrecourt, nolaire à Valence, vers Tan 1600, porte que Thimoléon de la Baume-Suze, comte d'Aps, représenté par Germain Saullier, marchand de Lyon, avait fait saisir au comte de la Liègue, les terres de Saint-Romain et Boissieu, en Vivarais, et la seigneurie de Clansayes au comte de Grignan, pour avoir paiement des 20,000 livres dues par le premier et des 1*2,000 livres dues par le second ; que le Parlement de Grenoble adjugea Clansayes au seigneur de la Baume-Suze, lequel transporta ses droits à Saullier, à noble Henri de Bressac et Amable Thierry, jusqu'à paiement complet de ses créances.

Cette occupation accidentelle ne fut pas de longue durée, car on trouve Louis-Gaucher Adhémar, comte de Grignan, le 29 mai 1645, en possession de Clansayes, et François Adhémar qui en prêle hommage au roi- Dauphin, le 9 août 1686.

A la mort du gendre de Mme de Sévigné, Clansayes échut par succession à Pauline Adhémar, veuve, en 1718, de M. de Simiane ; et en 1732, par achat, à Louis- Niculas Félix du Muy, ministre de la guerre sous Louis

q] Pithon-Ciirt.

X.VI et maréchal de France en 1774. Il laissa ses biens à Jean-Baptiste-Louis-Philippe de Félix, marquis de Saint-Mesme, son neveu, nommé général de division, en 1792.

Un arrêté de l'administration du district de Montélimar, du 20 décembre 1 793, enjoignait « à tous pro- » priétaires non émigrés des ci-devant châteaux, forts. » tours et donjons non séquestrés de les faire démolir t dans le délai de trois mois ; » ceux appartenant ou revenant à la nation et ceux qui avaient été séquestrés devaient être démolis aux frais du Trésor public.

Or. les châteaux de Puygiron, Cirignan, Houssas, Condillac, Charols el Clansayes rentraient dans la dernière catégorie de l'arrêté, et si la tour de Clansayes a résisté à la manie de détruire qui poussait alors les administrateurs, la solidité de sa construction en est la seule cause (I).

vin

Clergé

L'église romane de cette localité ne remonte pas audelà du xr siècle; son appareil extérieur ressemble à celui du beau monument en ruines d'Aleyrac ; mais

(1) Archives départ., E, Notaires, Valence; — Inventaire de la Chambre des Comptes de Grenoble; — Nadal, Les Adhéwar.

l'édifice, à l'intérieur, n'offre ni chapiteaux, ni colonnes ; tout y est simple, correct et décent. Elle a 20 mètres de long sur 10 de large; ses deux chapelles latérales, ajoutées après coup, sont ogivales ou gothiques et ne dépassent pas le xve siècle ; l'une est dédiée à la Ste Vierge et l'autre à St Joseph ; la première est de beaucoup plus ancienne que la seconde, œuvre du xvir siècle.

A l'époque de la construction de l'église, le clergé paroissial se recrutait uniquement dans les abbayes : Charols dépendait de St-ChafTre-au-Monastier, Allan et Aleyrac de l'ile-Barbe, Chàteauneuf-du-fthône d'Ainay, Clansayes de Cluny. Bernon, abbé de Gigny, avec douze religieux de l'ordre de St-Benoit, avait, au commencement du ixc siècle (vers 8*2G), formé celte dernière congrégation dans une étroite vallée de l'arrondissement de Màcon (Saônc-et-Loire). Odon, successeur de Bernon, lui donna une règle, et nous pouvons dire à sa louange qu'elle fut une pépinière de savants écrivains.

Il y avait, dès les temps reculés, au territoire de Montségur une église bâtie en l'honneur de St Arnaud, huitième évéque de St-Paul-Trois-Châtcaux, et tout auprès un monastère bénédictin de l'ordre de Cluny. On ignore les destinées de cette maison religieuse, qui devint par la suile un prieuré rural et commendataire, composé de trois paroisses : Sl-Michel de Clansayes, Ste- Agathe de Grillon et St-Jean l'Evangéliste de MonUégur (1).

La pauvreté du Chapitre de St-Paul, après les désastreuses incursions de Raymond de Turenneet des autres

(1) Sous Oldaric 11, évêque d'Orange et de St-Paul, Conrad le Pacifique, roi de Bourgogne continuait au monastère de Cluny, à la prière de Boson, comte de Provence, l'abbaye ou prieuré de St-Amand, l'an de l'Incarnation 958. [Boyer de Ste-Marthe, supplément à V Histoire de l'Eglise de St-Paul p. 17.;

chefs de compagnies-franches, engagea l'antipape Benoit XIII à lui donner les revenus des prieurés de la Molle et de St-Amand, par une bulle datée de Salon, le 23 octobre 1404. L'union de ces bénéfices dura peu,- car un moine île Cluny, appelé Jean Blanc (Albi), revendiqua celui de St-Amand et s'en fit mettre en possession par l'abbé général de l'ordre. Les chanoines de St-Paul résistèrent de leur mieux à cette entreprise et en appelèrent tour à tour, mais en vain, au juge que le pape leur avait donné et au cardinal d'Ostie. Le moine eut gain de cause et le bénéfice passa dès lors tantôt aux religieux de Cluny et tantôt à des prêtres séculiers, qui le tenaient en commende et en percevaient les revenus à la charge d'y faire célébrer l'office divin à leurs frais. (1)

Signalons, parmi ces derniers prieurs commendalaires, Guyot Adhémar, protonotaire apostolique, et Guillaume Adhémar, son neveu, évéque de St-Paul, « lequel, après une possession de vingt ans, voulut bien » faire une démission pure et simple du bénéfice entre » les mains du St-Père, le priant très-humblement de » le vouloir encore unir à l'Université de son Eglise. » LéonX gouvernoit pour lors l'Eglise; il lui envoya » une bulle d'union datée de Rome le 21 mars 1515. » (2)

L'ordre de Cluny, lésé dans ses droits, s'efforça de les revendiquer; à cet effet, Claude Chamotin, pourvu du prieuré deSl-Amand par l'abbé général, en prit possession dans les formes ordinaires. Le Chapitre de St- Paul le cita devant les auditeurs de la Rote de Rome, députés spéciaux du Souverain-Pontife. L'affaire se débattit devant eux, et à la fin trois sentences consécutives

(1) Histoire de l'Eglise de St-Paul-Trois-Châteaux, pp.

•>: M., p. et 8iiiv.

et uniformes donnèrent raison aux chanoines et mirent les frais à la charge de Claude Chamotin (1).

L'année suivante (1522), la cure de Clansaycs étant venue à vaquer, le procureur du Chapitre présenta Georges Bérenger à l'évêque pour en remplir les fonctions, suppliant, en même temps, Michel d'Arandia d'annexer à la cathédrale la cure en question. Georges Bérenger accompagné de plusieurs chanoines se rendit a St-Kestitut, résidence épiscopale, donna sa démission entre les mains du prélat, qui approuva l'incorporation demandée, à la condition toutefois « que la cure seroit » servie de la même manière qu'auparavant. » (2)

Les troubles civils et religieux du xvie siècle furent funestes au prieuré de St- Arnaud et au Chapitre de St- Paul. Le pape Paul Y, par une bulle du 29 juillet 1605, annexa ce bénéfice à l'église collégiale de Grignan, érigée en 1512 et définitivement constituée en 1539 (3).

Malgré ces diverses unions, l'ordre de Cluny conservait toujours Pespoir de rentrer en possession du prieuré. En 1718, un clerc du diocèse de Valence, Grégoire du Fcsc, en obtint le dévolut par une bulle du vice-légat d'Avignon, et l'abbé général le confirma le 8 mai 1722. Le Chapitre de Grignan prolesta, en arguant de la bulle de 1539. Du Fesc, de son côté, en appela comme d'abus au grand conseil du roi. « L'agent » général de l'ordre de Cluny, le procureur général du » Grand-Conseil el le frère d'un conseiller prirent fait et * cause pour lui et en référèrent à la cour de Home. Les » brigues et les poursuites durèrent plus de trois ans; » mais le capiscol du Chapitre St-Sauveur (de Grignan;, » nommé Antoine Robert, défendit les intérêts dit la

(1) Histoire de ÏEglisede St-Paul-Trois-Châteaur, p. 211.

(2) ld., p. 214.

;3j N'Adal, Es mi historique sur les Adhémar,?]) (il 89.

» collégiale avec un zèle et une habileté qui furent cou- » ronnés du plus heureux succès. Le 7 juillet 1723, un • arrêt définitif du Grand-Conseil, rendu eontradicloi- » rement, débouta les appelants comme d'abus et main- » tint le Chapitre dans la possession du prieuré de St- » Amand, de ceux de Clansayes, de Grillon et de » Montségur, ainsi que de leurs annexes, fruits et pro- » fils, revenus et émoluments. » (1)

Une visite épiscopale de François Adhémar de Monteil. à la date du 13 mars 1644, nous apprend qu'à cette époque l'église était en assez bon état; que la chapelle voûtée (celle de la Ste Vierge aujourd'hui) avait une fondation d'une messe des morts hebdomadaire faite par Guigues de Joannis, bailli de St-Paul ; que Pierre Mouret obtint du prélat l'autorisation d'ériger la chapelle St Joseph; que la 24° partie de la dime attribuée aux pauvres s'élevait à 5 émines de seigle tant pour le curé que pour le prieur ; que la dime s'y levait à la cote vingtième sur les agneaux, sur les grains et la vendange et que la part du Chapitre de Grignan, prieur, était évaluée 200 livres et celle du curé aussi (2).

En 1790, les revenus de la cure s'élevaient en fonds et rentes à 695 livres et les charges à 1 1 1 livres (3).

Un arrêt du Parlement de Grenoble, rendu en 1678, avait astreint la communauté de Clansayes à contribuer pour les trois quarts à l'achat des ornements sacrés (4).

La Révolution changea complètement l'organisation religieuse. En 1807 et 1808, Clansayes fut uni avec St- Restitutàla cure de St-Paul, et malgré de nombreuses

(1) Nadal, Essai historique sur les Adhémar, p. 210.

(2) Archives départ. (Fonds do l évêché de St-Paul).

(3) Archives de la Drôme. série V.

(4) Inventaire des archives de l'Isère.

et légitimes réclamations, sa succursale remonte seulement au 10 mars 1820 (1).

Héritiers des Templiers, les chevaliers de Malte ou Hospitaliers de St-Jean de Jérusalem, possédaient, à cause de leur commanderie de Notre-Dame de Théronc, Thorone ou Terronne sur Clansayes, des maisons et des fonds à Fonljeux, St- Vincent, Chevalerie, St-Jean, rue des Codols, Plans, Moulins des Cloîtres, l'Aube, Freycenet, Bridoire, Robine, Monlmeyrat, Barbières, Lauze, Fontbaudy, Fangerote, Planchette, Tomples, Fonlrcdonne, Tourres, Echaravelle, Valette et Champiéry, quartiers de Clansayes et de St-Paul. Le document qui nous révèle ces faits nous donne les noms des commandeurs suivants :

Etienne Guiraud, 14*21-1430.

Antoine Philippi, 1455.

François Richard, 1453-1458.

Jean de Arlendi, 1458.

François Ayeras, 1462.

Etienne Tenot, 1492-1498.

Nicolas du Village, 1009(2).

Celte commanderie, dépendance de celles de Valence et de Montélimar, perdit peu à peu de son importance. Les Templiers et les Chevaliers de Sl-Jean de Jérusalem, institués au commencement du XIe siècle, avaient pour mission de défendre la Terre-Sainte récemment conquise et de protéger les pèlerins.

Les Templiers furent abolis, en 1311-12, par le concile de Vienne, sur les instances de Philippe-lc-Bel.

Leur commanderie de Notre-Dame de Theronc a été ruinée depuis longtemps; mais l'église romane où ils

(1, Archives du la Drôme, sôri»' K.

2) ld.. série G.

célébraient les offices existe encore. Elle est à une nef, sans chapelles et mesure 12 mètres de long sur 6 de large.

En 1235, une difficulté surgit entre eux et l'évéque de St-Paul-Trois-Chateaux ; mais l'évéque d'Orange la termina en décidant que le commandeur recevrait le prélat tricastin une fois chaque année dans le château de Charnier, avec tout le respect dû à sa dignité, et donnerait à souper et à diner à l'évéque et à ses gens (1).

Pareille redevance constituait un fief de jmisse [feudum procurations) et rappelait aux Templiers les libéralités des prélats tricaslins et de leurs diocésains, comme celles de Hugues de Montségur, en 1138, à Arnaud de Bedos, maître des Templiers de Provence, originaire peut-être de Chateauneuf-du-fthône, où nous avons trouvé une famille de ce nom, et de Bertrand de Baumes, qui céda à l'ordre l'église et le quartier St-Jean dans la cité épiscopale (2).

En U95, Etienne Tenot s'opposa aux défenses faites sous peine d'excommunication par Guillaume Adhémar, évéque de Sl-Paul, à tous les habitants de la ville de reconnaître d'autre seigneur que lui. L'évéque suspendit pendant un an l'effet de ses menaces, laissant au commandeur de Thérone le temps de constater et d'exiger ses droits, auxquels il n'entendait porter aucune atteinte (3).

On ne sait rien de plus des deux ordres militaires et religieux établis à Clansay es; mais on apprend du P. Boyer que Pierre de Brians de Tuletle avait cédé, en 1233, à l'évéque de St-Paul, Laurent, la douzième partie

(1] Histoire de l Eglise de Sl-Paul, p. 88. (•2) Id., supplément.

(3) Id., p. 200.

des dîmes de Clansayes, et que peu après Lambert Adhé.nar abandonnait au menie prélat les dimes de ses fonds et celles des fonds de quelques-uns de ses tenanciers (1).

C'était là sans doute l'origine des difficultés de 1495.

Il me resterait à parler des courses des religionnaires en 1561 à Montségur et Clansayes et de la déclaration en leur faveur exigée par Antoine de Castellanc Adhémar, compagnon de Lesdiguières, en révolte contre son père (2).

Mais je me bornerai à rappeler la réflexion de Montesquieu :

« I n citoyen ne satisfait point aux lois en se contentant ne pas agiter le corps de l'Etat, il faut encore qu'il ne trouble quelque citoyen que ce soit. » (îJ)

Dernières notes

Après ce résumé de l'histoire de la seigneurie et de la paroisse, je priai M. Sicard de me fournir quelques renseignements exacts sur la statistique de la commune.

— Volontiers, me dit-il, car vos recherches m'ont

(1) Histoire de l'Eglise de St-Paul, p. 87.

(2) Histoire de la vie du connétable de Lesdiguières, p. 77 ; Histoire de l'Eglise de St-Paul, p. 226.

;3j Esprit des Lois, liv. 25, ch. 9.

trop intéressé pour que mon concours le plus absolu ne vous soit pas acquis.

Clansayes a pour limites au nord, Valaurie et Chantemerle; à Test, St-Restitut, Solérieux et Monlségur; au midi, St-Paul et à l'ouest, la Garde-Adhémar. Son village, qui a dépendu des cantons de Suze-la-Housse, de la BaumeTransit et de Pierrelate, fait aujourd'hui partie du canton de St-Paul-Trois-Chàlcaux, dont il est distant de 4,701 mètres, tandis qu'il est à 29,961 mètres de Montélimar et à 74, 181 de Valence.

M. Mermoz donne en contenance imposable à la commune 1,399 hectares d'un revenu total de 20,103 francs et d'un revenu moyen par hectare de 13 francs 05 centimes.

D'après le cadastre, toutes fractions négligées, le territoire se divise ainsi :

Superficie

Revenu

Bois et terrains plantés. . .

170 hect.

102 fr.

Soit au total une contenance de 1,450 hectares, y compris les 51 hectares de rues, places, chemins, etc., non imposables et 12,090 francs 60 centimes de revenu.

Ces chiffres toutefois sont loin d'être exacts actuellement, puisque la contenance de vignes, par exemple, est descendue de 83 hectares à 17 et de 1,494 hectolitres à 306, et, par suite de la nouvelle maladie (phylloxéra) cette quantité même menace d'être réduite encore. On pourrait en dire autant des bois.

On récoltait à Clansayes, en 1789, 80 salméés de blé. 400 de seigle et 150 de sarrasin ; en 1854, 146 hectares

ont donné 1,314 hectolitres de blé, soit 9 à l'hectare ; et 120 hectares, en 1867, 2,160 hectolitres, soit 18 à l'hectare. Cette même année (1867), il y eut encore 336 hectolitres de méteil, 432 d'avoine et 520 de pommes de terre.

Les ruches à miel sont au nombre de 45 environ ; en 1866, on comptait dans la commuue 25 chevaux, 66 mulets, 2 ânes, 2,327 moulons ou brebis, 60 chèvres et 295 porcs.

Il y a eu, en 1858, 3,072 kilogr. de cocons pour 306 onces de graines, et, en 1871, 5,670 kilogr. de cocons pour 315 onces.

La population se divise ainsi : 170 garçons, 1 10 filles, 99 hommes mariés, 98 femmes, 10 veufs et 19 veuves; 463 agriculteurs, 28 industriels, 8 professions libérales, 7 habitants sans profession ; 491 catholiques, 15 dissidents; 225 personnes qui ne savent ni lire ni écrire, 95 qui savent lire seulement et 186 qui lisent et écrivent.

On voit, par les réponses de la communauté en 1789, que la population était alors de 400 âmes environ et que le territoire avait un quart de lieue en tout sens, à partir du centre. Effectivement, le plan cadastral donne un polygone à peu près régulier.

L'air y est sain ; les maisons, bâties à chaux et sable, sont couvertes en tuiles creuses ; à l'exception des phosphates, il n'y a comme alors aucune branche de commerce, ni d'industrie.

On voyait autrefois au pied des collines prospérer l'olivier et le figuier; les froids rigoureux de 1788 et 1789 ont fait périr l'olivier, et pour le trouver dans l'arrondissement de Montélimar, il faut aller aujourd'hui jusqu'à Tulette.

En 1789, la taille royale était de 1439 livres; la ca-

pitation (cote personnelle) de 460 livres, les 20", de 506 livres, total 2,405 livres.

Le montant des impôts, en 1868, se décomposait ainsi :

Dépenses de l'Etat 2,099 f. 11

— du département 966 08

— de la commune 1.292 16

Non-valeurs, frais 75 30

Total 4,432 65

En 1789, le budget communal comprenait 6 livres pour l'entretien de la fontaine, 7 livres pour les censés des biens communaux, 6 livres pour les assises, 9 livres pour le loyer de la maréchaussée, 60 livres pour l'entretien de la cure, 9 livres pour le loyer de la maison d'école, 12 livres pour le secrétaire, 9 livres pour le mandeur, 10 livres de pension au Chapitre de St-Paul. — Revenus communaux, 40 livres. A cette époque, les pauvres y avaient l'intérêt de 1,020 livres, 25 émines de seigle dans leurs fonds et la 24p partie de la dime.

Outre les impôts ordinaires, au moment de la Révolution, les habitants payaient aussi les charges féodales. Ainsi, le seigneur affermait alors ses redevances foncières annuelles plus de 1 .600 livres, et chacun lui devait pour censé personnelle une émine de méteil, une quarte d'avoine et mie poule. En 1735, les documents officiels accusent un droit de tasque ou tâche exigible aux cotes 9, 12, 15 et 20 sur les grains. Le four du village et le moulin de St-Raphaël jouissaient de la banalité.

Clansayes n'a d'autre rivière que le Roset, qui se dirige au couchant vers la Garde-Adhémar et Pierrelate ; ses eaux ne peuvent servir à l'arrosage.

L'exploitation des phosphates de Yeuterol est venue

fort à propos donner quelques ressources à la population de la commune. Ses collines de sable, brûlées par le soleil et corrodées par les eaux, menacent de devenir stériles, si la culture du genêt d'Espagne n'y retient plus l'humus.

En 1789, des plaintes à cet égard se trouvent déjà formulées. « Notre village est situé sur une haute mon- » tagne, entourée d'autres montagnes sablonneuses et » graveleuses, de manière que le territoire forme un » bassin recouvert de sable et de gravier à chaque » pluie considérable. Outre les dépôts immenses de sa- » ble et de pierres que les eaux entraînent dans nos » fonds, elles les coupent par le milieu et les ravinent » très-souvent, en sorte que s'ils se trouvent ensemen- » cés, lors de ces accidents, les récoltes sont, à peu de • chose près, entièrement perdues, sans qu'il soit pos- » sible de les garantir par des réparations. » (1)

Clansaycs, administré jadis par des consuls annuels, n'a conservé aucun titre de son passé.

Seule la tour de son château en ruines domine encore les collines blanches voisines de St-Paul, et son vieux village ébranlé par les secousses de plusieurs tremblements de terre perd chaque jour de son aspect féodal.

Avant de quitter le village de Clansayes, il convient de rappeler, pour être complet, que Bertrand, élu évéque de St-Paul- Trois-Chàteaux, en 1251, reçut le jour dans celte commune et gouverna « très-glorieusement » l'église tricastine pendant trente-trois ou trente-quatre ans, et que, d'autre part, Jean-Claude Martin, né à Grenoble le 3 mai 17GG, y décéda le 21 avril 1847, après seize ans d'exercice paroissial et fut enseveli à la porte de son église.

;1) Archives départ, de la Drùme. C, Séries M et C

Il sera question ailleurs des actes de l'évéque Bertrand ; quant à l'abbé Martin, excellent prêtre et médiocre historien, il passa son temps à lire, à prendre des notes et à recueillir des objets antiques ou des fossiles. Né avec le goût des recherches historiques, il pouvait sauver du naufrage une foule de documents précieux ; il préféra les compilations et ne publia qu'un petit nombre de brochures peu estimées. Outre ses ouvrages cités par M. Hochas, dans la Biographie du Dauphinê, et ses manuscrits possédés par MM. Giraud, Garielet Vincent, on lui doit, parait-il, une notice inédite sur Clansayes, que je n'ai pu consulter et dont j'attends la publication avec impatience.

CLÉON-D'ANDRAN

Temps anciens

Bûti dans la Valtlaine, sur la route départementale n° G de Montélimar à Beaurepaire, entre le Koubion, Charols, Bonlieu et St-Gervais, au midi; la Laupie, à l'ouest; Puy-St- Martin, à l'est; Marsane et Uoynac, au nord, le village, appelé dans les vieux titres Cliviut ou Clivium Andrandi ou Ândrani ou de Andranis, ne peut tirer ce nom d'une colline quelconque, car l'ondulation de terrain qui l'entoure s'élève de quelques mètres seulement au-dessus du niveau général de la plaine; il le tient plutôt des mots yleann et glyn ayant la signification de vallée en gallique, en écossais et en irlandais (1).

A cause de sa position trop difficile à défendre, le bourg de Cléon ne devait pas exister à l'époque gauloise; mais les marchands étrangers traversaient souvent le

fi , Bulletin de la Société d'Archéologie de la Drôme, article de II. de Coston, déjà cité.

territoire de la commune, tout comme tirent les Romains, après la conquête du pays.

Ce qu'il y a de plus vraisemblable, c'est que l'agglomération formant le chef-lieu, située à 6,580 mètres de Marsane, à 18,030 mètres de Montélimar et à 40,610 de Valence, ne remonte pas au-delà de l'organisation féodale du xic siècle.

Voici de quelle manière un mémoire de M. de Gênas s'explique à ce sujet :

Anciennement le village de Cléond'Andran n'était qu'un groupe de maisons bâties dans la forêt d'Andran. Enrichis par les défrichements et parles magnifiques récoltes obtenues dans une terre neuve, les habitants marièrent leurs fils et leurs filles auprès d'eux et leur construisirent des maisons en cercle, de façon à former un bourg facile à défendre, bien que sans murailles d'enceinte, appelées vhigtain, comme on le voit encore aujourd'hui (1). Quelques gentilshommes, ayant des portions de cette forêt, les firent également défricher pour avoir des domaines. Le plus puissant d'entre eux insinua à ses voisins que, puisqu'ils avaient besoin de protecteur, s'ils voulaient reconnaître sa seigneurie et lui payer une redevance de quelques deniers ou de quelque peu de grain, il assurerait la sécurité et Tordre. A cause des troubles et des grands désordres qui régnaient alors dans la province, les habitants de Cléon acceptèrent son offre.

Un des successeurs de ce premier seigneur se trouvant lieutenant-colonel d'un régiment et gouverneur de Romans {"2), eut assez de crédit pour faire reconnaître à

(1 Celte affirmation manque d'exactitude ; Cléon-d'Aitdran était un bourg fortifié

[% Fait controuvé.

DE MONTELIMAR

quatre ou cinq ménages un vingtième des grains par eux récoltés ; les autres refusèrent.

Le successeur de celui-là donnait la châUellenie du lieu et la vi-chatellenie (administration civile et militaire) à des hommes capables de faire adroitement reconnaître la banalité de son moulin et de son four. Toutefois l'ensemble de la population ou la communauté refusait éner. giquement d'accepter les servitudes; quelques particuliers seuls s'y soumettaient par crainte.

M. de Sillol, fils d'un médecin de Montélimar, acheta cette terre de M. d'Esparron, et, désirant ardemment y posséder un vingtain universel, il s'entendit avec les quatre habitants les plus influents du lieu et leur prêta 4,000 fr,. à la condition qu'ils le feraient déclarer seigneur universel et foncier, avec justice haute, mixte et impère, banalité des four et moulin, conformément aux anciennes reconnaissances.

Plus hardi que les autres, un habitant, qui avait refusé de souscrire aux prétentions de M. de Sillol, se voit, un jour, pour ce fait appelé devant le Parlement de Grenoble; plusieurs voisins et la communauté entière épousent bientôt sa querelle et demandent communication des reconnaissances anciennes. Le seigneur répond qu'elles ont été brûlées. La communauté insiste, dans la persuasion qu'elles existent réellement, mais qu'on les lui cache, comme contraires aux prétentions féodales du demandeur. Le Parlement exige le serment de ce dernier; M. de Sillol jure de ne plus avoir de titres, et tous les habitants, sans exception, sont condamnés à payer le vingtain.

Peu de temps après l'arrêt, M. de Sillol meurt et M. de Lamande, père de Mm« de Marsane, dame deCléond'Aadran, chargé des affaires de M. de Sillol, ou comme parent, ou tomme ami, fait offrir à la communauté,

moyennant une somme d'argent de 3,000 livras, de montrer les reconnaissances anciennes, et par ce moyen de renverser l'arrêt du Parlement qui avait pour unique base le serment de M. de Sillol.

La proposition est accueillie avec empressement, et quatre des principaux habitants de Cléon vont s'assurer du contenu et de l'authenticité des reconnaissances susmentionnées, remercient M. de Lamande et reviennent chercher les 3,000 livres promises. A leur retour, ils écrivent à M. de Lamande qu'à un jour déterminé ils se rendront à Montélimar pour verser la somme et prendre copie des reconnaissances.

Le jour dit, trois députés arrivent, en effet, chez M. de Lamande et lui annoncent que le quatrième est allé prendre l'argent pour le verser entre ses mains. Pendant ce temps, ils examinent de nouveau les actes mis à leur disposition. Soudain, leur camarade se présente; mais, au lieu de venir avec la somme en question, il est accompagné d'un huissier chargé par le visénéchal de s'emparer des tilres favorables à leur cause. Grande fut la surprise de M. de Lamande ; mais le tour était joué ( 1 ) . Depuis lors, douze ou quinze ans se passèrent sans aucune réclamation de la part du seigneur, bien que les habitants ne lui payassent aucun vingtain. « Je laisse à décider, conclut M. de Gênas, si je ne suis pas fondé à ne pas payer cette redevance, moi qui en suis naturellement exempt par ma condilion, pareil droit D'étant pas personnel. » (2)

Nous allons voir à quel propos l'intimé se trouva ainsi mêlé à un différend de la communauté de Cléon

(1) Archives de l'hospice de Valence, K, 61.

(2) La chose ne se passa pas tout-à-fait d'une manière aussi théâtrale, d'après un autre récit.

DE MONTELIMAB 305

avec son seigneur et dans le cas d'étudier et d'écrire à sa manière l'histoire d'un passé qu'il connaissait fort imparfaitement.

Les Gênas. >$i

A une faible distance du village de Cléon, sur la route de Marsane, s'élève le château appelé de Gênas. Il est formé de deux ailes latérales et d'un corps de logis en retraite, orné d'un élégant perron. « Les bâtiments » d'exploitation, — dit une affiche du xvui* siècle, — » sont séparés par une grande cour de l'appartement » du maître, lequel est composé d'un rez-de-chaussée » voûté, où est une chapelle, et d'un étage, où est une » grande salle, au milieu de six chambres de maître,

• d'une autre chambre plus petite et à cheminée et de

• quelques cabinets et aisances, le tout plafonné à cor- » niches en plâtre, parqueté, fougère ou proprement » tablé, carrelé, orné d'un jardin, d'un parterre, » d'une grande basse cour, close de murs, portes et » grilles de fer. » (1)

Les terres, vignes, prés et bois du domaine avaient alors une contenance d'environ 315 sétérées, c suscep- « tiblesde beaucoup de plantations et d'améliorations. » M. Kaffin, agronome intelligent et instruit, possède aujourd'hui cette belle propriété.

1; Archives de l'hospice de Valence, B. 62 et 63

On voit au-dessus du perron du château les armes des Gênas : d'or au genêt de sinople de quatre branches passées en deux doubles sautoirs, fleuri d'or; écartele au 2 et 3 de gueules à l'aigle d'argent beeque el membre d'or.

Avant 1429, les Gênas avaient d'argent au genêt de sinople, boutonné d'or ; l'union de Louis, l'un d eux, avec une fille de Charles Spifame, d'Avignon, mais originaire deLucques, leur fil adopter l'aigle. (1)

C'est au règne de Louis XIII que remonte l'arrivée des Gênas à Cléon. Aimar Giraud, bourgeois de Cresl, jouissait avant ce temps de leur domaine. Pierre de Saulses, bourgeois ou noUiire de Bourdeaux, épousa une fille d'Aimar appelée Diane, et Marguerite, fruit de cette union, fut accordée, le 25 septembre 1605, à Biaise de Gênas. Marguerite hérita de sa mère, et pour une partie, de ses oncles, nobles Isaac et Alexandre de Giraud, sieurs de Divajeu, terre qui échut à Hercule Sibeud de St-Ferréol, par son mariage avec Suzanne de Giraud, sœur aînée de Diane; de plus elle avait reçu en dot 4,500 livres. Olympe de St-Ferréol, femme de Pierre de Saulses, le 10 novembre 1G14, pour se libérer tout à fait de la dot de Marguerite, abandonna à Biaise de Gênas les possessions foncières d'Aimar Giraud, à Cléon et Puy- St-Martin.

Biaise était fils d'Alexandre, seigneur de Beaulieu, près Valence, et de Claudine de Dorne, mariés en 1557. Sa famille remontait à Jean, seigneur de Gênas, au Viennois, où il vivait en 12C0. • Une querelle qu'il eut » avec quelques-uns de ses voisins et qui fit perdre la » vie à son père, tué par un de ceux avec qui il Peut, » l'obligea de se retirer à Valence, où, préférant la » tranquillité de la vie à sa terre, il s'établit, et vendit,

.1) Pithon-Curt, (iénMogie de Gêna».

» en 1308, à un gentilhomme, son parent du côté de sa » mère, son château qui consisloit dans une tour forte » et tout ce qui en dépendoit. » (1)

Parmi les descendants de Jean, les historiens remarquent de nombreux guerriers ou magistrats, un trésorier général des finances en Languedoc, mais surtout François, président de la Chambre des Comptes de Grenoble et général des finances en 1476, premier maître d'hôtel du roi Charles VIII, en 149*2. Louis XI le chargea de plusieurs missions importantes et le recommanda expressément à son successeur. Comme ce monarque avait uue peur extrême de la mort, il fit venir St-Françoisdc Paule du fond delà Calabre. « Monsieur le géné- » ral, — écrivait-il à Gênas, le 29 juin 1485, — je - vous prie de m'envoyer des citrons et des oranges » douces et des poires, et c'est pour le saint homme qui » ne mange ni chair ni poisson, et vous me ferez un » fort grand plaisir. » Le 3 août suivant, Louis XI lui écrivait encore au sujet de 110 ducats dus au pape : < Je ne voudrois pour chose du monde que lesdits 110 » ducats ne fussent payez; je vous prie sur touts les » plaisirs et services que jamais me désirez faire, et > surtout que vous aimez ma santé et le bien de ma » conscience, qu'incontinent ces lellres veùes, vous fas- » siez délivrer lesdits 110 ducats d'or, sans y faire » faute. »

François de Gênas mérite à d'autres titres encore d'être connu en Dauphiné. C'est à lui, en effet, selon Pithon-Curt, que la province, « qui n'avoit connu jusques » alors que les perdrix grises, est redevable des rouges, » qu'il lit apporter de Languedoc en grand nombre et » qui s'y perpétuèrent dans la suite. Il y fit aussi venir

(1) Pithon-Curt. Généalogie de Gênas, hroch. in-12; Avignon. 7. Delorme. 1713.

» des brebis de Roussillon qui donnèrent de la laine » beaucoup plus fine qu'auparavant. » Né en 1430, il mourut en 1504.

Biaise de Gênas, un de ses descendants, laissa entre autres fils Paul, seigneur de Beaulieu, marié, le 30 juillet 1641, avec Magdeleine Eslezet, de Valence. (1)

René, leur fils, lieutenant de roi dans la môme ville et citadelle, engagea le procès relatif au vingtain de Cléon et testa le 1er mai 1739 en faveur de Christophe de Gênas, de Crcst, son neveu à la mode de Bretagne, avec substitution au profit de Pierre de Gênas, baron de Vauvert, et de l'hôpital St-Jean de Valence, qui recueillit sa succession, vers 1780.

Ce gentilhomme avait formé diverses collections de curiosités naturelles et artistiques, et l'inventaire de son mobilier cite un tableau de l'Albano ; des Heures sur vélin, en caractères gothiques avec estampes; les médailles des empereurs romains de César à Postume, « où » pas un grand bronze ne manquait » ; la pierre Cobra ou serpentine, « pour guérir toutes sortes de morsures » d'animaux vénimeux » ; deux crapaudines, quatre olives et sept lentilles pétrifiées, venant delà Judée ; une pierre des montagnes de Quint, ressemblant à un serpent; la pierre siderala; la pierre mandata, ou pierre de la petite vérole qui se tire du Ro vannais; des pierres du tonnerre t qui n'en sont pas » ; des dents du diable, etc., etc.

Comment concilier avec des goûts de ce genre la manie des procès qui s'empara du gentilhomme? L'explication en est d'autant plus difficile qu'il avait reconnu pour lui et les siens, le 7 juin 1685, à noble Jean de Sillol, seigneur de St-Vincent-de-Barrès et de Cléon-

(1) Pithon-Curt, Généalogie de Gênas; — Archives de l'hospice de Valence, B, 58; — Archivas départem., B, 592.

DE MONTÉL1MAR

d'Andran, la directe de ses fonds audit lieu, selon les titres de 1538, de 153(J, de 1607 et 1608, et le vingtain des grains et du vin, sans pouvoir arguer de sa qualité de noble, « attendu que le droit de vingtain, d'après les • susdites reconnaissances antérieures, était réel. »

Représenté, il est vrai, à l'époque de cet acte par noble Charles de Brotin, de Roynac, son mandataire, il expliqua, plus tard, son erreur en acceptant de pareilles charges, et soutint que cette reconnaissance avait été achetée. Effectivement, le même jour, Marthe de Calignon, dame d'Esparron et de Mollans, avait obtenu de lui, afin de terminer le procès pendant au sujet du vingtain de ses fonds, que, moyennant GOO livres sur le prix de la terre de Cléon, il reconnaîtrait à M. de Sillol la redevance réclamée.

Mais on a peine à comprendre la valeur d'arguments semblables, alors surtout que l'acte du7 juin 1685 avait été passé à Montélimar, dans la maison de Nicolas Fcautrier, avocat, seigneur de Rac et de Vinsobres, en présence de Joseph Bayle, visénéchal, et de Jean Duclaux, président do l'Election, tous personnages en élal de Tins- Iruire sur ses droits et ses devoirs féodaux. (1)

\vanl d'aborder les autres preuves de M. de Gênas, expliquons ce qu'on entendait par vingtain et comment il fut établi à Cléon.

l) Aivliivcs de I hospico de Valence, B, 61, 58, 59, etc.

Le Vhigtain.

« Vin tain, — d'après le Dictionnaire de Trévoux, — • est la môme chose que vingtième et ne se dit qu'en » tenues de coutumes dans cette phrase « droit de vin- » tain » , qui est un droit par lequel le seigneur fondé » de titre prend la vingtième partie des fruits qui crois- » sent en sa terre, ou de quelques espèces de fruits » seulement, selon les conventions. Le droit de vintain » est réel ou personnel ; le réel est dû par les fonds m6- » mes et est appelé tâche en Dauphiné ; le personnel est » dû par les sujets à leur seigneur pour construire et » maintenir à ses dépens les murailles du bourg ou de » l'enclos du château, pour leur sûreté et la conserva- > lion de leurs meubles, moyennant le vintain, c'est-à- » dire la vingtième partie des blés et du vin qu'ils re- » cueillent. Ce droit fut établi à l'occasion des guerres » entre Charles V, roi de France, et Amé VI, comte de » Savoie. »

Malgré l'autorité du Dictionnaire de Trévoux, je persiste, avec Bescherelle, Ferrière, etc., à écrire vingtain, comme vingtième, à cause du radical viginti, et je conteste l'exactitude historique de l'établissement de la redevance sous Charles V.

Une charte de 1217 parle des murs et des fossés de Cléon, tam in fosatis quam in mûris; une autre de 1228 mentionne le circuit des murailles, infra ambUum murorum (1). Voilà pour le fait. Relativement au droit,

(1) L'abbé Chevalier, Cartulairc de St-ChaiTre dans les Documents inédits.

DE MONTÉLIHAR 311

je n'ai pas de preuve spéciale à la localité, mais Salvaing de Boissieu, mal copié par le Dictionnaire de Trévoux, est bien autrement exact sur ce point. • Ce droit, dit-il,

> a pris son origine de ce que les Etals du Dauphin el » du comte de Savoie étant enclavés l'un dans l'autre, » avant l'échange qui fut fait entre le roi Charles V et » Amé VI, ces deux princes étoient en guerre conti- » nuelle; et encore de ce que la noblesse ayant droit de » faire la guerre de son autorité, pour démêler ses » querelles, les seigneurs faisoienl des courses les uns » sur les autres, ce qui les rendoit soigneux de forli- » lier leurs châteaux et de clore leurs bourgs et villages

> de murailles que le vulgaire appelle vintains, non » pas à vincendo (vaincre), comme dit Guy Pape, nia » vmeiendo (lier), comme quelques autres, mais à cause » du droit de vintain qui est dû en beaucoup de lieux » pour les maintenir. * (1)

Ducange cite des textes faisant remonter le vingtain (vintenum, vintenium et vincena) aux ixe et xur3 siècles, et Basset le reporte avec raison au temps où l'on bâtissait des « châteaux et maisons fortes aux lieux les » plus hauts, même sur les pentes des rochers, où les » dards, les flèches et les arbalètes ne pouvoient arriver » ou donner grande atteinte auparavant l'usage de la » poudre... On appeloit, en quelques pays coutumiers, » ajoute l'auteur, ce que Ton exigeoit à raison de ces » châteaux, droit de suavement; mais on devrait au- » jourd'hui (1676) plutôt le qualifier droit mm fottde- » ment, puisque si ces châteaux ont été démolis par les » ordres du roi, comme autant de grains de sable et de » gravelle dans les reins de l'Etal, il y eût eu » grande justice de ne pas souffrir que ces mêmes grains » de sable et de gravelle n'étant plus en existence, eus-

(1) De l'usage des fiefs, chap. 46.

» sent toujours continué d'en engendrer de très-sensi- » bles dans les reins des bourses des habitants. » (!)

Enfin, j'ajouterai, pour compléter l'article défectueux du Dictionnaire de Trévoux, qu'indépendamment du droit de vingtain établi à l'origine pour concessions d'immeubles comme à Cléon et Aleyrac, ou pour construction et entretien de remparts, il y avait aussi, comme à Châteauneuf-de-Mazenc, un vingtain dû pour l'octroi de privilèges, libertés et franchises, et que la redevance conserva le nom de vingtain, alors môme qu'elle s'exigeait à la cote 24* ou 27e (de 24 ou 27 gerbes une). (2)

Le site de Cléon ne se prétait pas sans doute comme les villages voisins à un système de défense compliqué ; toutefois il pouvait très-bien suffire « auparavant l'usage de la poudre. » Bâti sur une légère émincnce en forme de cercle, le village présente au centre l'église, le cimetière et le château, puis une ceinture de maisons, une rue circulaire, une deuxième ceinture et les remparts actuellement remplacés par un boulevard magnifique, planté d'arbres de belle venue, autour duquel de nouvelles constructions s'élèvent déjà sur plusieurs points.

Que le vingtain fut réel ou personnel, M. de Gênas, s'y étant soumis, devait le reconnaître ou s'en racheter, en remboursant la somme payée par M. de Sillol, « et le » sort principal de la quantité de grains duc annuclle- » ment. » Quant à la communauté, la question de savoir si elle était soumise à la redevance, est aujourd'hui fort oiseuse; cependant, elle avait alors une importance extrême à en juger par l'énergique insistance des habitants à la faire résoudre en leur faveur. Une note de

(1) Notables arr es t$,\\. chap. 5.

(*') L'arrondissement de MonUlimar, 1, Aleyrac ; II, Chàteaiiiicuf-dc-Maxcnc.

l'abbé Servan, curé de Cléon en 1790, s'explique ainsi à cet égard :

« Un procès qui a duré plus de deux siècles entre la » commune et les divers seigneurs a été terminé en » 1787. Le seigneur a obtenu un arrêt du Grand Con- » seil confirmatif de ceux du Parlement de Grenoble » qui lui adjugcoient le vingtain général sur les mêmes » objets de la dime ecclésiastique, mais à la cote 27p. »

En attendant que je puisse instruire à nouveau d'une façon brève et complète un procès de si longue durée, il est utile d'avertir le lecteur que les archives communales de Cléon ont été par deux fois à peu près détruites en entier, et qu'il a fallu recourir à l'obligeance de MM. AlcideMaurin, docteur médecin à Crcst, et Emilien Moutier, pour avoir communication d'une grande partie des pièces du débat.

Les papiers de M. de Gênas racontent ainsi le premier autodafé des titres de Cléon.

« Le seigneur, nommé Germain d'Urre, gouverneur » du Mont-St-Michel, pratiqua par le moyen de ses amis » qu'on mit en ce lieu en quartier d'hiver des troupes » ou gens de guerre qui rançonnèrent, en 1617, la » communauté de 2,400 livres, et après l'argent compté » et emboursé par M. de Sahune, les trois cloches furent » descendues du clocher et ensuite portées au château » de Beauvoir sur Allan, par ordre du sieur de Sahune.

» En 1621, le coffre à tenir les papiers de la commu- » nauté qui étoient tous dedans fut porté par les gens » de guerre et brûlé à la place et sous les fenêtres de la » maison du seigneur qui, de là, les voyoit brûler, et » pour lors le nommé Montcil, curé, voulant repré- » senter au seigneur que de semblables actions étoient y> indignes d'un homme de sa naissance, le toul se fai- » saut par son ordre, cela attira au pauvre curé la haine

» dudit seigneur qui, par des huées, des chansons et » coups de pierre l'obligea à se retirer. Le prieur de » Cléon qui étoit de la maison d'Urre 01 desservir la » paroisse pendant près de 30 années par des gens à » gages. » (i)

L'acte courageux du curé Monteil mérite d'être religieusement conservé par l'histoire comme une protestation contre l'odieuse maxime : « La force prime le droit, » maxime de tous les temps et de toutes les classes sociales lorsque l'intérêt privé ou l'égoïsme est plus honoré que la vertu.

Un inventaire de 1660 rappelant la perte de quelque titre communal se borne à dire que « le lieu de Cléon fut pillé par ceux de la religion réformée en l'année 1 6*21 ; » et une requête du consul vers 1 628, tout en parlant des méfaits de M. de St-Auban et de l'assassinat du curé, en 16*21 , ne dit pas un mot des archives ; il est vrai que la perte de quelques papiers était alors peu de chose en comparaison de la ruine du pays.

L'inventaire de 1660 raconte ainsi la seconde épreuve du dépôt communal :

« En l'année 1648, la compagnie de chevau-légers de » M. de Villeneuve, capitaine au régiment d'Anjou, et » celle de Champoulion au même régiment, en 1649, » furent logées à Cléon par ordre de M. le duc de Les- » diguières, gouverneur pour le roi en cette province, » lesquelles tirent de si grands ravages et notamment » sur les papiers de la communauté que les consuls et » officiers ont été contraints de parcourir tout le lieu » pour faire duc recherche d'iceux, et même faire crier » que ceux qui en auroient eussent à les remettre, ce » qu'ils ont fait. » (2)

1 1) Archives de l'hôpital de Valence, B, 61. (2) Archives communales, II. 1.

Après l'histoire abrégée des seigneurs, une étude de ce qui reste des papiers de Cléon, malgré tant de vicissitudes, ne sera pas déplacée ici.

Les Suzerains.

Les premiers possesseurs féodaux de la seigneurie furent les Adhéniar, auxquels un pseudo-curtuluire attribue Cléon dès l'an 833.

Si Ton veut bien retrouver ce village dans la viUa île Clovo, donnée au monastère de St-Chaffre parOdilon et Geilin, comtes de Valentinois, libéralité confirmée en 95G par le roi Conrad, on arrive pour lui à une antiquité respectable.

Toutefois, ce point d'histoire et de géographie soulève d'assez grandes dillicultés; car M. l'abbé Chevalier traduit le Clivwt et Clovum des chartes qu'il a publiées par Cliousclat, et M. de Galber par Glun.

Essayons d'étayer une troisième opinion sur des preuves.

1° Les chevaliers de l'ordre de Sl-Jean-de-Jérusalcm, appelés dans la suite chevaliers de Malte, possédaient à Cléon-d'Andran des propriétés immobilières considérables ; le fait n'est pas douteux. En avaient-ils à Cliousclat et à Glun ? Hien ne le prouve.

2° L'abbaye de St-Chaffre-au-Monaslier (Haute-Loire) comptait parmi ses dépendances le prieuré de Clious-

clat, Clwus MmuukrU au xiv siècle ; c'est là encore un fait incontestable. Mais le prieuré de Cléon-irAndran, qui relevait dans les derniers siècles de St-Thiers-de- Saou, n'a-t-il pas pu changer de collateurs par suile d'un échange, d'un accord ou d'une décision pontificale? Là est toute la question. (1)

Si je parviens à établir que les personnages des chartes relatives à l'ordre hospitalier de St-Jean-de-Jérusalcm se retrouvent dans les chartes de St-Chalïre concernant le Clivus contesté, le problème sera presque résolu.

Or, que portent les documents en question? Une analyse va nous l'apprendre.

1° La bulle d'Alexandre III, du 1er avril 1179, se borne à énuraérer, parmi les dépendances de St-Chaffre, l'église de St-Gervais, les églises de Cleu, l'église de la Motte, l'église de Bance (de Baneianis) et celle de Lachamp (de Calma) ; il n'y a rien là de concluant.

2° Un accord, ménagé par W. (Guillaume) de Poitiers (dcPeileus) et B. Bonnelli, entre F. (Falcon), abbé de St-ChalTre, et Géraud Adhémar, stipule que la villa de Cleu doit payer annuellement audit Géraud 4 sétiers de blé, 12 sétiers d'avoine et 22 sols viennois pour un droit de gîte (pro utto albergo) qu'il y prétendait.

3° Géraud Adhémar, seigneur de Montélimar, vend, en 1210, à Aimar ou Adhémar de Poitiers, la redevance de Cleu au prix de 9,000 sols viennois.

4° Eustache, prévôt de Valence, à l'exemple de Guillaume et de son frère, approuve, en 1*217, la donation q n'avait faite Guillaume, aussi prévôt de Valence, son oncle, aux pauvres de la maison hospitalière de St-Jeande- Jérusalem, de tout le mandement de Cleu, y ajoutant les améliorations par lui opérées dans les fossés, murailles et autres dépendances du lieu.

[ l j Vers 1650. André de Rosset. religieux de Sl-I'aul, était prieur de Cléon.

5° Le 19 juillet 1219, Aimar de Poitiers, comle de Valentinois, cède à son tour pour 3,000 sols viennois aux hospitaliers de St-Jean-de- Jérusalem tout ce qu'il avait à Cleu et tout ce qu'y avait possédé Eustache, prévôt de Valence, à l'exception de quelques vassaux, avec addition du château de Souspierre et de quelques condamines (métairies) à Manas.

C° Aimar de Poitiers, désirant réparer les graves dommages causés à l'ordre des Hospitaliers par Guillaume, son fils, et par Eustache, son oncle, leur abandonne tout ce qu'il s'était réservé à Cleu, tant dans l'enceinte des murailles que dans le mandement, plus la moitié du château de St-Gervais.

Les autres chartes se réfèrent aux négociations qui eurent lieu pour lever l'interdit et l'excommunication encourus par Aimar de Poitiers, spoliateur des moines de St-Chaffre. (1)

Tous les actes où sont relatés ces faits, à cause du vague qu'ils laissent subsister, pourraient, je l'avoue, se rapporter également à Cliousclat et à Glun aussi bien qu'à Cléon-d'Andran, si une transaction du 90 décembre 1269 (5) ne venait fort à propos dissiper les doutes.

En effet, parmi les nombreuses clauses de cet acte analysé par Y Inventaire de fa Chambre des Comptes, il s'en trouve une portant que le fief des château et lieu de Cléon-d'Andran, en Valdaine, ses territoire et juridiction revendiqués par l'hôpital de St-Jean-de-Jérusalem, à l'exceplion de ce qui avait été reconnu déjà à

( ) L'abbé Chevalier, Documents inédits,... Cartulaire de S - Chaffre; — de Gallier, Baronnie de Clérieu, dans le Bulletin de la Société d'archéologie, 6» livre.

(2) Et non 20 janvier 1269, comme il est dit à l'article Charols.

l'ordre, des censés réelles en provenant, du four, de la grange acquise depuis vingt ans et de la condamine de Kossat, passeront à Aimar de Poitiers, comte de Valenlinois, avec « les fiefs, juridiction, hommes, seigneuries. » censés et tour du château qui avoient appartenu à » Eustache de Marsane, prévôt de Valence, » à la condition que ledit Aimar ne pourra y construire aucun four, ni exiger aucun droit de fourtiage; qu'il sera loisible aux hommes de Manas de conduire leur bétail dans le pâturage du château de Cléon et dans le tèneraent de St-Martin, « qu'on disoit être entre Cléon et Manas ». à la cliarge de payer les amendes encourues pour contraventions aux défenses régulières; que les habitants de Charols auront le même privilège; que ceux de Cléon et du Puy-St-Martin en feront autant de leur côté sur les territoires de Manas et Charols ; que la haute seigneurie restera au comte de Valentinois sur Cléon et Poèt-Laval; que Châteauneuf et Charols appartiendront aux Hospitaliers et la moitié de St-Gervais à Aimar de Poitiers. (1)

En présence de ces révélations, confirmées par l'hommage que rendit au comte de Valentinois frère Sicard de Murvieux, au nom du prieur de St-Gilles pour les terres de Cléon, Charols, etc., le 12 décembre 1381, il me semble établi que les chartes de St-ChafTre se rapportent à Cléon-d'Andran plutôt qu'à Glun et à Cliousclat.

Celte digression, toute naturelle ici, permet de constater en outre que les Adhémar cédèrent leurs droits siir Cléon-d'Andran aux Poitiers, et ceux-ci momentanément à l'ordre de St-Jean-de -Jérusalem.

Toutefois, les Adhémar, en perdant le haut domaine

(1 ) Inventaire de la Chambre des Comptes, Valentinois, t. Il, art. Cléon.

de la seigneurie, y conservèrent longtemps encore une position féodale, puisqu'ils rendirent hommage aux Poitiers pour ce même fief à diverses époques, savoir : Lambert Adhémar, les 8 juillet 133G. 17 janvier 1339 et 27 décembre 1345; Gaucher Adhémar, le 23 février 1347 ; Hugues Adhémar. les 22 janvier 1361, 4 janvier 1380; Lambert Adhémar, le 23 juillet 1400; Louis Adhémar, le 7 août 1422, et Louis Adhémar, le 10 mars 1427. Ce dernier hommage fut prêté au roi-dauphin, successeur des Poitiers.

On a aussi une investiture du fief de Cléon, du 24 septembre 1389, donnée à noble Lambert Adhémar, fils aîné de Hugues, et à Mabille Dupuy, fille de Bastet, seigneur de Montbrun, par Louis II de Poitiers, dernier comte de Valentinois. (1)

Ces faits une fois établis, à l'endroit du haut domaine, abordons les possesseurs du domaine utile de Cléon.

Les Taulignan paraissent avoir été les premiers. Leur famille, connue dès Tan 1120, puisque Bertrand, l'un d'eux, autorisai! cette année-là une acquisition de dîmes à Valréas par Hoslain, évéque de Vaison, tomba en quenouille au XVIIe siècle, avec Françoise, qui porta son nom et ses armes à Joseph-François de Blégiers, son mari.

Bertrand II, allié à Giraude Adhémar, fille de Guillaume, rendit hommage à ce seigneur en 1282.

Un acte de 1293 nous révèle chez les Taulignan une situation financière assez embarrassée. Il fut passé à Grane, dans le fort, en présence de Raymond de Vénejean. seigneur de St-Genis, de Hugues Adhémar, seigneur de Montélimar, et de quelques autres témoins, et

(1) Inventaire de la Chambre des Comptes, t II du Valentinois, ^rt. Cléon.

constate un emprunt de 75,000 sols tournois menus oiule 3,750 livres à Aimarde Poitiers. Cette somme fut comptée à Bertrand de Taulignan père et fils par un marchand d'Avignon, au nom du prêteur, sous l'hypothèque des châteaux de Taulignan et de Châteauneuf-de-Mazenc.

Le comte de Valentinois, qui avait des vues sur ces deux terres, obtint facilement de ses créanciers la cession de l'une et de l'autre, savoir : de Chàteauncuf, en juillet 1312, et de Taulignan, le 5 mai 1295 (1), au prix de 10,000 livres tournois et 15,000 sols de lods. D'après cet acte, Aimar de Poitiers devait servir, sur 2,000 livres du prix, une rente de 100 livres; pour s'en libérer, il abandonna â Bertrand de Taulignan les revenus des seigneuries ou châteaux de Cléon-d'Andran et de Rochefort, ainsi que des pariages (parts de fiefs) de Puy-St-Marlin et Rochebaudin, offrant d'en ajouter d'autres si ces châteaux ne suffisaient pas. (2)

Les Seigneurs.

L'aliénation de Taulignan, terre patrimoniale de la famille de Bertrand le Vieux, fut pour lui une néciîs-

(lj Et non lo 4 mai 1293, comme le prétendent quelques auteurs, et comme il a été dit à l'article Chàteauneuf-de- Mazene.

(2) Inventaire de la Chambre des Comptes, au mot Clëon-d'Andran ; — Pithon-Curt, Histoire de la Nobhsse du Comtat, III, 467 ; — Archives de la Drôme, E, 1536.

si té douloureuse, une sorte d'humiliation; aussi, dans la donation qu'il fil le 5 mai 1295, en présence d'Aimar de Poitiers, à son fils aîné des seigneuries de Cléon et de Rochefort, ainsi que des pariages du Puy-St-Marlin et Hochebaudin, avec tous leurs droits et 100 livres de revenus, trouve-t-on la clause expresse que si le donataire parvient à recouvrer Taulignan, il en restera le maître et la donation des autres terres sera nulle et nonavenue. (1)

Le vœu du vieillard se réalisa-t-il ? Non sans doute, car Bertrand le Jeune avait cessé de vivre en 1312, témoin l'acte de vente de Châteauneuf-de-Mazenc au comte de Valentinois, où figurent Bertrand le Vieux et Aimar, son petit-fils. (2)

Il y avait, parait-il, dans les fameuses archives de la Garde- Ad héraar, des titres concernant Cléon, et j'ai vu la copie de l'un d'eux, du 1er mai 1308, d'après lequel, « illustre et puissant seigneur, » Hugues Adhémar de Monteil, baron de la Garde, seigneur de Cléon [Clivi in Andran) et de Valaurie, en considération des services reçus de t magnifiques et puissants Bertrand de Tauli- » gnan. père et fils, » leur donne les château, justice et revenus dudit Cléon, sauf l'hommage lige. (3)

Mais, indépendamment du style prolixe de l'acte et des mots inusités alors qu'il renferme, les formules : Extractum ex archivis.... Extrait sur un extrait des archives du château de la Garde, rappellent beaucoup trop celles du faux cartulaire des Adhémar, pour ne pas éveiller de légitimes soupçons.

Toutefois, il parait difficile de supposer que les hom-

(1) Archives de la Drôme. E, 1536.

(2) Id.

(3) Papiers de M. Moutier.

mages rendus par Aimar de Taulignan à Gaucher Adhémar, le 4 février 1347; par Bertrand de Taulignan à Hugues Adhémar, le 6 février 1361 ; par Germain d'Urre à Diane de Mont fort, dame de Grignan, le 16 février 1534, et par Geneviève de l'Hère de Glandage à Jean-Baptiste Escalin des Airnars, le 22 juin 1596, soient de pures fictions, et j'en conclus que les Poitiers, relativement à Cléon, se trouvaient au sommet de l'échelle féodale, les Adhémar au deuxième échelon, en descendant, les Taulignan et les d'Urre au troisième et les vassaux aux échelons suivants. (I) Quant aux Dauphins, quoiqu'en dise Pithon-Curt, il n'est pas probable qu'ils aient reçu des hommages, de 1322 à 1327, de la part des Taulignan pour Cléon, car l'Inventaire de la Chambre cles Comptes reste muet sur ce point, pourtant fort essentiel.

Bertrand III de Taulignan, qui reçut des Poitiers la terre de Marches en 1330, s'unit dix ans plus tard à Garcende Adhémar, sa cousine, et fut père d'Antoine Ier. Du mariage de celui-ci avec Claire de Treschenu, sortit Bertrand IV, père d'Antoine II, mari de Randonnede Uozans, dame de Puyméras(Vaucluse). (2)

Jean et Jeanne furent les enfants d'Antoine II; Jeanne était veuve, en 1492, de François de Poitiers, seigneur d'Allan ; Jean eut de Dauphine d'Astoaud : 1° Bertrand, baron de Puyméras, mort sans postérité, et 2° Louis, baron de Barres, seigneur d'Aleyrac, Puy-St-Martin et Cléon-d'Andran, chambellan du roi Louis XI, et bailli d'épée du Vivarais et du Valentinols, de 1458 à 1461. Marguerite Alleman, fille de Guy, seigneur de Champs, sa femme, lui donna François, baron de Barres et Puyméras, qui, le 19 juillet 1533, vendit « à magnifique

1) Papiers de M. Moutier.

2 Histoire de la Noblesse du Comtat, III.

• seigneur Germain d'Urre, chevalier et capitaine, sei- » gneur des Baumettes, les château, lieu, district et » mandement de Cléon-d'Andran, avec toute juridiction t et domaine, maisons, forts, prés, vignes à Cléon et » Roynac, hommes, femmes, bois, devés, fours, four- » nages, moulins, moutures, hommages, bans, patura- » ges, herbages, glandages, eaux, rivières, chemins, » directes, lods, douzains, treizains, cinquains, tâches, » censés, services, corvées, chevalages et autres droits » seigneuriaux, » moyennant le prix de 3,000 écus d'or au soleil. (1)

Il est difficile, en l'absence de titres, d'apprécier les bienfaits ou les charges de la domination des Taulignan sur Cléon ; tout ce qu'on en sait se réduit à une transaction de 1467, entre les habitants et Bertrand V, de laquelle naquit plus tard le procès du vingtain.

Les syndics et procureurs de la commune, assistés de 14 chefs de famille, s'étant plaints à Bertrand V de ne pouvoir, « de présent ni à l'avenir, labourer et cultiver » leurs terres avec leur bétail, faute d'herbage et pâ- » turage, journellement mangé et rongé par le bétail de » St-Gervais, Puy-St-Martin et Marsane, » le seigneur » pour l'amour et affection qu'il porte à ses sujets, » pour plusieurs et innombrables services qu'il a reçus » d'eux et en reçoit journellement, môme en considé- » ration du vingtain du vin qu'ils lui ont donné à per- « pctuité ledit jour, attendu aussi la grande quantité de

• bestiaux que lesdits habitants ont dans le mandement » elle petit terroir et infertilité d'icelui, » leur promet par serment de ne plus aliéner désormais a des étrangers « les pâturage, herbage, glandage et bûcherage de » la seigneurie. »

(l) Papiers de M Moulier

Germain d'Urre, que les papiers de Gênas accusent d'avoir introduit le vingtain à coups de bâton, était fils de Jean, seigneur de Mollans aux Baronnies, et de Magdeleine de Thollon, et frère de Jean III. Ce dernier épousa Catherine de Choiselat et fut père de François ; François eut de Claudine de Poisieu Jean-Pierre ; Jean-Pierre laissa d'Antoinette de Galifet Jean IV ; Jean IV mourut avant Marthe de Caiignon. sa femme, et sa surcession échut à celle-ci et à Jacques, leur fils, qui s'unit avec Geneviève d'Astier.

Ces détails généalogiques établis, revenons à Germain d'Urre, le plus illustre de la branche qui posséda Mollans et Cléon : Mollans depuis 1425, par suite d'une acquisition faite à Germaine Boschier ou Boschi, veuve de Bernard de Serre, et Cléon depuis 1553, comme on l'a vu. La maison d'Urre, une des grandes familles dauphinoises, tirait son nom d'un village voisin de Crest.

Alexandre de Sève, intendant de Dauphiné, par un jugement de maintenue du 29 août 1641, reconnut la branche de Mollans d'ancienne noblesse, d'après les titres suivants : c Extrait de la révision des feux faite » en 1445, dans laquelle Guillaume, Pierre et Raymond » sont compris au rang des nobles; — Transaction du ■ 29 juin 1474 passée entre Guillaume, Pierre et Rey- • nier d'Urre, qualifiés frères et enfants de Jean (1); — » Contrat de mariage de noble Jean d'Urre, fils de Guil- » laume, avec damoiselle Magdeleine de Thollon, de » l'année 1482; — Testament de noble Jean d'Urre,

(1) D'après Pithon-Curt, Guillaume, troisième fds d'autre Guillaume, seigneur d'Eurre, se maria en 1413 avec Antoinette de Commieys et eut Jean, seigneur de La Touche, Vinsobres, etc. Dragonette de Veynes le rendit père : 1° de Guillaume ; 2° de Pierre; 3° de Raymond ; 4° de Reynier, auteur de la branche de La Touche; Guillaume eut de Jeanne de Chahestan d'Alauzon, Jean, etc.

» seigneur de Mollans, fait en 1502, par lequel il ins- » litue héritier universel Jean, son (ils légitime, et fait » légataire Germain, son autre fils ; — Testament de » Germain d'Urre, qualifié généreux seigneur, de l'an- » née 1 542, par lequel il fait légataires François et Esprit » d'Urre, ses neveux (fils de Jean III et de Catherine de » Choiselat) et son héritier universel Jacques d'Urre, aussi » son neveu, fils de Jean (dont Pithon-Curt ne parle » pas) ;— Autre testament fait par ledit Germain d'Urre, » en 1545, par lequel il institue son héritier seul Jac-

> ques, son neveu, et substitue après lui François, son » frère ; — Contrat de mariage de François d'Urre, qua- » lifié haut et puissant seigneur, avec damoiselle Claude

• de Poisieu, du 7 août 1564; — Testament de noble » François d'Urre, fait en 1590, par lequel il institue » héritière Claude de Poisieu, sa femme, et après elle » Pierre, son fils (que Pithon-Curt appelle Jean-Pierre); » — Testament de l'année 1511 de Pierre d'Urre, qua- » lifié illustre et seigneur du lieu de Mollans. par le- » quel il institue héritier universel noble Aimar, son » fils aîné, et légataires nobles Jean et Scipion, ses au-

> très enfants ; — Attestation des consuls du Buis de l'an » 1618 comme en l'année 1589 le lieu de Mollans fut » pris par assaut par ceux de la Religion prétendue ré- » formée où s'ensuivirent meurtres, saccagement et » brûlement des papiers tant audit lieu qu'au château . du sieur de Mollans d'Urre ; — Contrat de mariage » de noble Jean d'Urre, sieur de Mollans, avec damoi-

• selle Marthe de Calignon. du 7 novembre 1604; — » Testament fait par noble Jean d'Urre, le 5 octobre » 1639, par lequel il institue pour héritière universelle » Marthe de Oïlignon, sa femme, et fait légataire par » institution particulière damoiselle Isabeau d'Urre, sa » tille ; — Extrait du curé de Mours, du 5 août 1641,

» par lequel il appert comme noble Jacques d'Urre, fils • de Jean et de Marthe de Calignon, étoit venu au » monde le 7 août 1640 et baptisé le 7 octobre audit » an. » (1)

Quoi qu'en dise M. de Gênas, dans ses Mémoires. Germain d'Urre ne résida guère à Cléon-d'Andran. Le 19 avril 1521, François Ier lui ordonnait de mener d'Orange en Provence les gens de guerre logés en cette ville; le 28 novembre 1524, il recevait du Bâtard de Savoie le commandement de la citadelle du Mont-St-Michel; de Neufbourg, le roi de France lui confiait une mission importante, avec ces mots : a Gardez bien d'y » faire faute et vous me ferez un service très-agréable; » en 1537, il combattait Charles-Quint en Provence avec 100 hommes d'armes et se distinguait en plusieurs rencontres; les 14 juillet 1536 et 23 octobre 1537, il remplaçait le comte de Tende, comme lieutenant-général eu Provence; la même année 1537, il recevait l'ordre de quitter Mollans avec sa compagnie et 2,000 hommes de pied pour ravager les campagnes voisines d'Antibes, envahi par les Espagnols; en 1541, il commandait l'artillerie à Cabriùrcs; enfin, en 1545, il était nommé gouverneur d'Auxonne et mourait célibataire peu de temps après. (2)

C'est Jean-Pierre qui obtint contre Cléon, le 14 mai 1607, un arrêt d'appointement qui le maintenait en possession du vingtain dans cette terre, que Jacques d'Urre vendit à Alexandre de Sillol, le 7 septembre

(1) Archives de la Drôme, sério. E, article Urre. Ce document rectifie Pithon-Curt, sur quelques points, notamment au sujet de Jean-Pierre et d'Isnard, appelés ici Pierre et Àimar.

(2) Pithon-Curt, Histoire de ta :\oblcsxc du Comtat, lit.

I3E MONTELIMAR

Derniers Seigneurs.

Il est assez difficile d'expliquer comment Geneviève de l'Hère deGlandage, dame du Puy-St-Martin, pouvait acheter, le 22 juin 1596, de nobles Pierre d'Urre et de Claudine dePoisieu la seigneurie deCléon pour 0,000 écus et s'en faire investir par le baron de la Garde : les fameuses archives de ce dernier château remfermaient pourtant les titres établissant ces faits, (t)

Quoi qu'il en soit, l'aliénation de 159G fut tout éphémère, témoin les baux a ferme des moulins et du four de Cléon, consentis le 29 juin 1597 par noble Pierre d'Urre-Mollans à Flandrin et Bergier, à raison de 98 sétiers de méteil, dont 49 en blé et seigle et 49 en mélange de tous grains, « mais qu'il n'y eût ni carnes ni » aglan, » pour les moulins, et de 20 sétiers de blé pour le four. S'il fallait d'autres preuves, je citerais l'arrêt de 1607, qui assura le vingtain à Pierre d'Urre, et les baux à ferme de ce droit, en 1622 et 1626, aux prix de 270 et de 220 livres, chaque année, par le même seigneur; j'ajouterais enfin, comme argument décisif, que Jacques d'Urre vendit seulement le 7 septembre 1669 à Alexandre de Sillol, seigneur de St-Vincent-de-Barrès, la terre de Cléon, avec ses droits et revenus, four, moulins, grange, vingtain, pigeonnier, faculté de dériver l'eau du Uoubion, suivant l'arrêt du Parlement de Grenoble, du 23 décembre 1513, et autres dépendances, moyennant

(1) Papiers de M. Mon lier.

52,000 livres et 100 louis d'or d'épingles. L'acquéreur devait payer sur cette somme 5,255 livres à Paul de Durand, visénéchal de Montélimar, 22,000 livres à Marthe de Calignon, mère du vendeur, pour ses droits dotaux, et les 24,744 livres restantes à Charles de Simiane, lorsqu'il aurait atteint sa 25e année. (1)

Notons ici, pour l'intelligence de ces dernières clauses de paiement, que la veuve de Jean IV dTnv-Mollans. ayant épousé en secondes noces Charles de Simianc-Esparron, d'une ancienne famille dauphinoise, avait donné le jour à un fils appelé Charles, qui se trouvait, de la sorte, le frère utérin de Jacques d'Urre, et qui laissa de Françoise de Camaret Alexis-Elzéar de Simiane. (2)

A peine l'acquisition de M. de Sillol fut-elle connue à Cléon, que, « par ordre du conseil, les consuls et M. le » Curé allèrent à Montélimar lui rendre civilité, » et que le nouveau seigneur, visitant sa terre, y reçut unexcellonl accueil. (3)

D'après les notes obligeamment communiquées par MM. de Coston et Devès, Louis Sillol, fils de Pons, notaire à Grignan, commandait la citadelle de Grenoble, en 1592, et Jean, bailli de la Baume-Transit, donnait sa fille Marguerite, en 1598, à Pierre Gaume, neveu de l'évéque de St-Paul-Trois-Chàteaux.

Quanta Hervé (et non Henri) de Sillol, savant médecin de Grignan, il ne fut anobli que le 2 octobre 1G1G [Guy Allard dit 1G06), a cause des servîtes par lui rendus à Henri IV et à Louis XIII ; Antoinette de Villeneuve le rendit pôrc de Jean, aussi médecin, et de Louis, conseiller au Parlement d'Orange, qui vendit au médecin

(1) Archives de l'hospice de Valence, B, 61.

(S) Papiers Moulier.

(3) Archives de Cléon, CC, «?7.

DE MONTÉLIMAH

Joseph Chambon toutes ses propriétés de Grignan, vers 1090. (1)

Jean vint s'établir à Montélimar, rue Ste-Croix, et il assista plusieurs fois Couillard dans ses opérations hitro chirurrjicales (2). Jeanne de Vesc de Combemont lui donna plusieurs enfants.

Alexandre, l'un d'eux, fut seigneur, comme on Ta vu, de Cléon-d'Andran, par le moyen d'un achat. Il eut l'excellente idée d'accroître les richesses de ses vassaux, en leur facilitant l'arrosage de leurs terres avec l'eau du Koubion. A cet effet, le 25 mai 1674, il traita avec Antoine Houx de la Peyrusse, mandataire de Jean-Baptiste de Peynier d'Arbaud de Bargemont, commandeur du Poèt-Laval, et lui abandonna ses censés, vingtain, directes et droits sur les fonds acquis le même jour d'Alain de Mons de Savasse, sous la réserve de la juridiction et à la condition de pouvoir prendre Peau du Houblon au mandement de Charols, et la conduire à travers les terres de la commanderie jusque dans la plaine de Cléon par un canal de six pans de large et de la profondeur nécessaire.

11 ne parait pas que celte louable amélioration agricole se soit réalisée, Alexandre de Sillol étant mort peu d'années après, ainsi que permet de le conclure son testament du 23 septembre 1080.

Jean, son frère, recueillit sa succession cl décéda, à son tour, sans avoir eu d'enfants de X. d'Aulnay d'Entraigues.

Magdeleine et Marie, sœurs de Jean, lui avaient élé substituées, et, si elles n'avaient pas de postérité, Alexan-

1) Robert de Briançon, Etat de la noblesse de Provence. M. Devès donne Antoinette de Villeneuve pour femme à Jean Sillol, hailli de Baume Transit.

(?) Observations introchirurgicales, Lyon. 1(329-1640.

dre avait désigne ad aurem deux autres héritiers : Charles de Marsane-Fontjulianc et Benjamin de Lamande, docteur en médecine à Lyon, originaire de Crest, l'un petit-fils d'Enncmonde Fayolle, et l'autre fils d'Olympe Fayolle, cousines germaines paternelles dudit Alexandre.

Magdeleine de Sillol, pour décharger sa conscience, ayant fait connaître ces deux héritiers ad aurem, ils furent admis à revendiquer leurs droits. Mais comme l'hoirie était grevée de procès et de charges, et que Nicolas Feautrier, mari de Magdeleine, avait payé certaines dettes du lidéicommis, par transaction du 31 décembre 1693 entre la veuve Feautrier et Amieu Feautrier, avocat, héritier de Nicolas, son oncle, Magdeleine de Sillol demeura subrogée pour ses droits dotaux aux droits et hypothèques du lidéicommis. (1)

Les persécutions qui suivirent la révocation de Pédit de Nantes duraient encore : Lamande et la veuve Feautrier, qui professaient la religion réformée, se réfugièrent à Genève, où Magdeleine de Sillol mourut. Lamande rentra en France vers 1714, et unit sa fille Marianne à Gédéon de Marsane. Charles, frère de ce dernier, testa en sa faveur le 10 avril 1718. Quant à Gédéon, il disposa de ses biens, le 12 novembre 1732, au profit de sa femme et de Charles-Benjamin, son fils aîné, avec un legs de 16,000 livres pour Jean-Louis et César- Antoine, ses deux autres enfants. ($)

Guy Allard et Chorier ne font remonter la maison de Marsane qu'au xivc siècle ; M. Rivoire de la Bâtie en recule les origines jusqu'au xie siècle : nous aurons l'occasion d'examiner ailleurs ces opinions. Qu'il nous suffise de rappeler ici les points suivants, dont les auteurs

(1) Papiers de H. Moutier.

(*2) Archives de l'hôpital de Valence, B, 61

ne parlent pas : Jean-Louis de Marsane s'unit, le 14 avril 1745, à Justine de Lacoste, et celle-ci, le 21 novembre 1774, assistée de Jean de Lacosle-Duvivier, son frère, ancien capitaine d'infanterie, de Jean-Laurent-Juslin de Lacoste-Duvivier, mousquetaire du rot et capitaine de cavalerie, son neveu, et de Paul de St-Ferréol du Mas. son voisin, « voulant donner des preuves de son affection à Jean-Louis-Charles-François, son fils, émancipé le 23 septembre 1771, » lui céda tous ses biens, sous la réserve de l'usufruit et de 12,000 livres destinées à la légitime de Marie- Victoire de Marsane. (1)

On sait que Jean-Louis-Charles-François, comte de Marsane, seigneur de Fonljuliane, Cléon-d'Andran et autres places, lut député de la noblesse aux Etals-Génénéraux, et contribua puissamment, comme membre de l'Assemblé nationale, à faire rendre à leurs anciens possesseurs les biens des religionnaires fugitifs encore aux mains de la Régie. 11 mourut à Montélimar en 1815, sans laisser d'enfants de Marianne de Faret de Foumès, qu'il avait épousée le 4 mai 1773. On a de lui un opuscule de 4 pages in-8*\ intitulé : Motion faite à l'Assemblée nationale, par M. de Marsane, député de Daupliiné. (2)

« Disciple de Mesmer et grand partisan de magnétisme, il fut trouvé trop royaliste par ses collègues de l'Assemblée constituante et trop révolutionnaire par les officiers de l'armée de Condé lorsqu'il les rejoignit en émigration. » (3)

Le Moniteur annonce, d'autre part, qu'assailli par le peuple, en octobre 1789, M. de Marsanne dut son salut

(1) Archives du département, série Q.

(2) Biographie du Dauphiné par M. Rochas. (3j DeCoston, Recherches étymologiques, etc.

à T intervention de la milice nationale de Montélimar. (1)

Marie-Victoire, sa sœur, qui avait été élevée à St-Cyrlès- Versai lies, entra dans Tordre de la Visitation, à Montélimar, le 5 février 1776, et réclamait, en Tan VIII, une pension de 1 50 livres sur les biens patrimoniaux vendus par la nation. (2)

L'ancien député, alors adjudant des transports de la République, à Lyon, fut rayé de la liste des émigrés le 1 1 brumaire an X. « Vers la fin de sa vie, il espérait » refaire sa fortune et trouver des trésors au moyen » d'une boule magnétique. » Cette fortune avait été considérable, et ses biens qui valaient plus d'un million s'adjugèrent pour 500,000 livres en assignats. (3)

Cependant, Jean-Louis, son père, et le comte de Marsane avaient contracté, dès avant la Révolution, des dettes considérables, car de 1780 a 1781 Jean-Pierre Moutier, mandataire d'Antoine Mouticr, conseiller au Parlement de Metz, avait payé pour eux jusqu'à 65,412 livres, dont 3,000 a Jean, marquis Dupuy-Montbrun, mestre de camp de cavalerie, comte de Rochefort, grand' croix de Malte, 9,000 à Catherine de la Coste, veuve de Joseph Pourroy, 3,000 à M. delà Porte, etc.

C'était là un premier pas et un pas décisif vers l'acquisition de la seigneurie de Cléon-d'Andran, qu'un acte de vente du 23 août 178*2 lui transmit d'une façon définitive.

Antoine Moutier était substitut du commissaire du (ïouvernemenl près le tribunal criminel de Montélimar en l'an VII, et devint président du tribunal civil de la mémo ville, puis juge à la cour d'appel et, par décret du

(1) Moniteur de 1789, 1,319.

(•2) Archives du département, série Q.

(3) De Coslon, Recherches, etc.; — Archives du département, série Q.

17 avril 1811, conseiller à la cour impériale de Grenoble. Il mourut le 1G décembre 1811, sans avoir d'enfants de Marie Boisset, qu'il avait épousée en 180G.

Jean-Pierre, son frère, établi à Crest, fut père de Mathieu, maire de Crest, d'Antoine, ancien conservateur des hypothèques, d'Henri et de Florent. (I)

vu

Procès du Vingtain.

D'après une note de 1790 due à l'abbé Servan, le nom de la commune signifie « petite élévation dans la foret d'Andran » ; et, en effet, le Puits de la plaine, sur le chemin deCharols, à 200 pas du bourg, bornait, au xve siècle, cette forêt d'Andran qui couvrait la plus grande partie du territoire.

A la même époque, la paroisse était fort pauvre, et, suivant une tradition, les habitants vexés par leurs seigneurs, — on ne dit pas dans quel temps, — auraient même abandonné leurs demeures pour se réfugier à Saou et n'en seraient revenus que moyennant force concessions de la part du prieur, limilant à la cote 20e sa dîme des grains et du vin, et du haut justicier, leur cédant en emphytéose la plupart de ses fonds au prix du vin' l : iin du vin et de rentes foncières. Si c'est là une allusion aux accords de 1465 et de 14G7 touchant la dî-

(1 Papiers de M. Moutier; — Moniteur universel.

me et le vingtain du vin, elle manque d'exactitude; si l'on veut y voir un renseignement historique, il est démenti par les titres écrits de 1327 à 1539.

Mais un fait certain, c'est que le droit particulier des possesseurs du fief sur quelques terres seulement devint peu à peu dans les reconnaissances générales un droit universel sur tous les immeubles « par le zèle des feu- » distes, la convoitise des seigneurs et l'ignorance ou la » détresse des habitants. » (1)

Voilà effectivement toute l'histoire du vingtain de Cléon.

Avant l'imposition des tailles annuelles levées au nom du roi, les habitants, astreints uniquement à des censés convenues pour chaque lopin de terre, pouvaient à la rigueur trouver ces charges tolérables ; mais quand, au xvme siècle, ils durent payer au fisc des impôts sanscesse croissants, il s'opéra dans les esprits une réaction énergique, sinon contre les impôts du roi qui se posait en prolecteur du tiers-état, du moins contre les nobles et les clercs, ou les privilégiés, dont les propriétés en général étaient exemptes de la taille.

La résistance, d'abord sourde et cachée, finit par faire explosion sous Pierre d'Urre Mollans, après les guerres et les troubles du xvr siècle. Ce seigneur ayant obtenu des lettres dites de fendis de la chancellerie de Dauphiné, le 11 avril 1GO0, pour obliger «les manants et habitants de Cléon » à lui reconnaître de nouveau le vingtain accoutumé des grains et du vin, fit assigner les récalcitrants devant son juge ordinaire. Les consuls prenant fait et cause pour eux, peu rassurés d'ailleurs sur l'impartialité d'un magistrat nommé et révocable par le seigneur lui-même, portèrent la cause au Parlement de

(1) Registres de baptêmes de Cléon.

Grenoble, dans l'espoir que la cour exigerait communication des titres anciens où le vingtain se trouvait stipulé. Mais Pierre dTrre se contenta de répondre « mé- » me avec serment, pardevant le sieur conseiller et com- » missaire en cette partie député », qu'il n'avait aucune reconnaissance de ce genre et basait sa demande sur une simple possession longtemps incontestée.

Les consuls, déçus de leur espoir, procédèrent alors par voie de monitoire en recourant à l'autorité ecclésiastique pour avoir des révélations sur les titres constitutifs de leurs droits et de leurs devoirs : les menaces d'excommunication aboutirent seulement à la découverte de la transaction du 7 janvier 14G7 relative auxbûcherage, pâturage et glandage et au vingtain du vin.

Malgré les affirmations des habitants au sujet des concessions de paturags obtenues par des étrangers, en contravention à cet accord, l'instance allait suivre son cours, lorsque, le 12 mai 1607, un arrêt d'appointement les débouta de leur opposition et maintint Pierre d'Urre en la jouissance du vingtain des grains et du vin, à la forme de l'acte de 1467 et des reconnaissances de 1538 et 1539.

Les frais du procès mis à la charge des demandeurs s'élevèrent à 300 livres : c'était là un excellent moyen de ne pas encourager la résistance : aussi les habiUuits payèrent-ils le vingtain sans opposition pendant près d'un siècle; bien plus, à l'entrée en possession de la seigneurie, M. de Sillol, dans une transaction du 16 août 1G71, se fit reconnaître par eux seigneur universel et foncier avec droits de lods au 6e denier et de prélation, seigneur haut justicier, ayant droit au vingtain des grain s à Taire et du vin à la récolte, à la banalité des fours et moulins, aux régales, fossés et parcours « pro-

» clies dudit lieu, ce qui était en dehors des chemins » demeurant pour l'usage du public. » (l)

De pareilles concessions, obtenues sans doute à l'aide de promesses non réalisées, ne tardèrent pas à paraître onéreuses. Aussi, à la mort d'Alexandre de Sillol, les consuls appelèrent-ils Jean, son successeur, devant le C onseil du roi, d'où les amis de Mme Feautrier (Magdeleine de Sillol), par leurs sollicitations, les firent par deux fois, en 1693 et 1608, renvoyer devant les juges locaux et condamner aux dépens.

Malgré ces échecs, la communauté renouvelle ses tentatives sous MM. de Marsane et Lamande, héritiers des Sillol; mais, assignée devant le Parlement de Grenoble, elle ne se défend pas aux jours indiqués ou se défend mal, car le 1 1 avril 1715 un arrêt la condamne à payer à M. de Marsane le vingtain des grains et du vin, les arrérages de ce droit échus depuis 1690, et la plus forte part des frais de l'instance, et à lui reconnaître de nouveau ledit vingtain et la banalité des four et moulins.

Ce même arrêt, qui mettait hors de cour Alexis-Elzéar de Simiane, garant des vendeurs de la seigneurie, en accordant aux consuls un délai de trois mois pour établir sur titres la cote du vingtain et l'exemption réclamée pour les légumes, ouvrait une large porte aux contestations ullérieures.

Déjà, au moment de l'arrêt de 1715, on avait appris à Cléon que M. Lamande, cohéritier de M. de Sillol avec M. de Marsane, avait en mains d'anciens documents, et qu'il avait fait offrir de les communiquer moyennant la somme de 100 livres.

Lamande a cette époque habitait Genève, et il n'avait

P Archivas de l'hôpital île Valence, H. 61.

pas été possible de le mettre en cause; mais, en 1718, comme il se trouvait à Crest, son pays natal, les consuls se pourvurent au visénéchal de Montélimarpour obtenir saisie entre ses mains des papiers qu'il détenait.

Pendant que Lamande cherchait à se tirer d'affaire le plus adroitement possible, la mort vint le frapper et le lieutenant particulier du siège de Montélimar, le 19 mars 1718, retrouva et parapha les titres réclamés par la communauté de Cléon (1), en présence de M. de Marsane, de sa femme, née Lamande, et de Lamande fils.

Une fois en possession des documents primitifs de la seigneurie, par des moyens beaucoup moins tragiques cependant que ceux indiqués par M. de Gênas au commencement de cette notice, les habitants prirent une consultation, le 16 mars 1719, des avocats Bichon, Mollard et Piémont-St-Didier, d'après laquelle ils étaient fondés à obtenir requête civile contre l'arrêt de 1715, par les motifs : 1° qu'il y avait eu dol de la part de M. de Marsane en refusant de produire des titres qu'il savait être détenus par Lamande, son cointéressé; $° que les terriers des Taulignan, de 1457 à 1482, ne révélaient aucun vinglain général, mais un simple droit particulier à des cotes diverses; 3° que la communauté, comme mineure, n'avait pu se défendre valablement ainsi privée de documents essentiels.

Des lettres royaux du 18 mars 1719 octroyèrent effectivement la requête civile demandée, et M. de Marsane, craignant cette fois de voir rescinder l'arrêt de 1715, laissa les habitants tranquilles pendant quelques années. Ce fut en 1734 que Mmc de Marsane et son fils reprirent l'instance et firent débouter les consuls de leur

f\) Papiers de M. Moulicr.

requête civile par arrêt du Parlement de Grenoble du 29 juillet 1743.

Il y eut appel immédiatement de cet arrêt au Conseil du roi, qui, le 13 août 1754, remit les parties dans le même état qu'avant l'arrêt de 1743, et ramena ainsi la question à son accalmie antérieure.

Mais, en succédant à M. de Marsane, M. Moulier, conseiller au Parlement de Metz, veut jouir à Cléon de tous les droite par lui acquis, au prix de 100,000 livres, et notamment du vinglain, un dés plus considérables, car à 2,000 sétérées de 1,200 toises, dont 1,000 ensemencéesen grains, il avait, au 3 pour 1, 3,000 sétiers de grains, soit 150 à la cote 20e, qui à 10 livres l'un représentaient 1,500 livres de revenu.

Il fait donc consacrer d'abord par arrêt, le 21 mars 1783, son option de n'exiger le vingtain qu'à la cote 27* et non sur les légumes ; puis il obtient un arrêt de défaut contre la communauté et un arrêt de maintenue provisoire.

Les consuls, toujours mal défendus, en appellent au Conseil d'Etat, qui. le 20 février 1786, les déboute de leur demande et las condamne à l'amende et aux frais.

En juillet 1789, la cause reprise de nouveau était encore en arbitrage, et la Révolution la trancha seule définitivement.

Critiqoe historique.

M. de Gênas, dans ses Mémoires, raconte ainsi l'origine et les progrès de la redevance du vingtain de Cléon :

Germain d'Urre se fit d'abord reconnaître ce droit par sept ou huit des principaux habitants de la communauté, en confiant à l'un la judicalurc de sa terre, à l'autre le greffe, à un troisième la châtellenie ; quant aux particuliers moins influents ou moins éclairés, il leur intentait des actions judiciaires pour le moindre démêlé, et leur faisait ensuite promettre un désistement au moyen de la reconnaissance du vingtain. « Par la suite des temps, ce manège les lia presque tous. »

Les terriers de 1538 et 1539, dressés sur ces entrefaites, entrèrent dans ses vues d'autant plus facilement, que les notaires chargés de les dresser étaient fermiers de la seigneurie.

Au moment de l'arrêt de 1G07, M. dTrre avait encore à sa dévotion, son châtelain d'abord et ensuite le consul, dont il avait demandé à porter au baptême un des enfants, afin d'avoir occasion de lui faire des cadeaux et de récompenser son zèle.

Enfin M. de Sillol, à l'époque de la transaction de 1671, n'aurait pas été moins habile pour mener à bonne fin cet acte important. 11 prêta 4,000 livres à quatre personnes « qui menoient la commune, » laissa passer trois ou quatre ans sans leur demander d'intérêts, puis, à l'aide de poursuites habilement ménagées, les obligea à se prêter à ses vues.

Le môme auteur avance que la banalité des moulins et du four était toute moderne, M. dTrre ayant acquis en 1595 seulement le four de Cléon de Jean Roi et de sa femme, née de Coursas, et que les fossés du village avaient toujours appartenu à la communauté (1).

Toutefois, il est bon de rappeler que l'histoire ne s'écrit pas avec des faclums, et qu'il faut accueillir avec réserve les anecdotes et les traditions populaires. Aussi étudierons-nous la question si longtemps débattue à un point de vue plus élevé et avec toute l'impartialité désirable, sans tenir compte des arrêts déjà mentionnés ni d'une jurisprudence hors d'usage.

Une consultation du 24 août 1781, signée par Guéret et Henrion, entre les nombreux mémoires des parties encore existants, nous semble avoir seule nettement posé la question sur son véritable terrain. Nous allons brièvement résumer les cinq parties qui la composent.

i° Le seigneur de Cléon a-t-il la directe universelle sur les terres de la commune? — Oui, d'après l'acte d'inféodatïon du 1er mai 1308, dont l'authenticité n'est pas révoquée en doute, et d'après la transaction du 10 juin 1671.

2J Le droit de prélation est-il fondé? — Oui, puisque l'énonciation formelle s'en trouve dans toutes les reconnaissinces anciennes el modernes depuis 1538.

3» Tous les habitants doivent-ils le vingtain des grains et du vin? — Pour celui du vin, il n'est pas contestable en présence de la transaction du 7 janvier 1467 et de l'arrêt de 1 607 ; mais le vingtain des grains est uniquement dû par ceux qui l'ont reconnu et non par les autres.

En effet, si une seule reconnaissance générale d'une communauté, précédée et suivie d'une possession deux

(!) Archives «le l'hôpital de Valence, R, 61.

fois centenaire, suffît pour établir la généralité d'un droit, parce qu'elle fait présumer un titre primordial auquel on s'est conformé, « pour donner à une pareille » reconnaissance et à cette longue possession l'effet des

• titres primordiaux censés perdus dans la nuit des » temps, il faut nécessairement qu'elle ne soit contredite » par aucun titre antérieur au temps auquel on peut » fixer le commencement de la perccplion de ce droit. » Le moindre titre constatant qu'il n'a pas été généra-

• lement dû fait cesser toute idée de généralité. Dès » qu'on est hors d'état de faire connaître la cause nou- » Telle qui auroit pu déterminer à l'imposer avec justice » pour l'intérêt public, alors on ne peut regarder la » perception de ce droit que comme une extension ou » une surcharge, et la reconnaissance de la communauté » que comme la suite de l'erreur et de l'ignorance des » membres qui la composoient. » (1)

Ces principes nous semblent incontestables, par la raison que la féodalité fut une association de bonne foi, avec ses droits et ses devoirs nettement définis et à peu près invariables.

Or, la possession particulière du vingtain des grains est clairement établie par les reconnaissances de 1467, 1482, 1538, 1539, 1608, 1020 et 1679 ; mais la possession générale avouée dans la transaction du 16 août 1671 , n'est sanctionnée que par les arrêts de 1715 et de 1743. Ni l'acte d'inféodation de 1308, ni les reconnaissances de 1327 et de 1355 ne le mentionnent. Bien plus, dans celles de 1467 et de 1482, les possesseurs de terres ne le déclarent pas tous; il en est qui en sont exempts; il en est qui le paient aux cotes 27, 30, 31 et 3*2; « de sorte » que ce peu d'uniformité dans la quotité du droit s'op-

,1) Papiers de M. Moutier.

» pose à l'idée d'un vingtain universel établi lors de » l'aliénation des fonds. »

La môme observation peut être faite à l'égard des reconnaissances de 1538 et 1539, malgré la clause subrepticement introduite que le « vingtain est dû par tous les » arlicles où n'est fait mention de cette redevance. » Ce qui prouve l'adresse du notaire, c'est que les plus avisés ne laissèrent pas insérer cette clause, comme M. du Puy- St-Martin, en 1539, Kostaing de Jony, en 1650, et quelques autres (1).

Au reste, la transaction de 1467 explique tout, en annonçant de nouvelles aliénations faites par le seigneur à titre d'accenscmcnt et à la charge du vingtain perpétuel de tous les grains qui croîtront annuellement. S'il y avait eu alors un vingtain universel existant, à quoi bon y soumettre les nouveaux censitaires par des énonciations particulières?

Enfin, il est constant que le vingtain universel n'a été prétendu qu'au moment où la communauté a pris fait et cause pour les particuliers, c'est-à-dire en 1G07.

D'où il suit que la reconnaissance générale de 1671 est contredite par tous les titres antérieurs, et qu'elle est sans force pour rendre universel un droit particulier.

4° Quelle est la quotité du vingtain? — C'est la -20e partie des fruits, toutes les fois qu'il n'y a pas de stipulation coutraire.

5° M. de Simiane-Mollans doit-il garantir l'acquéreur du fief de Cléon? — Réponse affirmative.

(1) Al. do Gênas explique la négation, soit par une interpolation ultérieure, soit par l'usage reçu en italien et eu patois, et il cite à l'appui de sa thèse les locutions suivantes : c N'en parlo qui vodra aquo se fara painen. — Lou coq de » la parodie es mort bien riche, avie tant pilla; sous éfans » n'en riont, n'en font pas cas; n'en faren de bons repa?, >> n'en batiran quauque chapelle, n'en faran dire des messai » per illou, lieu plouraien pas longtemps... »

Telles sont les réponses de MM. Guéret et Hcnrion. Ces deux avocats, après avoir constaté que la commune avait toujours mal été dirigée et mal défendue dans toutes les instances où elle avait été partie, terminaient leur consultation en conseillant un arrangement amiable. Malheureusement leur avis ne fut pas goûté, et après tous les arrêts énumérés précédemment, les parties cherchaient encore dans un arbitrage la conclusion de toutes leurs difficultés en 1788 et 1789, à la veille de l'abolition des droits féodaux!

À Tépoque du procès du vingtain, la communauté s'était assuré d'abord l'appui de M. de Gênas, qui l'abandonna bien vite ; elle trouva plus tard ceux de M. de Charbonneau, ancien officier des mousquetaires de la Garde du Roi, lieutenant-colonel de cavalerie, d'une famille de Cléon établie à Chabeuil et à Valence, et de M. Gaillardon, propriétaire du domaine de Routeaux, acquis par lui de Mme de Brizon, dontles auteurs l'avaient accensé de M. de Taulignan, en 1449.

Mais Charles de Charbonneau et Gaillardon, malgré la prescription centenaire qu'ils invoquaient, succombèrent devant le Parlement de Grenoble.

Il y avait dans la communauté, en 1789, une irritation fort vive contre le seigneur, et celui-ci écrivait, l'année suivante, qu'il y avait du danger pour lui à se montrer dans une terre où une insurrection s'était déclarée.

M. Moutier avait payé fort cher un fief dont les redevances formaient le revenu principal ; il était étranger aux surcharges imposées par ses prédécesseurs et aux Iransactions intervenues entre eux et les habitants. Quelques concessions auraient peut-être calmé les esprits ; mais il craignait, en les octroyant, d'ouvrir carrière à toutes les idées d'émancipation qui chaque jour gagnaient

du terrain. 11 résista donc de son mieux, et fut ruiné par le nouvel ordre de choses, puisque ses héritiers répudièrent sa succession.

Ajoutons, en terminant l'exposé de ce grand procès du vingtain, que le seigneur demandait, en 1787 : 1° le remboursement des dépenses judiciaires, s'élevant, pour l'arrêt de 1715, à 1,112 livres, et pour l'arrêt de 1743, à 1,500 livres ; 2° le remboursement des cotes imposées sur ses fonds à l'occasion du procès engagé contre lui ; 3° le remboursement de sa part d'un reliquat de compte allant à 1,030 livres, et 4° la communication des baux et autres actes concernant les terres communales d'un revenu de 300 livres, qui avait alors disparu (1).

La Révolution termina ce nouveau différend, comme l'autre, à l'unique profit de la communauté.

Administration.

Nous avons assisté jusqu'ici aux premiers développements du village autour de quelque villa romaine, et plus lard d'une maison hospitalière de l'ordre religieux et militaire de St-Jean-de- Jérusalem ; aux compétitions des chevaliers avec les Poitiers et les Adhémar sur la possession du territoire; à la ruine d'une ou de deux agglomérations par les Grandes-Compagnies; à la recons-

(1) Papiers de M. Moutier.

DE MONTELIMAH

traction du bourg actuel autour d'une église de Saint- Chaffre perdue dans les bois d'Andran (l) ; aux luttes de la population contre une redevance féodale imposée après coup, sans aucun avantage pour la communauté : il faut maintenant, avec le secours des archives municipales, donner quelques détails sur l'organisation civile de Cléon dans les siècles antérieurs au nôtre.

S'il est profondément regrettable que la perte des documents anciens nous oblige à commencer ce travail à la fin du xvie siècle seulement, nous savons par d'autres localités que depuis Louis XI, au moins, les institutions n'avaient pas subi de changements notables.

Or, en 1568, nous trouvons deux consuls et cinq conseillers annuels chargés de l'administration de la commune, élus à la fin de décembre, sous la présidence du châtelain, par tous les chefs de famille convoqués à son de trompe en ces termes : « On fait assavoir que tous chefs de maison aient à se trouver à la maison de ville à 9 heures du matin aux fins de délibérer à faire nommer de nouveaux consuls et conseillers. »

Une amende de 5 sols était infligée aux absents ; l'élection se faisait à la majorité des voix ; les deux consuls élus choisissaient chacun un conseiller pris d'ordinaire parmi les consuls sortants, et l'assemblée nommait ensuite les trois ou quatre autres, le nombre ayant varié de cinq à six.

Consuls et conseillers, une fois installés, se réunissaient de temps à autre pour délibérer sur les affaires courantes : c'étaient les assemblées ordinaires; lorsqu'il y avait une décision importante à prendre, tous les chefs de famille étaient appelés : c'étaient les assemblées générales.

(1) Le prieuré passa de la chamareric de Saou aux prêtres missionnaires du St-Sacrement établis à Valence, qui le possédaient au XVIIIe siècle.

Toutes ces réunions étaient présidées par le châtelain ou représentant civil et militaire du seigneur, et, en 164-1, Jean Charbonneau se plaignait au visénéchal de Montélimar du consul Maillet, qui avait tenu sans l'avertir une assemblée générale.

J'ai trouvé un seul exemple de refus des fonctions consulaires, et encore l'élu revint-il, mieux conseillé, à de plus patriotiques sentiments.

Comme les suffrages des électeurs pouvaient désigner des consuls illettrés, un secrétaire dont l'emploi s'adjugeait aux enchères, à raison de 6 à 10 livres par an, tenait les écritures. Avant et après le règne de Louis XIV et la création des charges vénales de collecteurs des tailles, les consuls faisaient eux-mêmes la rentrée des impôts, moyennant une remise de 1 sol par livre, payaient les dépenses locales ou militaires et soumettaient leurs comptes, à la lin de leur gestion, à trois ou quatre auditeurs présidés par le châtelain, qui en approuvaient, rejetaient ou modéraient les allocations. Ces vérificateurs étaient payés, mais légèrement, ainsi que les consuls, • pour les voyages et frais d'utilité publique. 11 m'a été impossible de découvrir le rôle particulier de chaque consul, chacun d'eux ayant présenté la même année ses comptes de recettes et dépenses, et quelquefois même, concurremment avec le collecteur des tailles ; mais je trouve, en 1623, le châtelain Dorlhacetle consul Cuoc, emprisonnés, l'un à Montélimar et l'autre à Allan, à la requête des créanciers de la communauté: preuve évidente de la lourde responsabilité des administrateurs d'alors.

Il est impossible de ne pas reconnaître l'admirable simplicité du rouage administratif antique. L'autorité, représentée par le seigneur ou son châtelain, préside les réunions électorales et les assemblées ; le suffrage est

restreint aux chefs de famille, réellement intéressés à la bonne gestion des affaires communales ; les fonctions publiques, attribuées à chaque citoyen successivement, n'excitent aucune compétition ; les intérêts généraux sont sauvegardés par les votes des habitants et les impôts sont perçus dans la commune même.

En comparant les deux époques de bonne foi et sans parti pris, on est forcé d'avouer que radministration consulaire était bien plus simple que la nôtre, et qu'elle permit à des hommes peu instruits de lutter avec quelque succès contre les abus du temps et de s'occuper utilement des intérêts du pays.

D'après les délibérations conservées, nous voyons, en effet, de 161 G à 1644, les consuls de Cléon pourvoir à l'entretien des garnisons ; décider la plantation des mûriers de la plaine du Puits; mettre aux enchères l'herbe du cimetière et du parcours extérieur au grand portail; expulser une femme « atteinte d'une maladie inconnue et dangereuse ; » prendre des précautions contre la peste de 1639 ; surveiller la distribution de la 24e partie de la dime aux pauvres ; combattre les prétentions du prieur sur les légumes, dont il réclamait une part, « chose qu'il n'avoit jamais faite ; » résister à Mme de Mollans, qui voulait planter des mûriers dans le patifiage ou parcours de la commune t entour les murailles dudit Cléon. »

De 1644 à 1650, ils soumettent à des arbitres le différend du patifiage ou des fossés, cèdent le monopole de la boucherie à un seul individu, à condition qu'il suivra les prix déterminés par eux, élisent le berger et le porcher communaux, protègent les bois par des mesures de police et votent 200 livres pour couvrir l'église.

De 1651 à 1659, la vérification des dettes contractées pendant les troubles civils et religieux et le recouvrement des impositions militaires les préoccupent; de 1661 à

1743, ce sont les procès et les tailles qui reviennent sans cesse dans leurs délibérations : procès contre divers particuliers pour créances, procès contre M. de Marsane pour le vingtain, procès contre M., de Gênas, qui refuse les cas de droit (dépenses locales), procès contre le prieur au sujet de la dîme et contre les habitants de Saint-Gervais pour dévastations commises dans leurs ramières.

Les tailles, depuis Louis XI, constituaient une charge sans cesse croissante ; les états de la province et les états généraux en votaient le montant, que le roi fixa lui-même à partir de Louis XIII, et que les Gens des Comptes et les élections répartirent sur les communautés. Des péréquateurs (réparti leurs aujourd'hui) déterminaient ensuite la part de chaque contribuable d'après restime de ses immeubles au cadastre ou parcellaire.

Pour bien saisir la différence des deux époques, il faut constater ici : 1° qu'en 1869, les contributions publiques de Cléon se sont élevées :

Pour la part de l'Etat, à 5,295 f 36 e

— du département, à 2,343 70

— de la commune, à 4,088 44 l'our les non-valeurs, à 209 73

Total 11,937 ' 23

2° Que, suivant le cadastre, le territoire de la commune contient en chiffres ronds 685 hectares de terres labourables, 103 hectares de vignes, 13 de prés, 12 de pâturages, 2 en jardins, 10 de terres vaincs, 2 de surfaces bâties, 164 de bois taillis et 8 de haute futaie (1) : total, 10*i5 hectares, y compris 23 hectares de chemins, canaux, etc., non imposables, d'un revenu de 26,839 fr.,

(1) Tous les bois ont été défrichés et le sol planté en vigne.

qui, avec celui des maisons, arrive à 28,897 fr.; M. Mermoz, en 1839, le porta même à 45,288 fr.

Autrefois, Cléon était taxé pour l'assiette des tailles à 1 feu 1/4; la révision de 1706 lui en attribua 2 plus 1/4 de feu pour les affranchis et 1 1/2 pour les nobles soumis aux cas de droit.

En 1635, des remontrances ou plaintes à l'Intendant de Dauphiné nous apprennent que le mandement contenait 4,482 sétérées, dont 1,373 nobles; que les 3,108 sétérées roturières, de moindre qualité, supportaient d'ailleurs des censés, un vingtain et la dime, soit plus du douzième de la récolte ; que le sol était maigre et improductif, à cause de la sécheresse et de la rareté du fourrage et du bétail.

Plus tard, sous l'intendant Fouquet, ils reviennent à la charge : « Lors de la révision des feux jusqu'en 1638, disent-ils, nous n'avons été taxés qu'à un feu ; alors les élus de Montélimar ont ajouté un quart sans motif et sans nous avoir entendus, au lieu de nous diminuer d'autant à cause des acquisitions de la noblesse (1). Cependant notre territoire n'a que 2,319 sétérées, dont 1 ,004 à la noblesse ou à l'ordre de Malte et 200 vacantes, ce qui réduit la portion taillableà 1,1 15 sétérées, sur lesquelles près de 500 demeurent incultes, et nous n'avons ni commerce, ni manufactures, ni passages, ni prairies, ni vignes, ni nourrice de bétail. »

On s'expliquerait difficilement la différence de superficie des deux requêtes, si l'on ne supposait dans le premier cas 600 toises à la sélérée, et, dans le deuxième cas, 1 ,200 toises, modes de compter adoptés dans les environs et par les géomètres qui revoyaient les parcellaires.

1) En 1034, le commandeur de Malte avait 408 sétérées. M. de Barnave (de Jony:, 80 ; M. de Montchnud (I icon), 20; M. du Puy St-Martin, 225, etc.

Un autre document de 1660 accuse à Cléon 80 chefs de famille, et une estime de 31,984 livres pour les fonds taillables et de 18,008 pour les fonds nobles, soit 49,99-2 livres, total assez voisin de celui de M. Mermoz (45,288 fr.).

Quant aux impôts, les comptes consulaires conservés portent :

Années

Recettes

Dépenses

567 livres

Ajoutons à ces totaux les droits féodal donnons à l'argent une valeur trois ou grande, et nous arrivons à des chiffres chiffres actuels.

Dépenses extraordinaires.

J'ai pensé à tort ou à raison qu'il y aurait quelque intérêt, malgré l'aridité des chiffres, à relever diverses particularités des comptes consulaires, utiles à l'histoire de la province et à la peinture des mœurs, pendant une époque malheureuse qui n'a pas eu encore d'historien spécial en Dauphiné. Je suivrai pour cela l'ordre chronologique, sans m'égarcr dans de faciles commentaires

d'érudition pure, qui allongeraient trop cette notice, en distinguant toutefois les dépenses civiles des charges militaires.

Dépenses civiles. 1508. — Bovet d'Arier, lieutenant particulier au siège de Crest, ordonne aux consuls « de Cluy en Odrans » de s'imposer 10 écus pour leur quotepart des frais occasionnés par le procès des tailles, début de la grande lutte engagée entre le tiers-état et les privilégiés, qui devait amener en fin de compte le triomphe du vote par têtes sur le vote par ordres dans l'assemblée des Etats-Généraux.

1*99. — Une nouvelle imposition de 8 écus est assignée à Cléon pour le môme objet.

161*. — Les troubles civils et religieux du xvi« siècle avaient contraint les communautés villageoises à emprunter de grosses sommes. Une requête de 1591, spéciale à Cléon, donne môme de navrants détails à cet égard : « Comme soyt, — y est-il dit, — que pour les » guerres passées et présentes le lieu ayt souffert et » soubstenu grands frais et despans, tant par deniers, » cotisations, passages de gendarmerie, nous aurions » esté endebtés, oultre les tailles de plus de 4 à 5,000 » escus, tellement que n'y estant pourveu, les intérests > seroyent la ruyne toutale de la pluspart des manants » et habitants, nous désirons nous imposer 3,000 écus. » Claude Brosse, châtelain d'Anjou, un des plus énergiques défenseurs du tiers-état, si injustement oublié aujourd'hui, provoqua la vérification et la réduction de ces dettes, et une imposition de 12 livres 16 sols par feu servit a mener la mesure jusqu'à sa réalisation.

1617. — L'édit de Nantes, en 1598, avait reconnu l'existence légale de 71 églises réformées en Dauphiné. Stac bon, qui les visitait, reçoit en passant à Cléon 13 sols d'indemnité, bien qu'il n'y eût ni temple ni pasteur,

1 6«6. — Une consultation pour les consuls est payée 4 livres au savant jurisconsulte de Barry, de Montéliniar, auteur d'un traité en latin sur les successions.

16*7. — Faure, visiteur des chemins, parcourt ceux de Cléon à Crest, à Charols et à Roynac et celui de Bonlieu à Manas, et les trouve trop étroits et mal entretenus. Il lui est alloué 4 livres pour ses vacations.

163%. — La commune demande l'autorisation de s'imposer 600 livres pour faire face à d'urgentes dépenses, et cette permission lui coûte 51 livres, soit 8 1/2 pour cent !

1633. — Dans les siècles passés, les bois couvraient une partie du sol et, parfois, les chenilles abandonnant le chêne, s'attaquaient aux amandiers et autres arbres à fruits. On recourait, en pareil cas, aux xveet xvr siècles, près de Romans et de Valence, à des procédures judiciaires contre les insectes malfaisants. Les habitants de Cléon se contentent d'appeler M. Martin, curé de Chateauncuf-de-Mazenc, pour faire des processions et des prières et conjurer ainsi le fléau. Ils donnent 30 sols au curé et 1 livre à deux Pères Récollets. En 1650, il faut encore avoir recours aux exorcismes, et le prieur et les ecclésiastiques, ses assistants, reçoivent 2 livres.

De grands ravages sont occasionnés, en 1633, par une tempête, et les experts chargés de les évaluer obtiennent 2 livres 15 sols; plus tard, l'hiver de 1709 fait périr les amandiers et les noyers.

1644 et 1647. — Afin de se conserver l'amitié et la protection de leur seigneur, les consuls lui envoient à Valréas deux chapons et deux moutons, et ce présent leur coûte 6 livres. Deux ans plus tard, à l'occasion du baptême d'un fils de M. de Simiane-Esparron, ils expédient a Valréas six dindonneaux (à 6 livres), deux perdrix (à $ livres), six paires de vieux chapons (à 9 livres).

douze paires de poulets (à 3 livres 13 sols), douze paires de pigeons (à 4 livres 4 sols), dépense totale 49 livres, port compris. On les voit encore, en 1672, offrir un veau à M. de Sillol, lorsqu'il leur rend visite.

1645. — Un chien enragé ayant mordu le bélail, le maréchal du lieu qui le ferre par précaution revoit 4 sols.

1636 et 1665. — Sous le nom de Bohémiens, Boimes ou EgMens, des compagnies d'industriels nomades parcouraient le pays. Il est donné 1 livre au capitaine pour se loger ailleurs.

1666. — « Le précepteur de la jeunesse » a une chambre et 30 livres pour faire la classe pendant six mois.

1693 — Louis XIV ayant créé des charges de trésorier et de péréquateurs des tailles (répartiteurs1, la commune en achète au prix de 1,683 livres.

1 7 13 — Dans les siècles passés, les expositions d'enfants étaient assez rares dans nos pays, parce que la recherche de la paternité alors admise, et l'obligation pour le séducteur d'épouser ou de doter la fille séduite, diminuaient le nombre des enfants assistés. On trouve une imposition de 120 livres autorisée par l'intendant de la province pour les frais d'entretien d'un enfant exposé à Cléon en 1737. Presque partout ailleurs ces êtres infortunés étaient mis à la charge des seigneurs ; mais en Dauphiné et en Provence, le soin de les recueillir incombait aux communes où l'exposition avait eu lieu.

1146. — On emploie 300 livres à réparer l'église. Dans le principe une portion des dimes était affectée à ces dépenses ; mais dans la suite, les prieurs n'eurent à leur charge que les réparations du chœur.

Charges militaires. — A coté de ces dépenses extraordinaires assez curieuses, il nous reste à pincer les dépen-

ses militaires, véritables calamités pour nos pays, aux xvie et xvir siècles.

J'ai tellement et tant souffert Passages et quartiers d'hiver, Que, continuant de la sorte, Je me résous dedans un mois A mettre les clefs sous la porte Et faire visage de bois.

Ainsi s'exprimait, avec plus de vérité que de poésie. David Kigaud, marchand rimeur de Crcst, originaire de Crupies; et ses doléances seront pleinement justifiées par les détails suivants, bien que j'aie négligé les tailles ordinaires et extraordinaires, dans la crainte de convenir ces notes en une page de livre de comptes : notons cependant qu'en 1591 on leva des tailles de 14 écus, de 4, de G, de 45, de 5, de 18 et de 19 écus par feu, et que, sans nul doute, ce ne fut pas une année exceptionnelle.

1578. — M. de La Penne écrit de Ho us set aux consuls : « J'ay veu quelques exploicts qu'aves faict au ca- » pitaine Potier, mon rentier du prieuré de Clieu, el » parce que je veuls fornir l'argent que demande M. » Lambert (receveur des décimes), vous prie de super- » céder (surseoir) à la vente des grains dudit prieuré. » Un prieuré aux mains d'un capitaine, cela ne se voit qu'au xv!e siècle 1

1581. —-On dépense G florins pour un voyage à Grignan, afin de savoir « où tiroit la gendarmerie de M. d'Epernon ; » — 12 sols pour offrir un chapon à M. du Poët « auquel une requête a été présentée; » — $ florins 4 sols pour délivrer deux ôtages que détient à Crest le capitaine Honorad, de Rochegude, « à raison de la contribution qu'il deraandoit; » — 100 sols pour conduire 5 sétiers de blé au capitaine La Bégnde, à Château -

neuf-de-Mazenc; — 10 écus pour entretenir à Sauzel la compagnie du capitaine Bayot ; — 4 écus pour construire la citerne du château de Saou, récemment fortifié.

1588. — Maugiron, lieutenant-général pour le roi en Dauphiné, ordonne aux consuls de « Cliault d'Andrant » de contribuer pour 31 écus à l'entretien de la garnison de Tulette. Ils supportent aussi les frais des garnisons de Romans et de Valence, à raison de 12 écus 55 sols ; fournissent 20 hommes aux remparts de Crest pendant 8 jours, 67 manoeuvres avec 2 muids de chaux * pour la fortiffîcation et réparation du chasteau de Mar- » sane. »

1501. — Parmi les impositions de celte année, une de 6 écus 52 sols est destinée à indemniser Lesdiguiêres, qui a dépensé 20,899 écus pour soumettre Grenoble au roi et l'Escarton d'Oulx ; — une de 22 écus 30 sols, à l'entretien des gens de guerre. Les nobles noblement et les clercs cléricalement vivants sont exempts comme d'ordinaire de toutes ces charges.

159». — D'Ornano fait lever 2 sétiers 1/2 de blé. et du Poèt demande, celte année-là, 15 quintaux de bois, et l'année 1595, 100 quintaux pour le magasin du château de Montélimar.

1600. — Les gardes de Lesdiguiêres, logés à Savassc et à Ancone, nécessitent une contribution de 1 écu 2 sols.

1601. — Afin d'empêcher aux troupes du connétable de passer, Claude de Laitier, seigneur de Charpey, lève 50 sols par feu.

1616. — Cléon paye 9 li\ res pour sa part d'aide à Pierrelate, où sont établis les 129 hommes de la compagne de M. de Coin bovin.

1617. — Lesdiguiêres, alors à Chàteauneuf-de-Mazenc, exige, sous le nom de demi-étape, 90 livres de pain blanc bien cuit, I charge «le vin, 00 livres de viande «le mouton et 3 quartes d'avoine par feu.

1691 . — M. de la Laupie écrit aux consuls de Cléon que, moyennant 100 écus, il leur rendra les hommes et le bétail pris dans leur communauté. « Nous ordonnons, » leur mandent d'autre part les officiers du Parlement. * le 10 octobre, au sieur de Jouany (de Jony) de lever » promptement une compagnie de cent hommes à pied » pour tenir garnison dans votre lieu pour empêcher les » rebelles au roi de s'en saisir, lesquels lui seront payés » par le pays à raison de 1000 livres par mois, dès ce » jour. »

Un ordre semblable est envoyé à M. de la Laupie pour 50 cavaliers, dont chacun recevra 45 sols par jour, ou le couvert et le lit, 4 livres de pain, 2 pots de vin, 3 livres de viande, 50 livres de foin et 6 picotins d'avoine.

Il faut, en outre, subvenir aux dépenses de la brigade d'Arzeliers à Chàteauneuf-de-Mazenc et à Marsanne, aux réparations nécessaires aux murailles de leur bourg, à la fortification de Chàteauneuf pour les églises, et compter à Monlbrun une taille de 138 livres payables a Allan.

Hors d'état de suffire à tant de charges, les malheureux habitants diffèrent d'obéir, et St-Auban vient les en punir en personne (1).

Ici nous laisserons parler un document contemporain.

(1) Archives de la commune, CC, 1, 2, 3 et suiv.

DE MONTÉL1MAR

Dernières notes.

16*1. — Les consuls remontrent à Lesdiguières « que lui ayant exposé précédemment (1) une partie » des maux qu'ils avoient soufferte par le sieur de Sl- » Auban et ses soldats, il auroit, le 24 décembre, en- > joint audit de Sl-Auban de restituer le bétail, meubles • et autres choses par lui et ses soldais prises dans le » lieu de Cléon, à peine de désobéissance et d'en être » recherché à l'avenir par justice, et particulièrement » de restituer le bétail et le sel pris sur le grand chemin » de Montélimar à Pierrelale, et qu'il retenoit à » Allan, sous prétexte de certaines prétendues contri- » butions.... »

Citons, à ce propos, une lettre adressée aux consuls : « Messieurs, je vous faicts ce mot pour vous advenir » que vostre communauté est assignée à M. de St-Au- » ban par ordonnance de M. de Montbrun et conseil » de ceste province pour une tailhe montant 138 livres » 13 sols; vous ne ferez faulle de porter ceste tailhe à » Allan, la présente reçue, entre mes mains qui vous » donneray l'acquit du recepveur général ; ce faisant » vous éviterez despends. C'est vostre bien humble ù » vous servir. Monchan. *

La quittance de Jacob Videl, receveur général des églises, est du mois de novembre 1621.

• A défaut de paiement de la somme susdicte, j'ay

lj Colle requèl'i n'a pas été retrouvée.

» retenu 2 mules avec 3 émines de sel. » Signe St-

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