LES VŒUX
Marchés passés avec les saints. — Les promesses de cadeaux. — Les promesses d'argent. — Une guérison chèrement achetée.
— Vies offertes à Dieu qui les accepte. — Le petit zouave céleste. — Messes et pèlerinages promis. — Les saints pris j ar l'amour-propre. — On leur pose des conditions. — On leur promet la publicité des journaux. — Faveurs obtenues par des promesses d'abonnement au journal d'un révérend père mariste. — Du rôle des menaces dans les invocations aux saints.
— Un modèle de persévérance.
Les neuvaines sont fréquemment accompagnées de vœux ; <c Si j'obtiens la faveur que je sollicite, je m'engage à. . . etc. » C'est une sorte de marché passé avec le saint. Si la faveur est obtenue, on peut viraisemblablement en conclure que le marché lui a plu.
Les heureux résultats de cette pratique, avec ou sans
neuvaines, se trouvent consignés dans les nombreux ex-voto peints ou gravés qui tapissent la plupart de nos églises. Nous laisserons de côté ces plaques où la malignité trouverait si facilement pâture, préférant demander aux livres pieux, selon notre système, le secret de cette dévotion.
En échange du bienfait sollicité, on y voit le plus souvent les faiseurs de vœux promettre un cadeau : c'est une statue qu'on offrira au saint, un ornement quelconque pour une de ses chapelles, voire même un colifichet pour lui-même. Les Annales de Notre-Dame des Victoires ne cessent d'enregistrer la liste des bijoux offerts en manière à'ex-voto à la Vierge des Petits- Pères : des bagues, des bracelets, des épingles, des chaînes, des croix, des médaillons, à l'occasion même des parures complètes où se marient les camées, les émaux, les diamants et les perles, fines.
Ces appels un peu matériels à la piété du saint reçoivent volontiers l'encouragement des sacristies. L'abbé Roy, dans sa notice sur l'association de Saint- Joseph établie par lui à Aizanville, avoue que « les dons en nature comme vêtements sacerdotaux, nappes, linges d'autel, etc., faits au sanctuaire, seraient souvent des ex-voto d'une grande utilité. » (P. 34.)
De là à présenter le cadeau sous la forme brutale d'une somme d'argent, il n'y a qu'un pas.
« Ayant eu occasion de voir un de vos bulletins, j'ai fait vœu que, si je' pouvais aller conduire mon bateau comme d'habitude, j'enverrais une of-
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frande de dix francs. La bonne Notre-Dame de Séeiî m'a exaucé, etc. *. »
Cette façon de procéder, si positive qu'elle soit, ne paraît pas exciter davantage la réprobation du clergé.
a Une horrible tempête éclata tout à coup. Les passagers effrayés recoururent à ses prières. « Promettez » à la sainte Vierge, leur dit le saint évêque, d'en- » voyer en don à sa nouvelle église la plus grande » partie des richesses que vous avez dans ce vaisseau, » et ne doutez pas que la tempête s'apaise à l'instant » même. » Les passagers en firent le vœu et offrirent au saint beaucoup de dons pour l'église de la sainte Vierge : aussitôt la mer. se calma et tous firent éclater leur allégresse-. »
On voit qu'en matière de vœux, comme dans beaucoup d'autres cas, l'important est de posséder la manière de s'y prendre.
Je constate avec plaisir que, même lorsque l'effet laisse à désirer, l'Église n'y perd rien.
Une grande dame, dont le mari est malade, fait à Notre- Dame-des-Victoires une neuvaine qu'elle a accompagnée d'un vœu.
« Monsieur le curé, avait ajouté la jeune comtesse
1. Treizième bulletin de N.-D. de Sée^ (Orne); compte rendu des grâces obtenues par les bienfaiteurs. Paris, W. Remquet, Goupy et C", imp.