I. Soirées des serviteurs de saint Joseph, p. i
Correspondances avec les Saints 323
innocence » en allant assister à une fête de famille?
Joli fruit de l'éducation dévote !
Il faut lire certaines lettres adressées à la Vierge pour se faire une idée du degré d'aberration où une piété mal entendue, l'encouragement de pratiques abêtissantes ou troublantes peuvent pousser de faibles cerveaux.
C'est un petit garçon qui écrit à Marie :
« Ma bonne Mère,
» En votre honneur, je me suis privé de dessert quarante fois, d'un plat trente fois, de boire plusieurs fois. J'ai souffert du froid et des injures pour l'amour de vous. J'ai gardé le silence, la modestie des yeux. Je n'ai pas mis mes mains dans mes poches par mortiticaiion pour l'amour de vous... * »
Une religieuse carmélite « très familière avec la Vierge », dit le narrateur, est saisie un jour de l'appréhension qu'elle pourrait n'être pas, commeles autres sœurs, la fille de Marie, « à cause qu'elle n'était paspénitente comme elles ». Brûlant d'être fixée sur un point aussi grave, elle écrivit de son sang « une lettre qu'elle posa sur l'autel après s'être mise en prières quelque temps. Après elle reprit ce papier où elle trouva, au bas, écrit en lettres d'or : Je te reçois pour ma fille -. »
I. Dcvotion à Marie en exemples, t. II, p. 225. 2. Id. p. 372.
324 V Arsenal de la Dévotion
Ici nous avons la réponse écrite de la Vierge, une réponse en lettres d'or. C'est bien le moins que les lettres qui viennent du ciel soient écrites en lettres d'or.
Tous ceux qui s'adressent à saint Joseph n'ont pas pour unique but, comme la jeune congréganiste, de conserver la grâce sanctifiante ; il en est qui visent à des faveurs plus pratiques. Tel un fervent qui, ayant perdu sa montre, écrit au puissant patriarche pour le conjurer delà lui faire retrouver. J'aurais regret de ne pas donner dans son entier ce remarquable modèle de lettre à saint Joseph « habitant de la céleste patrie », avec le morceau de prose qui le précède.
Voici la communication textuelle que le père Huguet enregistre à la page 1 45 de son Saint Joseph avocat des causes désespérées :
\ « Le jour de la fête de N.-D. des Sept- Douleurs, je perdis, dans les rues de notre ville, une montre en or d'un assez grand prix ; c'était une perte réelle pour moi, car je ne suis pas riche ; mais ce n'était pas là ce qui m'affligeait le plus : c'était la crainte de faire de la peine à mon père, qui m'avait fait cadeau de cet objet. Mon père est paralysé d'un côté, il est d'un caractère très vif et je craignais que cet accident ne lui causât une peine qui aggraverait son état. Il se rattachait à tout cela une' foule de circonstances que je passerai sous silence, mais qui me mettaient dans une grande peine.
Correspondances avec les Saints 325
» Dans un voyage que je fis^ je rencontrai une personne qui me conseilla d'écrire à saini Joseph et de porter la lettre sur moi; ce que je fis dès le lendemain. Tous les soirs, je lisais cette lettre avec ma mère en forme de neuvaine, et, au bout de six jours, la personne qui avait trouvé la montre mêla rapporta intacte; elle l'avait gardée dix jours, et aucun moyen n'' avait été épargné pour la faire réclamer par la publicité.
» Voici en quels termes était conçue ma lettre à mon saint protecteur:
Lettre à saint Joseph, habitant de la céleste patrie.
a O mon aimable père saint Joseph!
» Me trouvant dans une grande détresse, j'ai résolu de vous écrire pour vous demander votre secours. J'ai f)erdu ma montre et)e n'ose pas le dire à papa, car il serait furieux contre moi. Veuillez donc, je vous en supplie, me la faire retrouver; je sais que jamais on n'a eu recours à vous en vain; sainte Thérèse affirme que tout ce qu'elle vous a demandé, vous le lui avez obtenu.
y> Je vous promets, si vous m'exaucez, de faire dire une messe en votre honneur, de faire brûler une lampe pendant un mois à votre autel, et de faire insérer cette laveur que vous m'aurez obtenue dans le Propagateur.
« Veuillez agréer, mon puissant protecteur, mon cœur et mon àme, que je vous remets maintenant et à l'heure de ma mort,
320 V Arsenal de la Dévotion
« P. -S. J'oubliais de vous dire que l'image de votre auguste épouse est gravée sur cette montre, et que j'ai confiance que vous ne voudrez pas laisser entre des mains impies cette céleste image ».
Ce post-scriptum est un chef-d'œuvre.