‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 16 sur 145 · LES CHAPELETS · texte numérisé non relu

LES CHAPELETS

Ce que c'est qu'une indulgence. — Les prières cotées. — Modes bizarres de recitation. — Prières dont la valeur varie suivant les circonstances. — Invites au public. — Gomme quoi une grande vertu est moins nécessaire qu'un marmottagc continu.

— Les gestes indulgenciés. — L'indulgence plénièrc. — Jamais au bout. — Les âmes du purgatoire. — Une des formes originales du dévouement. — La cote terrestre et la cote céleste.

— Un point noir.

Je n'ai rien dit encore d'innombrables petites images qui portent au verso de courtes prières, au boui desquelles on lit quelque chose comme leur valeur en chiffres connus, c'est-à-dire le nombre de Jours d'indulgence que leur récitation peut nous valoir dans un monde meilleur. Ces images, en nous amenant à dire un mot des indulgences, nous conduisent par une transition naturelle au chapelet.

72 V Arsenal de la Dévotion

Les indulgences sont basées sur cette supposition, vraisemblable d'ailleurs, que l'absolution du prêtre ne nous absout pas complètement de nos fautes. Si cette absolution nous vaut un certificat d'assurance contre les châtiments éternels de l'enfer, elle nous laisse désarmés contre les peines du purgatoire, peines « très atroces » encore, à ce qu'affirment les livres pieux.

Nous aurions donc, même après absolution, à subir dans le purgatoire une détention « à temps », ce qui ne serait pas une riante perspective, si Rome ne nous fournissait heureusement divers moyens d'esquiver ce désagrément. Le plus réussi est à coup sûr le scapulaire du mont Carmel ; mais l'examen de ce fétiche viendra en son temps. Comme^ en pareil cas, toute sorte de précautions valent mieux qu'une, les fidèles sont d'abord invités à se pourvoir d'indulgences, c'està-dire de bons d'exemption du purgatoire en nombre aussi considérable que possible.

Telle prière , en conséquence, est cotée cent jours, telle autre quarante seulement. La valeur n'est pas toujours proportionnée à la dimension. Par exemple, tandis que les sept mots : « Doux cœur de Marie, soyez mon salut ! » rapportent trois cents jours à chaque fois qu'on les dit , on n'en gagne que cent à réciter : V. Père éternel, nous vous offrons le précieux sang que Jésus a répandu pour nous avec tant d'amour et tant de douleur de la plaie de sa main droite, et par les mérites et la vertu de ce même sang, nous supplions Votre divine Majesté de nous accorder sa sainte bénédiction > afin que, par elle, nous puissions être défen-

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dus de nos ennemis et délivrés de tous les maux. Disons donc : Que la bénédiction du Dieu tout-puissant... y> et»., etc.

L'œuvre de la sacrée Congrégation des indulgences, d'autant plus considérable qu'elle s'accroît chaque jour de toutes les combinaisons nouvelles de mots assemblés, ne saurait se trouver dans les mains du vulgaire. Elle aurait, d'ailleurs, le tort d'effrayer les fidèles par l'amoncellement de prières et d'annotations variées qu'elle renferme. Heureusement, les images à prières permettent de répandre, sous une forme agréable, nombre de ces phrases cotées, tandis que de petits livres élémentaires initient l'ignorant public à toutes les grâces qui peuvent découler pour lui de l'usage des prières indulgenciées, préférablement à celles qui ne le sont pas.

Par exemple, une brochure de poche que je vous recommande est celle qui porte le titre : Les plus faciles indulgences à gagner chaque jour et chaque année, ou Mémorial quotidien et perpétuel des indu!-' gencesK

Le titre seul est déjà plein d'attrait : « Les plus faciles indulgences! » Il s'agit évidemment de celles qu'on peut gagner à bon compte, sans se donner trop de mal. On aime à faire ainsi son salut. Pour les tièdes et les endormis, cela est comme le pendant de la messe dite « des paresseux ». Pourtant, ne vous y fiez pas. Il n'y a rien d'absorbant, en somme, comme la ccn-

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