‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 25 sur 145 · Acte héroïque, p · texte numérisé non relu

Acte héroïque, p

2. Paris. Librairie de la Propagation catnolique, Enault et Mas, 2" édit. Avec approbation de l'archevêclié de Lyon.

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<}ATomE s'appellerait pour lui d'un nom plus exacc : ■« l'acte héroïque de charité en notre faveur «.

Tel est le dernier mot du père Gay, celui qui doit, à son avis, enlever l'adhésion du lecteur ; mais quelle suite d'aperçus ingénieux mis en œuvre jusque-là pour le convaincre! L'argumentation du bon père est comme un réseau dont les mailles s'enlacent sur vous une à une et vous enveloppent de la façon la plus étroite. Il n'y a plus à débattre, plus à disconvenir : on vous tient; vous vous rendez, et, quand arrive la dernière page du petit livre, vous êtes tout prêt à vous écrier : « Me faire la charité à moi-même sous prétexte de la faire aux autres, je me sens décidément capable de cet héroïsme ! »

Il faut entendre le père Gay exposer comment toute bonne œuvre et par suite toute prière est à la fois :

1° Méritoire,

2° Propitiatoire,

3° Impétratoire,

4^ Satisfactoire ou expiatoire;

Que nous ne pouvons disposer en faveur des défunts que du seul mérite satisfactoire ou expiatoire ; que lei trois autres vertus, méritoire, propitiatoire eî impétratoire nous restent donc entières ;

Et que non seulement elles nous restent entières, mais que leur valeur à toutes trois est considérablement augmentée par le rejaillissement des nouveaux mérites que nous crée l'abandon volontaire du mérite n" 4.

De sorte que cet abandon d'un quart, loin de diminuer notre lot, l'augmenterait déjà dans des propor-

tions considérables, s'il ne fallait encore y joindre le mérite 4 lui-même qui, q uoique donné, n'est pas perdu et nous revient après coup centuplé par l'intention.

Le père Gay fait encore très-habilement ressortir ce que l'acte héroïque nous vaut de tranquillité personnelle.

D'habitude, quand on consacre à l'âme d'un autre le mérite de ses pieux exercices, il faut indiquer mentalement tout au moins celui que l'on peut avoir en vue. Avec l'acte héroïque, rien de pareil. Toutes les intentions pieuses s'adressent indifféremment à la Vierge, qui en répand les avantages à son gré parmi les âmes du purgatoire qu'elle en juge les plus dignes. Ainsi on n'a plus le souci de chercher une âme pour la faire profiter des indulgences conquises, ni l'inquiétude de se demander, dans l'ignorance où Ton est de son attitude et même de sa présence au purgatoire, si ces indulgences ne sont pas perdues. On voit par là combien l'acte héroïque procure de repos à l'esprit.

Et ces milliers d'âmes que nous aurons délivrées sans les connaître — en ne perdant pas son temps on peut dépasser le million * — croyez-vous qu'elles ne nous seront pas attachées par les liens de la reconnaissance? Ce serait leur faire injure que de le supposer. Donc, si elles sont reconnaissances, elles s'emploieront au ciel pour nous. Nouveau bénéfice.

I. « Le bienheureux Jean Massias a délivré 1,400,000 âmes du purgatoire. Il l'a déclaré par l'ordre de son supérieur, sur le point de mourir ; il le savait, car ces âmes délivrées venaient le remercier avant de monter au ciel. » Scapulaire bleu, p. 4.

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« C'est le sentiment de sainte Catherine de Bologne que les âmes du purgatoire obtiennent à leurs bienfaiteurs toutes les grâces qu'ils demandent à Dieu :

» Lorsque vous voudrez obtenir du Père céleste » quelques grâces, demandez-les lui par l'intercession » des âmes du Purgatoire et tene:{ pour sur qu'elles » vous seront accordées. J'ai bien des fois obtenu moi- » même par l'entremise des âmes du purgatoire des » grâces que les saints ne m'avaient pas obtenues. » (P. 41.)

Si un tel témoignage pouvait vous laisser hésitant, le père Gay vous soufflerait encore à l'oreille le chiffre authentique de l'intérêt céleste : « Cent pour un ! » El ici je vous conseillerais presque de ne pas vous rendre tout de suite pour avoir la joie d'entendre le bon père se récrier :

« Quoi! c'est Dieu lui-même qui nous dit avec serment : « Donnez-moi vos mérites satisfacloires et » plus tard je vous les rendrai avec un intérêt de cent » pour un ; et, pour récompense du service que vous » m'aurez rendu, je vous donnerai de plus la vie éter- » ncllc. y> Centuplum accipiei et vitam œternant possidebit... Et nous avons le courage ou plutôt la cruauté de ne pas souscrire à cet emprunt divin sous le prétexte, mille fois insensé, que nous pourrions peut-être compromettre nos intérêts éternels dans cette opération qui a pour garantie la parole et le serment de Dieu lui-même ! Ah ! que notre conduite

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est bien différente lorsqu'un prince de la terre fait appel à notre générosité!.. . Il nous dit, sans autre garantie que sa parole faillible et bien souvent trompeuse : « Donnez-moi votre or et votre argent, Je vous » donnerai le cinq pour cent.., » Et soudain l'emprunt est couvert avec un empressement que je ne crains pas d'appeler scandaleux. » (P. 48.)

Mais c'est assez relater les avantages de l'acte héroïque. Pour en revenir aux indulgencesgagnées d'une façon ou d'une autre, directement ou par ricochet, vous observerez peut-être que, quand on en a gagné des montagnes, qu'on s'est épuisé pendant de longues années à en conquérir tant pour soi que pour les parents, les amis, les connaissances et même les inconnus qu'on suppose gémir dans les horreurs du purgatoire, il y a un moment sans doute où l'on a le droit de s'arrêter. Du tout; on ne s'arrête jamais! Le gain des indulgences, en dehors de la récitation des prières, se trouve soumis, sous peine de nullité, à tant de conditions diverses dont quelqu'une peut avoir été négligée, que l'Eglise observe avec raison que vous ne pouvez jamais tenir votre comptabilité pour certaine '.

Mais il y a un motif bien plus grave encore de ne

I « Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est d'observer principalement et exactement les conditions mises à chaque indulgence ; car, comme elle n'est accordée qu'à ces conditions, il est évident que, de quelque manière ou pour quelque motif qu'on les néglige, l'indulgence ne peut s'acquérir. » Recueil des Scapulaires, p. 81.

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jamais s'en tenir au bagage d'indulgences acquis, quelque considérable qu'il puisse être.

Cette raison grave, — je dirais volontiers inquiétante, — c'est que l'Église ne répond pas du tout que sa cote soit en concordance exacte avec la cote céleste.

« Les âmes auxquelles on envoie les indulgences gagnées les reçoivent-elles réellement ? » Telle est la question qu'on sait gré à l'auteur du Recueil des Sca» piilaires de poser lui-même. Or, voici comment il y répond, d'après la sacrée Congrégation :

(( Oui, certainement, pour ce qui appartient à FÉglise et concerne l'usage du pouvoir des clefs, et pour ce qui regarde le souverain pontife, qui les accorde, et qui enseigne et permet qu'elles puissent s'appliquer aux âmes du purgatoire ; oui, dis-je, c'est son intention que les indulgences soient profitables à ceux auxquels elles sont destinées. Mais, quant à l'effet de l'application, cela dépend de la volonté divine, quil nous est impossible de connaître. » (P. 91.)

« Dans quelle mesure se fait cette application? observe de son côté l'auteur du Manuel des Indulgences authentiques^ c'est ce que nous ignorons : Dieu seul en a le secret. Voilà pourquoi il ne faut pas cesser de prier pour ces pauvres âmes. Lors même que nous aurions essaye d'obtenir pour elles plusieurs indulgences plénièrcs, nous devrions encore continuer à prier, parce que nous ne savons pas jusqu'à quel point ces indulgences leur auront été appliquées. » (P. 9.)

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Ainsi nous voilà fixés. Quand le chrétien modèle^ a consacré seize ou dix-huit heures par jour à gagner des indulgences à travers tout un enchevêtrement de pratiques bizarres ; quand il s'est épuisé dans d'interminables additions pour tenir son compte journalier au courant, il se trouve que, de l'aveu même de l'Église, le total pourrait bien ne pas répondre à grand'chose.

L'aveu est étrange ; mais il est heureusement peu connu des fidèles qui, en général, ne se donnent guère la peine d'approfondir la valeur des procédés de salut qu'ils emploient. Tout ce qu'ils se bornent à savoir, c'est que les indulgences sont une monnaie très précieuse dans l'autre monde; et que, comme le port de toute sorte d'objets tels que médailles, croix, statuettes, cordons, scapulaires, chapelets, contribue à vous en enrichir, il est d'une sage arithmétique de se pourvoir abondamment de ces menus fétiches.

I. « Pour devenir un saint, il suffit de gagner le plus d'indalgences possibles. » Saint Alphonse de Liguori.

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ÎI

Puissance de VAve Maria. — • Le suprême crédit de la Vierge et son goût pour cette prière. — Assaut de récitations d'Ave Maria. — Le Rosaire basé sur cette dévotion. — Concurrences au cliapelet de saint Dominique. — Chapelets brigittains et brigittés. — Le Chapelet des Sept Douleurs. — Le Chapelet des sept allégresses. — Le Chapelet de Notre-Sei^gneur. — Le Chapelet du précieux Sang. — Le Chapelet des cinq plaies. — Chapelets angéliques de VImmaculée Conception, du Sacré-Cœur. — Le Chapelet des pardons et ses 11,340 ans et i35 jours d'indulgences. — Le Chapelet des âmes du Purgatoire. — Le Chapelet des martyrs japonais. — Le Chapelet des morts. — Combinaison de prières supprimant la bénédiction. — Les Chapelets apostoliques. — Quand un chapelet vient à casser. — Vertus miraculeuses du chapelet. — Indispensable en voyage, dans les maladies. — Guérison par application, — Le démon mis en fuite. — Un protestant converti. — Moralité.

La valeur exceptionnelle du chapelet comme porteindulgences tient à Timportance de la principale prière que sa récitation impose. Les écrivains religieux ont célébré d'une façon toute spéciale le merveilleux pouvoir de ÏAve Maria.

D'abord cette prière s'adresse à la Vierge ; or, on ne saurait avoir au ciel de protecteur plus puissant qu'elle.

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0 II est très certain, dit l'auteur du Bouclier des enfants de Marie, que Marie a elle seule plus de crédit et de pouvoir auprès de Dieu que les anges et les saints n'en ont tous ensemble. » (P. i6.)

Et, prenant le docte Suarez à témoin :

« Le do:te et pieux Suarez enseigne que la prière de Marie est si puissante dans le ciel, que, s'il pouvait se faire que tous les saints du paradis demandassent une chose à Dieu et que la sainte Vierge seule s'y opposât, Marie l'emporterait sur tous les saints. » (P. 21.)

Et non seulement la Vierge est le plus puissant intermédiaire qu'on puisse prendre au paradis, mais il n'y a pas de prière qui lui soit plus agréable que VAve Maria. On a là-dessus son propre témoignage,

« Sainte Mechtilde étant tombée en extase un samedi, pendant la messe, fut pressée de parler ainsi à la sainte Vierge :

a Mère incomparable, le plus grand contentement » que je pourrais avoir serait de vous faire le plus y> agréable salut que le cœur humain ait jamais in- » venté. »

» Aussitôt la reine du ciel lui apparut, portant sur sa poitrine la salutation angélique écrite en lettres d'or et lui adressa ce discours :

a Ma fille, c'est folie à la créature de prétendre » monter plus haut que son Créateur et de s'imaginer 5) pouvoir rencontrer un salut pareil à celui qui m'a

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» été envoyé du ciel, car, que peut-il y avoir de plus » doux que les mots : Je vous salue... ^ etc. ' »

D'après le père Huguet *, « les anges eux-mémej trouvent une joie particulière à offrir tous les jours à Marie des millions et des millions de fois VAve Maria, qui est la salutation propre de ces esprits bienheureux. »

Le désir d'atteindre à ce cliiffre de récitation fantastique a rendu jaloux ici-bas plus d'un bienheureux. Pour sa part, le bienheureux Antoine Patrizzi était tellement persuadé des biens précieux qui résultent de la récitation de Y Ave Maria., qu'il ne le chuchotait pas moins de cmq cents fois par jour ; le bienheureux François se levait la nuit pour en dire autant ^ ; saint Liguori se faisait une règle de le réciter tous les quarts d'heure * ; enfin Catherine de Sienne y puisait, à son idée, de telles forces, qu'elle avait adopté la coutume étrange de se servir des premières paroles de la salutation angélique à chaque degré d'escalier qu'elle descendait ou montait '-'.

La dévotion de saint Thomas d'Aquin pour VAve Maria s'était manifestée dès le premier âge d'une façon plus cionnante encore.

1. Vertu miraculeuse de VAve Maria dcmontrce par des traits de protection, de conversion et de guérison merveilleuse, par le R. P. Huguet, in-i8, 4'-' cdit., p. 4.

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