‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 34 sur 145 · I . Le Rasaire, p. ic · texte numérisé non relu

I . Le Rasaire, p. ic

■j. . Saint-Dizier, Paris, Lyon, Bruxelles et Anvers, 1869. In-i8.

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Ce n'est pas par de vaines théories, c'est par des démonstrations ad hominem que le père Huguet entend persuader son lecteur. Exemple : Cinq voyageurs sont surpris par une horrible tempête. Ils cherchent un refuge dans le creux d'un rocher. Là, trois d'entre eux, qui portaient le chapelet au cou, implorent la protection de Marie, et ils sont sauvés ; les deux autres sont tués par la foudre : ils n'avaient pas de chapelet ! (P. 17.)

Mais ce pieux ustensile n'est pas seulement le premier meuble à glisser dans la trousse du voyageur,^ il est le premier aussi à déposer sur la table de nuit d'un malade. Le père Huguet, dans son petit livre, nous montre deux femmes guéries du typhus en se suspendant un chapelet au côté.

« Une nuit donc, elle mit la main sur le chapelet de son hls, le pendit soigneusement à son côté, s'endormit ensuite, et le lendemain se réveilla guérie...

» Quelques jours après, apprenant qu'une de ses * voisines était violemment attaquée du même mal, elle se rend auprès d'elle avec le même chapelet, lui raconte ce qui lui est arrivé à elle-même et lui demande si elle veut user d'un remède aussi merveilleux. Quand on parle de guirison à un malade comment n'être pas cru ? Le fait est que le chapelet ayant été appendu au côté de cette femme, il lui rendit aussitôt la santé. « (P. 29.)

Le mode de traitement n'est pas autrement difficile; le tout est d'avoir l'idée d'y recourir. Peut-être

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aussi faut-il avoir la foi. Mais, quand la foi vous manquerait, le chapelet dans ce cas encore n'est pas inutile, car il vous rend la conversion facile en vous délivrant du démon.

« Le démon, dit le père Huguet, qui n'est, comme on Va. si justement remarqué, que le singe de Dieu^ se sert presque toujours d'objets matériels pour nous attirer dans ses pièges et nous exposer à ses plus dangereuses tentations ; sachons lui opposer des croix, des médailles, des chapelets bénits, que nous porterons avec piété. » (P. 17.)

Quelques faits viennent à l'appui, auxquels, on ne pourrait adresser d'autre reproche que de s'être passés un peu loin de nous; mais notre petit livre en donne la raison :

« On a remarqué que le démon a un pouvoir bien plus grand dans les pays infidèles où l'on n'offre pas l'auguste sacrifice de l'autel. »

Cette réflexion est empruntée au père Bouchet, missionnaire apostolique, qui part de là pour raconter :

« Il y a peu d'années qu'un Indien, dont le démon sciait saisi, était presque continuellement meurtri de coups ; il entrait alors dans des fureurs qui effrayaient tous les habitants de la bourgade et qui les obligeaient de se renfermer dans leurs maisons sans oser en sortir. Les païens de cette bourgade me députèrent un exprès pour me prier de venir au secours de cet infortuné. Un

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jeune enfant qui apprenait alors le catéchisme ^ ne fut pas plus tôt informé du sujet de cette députation, que sur l'heure il courut à la bourgade, éloignée de trois lieues de mon église. Il entre dans la maison de ce furieux, lui met son chapelet au cou et le tire au milieu de la rue comme il aurait tiré le plus paisible agneau. Il le mena le soir même à mon église, au grand étonnement des gentils qui suivaient de loin. » (P. 22.)

Mais la vue seule, rieri que la vue d'un chapelet peut suflire à opérer des conversions merveilleuses.

Un protestant est furieux contre un de ses coreligionnaires qui vient d'abjiirer sa religion. Le rencontrant dans la rue, il l'accable d'injures. A ces insultes, le néophyte répond en lui présentant son chapelet : « Avec cela, dit-il, je ne puis plUs être nialheureux. »

« Le protestant, — poursuit le narrateur, — se tait et s'éloigne. Deux jours après, il vient chez son ami, et, se jetant à ses genoux, lui déclare qu'il a résolu d'être catholique... On assure qu'étonné d'un si prompt changement, son ami lui en demanda la cause. Voici toute la réponse qu'il obtint : « En )) voyant ton chapelet, j'ai senti tomber ma colère, » j'ai été désarmé et j'ai voulu être catholique. »

Et, pour que nul ne s'avise de douter :

« Ce fait admirable se passait à Marseille l'année 1840, au mois de mars. » (P. 32.)

Arrêtons là nos exemples de conversions et de pro-

tections merveilleuses. On lisait dans le numéro du Pèlerin du 3o août iSjS, à propos d'accidents de voitures sur le chemin de la Salette :

« Comme un accident était survenu à la descente de Vizille, nous manifestions nos craintes : « Pourquoi » aurions-nous peur? répond une brave femme; rien » ne pouvait nous arriver, nous disions notre cha- » pelet . »

Toute la moralité du chapelet se trouve dans ces lignes.

Quand un individu a l'intime persuasion que rien ne peut lui arriver de fâcheux pourvu qu'il fasse circuler de petits grains entre ses doigts, si la maison de son voisin prend feu, au lieu de courir chercher les pompiers, il reste en place et tire gravement son chapelet.

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