LES SCAPULAIRES
Les scapulaires ; forme et tissu. — Le scapulaire du Mont-Carmel ou scapulaire brun. — Son origine; ses effets. — Assurajice contre l'enfer. — Les portes du purgatoire ouvertes tous les samedis. — Se défier des contrefaçons. — Comment on doit porter son scapulaire. — Avis aux scrupuleux. — Préservatif universel. — Admirable effet d'un scapulaire enfoncé dans la gorge. — Du rôle du scapulaire dans les tempêtes, dans les batailles et dans les incendies. — Le scapulaire bleu. — Le scapulaire rouge. — Le scapulaire du Précieux-Sang. — Le scapulaire de la T^rès-Sainte Trinité. — Le scapulaire de Notre-Dame des sept douleurs. — Les scapulaires du Sacré-Cœur. — Bénédiction par anticipation. — Les scapulaires superposés.
Les scapulaires se composent, comme ie puncho hygiénique, de 'deux fragments de flanelle, reliés entre eux par deux cordons qu'on fait passer sur les épaules, de façon qu'un fragment pende sur la poitrine et l'autre dans le dos. Les deux fragments ne peuvent être que
de forme carrée ou oblongue et non de forme ronde, ovale ou polygone. (Décret du 18 août 1868.) Quant à l'étoffe, le même décret n'admet qu'un tissu proprement dit, et réprouve solennellement les ouvrages à la main comme la broderie et le tricot. Seul le scapulaire de la Passion est astreint à une certaine nuance de cordons. Pourquoi cela? Ceux qui l'ont décrété le savent peutêtre.
Un petit livre pieux nous apprend que cette « livrée du chrétien » doit être à ses yeux l'équivalent du ruban rouget II y en a de rouges, en effet, et aussi de bleus, de blancs, de bruns. Les bruns, qu'on remplace par des noirs à volonté, sont de beaucoup les plus fameux. Ils ne brillent pas moins par l'étendue de leur pouvoir que par leur ancienneté.
Le scapulaire a été fondé par les religieux de l'ordre du Mont-Garmel, à Vinstigation de la Vierge. Non contente d'avoir enseigné l'usage du chapelet à saint Dominique, Marie, qui semble s'occuper personnellement, avec une application singulière, de toutes les dévotions susceptibles d'être instituées en son honneur, apparut à Simon Stock, général des carmes d'Occident, et, lui présentant un scapulaire qu'elle avait entre les mains : « Reçois, cher fils, lui dit-elle, ce scapulaire
I. « Aux yeux de la foi, je saint scapulaire est une des livrées les plus respectables dont un chrétien puisse se revêtir. Il est pour lui ce que le ruban de la" Légion d'honneur est pour les Français qui ont bien mérité de leur souverain ou de leur patrie. » Les Principales Pratiques d'un bo)i chrétien. Toulouse, Resplandy, in-32, p. 25,
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de ton ordre : c'est le signe de ma confrérie et la marque du privilège que j'ai obtenu pour toi et pour les confrères du Carmel. Celui qui mourra pieusement revêtu de cet habit sera préservé des feux éternels. C'est un signe de salut, une sauvegarde dans les périls, le gage d'une paix et d'une protection spéciales jusqu'à la fin des siècles. »
Ceci se passait à Cambridge le 1 6 juillet i25i. Voilà qui est précis et ne permet pas le doute un instant.
Le chapelet se borne, après beaucoup de pieux exercices, à exempter le fidèle des peines du purgatoire ; le scapulaire du Mont-Carmel est doué, on le voit, d'un bien autre pouvoir, puisque le seul fait d'en être revêtu suffit à vous arracher aux châtiments autrement sérieux de l'enfer.
On a là-dessus, paraît-il, le témoignage des démons en personne :
« Les démons, dit l'auteur du Recueil des Scapulaires, ont avoué eux-mêmes que les vrais confrères du Carmel ne peuvent jamais périr, et on les a entendus s'écrier : « O scapulaire ! que d'âmes tu nous arraches, M que d'âmes tu enlèycs à l'enfer! * »
Et, insistant ailleurs sur ce point historique, le même auteur affirme :
« On les a entendus plusieurs fois se plaindre et
I. Recueil des Scapulaires de l'Immaculée-Conception, du Rosaire, du, Carmei^ etc., par M. l'abbé Guglielmi, prêlrc romain. Paris, Agence ecclésiastique et religieuse de Rome, 1862, gr. in-i8, p. 23i.
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hurler d'une manière horrible : Malheur à nous! malheur à nous! à cause du scapulaire de Aîarie! Et, en effet, le saint scapulaire est une marque spéciale, un talisman qui protège le chrétien et le fait respecter des ennemis infernaux, de même que la biche de César devait sa sûreté à son collier, car, si ce collier portait cette inscription : Nolime tangere quia Cœsaris sum^ le démon sait aussi lire, dans le sacré véteqient du Carmel : Noli me tangere quia Mariœ sum. » (P. 140.)
S'il restait après cela des incrédules *, je las enverrais aux approbations pontificales de Jean XXII, d'Alexandre V, de Clément VII, de Paul III, de Pie V, de Grégoire XIII, de Paul V, à celle notamment de Benoît XIV, qui, dans son traité des fêtes de la très sainte Vierge, déclare regarder la vision de Simon Stock « comme un fait incontestable ^. »
Toutefois ce ne fut pas du premier coup et sans une certaine hésitation que l'Église reconnut les droits des confrères du Carmel à une protection aussi spéciale de
1. Le parti catholique lui-même en a compté quelques-uns, si j'en juge par cette note du petit Manuel du Scapulaire de la collection de l'aumônerie militaire de Toulouse :
« Malgré tout, de nos jours encore, une publication périodique dans laquelle règne un esprit tout à fait anticatholique, contrairement à son titre, l'Obse>-vateur catholique, a osé déverser le mépris sur l'origine miraculeuse du saint scapulaire. En i855, avec l'approbation du pape, la sainte congrégation de l'Index a réprimé une telle audace en prohibant justement ce factum inqualifiable. » »
2. Scapulaires de l'Immaculée-Conception, etc., avec approbation de Mgr Morlot. - ■ Paris, Leloup, in-i8, p. 12.
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la Vierge. Marie dut plus d'une fois elle-même prendre en main, près des papes, la cause de ses privilégiés pour la faire triompher.
Au commencement du treizième siècle, l'ordre du Carmel est menacé de suppression : la Vierge apparaît à Honorius III et lui intime l'ordre d'avoir à protéger et à honorer ceux contre lesquels ils s'apprêtait à sévir ; « Il ne faut pas contredire à ce que demandent mes religieux du Carmel, car c'est moi qui l'ordonne ainsi; ni dissimuler non plus, car c'est moi qui protège cette association. »
Et, pour preuve, elle annonce au pape que deux personnes de sa cour, qui plaidaient comme adversaires des frères du Carmel, mourront la même nuit. Preuve convaincante au possible, quoique un peu cruelle, qui se trouva réalisée le lendemain matin et valut ainsi aux Carmes les faveurs d'Honorius *.
Maints faits de ce genre attestèrent aux papes l'atcachement de Marie pour les carmes.
Ainsi, en 1270, à Gestrie, en Angleterre, « plusieurs ennemis du Carmel, méprisant ce titre comme un rêve, comme une vanité avantageuse à ces religieux, mais dénuée de tout fondement, furent aussitôt punis de leur médisance; car, surprise l'instant p>ar d'atroces douleurs, ils périrent sur-le-champ dans des convulsions horribles. » (P. i32.)
Encore une preuve éclatante ; mais la Vierge n'en pouvait-elle trouver de plus charitables !