‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 37 sur 145 · Jd.j p. 23o · texte numérisé non relu

Jd.j p. 23o

premier samedi après leur mort', cela est un lait attesté par une demi-douzaine de papes ; et un écrivain religieux affirme même que les âmes des confrères du Carmel ont été vues, ce jour-là, prenant leur vol vers le ciel. Qui pourrait douter encore ?

Donc le confrère du Carmel le moins favorisé, c'està-dire celui qui mourrait le dimanche matin, le lendemain du jour de sortie, n'aurait jamais plus de cinq jours, cinq jours et demi de purgatoire à endurer. Espoir plein d'attraits î Et que peut demander de plus au ciel le porteur de ce précieux fétiche, si ce n'est la grâce de mourir un vendredi soir.

Pour être doué d'un pouvoir aussi merveilleux, ce n'est pas trop demander que le scapulaire réponde à certaines conditions de forme et de couleur. Celui du Mont-Carmel doit être en laine, noire ou brune, couleur tannée, précise le Recueil des scapulaires. On y coud d'ordinaire une image de la Vierge ; mais cette image n'est pas indispensable.

« Si quelqu'un ne pouvait l'avoir, dit le même Recueil, il ne doit pas avoir scrupule de porter le scapulaire sans l'image de la Sainte Vierge; car on gagne

I . « II n'y a rien là qui soit contraire à la toi. Les pères dans leurs familles, les rois dans leurs Etats se réservent bien certains jours pour accorder leurs faveurs. L'Église elle-même fixe bien un jour pour accorder l'indulgence plénière, c'est-àdire la rémission de toutes les peines temporelles dues à nos péchés. Pourquoi la Reine du ciel et de la terre n- jouirait-elle pas*du même avantage :■ » Le Bouclier des enfants de Marie, p. i33.

Les Scapulaires 121

les indulgences par lescapulaire et non par cette image ajoutée. »

Et, à ce propos, notre livre dit nettement leur fait à ces « charlatans » qui voudraient faire croire aux prétendues vertus de médailles qui affichent l'incroyable prétention de faire pièce aux scapulaires.

« Sur cela, les ignorants et les gens de la campagne sont bien souvent trompés ; ils ajoutent foi à des charlatans qui, pour débiter leur marchandise, font croire que les images de la Sainte Vierge du Carmel faites en étain, en cuivre ou d'autre métal, et cousues dans les vêtements, ou portées au cou par un ruban ou un cordon, servent autant que le scapulaire de la Sainte Vierge. On ne doit pas du tout ajouter foi aux paroles de ces gens, car ils trompent, et l'on ne gagne par là aucun prestige ni aucune indulgence de la confrérie des carmes, y (P, 149.)

Voilà pour la forme du scapulaire. Quant à la manière de le porter, les personnes pieuses qui croient obligatoire de le mettre en contact direct avec la peau, sont, à ce qu'il paraît, dans l'erreur '. Le scapulaire

I. Il ne semble pourtant pas que ce soit l'avis de l'auteur des Principales Pratiques d'un bon chrétien, lequel répond à ceux qui repoussent l'usage du scapulaire sous le vulgaire prétexte que cela les gratte : « Ces raisons ne valent pas la peine de les réfuter; et, après tout, quand le saint scapulaire devrait vous procurer quelque petite démangeaison, faites attention que l'assurance de ne pas tomber un jour dans les flammes de l'enter mérite bien qu'on ne se montre pas si délicat. » (P. 2S.)

s'arrange également de poser sur les chairs, sur la chemisé, voire même sur les habits. L'essentiel est de l'attacher dans le sens convenable.

« On ne doit le porter, dit le Recueil des Scapulaires, ni de travers, comme le chasseur fait de son arme, ni dans la poche ou sur toute autre partie du coros, ni le placer sous son oreiller, ni le suspendre à son crucifix ou l'attachera quelque clou ; mais on doit l'avoir toujours au cou, sans le quitter jamais. »

Quoi! jamais? Non, jamais, ni jour ni nuit. En ^ucunças, Aucun, vous entendez bien.

Et ici l'auteur du Recueil des Scapulaires, qui songe à tout, se prend soudain de réflexion, et pour rassurer la susceptibilité fort grande de la gent dévote, il se hâte d'ajouter :

a Nous prévenons les personnes scrupuleuses quHl ne rend pas illicite Vusage du mariage et n'aggrave point les péchés de fragilité ou d'autres que l'on peut commettre, pourvu que ce ne soit point par un pur mépris de ce saint habit. » (P. i5q.)

Le lecteur vraiment chrétien m'excusera si je le fais rougir en transcrivant ces lignes. De mon chef je n'aurais jamais imaginé, je vous jure, de porter les questions religieuses sur un terrain pareii.

Il est, bien entendu, tels cas involontaires où la suppression momentanée du scapulaire ne vous charge la conscience d'aucun blâme.

a Si le scapulaire était arraché par violence, par

Les Scapulaires i23

exemple par un assassin, par des ennemis de l'Église^ par les ministres de la justice ou par toute autre personne involontairement ; si on se l'ôtait soi-même dans un accès de colère involontaire, ou seulement pour quelques moments, comme pour se laver ou pour toute autre raison, on ne perd rien des indulgences et grâces qui y sont attachées.» (P. i5i.)

Le plus sage est pourtant de ne jamais s'en séparer, même pour se laver. A défaut de la propreté, la prévoyance vous le commande.

tt Si quelqu'un se baignait dans un endroit où il y a péril de se noyer, il ferait mieux de le tenir au cou, afin que, s'il lui arrivait malheur, il pût mourir l'ayant sur soi . J'ajoute que souvent, et par les mérites de sa sainte Mère, Dieu a voulu que le scapulaire opérât plusieurs miracles en préservatit de la mort ceux qui le portaient. » (P. i52.)

Quand il écrit ici « plusieurs miracles », l'auteur est en vérité, trop modeste. S'il disait « des miracles par milliers », à peine encore serait-il à la hauteur de la vérité. Je n'en veux pour preuve que son propre témoignage lorsqu'il écrit... non, lorsqu'il chante, car ici s'a prose, inspirée et coupée par strophes, a toutes les allures du dithyrambe :

(S. Que de prodiges, que de merveilleux événements n'a-t-on pas vus sur la terre par la vertu de votre saint scapulaire, ô Marie ! Tantôt, sans nulle blessure, on tirait des malheureux tombés en d'horribles précipices!

tantôt on tirait saines et sauves des personnes sur lesquelles s'écroulaient des montagnes de pierres! tantôt même on rendait les gens persécutés invisibles aux yeux et aux coups de leurs ennemis aciiarnés ! Que ne sommes-nous aussi empressés de recourir à vous, 6 Mère chérie ! que vous l'êtes toujours, dans votre sollicitude, pour nous secourir!

» Que de miracles le saint scapulaire de Marie a opérés sur les eaux ! Les plus formidables tempêtes se sont apaisées dans le calme le plus parfait; les nochers perdus sous les vagues les plus furieuses sont sauvés; ceux qu'un courant rapide entraînait gagnent le rivage en sûreté i on trouve même toutes vivantes des personnes ensevelies au fond des puits ou dans les abîmes de la merl C'est là une puissance, une vertu bien grande qui distingue le sacré vêtement du Carmel. Que vos confrères, ô Marie! ont lieu de se réjouir et de se rassurer en portant sur eux-mêmes ce saint habit!

« La vertu merveilleuse du sacré vêtement de Marie paraît même dans les airs et au milieu des flammes; on tombe du haut des tours, des maisons, des arbres élevés, sans même recevoir une contusion ; on est frappé par des boulets rouges sans danger; la foudre perd sa violence, les incendies n'ont plus d'ardeurs. Ainsi, au milieu de quelque danger que ce soit, vos confrères ne périront jamais, ô Marie! car vous êtes vous, leur salut et leur défense!

« Que de personnes furent guéries de maladies contagieuses par la simple imposition du saint scapulaire de Marie! Les maladies les plus rebelles et la mort

Les Scapulaires i25

même ont cédé à la vertu puissante de ce saint vctemeni. Il n'est point de prodige qu'il n'opère, point de grâce qu'il n'obtienne, point de suppliant qu'il ne console. Oh ! le beau sort que celui de se parer d'un vêtement si divin, si puissant ! » (P. 224.)

Ce séduisant résumé des prodiges dont le scapulaire du Mont-Carmel est capable pourrait presque servir de table au petit volume de propagande du révérend père Huguet : Vertu miraculeuse du scapulaire^.

Le même ordre de faits s'y retrouve, mais agrémenté de piquants développements.

Par exemple, l'auteur du Recueil des Scapulaires se contente de nous apprendre que le scapulaire du Mont-Carmel guérit les maladies les plus rebelles ; c'est fort bien; mais, avec le père Huguet, nous voyons le malade atteint de maladie rebelle à l'œuvre.

Une femme se trouve à la dernière extrémité par suite d'une esquinancie. Le médecin lui prodigue des soins. Soins inutiles.

« Ses souffrances étaient horribles, et son état ne laissait plus aucune espérance; son mari et ses enfants s'abandonnaient à la plus amère douleur et pleuraient déjà sa perte, la voyant à chaque instant sur le point d'étouffer, lorsque, mettant toute sa confiance en Marie immaculée et réparatrice, elle prend son scapulaire et se V enfonce le plus avant possible dans la gorge.

I. Vertu miraculeuse du scapulaire démontrée par des traits de protection, de conversion et de guérison miraculeuses, — Saini-Dizier, Paris, Lyon, Bruxelles et Anvers, 1869, in-i8.

Page 1