‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 46 sur 145 · LES MÉDAILLES · texte numérisé non relu

LES MÉDAILLES

Supériorité des médailles sur les images. — Vertu de la bénédiction. — La Médaille miraculeuse. — La forme en est révélée à une novice par une voix d'en haut. — Son immense succès. . — Effets aussi variés qu'admirables. — Un tour de force. — Chutes dans l'eau rendues amusantes. — La Médaille de saint Joseph. — Son utilité dans les examens. — La malice du diable et la sévérité de Dieu. — Incendies arrêtés par la médaille de saint Joseph- — La médaille de saint Joseph dans les constructions. — Médaille à la jambe. — Le nom de Joseph écrit avec une médaille sur l'eau d'une baignoire. — Médecins intermédiaires de saint Joseph. — Conversions subites. — La médaille cousue dans la doublure d'un paletot ; — glissée dans la couche d'un libre penseur.

En tant qu'amulettes, les médailles offrent sur les images une supériorité reconnue par l'Église.

« Plus solides et plus durables que les images imprimées, dit le R. P. Haguct, elles se prêtent à un usage plus continuel. On peut plus facilement les porter sur soi, les considérer, les vénérer ; aussi l'Eglise donne-

t-elle la préférence aux médailles sur les simples images lorsqu'elle attache aux premières des indulgences dont les secondes ne sont pas susceptibles.

« La bénédiction de l'Église, poursuit l'auteur, donne à ces médailles une vertu particulière qui préserve ceux qui les portent avec piété des grands dangers de l'âme et du corps. »

Et nous faisant^ pour ainsi dire, assister de visu à Pacte même d'envahissement d'une médaille par la bénédiction, il ajoute :

« Quand la main du prêtre bénit une substance, une chose, il en chasse en premier lieu tout mauvais esprit, il en expulse toute influence nuisible, et il lui communique, par les mérites du sang et de la passion de Noire-Seigneur Jésus-Christ, une vertu salutaire. Il fait pénétrer, en un mot, dans ses profondeurs mêmes, une émanation de la grâce réparatrice. Il n'est donc pas étonnant que cette salutaire pratique de porter des médailles bénites soit si générale parmi les fidèles. »

Si la pratique de porter des médailles est salutaire en général, elle l'est surtout lorsqu'il s'agit de médailles de la Vierge.

« Aussi ancienne que l'Église, la dévotion aux images de la très sainte Vierge a toujours été pour les enfants de Marie une source abondante de bénédictions ' .»

I. Plus loin, l'auteur dit : « Le culte des images », et il insiste sur le mot culte. L'Eglise, qui s'exprime volontiers en augure, admet le culte des images comme culte relatif, sinon

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Cependant il ne faudrait pas conclure de là que toutes les nombreuses images de la Vierge sont également efficaces. Beaucoup sans doute sont signalées à l'occasion pour leurs etfets salutaires ; et nous pourrions citer, sans cliercher loin, tels miracles produits par une médaille de Notre-Dame de la Salette ou de Notre-Dame de Roc-Amadour, ou de Notre-Damede Verdelais, ou de Notre-Dame de Chartres ; mais la médaille de l'Immaculée-Conception, dite Médaille miraculeuse, les laisse bien en arrière.

Cette médaille, d'un modèle fort connu, représente, sur une de ses faces, la Vierge debout, étendant les mains d'où s'échappent des faisceaux de rayons, tandis que, de l'autre côté, au-dessus des deux cœurs accolés de Marie et de Jésus, figure la lettre M surmontée d'une croix.

C'est une céleste vision qui, vers la fin de l'année iS3o, eu indiqua la composition à « la sœur M* • * (?), novice dans une des communautés de Paris <. »

comme cuUe absolu. Ce n'est pas le lieu d'approfondir ces définitions spécieuses. II suffit de rappeler ce que condamnait Bossuet dans le culte rendu par les païens à leurs images, c'était « qu'ils admettaient une certaine vertu dans ces images et qu'ils y plaçaient leur confiance». Comment Bossuet quaUfieraitil aujourd'hui les pieux apologistes des images guérissantes r

I. « Cette sœur de charité existe encore, dit l'auteur de la Dévotion à Marie; mais, par un effet de la grâce, non moins admirable que la révélation de la médaille, Dieu a tellement effacé de son souvenir cet événement miraculeux, qu'elle ne sait plus la part qu'elle y a prise et qu'on peut en parler devant elle sans craindre de l'embarrasser. » La Dévotion à Marie en exemples, x. II, p. i65.

En même temps que le recto et le verso de la médaille lui apparaissaient successivement avec tous leurs attributs, mais revêtus d'un certain coloris, toutefois, car il est spécifié dans la narration officielle que la Vierge portait, avec une robe blanche, un manteau bleu argenté et un voile aurore, la sœur M • • • entendit une voix — favorable aux bimbelotiers — qui disait :

« Il faut frapper une médaille sur ce modèle, et les personnes qui la porteront indulgenciée et feront avec piété cette petite prière jouiront d'une protection toute spéciale de la mère de Dieu. »

La petite prière en question est cette phrase, qui entourait la Vierge de l'apparition : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ! »

Au premier abord, le directeur de la religieuse ne voit dans cette fantasmagorie qu'une « pieuse illusion » ; six mois après, même vision ; il ose pourtant douter encore ; mais trois mois après elle se renouvelle, et la voix manifeste cette fois que la Vierge « n'est pas contente » du retard apporté au frappage de la médaille.

Alors l'Église s'émeut, M^r l'archevêque de Paris, consulté, donne sa pleine approbation, et, au mois de juin i832, la médaille voit enfin le jour, absolument telle que le ciel en avait arrêté la forme.

Je pourrais non-seulement dire arrêté, mais discuté, car, dans un de ses entreliens surnaturels la sœur M..., ayant demandé s'il ne faudrait pas une inscription aussi au revers de la médaille, la voix

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céleste lui répondit que de ce côté les emblèmes suffiraient.

« Cette médaille, dit le père Huguet, commença d'abord à se répandre chez les filles de la Charité, qui en donnèrent à quelques malades, à des mourants endurcis dans le mal. Il se fit des guérisons tout à fait remarquables et des conversions vraiment prodigieuses. Alors on demanda de tous côtés de ces médailles, et le nombre de celles qui se sont répandues aujourd'hui est incalculable ^ »

Non seulement toutes les provinces de France se les sont arrachées, mais l'étranger même en a réclamé sa part. « Elle se répandit bientôt avec la même profusion dans la Suisse, dans le Piémont, en Espagne, en Italie, en Belgique, en Angleterre, en Amérique, dans le Levant et jusque dans la Chine, et nous pouvons assurer aujourd'hui que .le nombre de ses médailles s'élève à y)lus de trente millions. Partout des chrétiens indifférents, des pécheurs obstinés, des impies, des protestants, des juifs, et des Turcs même, la demandent ou la portent avec une religieuse vénération. y>

Malgré ce succès, qui a passé les Dardanelles, les vertus de la médaille miraculeuse diffèrent peu de celles de toutes les autres amulettes catholiques, et l'on serait en droit de demander pourquoi celle-ci,

1. Vertu miraculeuse de la médaille de la très-sainte Vierge, démontrée par des traits de gucrison et de conversion merveilleuse, parle R. P. Huguet. Saint-Dizier et Paris, 1871. In-i8,

après tant d'autres, si la réplique n'était déjà connue: « On n'est jamais trop riche en moyens de salut. »

Tout au plus trouvé-je à noter comme propriété curieuse qu'elle rétablit la paix et l'union dans lesjamilles divisées par la discorde. (P. 8.)

J'ignore si, dans ce cas, on l'emploie par apposition sur les membres de la famille, comme on fait sur le pied quand il est malade.

Un frère de la doctrine chrétienne souffrait d"un mal de pied qu'aucun remède n'avait pu guérir. Le chirurgien venait de déclarer Tamputation indispensable, lorsque le patient eut l'heureuse idée de recourir à la médaille miraculeuse qu'il portait sur lui.

« Il la prit aussitôt, la glissa sous les linges qui couvraient son pied pour la faire toucher à l'endroit malade; il fit sa petite prière : « O Marie, conçue sans péché!... » Aussitôt il sentit la douleur se calmer... et, en s'éveillant le matin, il fut tout surpris de n'éprouver aucune douleur. Il touche son pied, se lève et s'aperçoit que le mal a totalement disparu. » (P. 14.)

Déclaration analogue d'un major en retraite :

« Le 4 janvier dernier, mon médecin avait déclaré à ma famille que je ne passerais pas la nuit. Alors une demoiselle pieuse qui habite la maison m'appliqua cette médaille aux pieds... etc., et dès le lendemain matin j'étais hors de danger. » (P. g.)

On voit que le médecin, dans son rôle de pître, n'est jamais oublié.

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Quand la médaille miraculeuse ne guérit pas la folie comme dans certain cas où le narrateur « croit que le démon était pour beaucoup », je pense qu'elle est assez propre à la donner. Il faut, en effet, un esprit solide pour résister à des récits comme celui qui suit.

Un maçon est porteur d'une médaille miraculeuse.

a Un jour qu'il était dans les fondations d'une maison, le treuil qui soulevait les grosses pierres d'assise pour les déposer au fond des tranchées ouvertes se brise, et la masse énorme se précipite sans frein sur celui qui l'attendait. »

Vos yeux se ferment à l'idée de ce qui va se passer. Vous croyez le malheureux écrasé sur le coup. Point. Il étend les bras au-dessus de lui et reçoit délicatement l'énorme bloc, devenu tout à coup léger comme une plume. (P. 35.)

Aussi avait-il sa médaille !

Ailleurs un enfant tombe à l'eau dans un canal profond et on le retrouve un quart d'heure après, flottant paisiblement à la surface.

« Gloire à Marie ! Joseph portait sur sa poitrine la médaille miraculeuse. Les habits de l'enfantentièrement secs rendaient le prodige plus éclatant encore. L'étonnement des nombreux témoins est à son comble. La figure, les cheveux, les bras, les mains de l'enfant ne sont nullement mouillés. Il est malheureusement trop jeune pour raconter les curieux incidents de ce voyage sur l'eau. Il ne sait pas comment il est tombé. Il dit

seulement qu'il n'a pas eu peur et qu'il s'est bien amusé pendant ce temps. »

« Ainsi la médaille miraculeuse n'empêche pas seulement de se noyer; quand vous faites un plongeon dans l'eau, elle ne vous préserve pas seulement d'être mouillé, elle rend encore les chutes de cette sorte « très amusantes ».

Après la Vierge, le saint le plus à la mode étant, présentement, saint Joseph, il n'est pas étonnant que sa médaille soit une des plus recommandées dans les sacristies. L'intarissable père Huguet a consacré une de ses petites brochures à en célébrer les effets merveilleux *.

J'y vois attribuée à la médaille de saint Joseph une vertu que j'avais admirée en passant dans l'eau de Lourdes : celle de faire passer heureusement les examens.

« Un jeune capitaine d'infanterie, qui désirait beaucoup arriver au grade de sous-intendant militaire, se présenta aux examens après une sérieuse préparation^ mais quel ne fut pas son chagrin en se voyant nonseulement refusé, mais encore réduit à n'être que le quinzième, car on ne devait admettre que six candidats ! »

Grand est son découragement. Une de ses sœurs

I . Vertu mb'aculeiise de la médaille de saint Joseph démontrée par des traits de protection, de conversion et de guérison îTiiraculeuse. Saint-Dizier et Paris, 1869, in-i8.

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l'apprend et lui adresse bien vite une petite médaille de saint Joseph. Le bon militaire la passe à son cou, et a soin d'invoquer saint Joseph plusieurs fois par Jour. L'effet ne manque pas. A l'examen suivant, nonseulement il est admis, mais il sort premier sur la liste. (P. i3.)

On remarquera combien 4 la sérieuse préparation » pèse peu dans la balance des examens auprès du port de la médaille.

« La médaille de saint Joseph, dit le père Huguet, est comme un bouclier protecteur qui préserve ceux qui la portent avec piété des accidents les plus graves auxquels nous exposent la malice des démons^ la méchanceté des hommes et souvent même l'imprudence de nos meilleurs amis. »

Aux malices du démon le père Huguet pourrait ajouter la sévérité de Dieu, puisqu'il écrit deux pages plus loin ù propos d'incendies :

« Le feu est un des éléments les plus actifs et les plus redoutables qui servent d'instrument à la justice divine dans ce monde et dans Vautre. »

Donc, quand un pauvre diable a sa maison brûlée, il y a beaucoup de chance, aux yeux du révérend père, pour que ce soit l'œuvre du bon Dieu. Mais, par bonheur, en nous dénonçant la source du mal, le père Huguet nous révèle en même temps le remède, qui est la médaille de saint Joseph.

Comment saint Joseph contre-balance-t-il la justice

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de Dieu même? Ne me le demandez pas : que les incrédules se contentent de lire et qu'ils soient convaincus.

Un grand incendie désola ma paroisse le 1 1 juin dernier ; quatorze maisons sont devenues la proie des flammes. Alors que le feu menaçait d'envahir le pays tout entier, que la flèche du clocher commençait à brûler, un homme de foi, un lecteur assidu de notre Propagateur lança une m.édaille de saint Joseph au milieu du foyer. Immédiatement le vent changea^ et Vincendie s'arrêta devant une maison couverte en chaume. » (P. 12.)

Dans un des jiombreux volumes qu'il a publiés à la gloire de saint Joseph, le même auteur, je dirais mieux le même compilateur, donne cet épisode d'un terrible incendie:

« Les plus intrépides reculaient. L'effroi était à son comble et déjà on s'écriait : « Nous n'y pouvons rien. » On se retirait abattu, consterné, déterminé à ne plus combattre l'élément destructeur, quand soudain la supérieure s'écrie: « Jetez une médaille de saint Joseph « dans le feu ! »

« A peine le bénit talisman a-t-il pénétré sous la voûte embrasée que les flammes se sont humblement abaissées. Une main invisible semblait leur dire : « Vous n'irez pas plus loin, et ici se brisera la violence « de votre activité '. »

I. Soirées des serviteurs de saint Joseph ou Relations des nouvelles faveurs obtenues par la médiation toute-puissante de

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Sans doute est-ce pour prévenir de pareils accidents, autant que pour assurer la solidité des constructions, que le père Huguet recommande l'usage des médailles de saint Joseph dans les bâtisses.

« C'est une très bonne pratique de placer une médaille de la sainte Vierge ou de saint Joseph dans les fondations des édifices. Plusieurs bons chrétiens ont même soin d'en mettre aux portes de leurs maisons. »

Où la médaille de saint Joseph triomphe encore, c'est, comme toujours, dans toutes les maladies généralement quelconques qui affligent la pauvre humanité. Guérison radicale et immédiate.

« Après avoir consulté plusieurs médecins (une somnambule), et essayé de tous les remèdes possibles, mon enfant n'éprouvait aucun mieux... Pendant une des fortes crises de ma ^àc^feus V heureuse idée de lui passer au cou une médaille de saint Joseph, et, au MOMENT MÊME, la toux s'arréta presque miraculeusement '. »

Dans, certains cas, dans les cas de luxation ou de déviation d'un menlbre, par exemple, au lieu de se mettre simplement la médaille au cou, il paraît bon de la promener sur le membre malade.

Tel est le cas de cette sœur qui, s'étant tourné le pied, menaçait de rester estropiée toute sa vie :

ce glorieux patriarche, par le R. P. Hui;uet, 2* cJit. Régis Ruft'et, 1870, in-i8, p. 3io.

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