‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 49 sur 145 · Venu miraculeuse de la médaille de saint Joseph, p · texte numérisé non relu

Venu miraculeuse de la médaille de saint Joseph, p

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Le signe de la croix et ses effets miraculeux. — La possession universelle. — Le diable avalé par une religieuse. — Combinaison à laquelle est due la médaille de saint Benoît. — Ses chiftres cabalistiques. — Leur valeur révélée par des sorcières au xvii» siècle. — Recommandation du Saint-Siège. — Regain moderne. — Traits de guérison avec la médaille, avec l'eau dans laquelle la médaille a trempé. — La protection domestique. — Arbres fécondés. — Constructions solidifiées, protégées contre les bombes et l'incendie. — L'histoire rectifiée. — Pourquoi le ministère de la marine n'a pas brûlé en mai 1871. — Animaux guéris et protégés. — La médaille de saint Benoît dans les questions de ménage. — Effet cruel sur la personne d'un ingénieur. — La médailfeen voyage. — Elle rompt les sorts. — Influence spéciale sur la fabrication du beurre. — Les facéties du Malin. — La médaille insecticide. — Supériorité de la médaille de saint Benoît sur la médaille de la Vierge. — Ecrasement de la médaille de saint Zacharie. — La bénédiction non indispensable. — Effets merveilleux de la seule invocation.

Les glorieuses vertus de la médaille de saint Benoît tiennent à l'empreinte de la croix dont elle est frappée. Mgr Gaume, avant d'écrire son traité de VEau bénite^ avait déjà consacré tout un gros volume à celé-

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brer les effets miraculeux du oigne de la croix *. Il y a, du reste, entre les deux sujets une relation intime. Ce qui donne à l'acte de bénédiction sa puissance est précisément le signe de la croix. Nous avons déjà vu comment le diable, expulsé par cet exorcisme, abandonne en hâte à l'Esprit-Saint toute matière bénite.

« Tout ce qui se fait est d'inspiration divine ou d'inspiration satanique, » dit Mgr Gaume ressuscitant avec l'Église le vieux principe indien d'Ormuzd et d'Ahriman. Cette antique théorie de la lutte du Bien et du Mal, le catholicisme, la pousse non pas seulement dans le monde moral, mais dans le monde physique, jusqu'à ses plus extrêmes limites.

« Les démons, dit Mgr Gaume, sont des anges déchus. Par l'intelligence, par la force, par l'agilité, ils sont bien supérieurs à l'homme. Leur nombre est incalculable. Jusqu'au jugement dernier, ils ont pour séjour l'enfer et l'atmosphère qui nous environne. Jaloux des fils d'Adam appelés au bonheur qu'ils ont perdu, leur occupation du jour et de la nuit consiste à nous tendre des pièges, à fomenter nos passions, à faire naître des situations dangereuses, à obscurcir en nous le regard de la foi, à émousser le sens moral, à étouffer le remords, à nous faire les complices de leur révolte pour nous faire les compagnons de leur sup-

I. Le Signe de la croix au xix« siècle, par Mgr Gaume, protonotaire apostolique. 4e édit. précédée d'un bref de S. S. Pie IX, qui attache au signe de la croix une indulgence de cinquante jours. Paris, Gaume frères et J. Duprey, 18C4, in- 18.

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plice. Toutes ces vérités, je le répète, sont aussi certaines que l'existence de Dieu.

)) Tyrans de l'homme par le péché, les démons le sont des créatures soumises à l'homme : le roi vaincu, son royaume appartient au vainqueur. Répandus dans toutes les parties de la création et dans chaque créature en particulier, ils les pénètrent de leurs malignes influences. D;ms les limites du pouvoir qui leur est abandonné, ils en font les instruments de leur haine contre l'homme, contre son âme et contre son corps. C'est encore un dogme de la foi universelle.

» Que sait celui qui l'ignore? Rien. Celui qui en doute ? Moins que rien. Celui qui le nie ne compte j)lus parmi les êtres intelligents. » (P. 247.)

, Vous voyez que le saint homme n'y va pas de main morte avec ceux q"ui ne partageraient pas ses idées sur la possession universelle.

Je dis bien « universelle », car ce n'est pas seulement la surface du monde habité, c'est l'univers entier que Mgr Gaume suppose, avec l'Église, jeté en proie aux ruses éternelles de Satan.

« L'usurpateur infernal s'est emparé de toutes les parties de la création » , dit-il du Malin ; et des démons : « Ils sont partout ; l'air en est plein. » Ailleurs il rend très exactement sa pensée en appelant l'univers « un grand possédé. »

Donc Satan est partout, dans le feu qui nous chauffe comme dans l'air que nous respirons ; dans le lit où

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nous nous couchons comme dans la table devant laquelle nous nous asseyons ; dans le feuillage qui nous couvre comme dans le sol que nous foulons du pied, comme dans le livre que nous ouvrons^ comme aans l'eau que nous allons boire. Il s'ensuit que, pour nous garer du diable, nous ne devrions pas approcher un seul objet, le toucher, faire un pas, exécuter un mouvement, voire même avaler quoi que ce soit sans prévenir l'influence du Malin par un signe de croix.

Je ne plaisante nullement ; je vous affirme que je suis aussi sérieux pour le moins que Mgr Gaume. N'emprunte-t-il pas lui-même pour nous convaincre riiistoire suivante à saint Grégoire le Grand :

« Au monastère de l'abbé Equitius, il est arrivé qu'une religieuse entrant un jour dans le jardin, vit Une laitue qui excita son appétit. Elle la prit, et, oubliant de faire le signe de la croix, elle en mangea avec avidité. A l'instant même elle fut possédée du démon, renversée par terre et en proie à d'affreuses convulsions.

» Le vénérable abbé accourt et se met en prière, demandant le soulagement de cette malheureuse. Bientôt le démon, tourmenté à son tour, se met à crier: « Qu'ai- » je tait? qu'ai-je fait ? J'étais sur cette laitue ; elle ne » m'en a pas éloigné et elle en a mangé, « Au nom de Jésus-Christ, le saint abbé lui ordonna de sortir du corps de cette servante de Dieu et de ne plus oser jamais la molester. Le démon obéit et la religieuse fut pleinement guérie. » (P. 338.)

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Bénissons l'Église, qui du moins a la bonté de nous révéler le'moyen de manger une salade sans permettre au diable de profiter de cette vell«ité de gourmandise pour s'introduire dans notre estomac *. .

« Étant donnés la lutte et l'homme tels qu'ils sont, concevrais-tu, — dit Mgr Gaume s'adressant à un interlocuteur imaginaire, lequel a cela de bon qu'il ne le réfute jamais, — concevrais-tu que la sagesse divine eût laissé le genre humain sans défense ? Comment ne pas comprendre au conti'aire, comme on comprend que deux et deux font quatre, que, pour équilibrer la lutte, Dieu a donné à l'homme une arme puissante, universelle, toujours sous sa main et à la portée de tous? Quelle est cette arme? Interrogeons tous les siècles, surtout les siècles chrétiens. D'une voix unanime ils répondent que c'est le signe de la croix. (P. 248.)

» Qu'est-ce que le signe incessant de la croix chez les premiers chrétiens? Un exorcisme continuel. Si, avec l'Église catholique et le genre humain tout entier, on admet que toutes les créatures sont asservies au démon, que toutes servent de véhicule à ses malignes influences; qu'à chaque heure, à chaque instant, à chaque action,- l'homme entre en contact avec elles,

I. En Russie, les gens du peuple, très superstitieux, s'empressent de faire un signe de croix dès qu'un bâillement les prend. Us pensent évidemment opposer ainsi un obstacle à l'entrée du Malin. On voit que sur certains points les catholiques romains auraient le droit d'être jaloux des catholiques grecs .

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quoi de plus rationnel e]ue l'emploi constant d'une arme toujours nécessaire! » (P. 280.)

Or il n'est pas douteux que l'arme infaillible, en pareil cas, ne soit le signe de la croix :

« Que le signe delà croix soit l'arme spéciale, l'arme de précision contre Satan et ses anges^ rien n'est plus certain. « (P. 249.)

Nous faisons grâce au lecteur des anecdotes dont Mgr Gaume croit bon d'appuyer une affirmation aussi catégorique. Il nous suffira de spécifier avec lui que le signe de la croix, en vertu de son efficacité antidémoniaque, procure à tous « la santé et la sécurité » (P. 197); et l'on sera sans doute heureux d'apprendre que sa puissance souveraine « n'est limitée ni par la différence des climats, ni par les degrés de latitude ou de longitude ». (P. 224.) Quant aux bienfaits innombrables que son usage assure, nous allons les retrouver tous ou à peu près en nous occupant de son dérivé : la médaille de saint Benoît.

Cette médaille combine avec le signe de la croix, l'effigie du saint qui passe pour avoir, plus que tout autre, usé de ce signe merveilleux. En conséquence, elle porte sur une de ses faces l'image de saint Benoît, levant sa main droite armée d'un crucifix, tandis qu'à ses pieds le corbeau légendaire tient un pain dans son bec ' .

I. Saint Benoît, dans sa solitude, se plaisait à nourrir un de ces oiseaux. C'est à son corbeau que, d'après la légende, il ordonna d'emporter le pain empoisonné qu'un ennemi lui avait envoyé.

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L'autre face de la médaille est d'an caractère tout à fait cabalistique., On y voit, enfermée dans une bande elliptique, une espèce de croix de Jérusalem dont les branches courbes laissent en réserve quatre triangles sphériques. Ces triangles, aussi bien que la bordure et les quatre branches de la croix, sont semés de lettres qui, sans une explication, resteraient absolument inintelligibles.

Dans les quatre triangles sphériques se trouvent réparties comme suit ces quatre lettres :

Traduction : Crux Sancti Patris Benedicti, croix du saint père Benoît.

Sur les deux branches de la croix les caractères sont ainsi disposés :

Traduction de la ligne perpendiculaire: Crux Sacra Sit Mihi Lux (Que la sainte croix soit ma lumière !)^ et de la ligne horizontale : Non Draco Sit Mihi Dux {Que le dragon ne soit pas mon chef!) . C'est un distique.

Enfin, sur la bordure elliptique que domine le chitfre de Jésus, J H S, on lit:

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résumé en lettres initiales du nouveau distique suivant:

Vade Rétro Satana ; Nunquam Suade Mihi Varia , Siint Mala Quœ Libas ; Ipse Vencna Bibas.

E.i français : « Retire-toi, Satan; ne viens pas me conseiller tes vanités ; le breuvage que tu verses est le mal ; bois toi-même tes poisons, »

« Le chrétien, dit le pieux auteur à qui j'emprunte Tart de déchiffrer la médaille de saint Benoît, peut s'approprier ces paroles toutes les fois qu'il est en butte aux tentations et aux insultes de l'ennemi invisible du salut. Notre-Seigneur a lui-même sanctifié les premiers mots : Vade rétro ^ Satana^ (retire toi, Satan). Leur valeur est donc éprouvée en même temps qu'elle est garantie par l'Évangile lui-même. . .

» Il n'est pas besoin d'expliquer longuement au lecteur chrétien la force de cette conjuration, qui oppose, aux artifices et aux violences de .Satan, tout ce qu'il craint le plus : la Croix, le saint nom de Jésus, les propres paroles du Sauveur dans la tentation, et enfin le souvenir des victoires que le grand patriarche saint Bjnoît a remportées sur le dragon infernal. » (P. 17.)

Qui donne à la médaille de saint Benoît ce glorieux certificat ? Ce n'est pas le premier venu, s'il vous plaît; c'est le fameux abbé de Solesmes, dom Guéranger, dont la perte récente a été un deuil pour l'Eglise. Il est stupéfiant de lire le petit volume qu'un homme,

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considéré comme une des lumières du catholicisme contemporain, a osé écrire pour recommander l^usage de la médaille de saint Benoît K

Ce volume typique était digne d'être adopté pour modèle. L'ouvrage plus récent consacré à la médaille de saint Benoît par deux membres du clergé italien^ reproduit en grande partie les faits relatés par dom Guéranger, et ce qu'ils y ajoutent n'est pas de qualité inférieure. Nous nous reporterons simultanément à ces deux remarquables volumes, qui se complètent l'un par l'autre.

L'origine de la médaille de saint Benoît est digne de ses effets. La disposition passe pour en avoir été révélée à saint Benoît par Dieu ^. Malgré une aussi haute origine, la médaille ou croix de saint Benoît fut quelque douze cents ans avant de prendre rang dans l'arsenal de la dévotion. Un singulier hasard en tit retrouver le modèle vers le milieu du xvii^ siècle. Des sorcières ayant à répondre devant la justice bavaroise du chef de maléfice, avouèrent n'avoir jamais pu exercer aucun pouvoir sur les Bénédictins de l'ab-

1. Essai sur l'origine, la signification et les privilèges de la Médaille ou Croix de saint Benoît^ par le R. P. Dom Prosper Guéranger, abbé de Solesmes. 5» édit. Poitiers, Oudin ; Paris, Palmé, 1869, in-i8.

2. Origine et effets admirables de la Croix ou Médaille de saint Benoît, exposés par rillustrissime et révérendissime abbé de Saint-Paul, sur la voie d'Ostie, et D. Francesco-Leopoldo Zelli-Jacobuzj du MontCassin,trad. de l'italien par P.-W.-H.-A. d'AvrainvilIe. Paris, A. Le Clere, in-i8.

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