I. Origine et Effets admirables, p
Sans les instructives recherclies de dom Guéranger, on imaginerait difficilement jusqu'où ce coquin de Satan peut pousser ses mauvaises plaisanteries.
En i863, dans une communauté religieuse qui tient un pensionnat à A . . , , on s'aperçut que les verres de lampe se cassaient tour à tour dans la salle d'étude et dans le réfectoire du pensionnat. Les verres à boire des sœurs converses se trouvaient pareillement cassés dans les tiroirs du réfectoire, sans qu'aucune surveillance pût faire découvrir la cause d'un tel désordre qui était journalier. Cet état de choses durait depuis plusieurs semaines lorsqu'il vint en pensée aux sœurs d'avo'r recours à la médaille de saint Benoît. On plaça cette médaille dans les lampes et dans les tiroirs et tout aussitôt les accidents cessèrent. Chose étonnante ! les verres des lampes qui éclairaient dans les galeries et dans les autres pièces de la maison furent attaqués à leur tour et les cassures recommencèrent de plus belle.^ Elles ne s'arrêtèrent que lorsque les sœurs se furent résolues à employer le moyen qui leur avait si bien réussi dans la salle d'étude et dans le réfectoire dii pensionnat. Alors tout fut fini ». (P. 78.)
Une autre plaisanterie de très mauvais goût paraît être le résultat d'un sort qui aurait été jeté par des gens « à figures sinistres »:
a En 1867, Mlle T. . ., de C. . (Oise), se rendant avec sa domestique à la foire de l'endroit, pour faire l'acquisition d'une béte de somme, y rencontra des
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gens à figures sinistres qui avaient l'air de la menacer. Le lendemain, la demoiselle et la bonne se virent tout à coup assaillies par des puces ; une chambre où elles tenaient leur linge fut envahie par ces insectes, à tel point que, lorsqu'elles y entraient, elles en étaient littéralement couvertes. La mère de la demoiselle jouissait cependant d'une immunité complète à cet égard : elle allait et venait dans la chambre infestée par ces aptères et n'en i-essentait aucune atteinte. L'idée vint enfin à la demoiselle de plonger la médaille de saint Benoît dans de l'eau et d'en arroser la chambre en question ; elle y suspendit ensuite le signe du salut, après s'en être munie elle-même, ainsi que sa bonne, et en moins d'une demi-heure les puces eurent complètement disparu '. »
Quand on range sa marchandise parmi les insecticides, on peut bien prendre aux faiseurs de boniments un de leurs procédés les plus fréquents, celui qui consiste à déprécier le produit du voisin. C'est à quoi ne manque pas dom Guéranger , qui commence par marquer d'une façon très nette l'infériorité de la médaille de la Vierge sur celle de saint Benoît.
Dans un cercle de spirites une évocation d'esprit, c'est-à-dire un appel à Satan n'a pas réussi. On en cherche la cause. D'où, le lendemain, ce dialogue entre les évocateurs et la table :
« D. Pourquoi n'as-tu pas voulu répondre hier? 1, Origine et Effets admirables, p. gi.
i86 V Arsenal de la Dévotion
Est-ce parce que mademoiselle X. . . avait sa médaille de la sainte Vierge ? — R. Non. — D. Est-ce parce qu'elle avait celle de saint Benoît ? — R. Oui (deux coups très forts). — D. La médaille de la sainte Vierge ne t'aurait donc pas empêché de venir? — R. Non ».
Voilà qui est catégorique^
« Quelques personnes, observe en note dom Guéranger, ont paru étonnées de ce que, dans la circonstance que nous rapportons, Dieu ait voulu agir par le moyen de la médaille de saint Benoît, plutôt que par celle de la sainte Vierge. Elles n'ont pas réfléchi que ce raisonnement irait à anéantir le recours aux saints, puisque la sainte Vierge exerce un pouvoir incontestablement plus étendu que celui de tous les saints ensemble. Il serait à propos que ces personnes comprissent quCj Dieu lui-même nous accordant souvent par Marie des laveurs que nous lui avions demandées sans être exaucés, Marie daigne aussi trouver bon que nous obtenions par les saints des secours qu'il ne dépendrait que d'elle de nous accorder. « (P. 72.)
Théorie bien curieuse qu'on peut ainsi résumer : Si le bon Dieu nous accordait ce que nous lui demandons directement, la Vierge et les saints n'auraient plus qu'à se croiser les bras; aussi se plaît-il à nous accorder plutôt ce que nous lui demandons par leur intermédiaire, parce que de cette façon du moins la Vierge et les saints servent à quelque chose.
Les Médailtes 187
Mais ce n'est pas assez de démontrer Tinfériorité de la plus répandue des médailles rivales ; parmi celles mêmes qui portent l'image de saint Benoît, il y a encore à distinguer.
« Il faut regarder comme altérés, suivant dom Gué« ranger, certains exemplaires de la médaille publiés en Allemagne, d'un grand module et sur lesquels on a placé une amulette désignée sous le nom de médaille de saint Zacharie ».
Quel mépris superbe dans ce mot amulette appliqué
i\ Tun des attributs de la médaille concurrente ! Or
sachez que ladite médaille porte Dicn l'image au san:t
patriarche, ma^^s que sa conjuration n'a que dix-huit caractères, tandis que celle de la vraie en compte vingtsept. Dix-huit au lieu de vingt-sept ! Cela lait pitié, n'est-il pas vrai ? Et ces lettres ne sont pas même des initiales de mots comme dans la médaille vraie, ce sont uniquement des initiales de phrases. On n'a pas idée d'un pareil sans façon ! Aussi dom Guéranger s'exprimc-t-il vertement sur le compte de ces dix-huit lettres.
« Leur réunion, dit-il, telle qu'elle est exposée dans le commentaire de cette médaille, forme un ensemble confus et décousu et dans lequel tout est arbitraire. On ne s'explique pas non plus la présence de saint Benoît sur cette médaille; rien n'y lait allusion dans l'explication des caractères dont elle est entourée. Sur la véritable médaille, au contraire, tout ce qui n'est pas relatif à la sainte Croix a rapport au patriarche. Il est
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permis de douter que le saint-sicge consentît jamais à approuver une œuvre aussi indigeste. Les propagateurs de cette médaille prétendenj: en faire remonter l'origine jusqu'au pape saint Zacharie, qui monta sur le saint-siége en 741 ; mais ils ont été jusqu'ici dans l'impuissance complète de donner même l'ombre d'une preuve de cette assertion. En écrivant ceci, nous n'avons l'intention de contrister qui que ce soit ; mais il nous a semblé utile de dii^ quelques mots sur une médaille dont les conditions très hasardées pourraient appeler les sévérités de la critique et nuire à la considération et au respect auxquels a droit la véritable médaille de saint Benoît. » (P. i52.}
Le privilège de bénir la médaille authentique est réservé, parle bref de Benoit XIV, aux bénédictins de Bohème, de Moravie et de Silésie. Cette concession a depuis été étendue à diverses congrégations de l'ordre de saint Benoît, dont celle du Mont-Cassin,à laquelle appartient Tun des auteurs du volume italien auquel nous venons de faire tant d'emprunts étonnants. Maintenant cette bénédiction privilégiée est-elle bien nécessaire? Dom Guéranger est tout près d'avouer que non :
« Le défaut d'une bénédiction que l'on n'a pas toujours la facilité d'obtenir pour la médaille de saint Benoît ne devrait pas cependant empêcher les fidèles d'attacher leur confiance à un objet si respectable. Il est hors de doute que cet objet le devient davantage lorsque les bénédictions dont l'Eglise est la source
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viennent Tenrichir et que le trésor des indulgences s'ouvre en faveur de celui qui porte la médaille ; mais on ne doit pas oublier que de nombreuses g-àces ont été obtenues par son moyen, avant qu'elle fût devenue l'objet d'une aussi haute distinction de la part du saint-siége. La vertu de la médaille est inhérente au signe de la croix dont elle est marquée, et à l'effigie de saint Benoît dont elle attire la protection. . .
» Nous croyons donc devoir recommander aux fidèles de faire tous leurs efforts à l'effet d'obtenir la bénédiction pour les médailles; mais en même temps nous les encourageons à user néanmoins de celles-ci, en mettant leur confiance en la sainte Croix et en saint Benoît, lorsqu'il leur est impossible de recourir à ceux qui ont le pouvoir d'appliquer cette bénédiction. » (P. 149.)
Il est certain qu'en vertu de cette théorie non-seulement la médaille peut se passer de bénédiction, mais aussi que l'on peut parfaitement se passer de la médaille elle-même, en se contentant de l'invocation dans laquelle réside son pouvoir. Plusieurs cas signalés par nos auteurs en témoignent.
Ici le héros est un monsieur qui, venant de commander pour des amis quarante grosses de médailles de saint Benoît ( 5,760 médailles !), a pris l'omnibus de Saint-Philippe du Roule, lettre R, n° 243. Vous voyez si nous sommes précis ! A la hauteur de la rue du Dauphin, un haquet menaced'enfoncer la voiture :
« Déjà f..:Tiiliarisé, dit le narratiîur, avec ces facéties
igo L'Arsenal de la Dévotion
de l'ennemi, ma première pensée fut d'attribuer Taccidenl paré à celui contre qui je venais de commander des armes. . .
» Ce n'était pas fini. Arrivé devant l'églisedeSaint- Philippe^ j'y trouve l'omnibus de la place de la Bourse à Passy, lettres AB, n" 451 ; j'y monte par correspondance, et nous poursuivons notre route par le boulevard Beaujon, jusqu'à quelques mètres au-dessous de la rue du même nom. A cet endroit, une charrette chargée de moellons et tirée par quatre chevaux engage son attelage entre notre voiture et une charrette de bois qui s'avance parallèlement à nous; le choc paraît imminent, et les clameurs de notre cocher et de l'autre charretier ne parviennent que difficilement à secouer l'apathie de leur camarade, qui suivait sa charrette au lieu de marcher en tète. Celui-ci tire sur le cordeau, mais ses vigoureux chevaux sont lancés et n'obéissent point à l'appel ; il s'engage lui-même entre les deux voitures et je vois le moment où il va être broyé contre l'omnibus par la roue de sa propre charrette. Le danger qui le menace me fait bondir sur mon siège et, comme si je voyais l'ennemi poussant à la roue, je crie tout fort: Vade rétro! Le choc a lieu : la rampe seule de l'escalier d'impériale en est faussée et ébranlée, mais l'homme s'en tire sain et sauf*. »
C'est un véritable plaisir, pour les dévots au courant des vertus de l'invocation antisatanique, de faire