LES AMULETTES LOCALES
Une série à indiquer. — Petits fctiches spéciaux aux localités où se conservent des reliques célèbres. — Les fac-simiîe. — Vertus miraculeuses communiquées par attouchement. — Image ayant reposé sur les reliques de Marie Alacoque. — Fac-simile du saint suaire de i^aint-Pierre de Rome. — Fac-similé de la sainte chemise de Chartres. — Son rôle dans les duels, attesté par Mgr Pic. — Les cle^s de saint Hubert avec la manière de s'en servir.
Si, au lieu de nous borner à passer en revue soit les pratiques d'un usage courant, soit les amulettes qu'un pieux commerce répand de toutes parts, nous voulions nous arrêter sur certaines dévotions spéciales à tel ou tel lieu, sur tels ou tels engins particuliers qui s'y fabriquent, ce volume pourrait s'accroître dans des proportions considérables. Obligé de tixer des
limites à notre travail, nous n'aborderons pas ici ce vaste sujet. 11 nous suffira de signaler une longue série d'objets susceptibles d'effets plus ou moins miraculeux.
Dans les endroits où se conserve quelque relique fameuse et originale, il est rare que l'industrie n'en crée pas des fac-similc qui empruntent un caractère surnaturel à l'objet qu'ils représentent. Ainsi en est-il, comme nous venons de le voir, des chaînes de saint Pierre. Mais, si certaines de ces amulettes, mieux lancées que d'autres ou servies par les circonstances, parviennent à franchir le cercle restreint qui leur était primitivement dévolu, la plupart, au contraire, sont peu répandues en dehors de la localité qui les a vues naître. Ici c'est la reproduction d'une chaussure ou d'un fragment de vêtement; 'ï celle d'une croix, d'une clef honorée d'une façon spéciale, à cause de leur origine, vraie ou prétendue.
Ces fac-similé se Jétichisent non-seulement par voie de bénédiction, mais encore par voie de contact. On leur fait toucher^ ainsi que le prospectus des chaînes de saint Pierre vient de nous l'apprendre, la relique dont elles sont le plus souvent une figuration réduite, et elles acquièrent par là des vertus analogues ' à celles de l'original.
Cette propriété de transmission que nous avons déjà eu l'occasion de signaler, à propos de l'huile qui brûle devant les statues, est assurément fort curieuse. On la trouve maintes fois constatée dans les écrits pieux. S'il pouvait rester un doute à ce sujet dans l'esprit du
Les Amulettes locales 243
lecteur, rien ne me serait plus facile que de lui en placer de nouveaux exemples sous les yeux.
« Dans beaucoup de contrées, dit l'auteur de Vie et Culte de saint Gilles, on fait toucher à la statue de saint Gilles les langes et les vêtements des petits enfants sur lesquels on veut appeler sa bénédiction. De nombreuses guérisons ont attesté l'efficacité de cette pratique '. »
J'ouvre la Semaine religieuse de Paris ^ organe officiel de l'archevêché, et, à propos du pèlerinage de Saint-Maur, je lis :
« Le Pasteur s'est heureusement fatigué à bénir un grand nombre de petits enfants, et à faire toucher mille objets de piété, en particulier du linge pour les malades, à cette antique statue de Notre-Dame-des-Miracles, regardée, avec raison, comme une relique insigne-. »
11 a donc suffi, dans ce cas, que les linges aient touché la statue pour s'être imprégnés d'effiuves miraculeuses.
Et si vous voulez plus encore qu'un témoignage humain, un témoignage céleste, je vous renverrai au journal le Pèlerin, qui, entreprenant une réclame à la relique, trop négligée, paraît-il, du Précieux Sang,
1. Vie et Culte de saint Gilles, l'un des quatorze saints les plus secourables du Paradis, par J. de Kerval. Le Mans, Leguicheux-Gallienne, imp. 1875, in-i8, p. 64.