‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 82 sur 145 · I. Par Edmond Lafond. Paris, Poussielgxie, 1868. in · texte numérisé non relu

I. Par Edmond Lafond. Paris, Poussielgxie, 1868. in

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peuvent être des chaînes ordinaires. L'union fait la force. Ce qu'elles ont accompli de merveilles, une fois soudées ensemble, est incalculable. Au moyen âge, elles paraissent avoir été souveraines pour la délivrance des possédés.

« Un personnage de la cour de l'empereur Othon I^' était, dit notre petit livre, possédé par le démon d'une si horrible manière, qu'il déchirait ses propres chairs avec ses dents de façon à faire horreur et pitié à tout le monde. » Ni prière, ni exorcisme n'avaient pu réussir à le délivrer.

A bout de moyens, l'empereur a une inspiration : il envoie son ami au pape en le suppliant d'aviser. Sitôt reçu, sitôt guéri. Le souverain pontife se fait tout bonnement amener le possédé à Saint-Pierre-ès-Liens, lui jette les saintes chaînes au cou et, « au même moment, le malheureux fut délivré du démon, qui le quitta au milieu de hurlements et de contorsions horribles. »

Mais ce n'est encore que la partie la moins intéressante de l'anecdote; la plus curieuse constate que l'enthousiasme produit par ce miracle fut tel qu'un des assistants, a Théodoric, évêque de Metz, dans un élan de foi très vive, se jeta lui-même sur les liens sacrés, les noua autour de sa personne et les serra fortement en jurant qu'on le mettrait plutôt en pièces que de les lui arracher. » Bon gré mal gré, force fut au pape de promettre à ce forcené un anneau des saintes chaînes, et l'évéque remporta « triomphalement » ce merveilleux fétiche dans son diocèse. (P. 24.)

Nombre d'anneaux s'éparpillèrent dans la chré-

tienté au bénéfice de très hauts personnages ou « d'églises insignes «, jusqu'à ce que les papes, effrayés de la consommation qui s'en faisait, se résolussent à n'en plus céder qu'un peu de limaille. La sainte limaille s'enfermait dans des reliquaires en forme de clefs, par allusion aux clefs de saint Pierre, « On les portait suspendues au cou afin d'être préservé de toul; malheur. » (P. i5.)

Grégoire le Grand, envoyant une de ces clefs à Euloge, patriarche de Jérusalem, affecté probablement d'ophthalmie, lui recommandait de se l'appliquer sur les yeux.

« Cette relique, lui écrivait-il, doit être assidûment posée sur vos yeux, car beaucoup de miracles ont été opérés par la bénédiction qui est en elle. » (P. i6.)

Et le même pontife s'adressant à d'autres correspondants :

« Nous vous transmettons du tombeau de saint Pierre la clef très-sainte, si célèbre à cause du nombre de ses prodiges opérés sur les malades, parce qu'elle contient une parcelle des chaînes de l'Apôtre.» (P. 23.)

Cependant, de parcelle en parcelle, à moins de substituer par une pieuse fraude de la pseudo-limaille à la limaille authentique, les saintes chaînes risquaient de disparaître un jour dans le néant, si le système n'avait été heureusement découvert de la transmission de leur vertu magique par le simple attouchement.

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« Afin, dit notre auteur, que les saintes chaînes ne fussent pas trop endommagées, les papes cessèrent insensiblement d'en détacher des parcelles, et alors on se contenta de les laisser baiser, d'y faire toucher des objets de dévotion et tout au plus de donner quelques morceaux des bandes de linge dont elles sont constamment enveloppées lorsqu'elles ne sont pas exposées à la vénération des fidèles. C'est ce qui se fait encore de nos jours. » (P. 18.)

Les favorisés ne s'en tiennent pourtant pas à ces bienheureuses « bandes de linge )■> : ils peuvent encore obtenir « de la rouille des saintes chaînes. >

« Les chaînes sont grosses, lourdes et rouillées, dit M. Edmond Lafond racontant une visite au sanctuaire de Saint-Pierre-ès-Liens ; on me donne un peu de de cette rouille comme relique. « (P. 33.)

A de certains jours, les chaînes sont exposées publiquement. Un des chanoines les présente à baiser aux lidèlcs, et, leur passant au cou le carcan où elles sont suspendues : a Que par l'intercession du bienheureux Pierre, apôtre, Dieu te délivre de tout mal. Ainsi soit-il ! »

Dans les grandes calamités, cette relique a été plusieurs fois promenée processionncllement par la ville, qui s'en est, paraît-il, on ne peut mieux trouvée. Si elle n'est pas souveraine contre le choléra, elle en atténue puissamment les effets.

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« En 1837, lorsque Rome, pour la première fois, fut envahie par le choléra, Grégoire XVI ordonna que les saintes chaînes fussent exposées, ainsi que les autres reliques insignes, dans le but de préserver son peuple du fléau; et. si le choléra entra à Rome, il fut de plus courte durée et moins meurtrier que dans les autres capitales de l'Europe. » (P. 29.)

Et, comme si l'auteur craignait qu'un léger doute ne restât dans l'esprit du' lecteur sur l'efficacité moderne des précieuses chaînes : « Ajoutons, s'empresset-il de noter, que ces chaînes sacrées n'ont rien perdu de leur vertu à notre époque. »

Quoi de plus rassurant que cette observation ! La vertu des saintes chaînes ne s'use nullement avec le temps. Qu'on se le dise !

Et pour preuve, M. Lafond narre l'aventure « d'une Jeune Romaine très-pieuse » guérie d'attaques d'épilepsie atroces, rien que pour avoir baisé la précieuse relique.

Pie IX, que toutes les pratiques superstitieuses paraissent avoir le don de séduire, ne pouvait manquer d'encourager la dévotion aux chaînes de saint Pierre. L'idée des fac-similé se portant en chaîne de montre *■ obtint du premier coup ses suffrages, et, par un décret de 1866, cette amulette fut enrichie d'indulgences

I . « Les hommes s'en servent ordinairement comme chaînes de montre, les femmes peuvent les porter comme elles veulent, pourvu que ce soit ostensiblement. » Histoire des chaînes de saint Pierre, p. 43 .

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nombreuses. Une bénédiction spéciale est accordée par lui à ceux et à celles qui portent ou propagent ces fac-swiile.

a Chacune de ces chaînes, dit le livret-prospectus, a été mise en contact à Rome avec les véritables chaînes de l'Apôtre, et l'on cite déjà (1868) une guérison miraculeuse opérée par elles, grâce à ce contact sacré. Chacune de nos chaînes est donc en quelque sorte une relique. »

Suit la guérison miraculeuse ainsi rapportée :

« Un pauvre ouvrier de Naples, Angelo de Riso, se trouvait depuis près d'un an affligé d'une plaie de mauvaise nature à la main droite et ne pouvait plus travailler. Une jeune tille, M"'' Amélie, des marquis Afan de Rivera, qui se voue à la diffusion de nos petites Chaînes, persuada l'ouvrier de s'adresser à saint Pierre, Ce pauvre homme, un soir, après avoir prié, se coucha ayant la main entourée d'une de ces chaînes. Le lendemain, à son grand étonnement et à Vétonnement plus grand du médecin^ il se trouva guéri, et alla rendre grâces au prince des Apôtres en son église de San-Pietro ad aram. » (P. 42.)

Faut-il s'étonner après un pareil exemple que Mgr l'archevêque de Toulouse ait accordé aux chaînes de saint Pierre sa haute protection et que, dans une notice locale propageant l'idée d'une confrérie des chaînes, on puisse lire :

V Arsenal de la Dévotion

« Un dépôt de petites chaînes de saint Pierre, venues de Rome et accompagnées chacune de son authentique, est établie dans la sacristie de la paroisse Saint- Pierre, à Toulouse?...

» Les petites chaînes d'acier seront expédiées par la poste au prix de 2 francs, y compris un exemplaire du présent opuscule *. »

I . Notice sur la dévotion aux cha'mes de l'apôtre Pierre, approuvée par iMgr l'air. lievêque de Toulouse. Toulouse, à la sacristie de l'église Saint-Pierre. 187 1, in-32.

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