‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 88 sur 145 · LES DÉFROQUES MIRACULEUSES · texte numérisé non relu

LES DÉFROQUES MIRACULEUSES

Les reliques du curé d'Ars distribuées avec attestations signées et contrc-signées. — Une parcelle de drap de lit. — Morceau de soutane de Pie IX. — Vieux bas de Pie IX. — \'ieux béret de Pie IX. — Effets produits par ces objets précieux. — Les reliques du père de la Salle. — Parcelles de vê teinents qui jettent les médecins dans la stupéfaction — Ua miracle trop frappant. — Guérisons par des feuillets et des fragments de feuillet du bréviaire du père de la Salle; — par des mèch'js de ses cheveux; — par le petit livre même delà maison Mame qui raconte les susdites merveilles.

Un des biographes du curé d'Ars nous apprend que, parmi les pèlerins qui venaient le voir de son vivant, a les plus heureux étaient ceux qui parvenaient, par une pieuse ruse, à s'approprier quelques-uns de ses cheveux, ou un morceau de son surplis, ou de son

chapeau que l'on ne craignait point de couper, ou encore de ses meubles '. »

Depuis le décès du saint curé, les missionnaires d'Ars paraissent avoir entrepris l'exploitation en règle de ces objets qu'une' « pieuse ruse » livrait seule au fanatisme des anciens pèlerins.

Nous possédons comme pièce à l'appui un document fort curieux. C'est un papier-carte plié en deux. La première chose qui frappe l'attention, lorsqu'on l'ouvre, est un cachet de cire rouge scellant les extrémités d'un fil de soie qui fixe après la carte deux petits carrés d'étoffe superposés : l'un de soie rose, l'autre de grossière toile blanche, au centre duquel on a collé un minuscule fragment d'étoffe brune. Ce frag-

I. Vie nouvelle du curé d'Ars et de sainte Philomène, par Jean Darche. Paris, Palmé, i865, gr. in-i8, p. 3o3.

Grâce à une active propagande, il est peu de personnes qui Ignorent aujourd'hui le nom de l'abbé Vianney. qui fut curé d'Ars de 1818 à 1839. C'était un brave pasteur de villaçe dont les facultés mentales paraissent avoir été dérangées par de trop grandes austérités.

« Souvent les anges, — je cite son biographe, — quelquefois, disent des témoins non suspects, la vierge Marie lui apparaissaient, ce qui ne nous étonne pas... C'était une opinion-* accréditée que le saint curé voyait de ses yeux corporels Notre-Seigneur à l'autel. » (P. 16 r.)

Ce visionnaire ne croyait pas seulement avoir des entrevues avec Dieu et les saints, il lui arrivait souvent, la nuit, de se débattre contre de prétendues obsessions diaboliques.

« Il a avoué que les démons le jetaient hors de son lit et que même ils avaient voulu le tuer. » (P. 209.)

Le curé Vianney a puissamment contribué, dans la mesure de ses mo3'ens, à développer le culte nouveau de sainte Philomène

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ment est l'objet précieux que la toile blanche a pour but de faire valoir, tandis que la soie rose n'a d'autre but elle-même que de mettre le bout de toile en évidence.

On peut lire au-dessus ce témoignage imprimé :

Testor ego infrà scriptus pro-postulator caiisœ beatijïcationis et canoin^ationis S. D. Joannis- Mariœ-Baptistœ Vianney^ parochiœ vulgo dictœ Ars pastoris, hic alligatam esse particiilam ex ÎJidiimentis ejusdem S. D., quant serico funiculo^ rubri coloris^ meoque sigillo munivi. In quorum/idem^ etc.

Datum, in supradictd parochid, die 1876.

Anthelmus Martin, /n. p. Post '.

Et afin qu'on sache à quelle partie de la garde-robe du pieux Vianney a appartenu le fragment offert à la vénération des tidèles, l'abbé Toccanier, curé d'Ars et cosignataire de cette pièce, a ajouté à la plume la désignation : Drap de lit.

Nul doute qu'à l'occasion le drap de lit ne soit remplacé par quelque pan de chemise ou par quelque

I. « Je soussigné, propostulateur de la cauSe de Béatification et de Canonisation du saint homme Jean-Marie Vianney, pasteur de la paroisse dite d'Ars, atteste que la pièce ci-jointe est une parcelle des vêtements dudit saint homme, laquelle j'ai munie d'un fil de soie de couleur rouge et de mon seing. En foi de quoi, etc.

» Donne', dans la susdite paroisse, le 1876.

» Anselme Martin, missionnaire propostulateur. »

fragment de chaussette, toutes choses dont il importe fort de mentionner par écrit la nature, si l'on veut qu'elle soit soupçonnée, pour peu surtout que ces objets affectent la couleur marron, inusitée à l'état propre, du fameux drap de lit.

Un détail à noter, c'est que la signature du père Anselme figure auiographiée au bas de la pièce ' imprimée. Cela prouve assez la distribution considérable qui doit se faire de ces attestations, avec les fragments y attachés, puisque le père missionnaire craint de se fatiguer à les signer de sa main.

Nous devons bien un chapitre aux menus fétiches de cette sorte, beaucoup plus répandus qu'on ne pense parmi la gent dévote.

Place donc aux défroques miraculeuses !

Vous êles malade de la moelle épinière, je suppose, comme la jeune sœur dont l'aventure nous est racontée par l'auteur des Faits surnaturels de la vie de Pie IX \ Quand les médecins vous ont condamné, — l'effet en serait-il moindre auparavant? — vous prenez un morceau d'une vieille soutane de Pie IX, et, au bout de quatre jours, pourvu que vous ayez soin de le garder sur les lèvres, vous vous trouvez complètement guéri. (P. 5i.)

« On sait, dit le père Huguet, que plusieurs personnes ont été guéries subitement de maladies irès-

I. Le Père Huguet. Un vol. in*i8, 6« édition. Lyon, Josserand, 1S72.

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graves par la simple application d'un objet ayant appartenu à Pie IX ^ »

Au nombre de ces objets figure un vieux bas qui a fait merveille.

Un brave homme avait son fils très-malade. Une de ses jambes lui refusait tout service, et l'on craignait que la paralysie ne le gagntit tout entier.

« Un ami, raconte-t-il, m'offrit de me confier un bas en sa possession, ayant appartenu au bien-aimé pontife Pie IX, en m'autorisant à le passer à la jambe malade de l'enfant et de l'y laisser pendant toute une neuvaine... Temportai le bas che\ moi avec une émotion profonde...

» Notre pieux docteur avait déjà manifesté l'intention d'appliq[uer d'abord un vésicatoire et même de nouveaux cautères ; mais, s'associant à notre intention avec une exquise délicatesse, il ajourna l'exécution de son ordonnance après la neuvaine, en disant qu'il ne fallait pas faire deux remèdes à la fois. »

Voilà le vieux bas passé positivement au rôle de remède. C'est, du reste, un remède qui opère comme aucun :

ce A peine le bas fut-il complètement placé, que les souffrances cessèrent instantanément. » (P. 62.)

I. « Quand on raconte quelqu'un de ces traits au pape, sans les nier, il cherche à s'en tirer par une innocente plaisanterie. » P. G7.

Quand l'application d'un vieux bas est d'un eftet aussi merveilleux, pourquoi en serait-il autrement de l'application d'une vieille coiffure ?

Une sœur du monastère de Saint-Antoine de Padoue fut atteinte, dit l'auteur des Faits surnaturels de la vie de Pie JX, d'une maladie jugée mortelle.

Naturellement c'était « le bon Dieu » qui lui envoyait cela. Il s'intéressait même tant à elle qu'il jugea que ce n'était pas assez.

« Dieu, dit le père Huguet, qui aime à éprouver pour leur plus grand bien la vertu de ses véritables serviteurs, ajouta à cette première affection un mal plus grave encore. Il envoya à la sœur Marie-Célestine une terrible maladie de la moelle épinière.

» Il me serait impossible de vous décrire toutes les souffrances si aiguës, tous les évanouissements si nombreux, toutes les convulsions si douloureuses qui affligèrent la pieuse professe à partir de ce jour. »

Les remèdes, bien entendu, sont sans effet. C'est alors qu'une sœur propose à la malade de recourir... A quoi ?... A un béret de Pie IX.

« Cette religieuse avait entendu parler souvent des guérisons obtenues par la bénédiction du souverain pontife Pie IX, et elle avait le bonheur d'avoir en sa possession un béret qui, ayant appartenu au pape, avait été usé par lui. »

Inutile d'ajouter qu'aussitôt sa dévotion faite au

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béret papal, l'infortunée malade se retrouve sur ses jambes.

» Tous ses os se couvrirent bientôt d'une chair nouvelle, à l'exception de quelques-uns qui sont restés comme le témoignage destiné à attester une maladie aussi grave. » (P. Sg.)

Admirable précaution contre les incrédules que ces traces de maigreur justificatives !

Il n'est pas indispensable d'ailleurs que le person- . nage invoqué occupe dans la hiérarchie religieuse un poste aussi élevé pour que les vieux objets à son usage se trouvent doués de vertus guérissantes instantanées.

Nous en avons une foule d'exemples tous plus curieux les uns que les autres, dans un de ces petits volumes de la bibliothèque Mame, qui ont pour but l'édification de la jeunesse française. Celui dont je veux parler s'intitule : Le Véritable Ami de V enfance ou Abrégé de la vie et des vertus du vénérable serviteur de Dieu^J .-B. de la Salle '.

Le titre de fondateur des écoles chrétiennes assure au père de la Salle une longue reconnaissance; mais ce titre éminent ne suffit pas aux frères qui' poursuivent depuis de longues années sa canonisation; il est trop humain, par conséquent trop simple, et a besoin, suivant eux, d'ctre renforcé par une forte dose de surnaturel.

Philanthrope, qu'est ce titre auprès de celui de sorcier ?

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