I. Nouvelle édition. Tours, Mame, 1868. Un vol. in-i
Le petit volume, qui n'accorde que quarante-deux pages au récit de la vie et des travaux du vénérable prêtre, en consacre plus de cent aux récits des innombrables cures qu'il a opérées soit de sa personne par attouchement, soit après sa mort par application sur les plaies d'objets ou de fragments d'objets lui ayant appartenu.
Ici c'est un morceau de son cilice qui sert à faire disparaître un mal de tête violent. Ailleurs c'est un fragment de son manteau qui remet en état « une main gâtée. »
« Un élève des Ecoles chrétiennes d'Avignon avait une main si gâtée que le chirurgien avait déclaré qu'il n'y avait plus aucun remède à y appliquer et qu'il fallait absolument en faire l'amputation. La veille du jour fixé pour cette pénible et douloureuse opération, les Frères furent inspirés de mettre sur la main de l'enfant un morceau de manteau du vénérable de la Salle. Quelle fut leur surprise, le lendemain, en découvrant la main, de la trouver guérie ! » (P. 57.)
A la parcelle de vêtement on semble joindre le plus souvent, par un surcroît de précaution qui paraît d'ailleurs superflu, une image du révérend père.
Trois médecins de Bagnères entouraient de leurs soins — soins inutiles, bien entendu — un pauvre diable qu'une fièvre chaude « précipitait dans le tombeau ».
ce Le malade, qui était en proie au plus aâreux dé-
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lire, recouvra l'usage de la raison aussitôt qu'on lui eut appliqué sur la tête une image, avec parcelle des vêtements^ du serviteur de Dieu, y^ (P. 76.)
Qui furent bien déconfits ? Les médecins.
Ah! les médecins! Ils n'ont pas beau Jeu vraiment près de nos fermes croyants ! Et cela se conçoit après tout, quand on compare les moyens pratiques. Quoi de plus engageant, par exemple, que de substituer l'application d'une image avec son morceau d'étoffe, à celle d'un cautère que le médecin avait ordonné, ainsi que nous le voyons faire avec tant de succès, page 129.
Comme je conçois également ce jeune homme plein de foi, qui, atteint du charbon, au lieu de se rendre chez le médecin, c'est-à-dire chez le bourreau, comme ses amis l'en sollicitent, « ne songe qu'à se procurer une des images du vénérable avec parcelle de ses vêtements, la place sur son mal dans un mouchoir en forme de cravate et se met à invoquer avec ferveur le serviteur de Dieu. » (P. 127.)
Il a eu raison puisque cela lui a réussi et que, le lendemain matin, « la plaie était cicatrisée et la joue rêve ; nue à son état normal. »
Combien doit se féliciter aussi, ce bon frère qui, s'étant cassé la jambe et ayant été mis à la torture par deux médecins, assistés de trois infirmiers, envoie son appareil au diable et le remplace par son Nouveau Testament, « où se trouvait une image avec parcelle des vêtements du serviteur de Dieu. » Si vous voulez avoir idée de l'effet produit sur sa jambe, sachez que le bon
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frère put, à la suite de ce traitement, se livrer à des courses quotidiennes de soixante kilomètres. (P. 6i.)
Après la restauration de cette jambe cassée^ on peut lire immédiatement celle d'une tête cassée, ce qui ne laisse pas d'être au moins aussi fort.
De tels miracles sont bien faits pour frapper. Quelquefois même, ils frappent trop, comme, lorsqu'à la suite de la guérison merveilleuse d'un cas de croup, — toujours par le même procédé, — le narrateur, fidèle jusqu'à la naïveté, consigne :
« Un de ses oncles (de l'enfant), témoin d'un événement qui lui paraissait si prodigieux, en fut tellement frappé, qiCil en eut un coup de sang. » (P. i38.)
Ne serait-ce pas au tour des médecins de sourire ?
Les parcelles de vêtements du révérend père ne sont pas seules à donner de tels résultats; on en obtient d'aussi précieux avec les feuillets ou même les fragments de feuillets détachés de son bréviaire.
Le frère '**, « atteint de douleurs rhumatismales qui le faisaient horriblement souffrir », paraît avoir été le premier à imaginer ce système de médication. « Depuis plus de six mois, il était dans cet état... lorsqu'il eut un jour la pensée de mettre sur ses reins, principal siège du mal, une parcelle d'un feuillet du bréviaire du saint fondateur. « Pensée étrange, mais providentielle, car (( aussitôt il se trouva parfaitement guéri. » (P. 58.)
Il n'y a en pareil cas que le premier essai qui coûte, encore ne coùte-t-il guère. Ce mode de guérison n'eut
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pas plus tôt été révélé par le frère ***, qu'on s'empressa de tous côtés d'en user.
Un de ses collègues se guérit d'un catarrhe pulmonaire en s'appliquant sur la poitrine une parcelle du fameux bréviaire. (P. 61 .) Un autre qui souffrait d'une esquinancie à tel point « qu'il n'attendait, pour ainsi dire, que le moment du trépas », obtient, en s'appliquant un feuillet sur la gorge, une guérison non moins radicale. (P. 67.) Une mère en coud un morceau dans le gilet de flanelle de son fils atteint d'une fluxion de poitrine. Inutile d'ajouter que le malheureux enfant est aussitôt sauvé. (P. 63.)
Après le papier imprimé, le papier écrit.
Un frère en voyage est pris de mal de tête, « un mal de tête si violent, que non-seulement il ne pouvait continuer sa marche, mais qu'il se sentait évanouir. » Que faire? Heureusement il se souvient dans sa détresse qu'il est porteur d'une lettre du P. de la Salle. « Il la prit, et, plein de confiance en la bonté de Dieu et l'intercession de son vénérable père, il la plaça sur sa tête y à. l'endroit où il lui semblait que le mal se faisait le plus violemment sentir : à peine eut-il fait cette application qu'il fut parfaitement guéri ! » (P. 53.)
Un autre frère, souffrant d'une fièvre aiguë « que les remèdes les plus actifs n'avaient pu faire cesser, » ne se contente pas d'une lettre du révérend père en guise de médicament; il y joint encore une mèche de ses cheveux. Pour le coup, le mal le plus tenace devait céder.
« Il fut inspiré de recourir à son père, de prendre une des lettres et une mèche de cheveux de cet homme de Dieu, qu'il avait le bonheur de posséder, et de mettre ces objets sur sa tête en les fixant à son bonnet. A peine eut-il fait cette opération, que la fièvre violente qui le tourmentait le quitta aussitôt. » (P. Sy.)
Mais voici bien mieux encore. Ce n'est plus seulement une lettre écrite par le père de la Salle, avec ou sans cheveux, c'est tout bonnement un livre où il est question de lui, le livre même que nous avons entre les mainSj qui suffit, par simple juxtaposition, à délivrer des maladies les plus rebelles et les plus invétérées .
La vie de la demoiselle Petit n'était depuis bien des mois « qu'un long tissu de souffrances et d'infirmités. » Je passe le détail peu ragoûtant de ses abcès, tumeurs, glandes, vomissements, etc. Le tout finit par un cancer au sein que les médecins se déclarent impuissants à guérir ; sur quoi la malade fait son testament et se prépare à mourir. Mais elle comptait sans le petil volume de la collection Mame que son neveu lui apporte, l'ayant obtenu en prix.
La malade prend le livre de son neveu, elle contemple en face du titre l'image du père de la Salle, se ragaillardit à la lecture d'un des miracles opérés par son intercession ; puis, pleine d'une admirable confiance, elle place le livre sur son mal et commence immédiatement une neuvaine en disant : « Vénérable Jean-Baptiste de la Salle, etc.. » Deux heures après,
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elle -découvi-e le sie'ge de son mal, et la stupéfaction des assistants est à son comble lorsqu'ils ne trouvent plus trace du moindre bobo. « O merveille! dans l'espace de deux heures, Tirritation et l'enflure avaient totalement disparu ; les trous étaient fermés, et tellement cicatrisés, qu'on pouvait à peine reconnaître la place 1 » (P. 104.)
Voici donc le petit volume de la collection Mame bien et dûment convaincu lui-même de pouvoir miraculeux, pouvoir obtenu par le plus étrange ricochet.
Après un pareil succès, M. Mame est vraiment trop modeste de ne pas ajouter sur ses catalogues, à la suite du titre de son petit volume :
ce Cet in- 18 Jouit de la propriété précieuse de faire instantanément disparaître les cancers, abcès, tumeurs, ganglions, etc. L'appliquer avec onction sur les parties malades. Le même peut resservir plusieurs fois. »
Quand on possède dans ses magasins un pareil trésor, il y aurait humanité à le faire mieux connaître.