‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 9 sur 145 · I. Pans. Letaille, édit., rue Saint-Jacques, 3o · texte numérisé non relu

I. Pans. Letaille, édit., rue Saint-Jacques, 3o

Les Imasres 5i

petits cœurs aux enlacements capricieux, le tout d'une nuance passée qui s'explique bientôt quand on lit :

COPIE DE l'image DU SACRE CŒUR DE N.-S.-J.-C. d'après la B^* M^'-MARIE ALACOQUE

et de Vacte de consécration^ fait par elle et écrit de sa main, envoyé par elle le i5 sept^^^ i6S6, au M'""^ de Moulins. Les originaux se conservent au Aft^'i^e de Nevers.

Comme on le voit par ce luxe de certificats, rien de plus authentique, en apparence, que cette image du Cœur de Jésus. Elle ne vous laisse pas moins très perplexe, attendu que le cœur représenté ne ressemble à aucun des cinq cents autres cœurs qui inondent les vitrines. Alors les cinq cents autres cœurs sont donc de faux cœurs de Jésus? A moins que ce ne soit celui-là qui nous trompe. Enfin, il y a évidemment de faux cœurs de Jésus. Lesquels ? Je n'en sais rien, Je ne tiens même pas à le savoir; mais il y en a de faux, cela est un fait. Que les pieux acheteurs se défient !

J'annonçais tout à l'heure « le petit Jeu du sacré Cœur ». Ce n'est pas le nom officiel du jeu en question; mais Je n'en vois pas qui lui convienne mieux.

Imaginez trente-trois petites cartes (une de plus qu'au piquet) portant chacune au recto un gros ciL^ur

I. « Je N. N. me donne et consacre o [sic) sacré cœur de nre sgr J.-C, ma persone et ma vie, mes actions, peines et soufrancc, p' ne plus me servir d'aucun ne partie de mon estre q p' laymer, etc. » — Bouassc-Lebel, e'diteur.

avec une prière, et, au verso, différentes notes disposées en manière de croix. Il paraît que ces cartes, dont le nombre représente le chiffre des années de Notre Seigneur, sont l'objet d'une distraction pieuse spécialement destinée aux petites filles.

On p'end les trente-trois cartes et on les bat comme pour toutiwS les parties possibles ; puis on fait tirer une carte du jeu successivement à plusieurs jeunes filles. Chacune d'elles consulte alors le verso du carton qui lui est échu et apprend quel titre elle aura ce jour-là vis-à-vis du Cœur de Jésus, en même temps que l'heure à laquelle elle lui devra dévotion. Les heures varient suivant les cartons : de midi à une heure, de dix à onze, de six à sept, etc. Là, je pense, est la suprise du jeu. Les titres varient aussi. Ils sont étranges. La petite fille a le droit d'être appelée, tour à tour : VAmie désintéressée du sacré Cœur de Jésus, l'Aspirante, r Amante, la Conquête, la Fidèle compagne, l' Épouse, la Captive j V Heureuse privilégiée, la Bien- Aimée, la Victime, Vlmmolée à Vamour du sacré Cœur de Jésus.

Les épigraphes, aussi bien que les oraisons qui suivent ces titres, et dans lesquelles les jeunes filles sont invitées à s'abîmer quotidiennement pendant l'heure indiquée, ne sont pas d'une rédaction moins étonnante. Ici, l'épigraphe dit :

Un de ses yeux a blessé mon cœur.

Ou:

Mon bien-aimé est tout à moi et je suis toute à lui.

Les Images 53

Là, Toraison soupire:

Si tu connaissais le don de Dicu^ âme fidèle! si, ouvrant les yeux à la lumière, tu voyais les charmes attrayants, la boauté ravissante de ce Dieu dont le cœur est un abîme des plus admirables, pourrais-tu détou4-ner les yeux de ce spectacle enchanteur':'

Ou encore :

Ame bienheureuse, si tu savais le don de Dieu!... si tu pouvais comprendre les délices ineffables de cette solitude mystérieuse oia je me plais à communiquer mes secrètes douceurs, avec quels brûlants désirs ne répondrais-tu pas aux vœux de ma tendresse !

Et ce n'est pas sans trouble, j'imagine, que l'enfant découvre dans les petites cartes que sa maîtresse lui remet, des aphorismes comme ceux-ci :

Soupirer après l'union de l'objet aimé, la chercher et la procurer par tous les moyens est le besoin impérieux de l'amour.

. Est-ce bien Dieu qu'elle croit entendre murmurer à son oreille :

Qui a pu, âme chrétienne, attirer sur toi le regard de prédilection dont je veux bien t'honorer et comment t'acquitteras-tu jamais des devoirs que t'impose ce nom si doux dont je t'appelle aujourd'hui : « Ma bien-ajmée ! »

Ne doit-elle pas trembler à la voix de cet amant jaloux qui tantôt lui dit impérieusement :

Je suis le seul objet vraiment digne de remplir et de satisfaire ce cœvir cxéépoiir moi seul...

Tantôt :

Je suis un Dieu jaloux... je te veux snns partage? Et encore :

Es-tu prêle, âme chrétienne, à recevoir le coup que mon

amour veut te porter? Ce coup divin ôtera la vie à ton amourpropre, il brisera ta volonté, il détruira tes jalousies, il iniinolera la nature.

Faul-il citer encore? Pourquoi pas? Cela est vraiment très instructif au point de vue de la propagande religieuse dans les pensionnats de jeunes filles.

Je donne cette carte dans son entier pour en montrer .la disposition typographique :

La Conquête du sacré Cœur de Jésus

Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur.

« Jaloux de conquérir ton âme, qu'ai-je épargné pour faire de toi mon domaine et mon héritage? Devais-tu donc ajouter à ma félicité et à ma grandeur? Et quand, par de longues résistances, tu as cherché à te soustraire à mon empire, peux-tu assez déplorer ton aveuglement et me bénir de mes amoureuses recherches? »

Heure spécialement consacrée à cette dévotion :

Rendez - vous dans le sacré Cœur : 9 heures et 4 heures.

Intercesseurs :

les Dominations.

Le no 5 priera ^our le n° 6.

Les Images 35

Autre carte

L'Épouse du sacré Co&ur de Jésus

Je ne Rappellerai plus tna sœur, ma fille, mais ma bien - aimée, mon épouse.

« O âme fidèle! comprends-tu la sublime dignité à laquella je t'él'jve aujourd'hui? Épouse d'un Dieul... Quels droits, quelles prérogatives sont les tiennes!... Unie à mon Cœur par les liens sacrés d'une affection indissoluble, que t'importent maintenant le dédain et le mépris des créatures! »

Autre encore :

L'Immolée à l'amour du sacré Cœur de Jésus

Tout est consommé !

*. Ame pieuse, il ne doit rien rester en toi de toi-même. Sur toi s'est appesanti jaloux et sacrificateur le bras de mon

Je m'arrête.

Après avoir lu cela, il est difficile de ne pas se demander ce que les pieuses directrices, qui mettent de telles œuvres entre les mains de leurs élèves, penseraient des mêmes petits cartons si, au lieu de s'abriter

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