‹ L'Art à l'ÉcoleChapitre 1 sur 26 · L'Art à l'École · texte numérisé non relu

L'Art à l'École

s-* algré les efforts notoires de nos artistes, on fTwfT se plaint que le peuple de France n’ait point ü ü le sens esthétique suffisamment développé, que l’harmonie des lignes, des sons et des couleurs soit inconnue ou méconnue de beaucoup de nos jeunes gens, enfin que nous laissions vaciller notre réputation et discuter notre ancienne suprématie dans le domaine de l’art et du goût. Et cependant, on dit qu’à nos portes, une petite nation, la Belgique, est en train, si l’on n’y prend garde, de nous distancer dans cette voie. Pour quelles raisons? C’est ce que nous avons voulu rechercher et préciser. Il n’y avait qu’un moyen : aller en Belgique, à la source même de cette renaissance, aux écoles du peuple. Donc, avec Léon Riotor, qui connaît la Flandre comme un « vieux Flamand » , nous partîmes pour Anvers.

Sur le quai de la gare monumentale, deux hommes nous attendaient : l’échevin de l’instruction publique, M. Desguin, et l'inspecteur en chef de l’enseignement communal, M. Van Hoof. Et nous voilà filant avec eux vers les écoles, le long des quais, par les avenues de cette ville flamande où l’art, favorisé par le commerce, éclate de toutes parts.

Rue Bervoets, un lvindertuinen, un « jardin d’enfants », ce que nous appelons en France une garderie. Ils sont là trois cents bambins et fillettes, de trois à six ans, hauts comme des bottes, assis à des tables proprettes et minuscules, s’ingéniant à des travaux de patience artistiques, d’après les dessins de leurs maîtresses au tableau. Avec des bois découpés, il construisent des portiques, des maisonnettes. Nous passons à la salle de jeux. Sur le parquet, des carrés et des cercles sont tracés à la craie. Au rythme du piano, deux cortèges, les petites filles avec des cerceaux enrubannés, les petits garçons avec des bâtonnets, viennent se ranger face à face, sur les lignes blanches. En place pour le quadrille et le menuet ! Pas une parole ! La musique seule ordonne les mouvements : saluts, révérences , enchaînements , vivantes combinaisons de figures géométriques; un vrai jeu de grâces! Education artistique des yeux, de l’oreille et du corps ! C’est tout simplement exquis.

Voici les écoles primaires de garçons : une communale des quartiers populaires! Encore des jardins et des fleurs, des pigeons et des pierrots, des volières et des classes ! Aux murs, des images : la féerie des ports et des paysages flamands, les grandes époques de l’his-

Page 1