INTRODUCTION
toire belge, peintes à fresque par des artistes du pays, anciens élèves de cette maison. A l’Ecole primaire supérieure, la décoration des salles revêt un caractère plus nettement professionnel. C’est l’histoire murale des métiers : la culture et l’industrie du lin, la ferronnerie, la dinanderie. Le dessin est ici à la base de tout. Voilà, sur les tables, les objets réels en plâtre, en bois, en fer, en cuivre, qui inspirèrent le pinceau des décorateurs et qui s’offrent à la copie attentive des écoliers avec cette inscription : « Ces objets sont placés sous la protection des élèves. » Ce cours de dessin, fait uniquement d’après nature , est vraiment suggestif. C’est, pour ces jeunes artisans, la probité de l’art. C’en sera demain le respect.
A l’Ecole primaire supérieure de jeunes filles, la caractéristique, c’est le culte du foyer. Les voici, toutes gracieuses, de douze à seize ans, enjolivant les fenêtres de graminées, de feuillages collés entre deux vitres. Au cours de dessin, elles « stylisent » comme nos meilleurs décorateurs. A l’atelier, elles soutachent les rideaux, brodent les tapis, s’exercent à la pyrogravure, à la cuiroplastie, à ces Travaux manuels de la femme qu’une suite de fresques représentent sur les murs, entre la Science et la Poésie. Au rez-de-chaussée, l’économie domestique : la cuisine avec des menus copieux à six sous par tête, la chambre ouvrière, où ces jeunes filles apprennent ce dont parfois les nôtres rougissent : le ménage, la literie, l’hygiène, les soins à donner aux nouveau-nés, aux malades, aux blessés. Ingénieuse et délicate tendresse, comme tout cela justifie la maxime inscrite au mur : « Le foyer agréable maintient la famille heureuse ! » Heureux pays, où l’Art au foyer
succède si naturellement à l’Art à l’école ! Qu’avonsnous attendu en France pour en faire autant?
Ce que nous avons attendu, nous, les prétendus révolutionnaires — si routiniers ! — c’est l’impulsion de ce grand manitou qu’on appelle l’Etat. Tandis que F Angleterre suivait Heywood Sumner offrant sur les murs de l'école un idéal aux yeux des enfants, tandis que les sections provinciales de Hollande, d’Allemagne et de Suisse embellissaient leurs logis scolaires, et multipliaient leurs fêtes musicales et civiques, la France restait sourde à l’appel de Viollet-le-Duc, et l’État mesurait ses crédits aux efforts épars des artistes et des amis des arts qui rêvaient l’éducation du peuple par l'image et par la beauté.
Il n’est que temps de réagir, de grouper les initiatives, de stimuler les bonnes volontés. La Société nationale de Y Art à l’Ecole a été créée à Paris en 1907, au retour de notre voyage en Flandre, par un groupe d’éducateurs, d’artistes et d’écrivains. Elle a aujourd’hui ses sections en province. Pour organiser en France Y Éducation de la Démocratie, les fondateurs de Y Art à V Ecole, dont le programme est développé dans les pages qui suivent, font appel à tous ceux qui ont souci de la venir de notre race, du prestige de notre art, de la suprématie de notre goût.
Entre l’école maussade et l’école buissonnière, il y a place pour l’école harmonieuse et fleurie.
Ch.-M. Couyba,
Sénateur, Agrégé de TUniversité, Président de l’Art à l’École.