PROJET DE MM. SAUVAGE ET SARAZIN, ARCHITECTES
fines, tables et bancs rogneront leurs angles saillants et leurs arêtes vives, afin d’éviter les coups et les écorchures. Par un mécanisme ingénieux et simple, le pupitre prendra l’inclinaison permettant à l’écolier d’écrire sans se briser les reins et sans s’ankyloser le cou, et il sera revêtu, à l'emplacement des mains, d’un produit lavable bravant les averses d’encre les plus diluviennes.
Sur le sol, enfin, pas de parquet aux joints poussiéreux, aux libres poreuses servant de repaires aux microbes assassins, mais une surface légèrement élastique et chaude aux pieds, composée de poudre de bois, telle que le xylolithe ou le doloment, auxquels il est loisible de donner une tonalité harmonieuse et claire.
Ce décor, simple en somme, et d’une exécution fort abordable sans grands frais, sera complété par des estampes en couleurs et par une ornementation mobile dont je laisse la description au critique érudit, à l’artiste au goût impeccable qu’est mon ami Roger Marx. Cette partie si importante de la lâche que s’est imposée 3a Société de l’Art à l’École exige nutant de tact que de sûreté dans le jugement. La moindre erreur amènerait en effet des résultats diamétralement opposés à ceux que nous cherchons. Les écoles actuelles sont encombrées, pour la plupart, de moulages, de plâtres, de tableaux, de gravures dont l’entassement fatigue la vision de l'enfant, qui cherche en vain un coin où reposer ses yeux. Cet inextricable chaos, ce fouillis hétéroclite le fatigue et l’ennuie; quelques belles estampes frappant son imagination ou la reproduction de chefs-d’œuvre meublant sa mémoire atteindraient un tout autre but, en jetant en lui le germe du culte de la beauté et en ouvrant son intelligence à la compréhension des arts.
Rappelons-nous que la laideur, comme presque toutes les maladies, est contagieuse; entourons donc jalousement l’homme de demain de tout ce qui peut élever son cœur et affiner son cerveau. Gardons-nous certes de tomber dans