CLASSE ENCOMBRÉE
le lamentable travers qui consisterait à tenter de transformer tout le inonde en artistes, mais travaillons à mettre les plus humbles à même de jouir non seulement d’une manifestation intellectuelle, mais même du somptueux et consolant spectacle de la nature que tant de gens ne savent pas voir, et n’oublions jamais, comme l’a si noblement écrit Octave Mirbeau, que le peuple, cet éternel déshérité, adroit à la Beauté.
Frantz Jourdain,
Président du Salon d’automne.
L& Oécomîîon mténeMte.
’ancien système d’éducation, basé sur la terreur et la Il répression, devait nécessairement répugner à une époque soucieuse d’adoucir la condition humaine. Si l’intelligence de l’univers et l’éveil de l’esprit imposent à l’être humain, dès l’entrée dans la vie, un laborieux effort, la pitié moderne, loin d’y demeurer insensible, veut par tous les moyens en atténuer la rigueur. De là est venue la pensée d’inviter l’art à accueillir l’enfance; de là aussi le parti d’assigner à l’art dans l’éducation un rôle toujours plus important. Déjà les ouvrages à gravures ont remplacé la typographie maussade des livres de classe du temps jadis; les marges des cahiers s’illustrent impunément de croquis que le professeur ne réprouve plus comme attentatoires à la dignité des études: le dessin y continue la leçon du texte et, en la faisant visible au regard, il seconde l’action et le jeu de la mémoire. Pourtant, malgré les résultats acquis, que de progrès encore à réaliser 1 L’école doit perdre l’aspect sévère et morne qui l’assimile à un lieu de souffrance, de châtiment et de réclusion. C’est affaire à l’État et aux municipalités de réformer la conception de l’architecte et de
favoriser des inventions mieux adaptées à l’idée aujourd’hui répandue d’un asile tutélaire où, pour le bien et le profit de tous, la vérité progressivement se révèle. Personne n'ignore les voies préconisées pour cette révélation et comment les doctrines éducatives entendent substituer à la morgue farouche d'une discipline altière l’intimité d’un commerce franc et cordial. Il sied que le milieu s’accorde avec les vues nouvelles d’un enseignement paternellement distribué et qu’il cesse d’inspirer à l’enfant la tristesse ou la crainte. On n’évoquera pas en vain le souvenir de certaines écoles suisses coquettement bâties au cœur du village, tapissées de verdure et encloses dans un jardinet fleuri: tout y est pour prévenir l’enfant et lui présager la continuation de la douceur familiale. Mûris par l’expérience de la liberté et depuis plus longtemps conscients du bienfait de l’instruction, nos voisins ont donné à cet égard les plus significatifs et les plus salutaires exemples.
Toutefois l’ architecture des bâtiments ne pourra se varier qu'à la longue, au fur et à mesure des constructions à édifier dans l’avenir. Il n’en va pas de même des salles d’école, de classe ou d’études, actuellement existantes et dont l’embellissement requiert le simple concours de quelques bons vouloirs. Le principe une fois posé, l’application se subordonnera, comme de juste, aux exigences et aux ressources spéciales à chaque cas; elle ne laissera pas d’être aisée si, quel que soit le degré de l’enseignement — primaire, secondaire ou supérieur — on s’est persuadé de l’avantage trouvé à orner ce second foyer.
Décoration mobile. — Nous lui accorderons la première place parce que son action est la plus efficace et qu’elle ne réclame aucun délai. Il y a mieux : constituée de certaine faron, elle n’imposera pas de dépense. Comment? Voici. Il n’est si pauvre école dont l’aspect ne puisse être modifié par la présence de fleurs ou de branches harmonieusement dis-
LA DÉCORATION INTÉRIEURE
nature, de répandre la connaissance de la flore locale et, si la récolte se fait de compagnie dans les champs, dans les bois, la précieuse occasion de rapprochement que l’effort accompli en commun par l’éducateur et par ses disciples afin de rendre plus attrayant le lieu de leurs quotidiennes rencontres 1
En dehors des richesses libéralement offertes par la nature, il arrivera que le maître ou quelque élève possèdent par devers eux des éléments de décoration utilisables (pho-
posées; des bouquets cueillis dans la campagne jetteront leurs éclats diaprés ; des guirlandes dérouleront leurs festons le long des parois; à l’automne, des feuillages de pourpre ou d’or aideront à attendre la fin de la saison mauvaise. Rien ne semble moins compliqué et rien n’est de plus grande conséquence. Quel heureux moyen d’aviver l’amour de la
ÉCOLE ALSACIENNE, A PARIS. DÉCORATION MO- BILE ET FIXE: FLEURS A LA FENÊTRE. ESTAMPES ENCADRÉES SOUS VERRE; FRISE AU POCHOIR.
tographies, gravures, objets meme); un prêt gracieux en disposera, à titre temporaire, au bénéfice de la communauté et voilà encore de quoi exalter à souhait le sentiment de la solidarité. Dans Tune et l’autre occurrence le résultat est atteint sans recours à l’aide extérieure; et il en sera ainsi partout où l’ambition légitime du progrès social saura mettre en éveil les initiatives.
Remarquez que parmi ces parures spontanées (dont la composition offre déjà en soi un excellent exercice pour le goût), la première n’est contradictoire avec aucune autre. Pour peu que l’on sache éviter la surcharge, l’école gagnera à être simultanément ornée par la nature et par l’art, — la nature initiant à l’art, l’art complétant l’intelligence de la nature.
En matière d’éducation, l’expérience interdit de rien abandonner au hasard, à l’imprévu ; tous les coups portent. Envisageons sous quelle forme et dans quelle mesure il sied de faire place à l’art? Le bienfait de son intervention n’a d’autre origine et d’autre limite que la conception éclairée du but et que l’adaptation judicieuse des moyens à la fin. Telle reproduction de monument, de chef-d’œuvre, n’est pas accessible au premier âge. Un esprit cultivé est seul apte à goûter la Prière sur V Acropole et à comprendre la majesté du Parthénon. « Dans le développement naturel des facultés de l'esprit, constate Ravaisson, la raison est tardive, l’imagination précoce. » C’est donc la sensibilité de l’enfant qu’il convient d’intéresser; on n’est jamais mieux assuré d’y parvenir qu’à l’aide du dessin et de la couleur qui exercent sur l’esprit, par l’entremise des yeux, l’attrait d’une véritable fascination.
On arrive de la sorte, par déduction, à convoiter pour l’école une décoration polychrome dont le caractère soit logiquement approprié à l’enfance; lanature et la vie sociale semblent appelées à en fournir de préférence l’inspiration : un site, un paysage, des sujets empruntés à la flore, à la
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faune, des scènes retraçant l’existence domestique, la pratique des métiers, le plaisir du jeu, des fêtes, sont autant de thèmes communément intelligibles; le conte, la légende, l’histoire, la chanson populaire pourront aussi être évoqués, mais avec discrétion, tant il y faut un discernement averti.
Si l’ordre du sujet importe, l’interprétation qu’il reçoit ne demeure guère moins essentielle. Ici encore la règle absolue est de se placer à la portée de l’enfant. Toute complication dans l'expression graphique enlève la chance d’être compris. Soyons simple et clair pour parler aux simples. C’est pourquoi la nécessité d’une technique simplifiée s’impose : des traits accusés sertissant des teintes plates rendront d’emblée intelligible au regard ce que l’artiste a entendu représenter. Et qu’on n’estime pas le respecta ces lois de convenance
préjudiciable aux purs intérêts de l’art. Songez à tout ce que les graveurs préhistoriques, les peintres de vases grecs et, plus près de nous, les Japonais, Ingres et Rodin, ont fait tenir de beauté dans la cernée d’un contour (1 ). D’autre part, l’harinonie voulue, préméditée des tons possède une puissance d’émotion telle qu’aucun langage ne se flatte de toucher l’âme et de la troubler de façon aussi directe et aussi certaine.
A raisonner de la sorte ne semble-t-il pas qu’on définisse les règles de l’art populaire, et en particulier du plus populaire des arts modernes: l’affiche? Aussi bien, à défaut de peintures ou de tapisseries, d’un prix de revient élevé, d’une conservation difficile, ce sont bien les fresques imprimées, les chromolithographies murales qui sont destinées à constituer pour l’école le mode de décoration par excellence, filles offrent tout d’abord l’avantage de pouvoir se déplacer, se changer sans peine; par là même elles se trouvent satisfaire pleinement le vœu exprimé au congrès de 1904, à savoir : « que la décoration mobile est préférable avec alternance et interruption, afin que l’œil de l’enfant se repose, que son attention renaisse, que son désir s’éveille et que son émotion se renouvelle. »
Nous avons indiqué quel ordre de sujets et quel mode d’exécution paraissaient recommandables. Une fois l’estampe choisie, il y aura lieu de la présenter dans des conditions propres à garantir sa conservation. On pourra :
1° Tendre l’estampe sur un châssis;
2° La coller sur toile, puis assujettir à l’extrémité inférieure un bois rond autour duquel l’estampe s’enroulera comme une carte géographique ou un kakémono japonais;
3° La mettre sous verre; dans ce dernier cas, qu’il s'agisse d’un simple passe-partout ou qu’une bordure de bois entoure le verre, on évitera de coller l’estampe; le matériel d’encadrement deviendra ainsi utilisable à plusieurs fins, et il
(1) Voir l'estampe ci-contre.
sera loisible de remplacer après un certain temps l’estampe d'abord exposée par une autre de dimensions identiques.
L’image noire ou monochrome offre des chances de séduction autrement restreintes : elle est d’un aspect austère qui répond moins bien à la destination ornementale; souvent le détail s’en distingue avec peine à distance ; en somme on serait mal venu de la préconiser pour les classes du premier âge et mieux vaut ne l’utiliser qu’à l'intention de l'adolescence. Le cas d’estampes originales, en un seul ton, recommandable par l’invention appropriée, par la convenance murale et la facture logique, ne laisse pas d’être exceptionnel; ce serait un art spécial à créer; quant aux images monochromes (gravures, épreuves photographiques ou dérivées de la photographie) qui reproduisent les monuments de l’art ou les spectacles de la nature, leur emploi ne va pas sans réclamer quelques précautions préalables.
Placer les élèves dans une atmosphère de beauté; rappeler les sites pittoresques ou grandioses de la région, les chefs-d’œuvre épars dans les localités voisines; apprendre à les bien connaître et partant à les mieux estimer; mettre à profit l’intérêt qui s’attache à l’immédiat pour s’élever ensuite graduellement du particulier au général; voilà, à coup sûr, autant d’initiatives méritoires, et un très louable processus d’éducation. Reste à savoir, demande-t-on : 1° si Ja majorité des adolescents possède en soi de quoi parvenir d’emblée à saisir, à sentir les beautés de la nature ou de Part; 2° si ces images ne prendront pas un caractère mixte, semi-didactique, semi-décoratif, et si l’on ne réalise pas de la sorte une confusion entre le matériel d’enseignement et le matériel de décoration? à quoi les pédagogues objectent que ce qui est appelé à instruire ne saurait servir à orner.
Sans nier la part de vérité contenue dans ces remarques, répondons que dès qu’une éducation mieux entendue l’aura mis en état de répandre la bonne parole, le maître suffira
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à dégager le sens de ces images ; d’un autre côté, leur portée esthétique ne saurait s’abolir par le fait qu’elles documentent, illustrent, et secondent l’étude du monde visible ou l’évocation des civilisations passées. Mais il y aura intérêt plus que jamais à ce que l’alternance soit très fréquente, à ce que l’exposition n’ait lieu qu’après explication préalable de chaque sujet — la curiosité de l’esprit exigeant d’être satisfaite pour permettre à la vue de goûter sans trouble ce qu’elle perçoit.
Décoration fixe. — C’est depuis longtemps une habitude pour l’État d’inviter les peintres et les sculpteurs à rehausser le luxe des universités, des facultés, des grandes écoles, et l’histoire de l’art français au xixe siècle se trouverai t singulièrement appauvrie si l’on s’avisait d’en omettre les décorations de la Sorbonne ou de l’École de pharmacie. Dans la répartition des commandes, les établissements d’enseignement secondaire ou primaire, de beaucoup plus nombreux, n’ont été que rarement compris. Quelle excuse plausible donner à cette défaveur, si ce n’est que le caractère de permanence court moins risque d’entraîner la lassitude lorsque la décoration cesse de s’imposer au regard chaque jour, pendant de longues heures, obligatoirement. Néanmoins, malgré la préférence marquée pour la décoration mobile, il ne s’ensuit nullement qu’il faille réprouver ou proscrire les peintures ou sculptures murales de sujets et de techniques appropriés à l’âge des élèves; bien mieux, sous les mêmes réserves de composition et d’exécution, ce mode de décoration est jugé, non pas seulement admissible, mais recommandable dès qu’il s’agit des préaux, des parloirs, des vestibules et des escaliers où l’enfant ne fait que passer.
A. Décoration plane . — Tenons pour acquise cette vérité : de l’aspect des murs dépend en grande partie la physionomie, rébarbative ou avenante, de la salle d’école et de classe. On éveillera l’idée de la sérénité, de la joie par les
tons lumineux, l’emploi de peintures lavables autorisant le choix des couleurs les plus claires. Selon les ressources, sur ce fond déjà riant, pourront être tracés au pochoir des frises, des ornements courants ; souhaitons que le caractère en soit simple, que le motif, lisible au premier regard, s’emprunte familièrement à la flore, à la faune, aux sites du pays. Vienne la salle à être ornée de compositions utilisant la figure humaine, on ne répétera jamais assez que le bienfait de cette illustration se mesurera au souci moral et technique que l’artiste aura témoigné de la convenance et de la destination.
A défaut de peintures, certains ont proposé de tendre les murs de cuirs, de papiers lavables, de toiles imprimées ou ornées à la main; on a également parlé d’émaux, de lambris marquetés, de plafonds retraçant l’image de la voûte céleste, etc. ; quel que soit le parti adopté, les règles de décor précédemment formulées restent en vigueur. Je note encore qu’un revêtement céramique de coloration tendre semble devoir satisfaire à la fois les aspirations de l’esthétique et les besoins de l’hygiène.
B. Décoration en relief. — De même que le décor peint, le décor modelé emprunte des formes variées. La plus humble, mais non la moins intéressante, consiste à appliquer sur le mortier gris du mur une ornementation florale, au pochoir, en ciment de couleur. Le moulage pourra, lui aussi, concourir à l’embellissement des salles, soit que des bas-reliefs se trouvent apposés sur la paroi, soit qu’une frise se développe, dans la hauteur (1). Pour cette imagerie modelée, les mêmes considérations qui ont prévalu pour l’imagerie plane détermineront un choix judicieux des motifs et des sujets.
Roger Marx,
Inspecteur général au Ministère des Beaux-Arts.
(1) Des précautions très simples peuvent protéger ces moulages contre le danger de l’encrassement et des souillures.
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’ imagerie scolaire comprend le Bon point et le Témoignage de satisfaction.
Le premier se donnera facilement, ainsi pour une ou plusieurs réponses justes, un devoir bien fait. Le second, plus important, récompensera un nombre élevé de bons points, ou bien encore, par exemple, un ensemble de notes satisfaisantes au bout de la semaine ou du mois.
Cette imagerie, si modeste en apparence, peut et doit jouer, sous le rapport artistique, un rôle efficace.
La fréquence du Bon point le rend semblable à la goutte d’eau qui, à la longue et insensiblement, creuse une trace profonde. En outre, il apparaît accessible à tous : quel enfant, en effet, pendant la période scolaire, n’en aura point mérité sa part, si minime soit-elle?
Enfin — et nous reviendrons sur cette considération importante — devenant possession de l’enfant, il est emporté par lui au logis de famille.
La valeur, à tous égards éducatrice, de la petite imagerie scolaire fut reconnue et signalée au Congrès de l’Art à
WALTHBR
TRIBUÉES
l'art a l’école
ï Ecole (22 et 23 juin 1904). Pédagogues et artistes lui consacrèrent de sérieuses discussions.