LES MOIS, PAR EUGÈNE GRASSET. — MAI
choix éclairé, où s’ajoute un sentiment d’art. Cette double condition, si nécessaire au point de vue scolaire qui nous occupe, devra demeurer le souci constant des éducateurs. Nous savons pertinemment combien la Société nationale de P Art à V Ecole y attache d’importance, tant dans la désignation qu’elle opère parmi les cartes postales existantes qu’à l’égard des créations dont elle a commencé de prendre l’initiative.
Les collections d’ensemble nous paraissent susceptibles souvent de conséquences fécondes. L’enfant en réunira les éléments, au fur et à mesure de ses succès scolaires, dans des albums commodes et à bon marché comme il en existe déjà (1). Ce sera un motif d’émulation en plus. On redoublera d’ardeur et de travail pour parfaire la collection commencée. Enfin, une fois terminée, elle formera un tout davantage précieux et instructif, qu'on gardera soigneusement et qu'on pourra consulter avec fruit.
Peut-être même la carte postale serait-elle très heureusement employée pour conserver le souvenir d’une salle d’école bien ornée, d’une promenade collective, d’une fête intime. L’enfant se retrouverait là avec ses camarades et ses maîtres dans le décor des événements où tous ensemble auraient pris leur part commune de travail ou de plaisir...
Les observations que nous avons faites au sujet du Bon point peuvent s’appliquer au Témoignage de satisfaction, en y ajoutant quelques remarques particulières.
Le Témoignage de satisfaction, destiné à récompenser des efforts plus abondants ou un résultat plus marquant, sera donné moins souvent. Il paraîtra davantage important et précieux.
Dans nombre de cas ses dimensions dépasseront celles du simple Bon point. Sans prétendre à jouer le rôle d’une véritable estampe murale, il sera susceptible parfois d’être mis. sous verre, avec un simple passe-partout que l’enfant peut facilement confectionner lui-même. D’autant mieux semblera-t-il digne de servir d’ornementation permanente, que son prix, bien que restant modeste, sera cependant un peu plus élevé. A côté de bonnes reproductions, nous ver-
(1) A cet1 égard nous recommanderons instamment d’éviter les albums aux feuillets intérieurs fioriturés, aux couvertures tapageuses. Nous devons conseiller au contraire la plus grande simplicité : le mieux serait l’absence complète d’ornement, les marges nues laissant au sujet toute sa valeur esthétique.
L’IMAGERIE SCOLAIRE
rions ici avec plaisir l’emploi de modes originaux de gravure : la lithographie en noir ou en couleurs, l'eau-forte ou
le bois. Entre le rare et curieux tirage des grands amateurs et la diffusion innombrable qui souvent gâche et avilit, il y a
JEU DES PETITS POLISSONS DE PARIS 1 LE COUPE-TÊTE. — FAC-SIMILÉ D’UNE GRAVURE DE AUG. DE SAINT-AOBIN (XVIIIe SIÈCLE).
place pour l'estampe faite avec soin, et de prix abordable. Ainsi le témoignage de satisfaction aurait-il toute valeur d'art, même dans son faire matériel (1).
l'art au foyer par l’art a l’école (2).
Mais il est une fonction encore, commencée par le Bon point, continuée et étendue par le Témoignage de satisfaction. sur laquelle nous voulons appeler l’attention.
C’est par l'art à l'école, tout spécialement grâce aux spécimens que l’enfant emporte avec lui, que l’art pénétrera au foyer familial.
Or, c’est là une mission capitale, à notre avis. Toutes les bonnes volontés qui se sont occupées de la difficile question de l'éducation populaire se sont rendu compte que les manifestations plastiques (3), si elles sont judicieusement choisies et appropriées, peuvent être un adjuvant précieux.
Sous le rapport spécial que nous traitons ici, on constatera que, par le Bon point et le Témoignage de satisfaction, l'enfant forme graduellement son goût. Il s’habituera également au désir et même à l’initiative de l’ornementation autour de lui, dont il prendra l’idée et la conscience plus en grand par l’aspect de son école harmonieusement décorée. Mais encore tous les membres de la famille s’attacheront à ces frêles feuilles volantes, trophées de petites victoires
(1) Au-dessus du Témoignage de satisfaction , mais dans le même ordre d’idée, se présente le Diplôme.
Voir Henri Bouchot , l’Art dans la décoration du diplôme (Paris,' Laurens, s. d.).
2) C'est ce (jui a été très bien compris en Belgique où, pour répandre les résultats accomplis et en susciter de nouveaux, il existe une Revue importante : L'Art à l’École et au Foyer (Héverlé-Louvain).
Un organe similaire serait bien utile en France pour corroborer le mouvement qui se maniléste.
\\) 11 faut mentionner encore, et à un haut degré, la musique et l’art dramatique.
L’IMAGERIE SCOLAIRE
studieusement remportées. La curiosité s’éveillera devant ces visions apparues; elle ne se satisfera un peu par la légende explicative que pour s’éveiller à nouveau en voyant combien de détails intéressants manquent, qu’on voudra connaître. Ainsi grâce à cet affinement insensible de l’œil et du goût dans l’ambiance intime, par l’agrandissement intellectuel qui en peut résulter, se formeront des générations capables — c’est un besoin impérieux pour notre pays — de donner une impulsion originale et forte à nos arts décoratifs.
Puis, ne l’oublions pas, malgré des difficultés économiques de début, le mouvement s’accentue en faveur de loisirs plus grands réclamés pour les classes ouvrières, au nom de la physiologie et de la justice morale. Si donc l’homme du peuple ne trouve pas joie et agrément dans son intérieur, comme au dehors la ressource saine des jeux physiques ou la satisfaction de goûts intellectuels, éveillés et cultivés en lui, c’est le cabaret et le café-concert qui l’accapareront plus encore que par le passé. Tout le bénéfice d’une mesure excellente en soi tournera à augmenter une corruption pire que l’abrutissement du travail.
Telles sont les réflexions d’ordres divers que peut suggérer la petite estampe scolaire : Bon point et Témoignage de satisfaction . Par certains côtés elle touche même, on le voit, pour sa très modeste part, à de graves problèmes sociaux.
Le travail qui s’impose actuellement - — celui que la Société nationale de V Art à V Ecole, notamment, a entrepris avec ardeur — est le suivant :
Tout d’abord il faut connaître et étudier ce qui se fait à l’étranger, où nous avons été devancés. Non point, qu’on nous comprenne bien, pour imiter servilement, mais pour établir un mouvement équivalent.
Ensuite une révision — elle est commencée déjà et s’annonce singulièrement pauvre en résultats — permettra de choisir parmi les productions existant présentement celles susceptibles d’être utilisées et recommandées.
Enfin — et c’est la grande besogne à accomplir pour l’ensemble, on peut le dire, des desiderata concernant l’art dans nos écoles — il faudra susciter une éclosion. D’une part, les pédagogues et les amis des questions artistiques énonceront de concert les principes d’après lesquels ils conçoivent l’établissement d’oeuvres qui devront satisfaire à la triple exigence de l’esthétisme, de l’éducation et de l’appropriation à l’enfance. D’autre part, les éditeurs, tenant compte des aspirations manifestées par ceux-là mêmes qui ont charge de guider leur clientèle scolaire, apporteront à la disposition du nouveau mouvement leur outillage perfectionné et leurs puissants moyens d’action.
Aux artistes finalement incombera la tâche créatrice, aussi belle qu’elle est ardue. Mais nous possédons certes assez de ressources en hommes et en inspiration pour donner à la Erance, qui en a l’urgent besoin, un Art à l’École approprié à la mentalité de notre race, à ses caractères originaux et à ses goûts personnels.
André Mellerio,
Critique d’art.
LA DÉCORATION DU LIVRE: EN-TÊTE DE PAGE, PAR WALTER CRANE, TIRÉ DE « THE BABï’s OPERA»,
Le Liî^re et le C&foietr
ssctëî&fiirgs.
n ne saurait trop le répéter : Fun des moyens les plus
sûrs de former le goût de la jeunesse et par suite
celui du grand public de demain, c’est de répandre à profusion des exemples de beauté, c’est de constituer à l’école, à la maison, une ambiance pure et sereine, où rien de laid n’afflige les regards de l’enfant et ne corrompe ses sens délicats.
Efforçons-nous donc de créer de la beauté en tout et partout, même dans les objets usuels les plus humbles. Et puisqu’il s’agit ici de l’art à l’école, après avoir rendu les abords de l’édifice accueillants et aimables, après avoir assaini et embelli les classes et le mobilier, épuré l’imagerie, demandons que le livre et le cahier scolaires, sur lesquels le regard de l’enfant se pose sans cesse, dépouillent leur aspect maussade, pour devenir de petits chefs-d’œuvre d’harmonie et de bon goût.
Le livre scolaire. — De tout temps on a composé des ouvrages d’enseignement. Mais l’humble livre scolaire ne date guère que de la création des écoles primaires (1793). Auparavant les ouvrages de ce genre, souvent remarquables
au point de vue typographique, n’étaient point destinés aux enfants du peuple.
Dans la première moitié du xixe siècle et même sous le second
Empire le livre de classe se présentait sous un aspect vraiment rébarbatif : impressions grossières sur papier grossier dans un cartonnage de couleurs crues, titres compliqués, hétérogènes, composés de caractères de toutes provenances; texte compact, pages monotones, sans aucun ornement typographique et presque toujours sans gravures.
Jetons main tenant les yeux sur le livre actuel : et nous constaterons que depuis la réforme scolaire de Jules Ferry il s’est profondément modi-
EXEMPLE DE TITRE HÉTÉROGÈNE COM- fié 3L SOn aVUlltage.
POSÉ DE CARACTÈRES DE DIVERS TYPES yertU édUCa*
trice de l’image ayant été proclamée de tous côtés, les éditeurs de livres classiques répondirent à l’envi aux desiderata des maîtres, de sorte qu’aujourd’hui l’image, devenue légion, triomphe dans toutes les publications destinées à la jeunesse.