PLOI EXCLUSIF DE CARACTÈRES ELZÉVIRS
L’ART A LÉCOLE
Malheureusement, comme il arrive fréquemment chez nous, auteurs, pédagogues, éditeurs, pris tout à coup d’un beau zèle, dépassèrent vite la juste mesure. La quantité des images nuisit à la qualité, et si la plupart des livres de classe actuels sont copieusement illustrés, il en est peu qui le soient avec discernement et avec goût.
Dans nombre de ces livres les images, jetées au hasard à travers le texte qu’elles devraient éclairer ou embellir, sont de la plus navrante médiocrité, encombrent les pages au lieu de les orner, et laissent à désirer au triple point de vue de la convenance, de la facture et de la correction. Au lieu d’être éducatives, elles faussent la vision et le goût de l’enfant, et vont ainsi à l’encontre du but de l’éducateur.
On est arrivé de la sorte à ce résultat singulier que des ouvrages d’une valeur pédagogique indéniable, exactement adaptés aux programmes, irréprochables au point de vue de la correction du texte, sont déparés par une illustration déplorable où se remarquent des fautes d’orthographe les plus grossières. Certains de ces livres, signés de professeurs, d’inspecteurs influents, se répandent grâce à ces hauts patronages dans tous les milieux universitaires, multipliant ainsi à foison des exemples de laideur et de vulgarité.
Et cependant, Maîtres de l’enfance, c’est vous qui devrez surtout créer l’atmosphère d’art que nous appelons de tous nos vœux ! C’est vous qui dans maintes circonstances aurez à commenter d’émouvantes images, à prononcer les paroles simples et décisives, évocatrices de la beauté !
En attendant que l’École normale prépare les générations nouvelles aptes à remplir ce rôle important, nous pensons que chacun de vous peut dès maintenant affiner sa vision, discerner la beauté et la signaler aux enfants du peuple. Pour y parvenir sûrement il vous suffira de remonter aux sources pures de Part typographique et de feuilleter les admirables livres illustrés créés à l’origine de l’imprimerie. Certes ces chefs-d’œuvre sont rares. Mais il n’est pas de bibliothèque
LA LEÇON DU PASSÉ : EXEMPLE DE BOR- DURES FORMANT ENCADREMENT. ARITHMÉ- TIQUE. IMPRESSION DE FLORENCE, 15 18.
publique, de musée provincial qui n’en possède quelques exemplaires intéressants.
Au hasard de vos recherches dans les greniers d’un vieux logis il peut arriver aussi que vous trouviez quelque bouquin poudreux recouvert de parchemin ou de cuir estampé. Regardez au bas du frontispice ou bien au dernier feuillet du volume : si vous lisez une date de la fin du xve siècle ou du commencement du xviG, feuilletez ce livre avec respect, examinez-le avec attention et essayez de comprendre : c’est peut-être un chef-d’œuvre de la typographie française sorti des presses d’un Yérard, d’un Simon de Colines, d’un Estienne, d’un de Tournes, ou d’un émule de ces grands imprimeurs. En étudiant de tels livres au seul point de vue de l’exécution matérielle, — qualité du papier, lisibilité des caractères et des vignettes, distribution harmonieuse des figures dans le texte, heureuses proportions des lettres, des pages et des marges, netteté de l’impression, — vous prendrez une notion juste, forte, inoubliable de ce qu’est un beau livre et des conditions d’unité dans la variété qu’il doit réunir pour réaliser une œuvre d’art.
Voilà la véritable école où nos contemporains auteurs, dessinateurs, éditeurs, maîtres et élèves doivent fréquenter pour retrouver la tradition du bon goût, du goût français. Ce sera le prélude de la renaissance espérée.
En effet, de l’examen attentif des livres anciens, on peut déduire quelques règles applicables à la réalisation du livre scolaire moderne.
Pour qu’il remplisse son objet, il devra réunir les qualités essentielles suivantes : la clarté du texte et des gravures, la convenance des sujets d’illustration, leur distribution harmonieuse dans les pages.
La clarté résulte du choix judicieux des caractères, de la longueur convenable des lignes, de la dimension et des proportions de la page, de la facture des images et de la place qu’elles occupent dans le texte. C’est ainsi que les
COVSTVMES LOCA-
les E T PRIVILEGES DE LA VILLE DE