‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 43 sur 101 · I. \ PEINTURE · texte numérisé non relu

I. \ PEINTURE

Ibsen a trouvé, pour le peindre, de l'arc, de trois quarts, en redingote noire, en paletot brun, en pardessus blanc, trois excellents artistes. MM. Heyerdahl, Xils Gude, Werenskiold. L'œuvre de ce dernier est vraiment supérieure et. comme ses Enfants de village, d'une originalité bien marquée. Nous citerons encore parmi d'autres bons portraitistes, tels que MM. Strom. Thorne et M1"' Laache Thorne. d'intéressants peintres de mœurs locales, tels que

F. HODLEB.

L'EI'HYTIIMIE

MM. Soot, Stenersen, Jacobsen, Eiebakkc, M'" Daniel Backer, MM. Krohg, Wentzel et de nombreux paysagistes tels que MM. Thaulow, Hjerlow, Holmboe, Jorde, Diriks, Mûller, Mmo Kielland, qui. presque tous, dans leur manière un peu lourde, parfois maladroite, mais franche et forte et souvent chaleureuse de rendre leurs sensations, conservent un accent libre el national.

Tandis que les peintres du Nord, soumis sans révolte aux influences naturelles de leur milieu physique et social, se meuvent paisiblement dans le cercle limité, mais précis et sûr, des inspirations familières, combien plus d'inquiétudes, d'incertitudes, d'agitations, tantôt fécondes, tantôt stériles, agitent les ateliers de l'Europe centrale et méridionale, où d'anciennes traditions, d'un art plus compliqué et plus imaginalif, lutteront probablement toujours avec les tendances contemporaines, d'un art plus immédiat et plus

■jus L'ART A L'EXPOSITION DE 1000

simpliste, soil plus sensuel, soil plus intime! Depuis 1855, l'Autriche, la Suisse, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, onl fait de laborieux efforts pour prendre ou reprendre dans la peinture un rang supérieur, et nulle part, ces efforts n'ont été inutiles. Néanmoins, dans l'Autriche et la Suisse, pays de langues diverses et d'a°-gloméralions ethniques, des écoles vraiment nationales, semblent avoir quelque peine à se former; la pluparl des ouvrages y gardent une marque d'influences étrangères, et le disparate des tendances el des recherches dans la môme section y contraste avec celle unité d'esprit que pré-

Sn.isiiM, — La Mort, panneau du triptyque, la Nature, la Vie. 1 .1 Morl ».

sentent, dans leur ensemble, les salles allemandes, anglaises, presque toutes les salles du Nord el même déjà, beaucoup plus ([n'en 1889, celles de l'Italie et de lEspagne.

L'Autriche et, avec elle, la Hongrie, se débattent, avec conscience et anxiété, entre les traditions classiques et les modes ultra-modernes, sans parvenir à se former une conviclion. Les bons, les excellents morceaux n'y manquent pas, mais presque tous ont un air si exotique qu'un ne serait pas surpris de les trouver à côté, suit en France, soil en Allemagne. Il y a. dans ees deux pays, une virtuosité courante et facile, hardie et brillante, par laquelle on peut rire justement séduit, mais qui, jusqu'à présent, ne constitue pas un caractère spécial, 'le qu'il esl juste de constater, néanmoins,

LA PEINTURE

c'esl que ce dilettantisme austro-hongrois, aux goûts cosmopolites, depuis dix ;ms. s'esl allégé et rajeuni au contact des écoles nouvelles, que son goût, en fait de couleurs, jadis porté au uoir, au juteux, au suranné, au renfermé, tend

J. Boldlm. — l'uivTuur de M. W'histler.

à se rafraîchir : on n'y méprise plus autant ni les couleurs claires, ni l'atmosphère naturelle, ni l'aération dans les intérieurs et les paysages. MM. Angeli Portrait */<• S. M. l'Impératrice Frédéric . Deulsch, Hynais, Mnller, peignent très bien, mais ils peignent comme on peint à Paris. Il en est de même en Hongrie de MM. Benczur S. /:. //■ cardinal Schlauch, S. M. François- Joseph . Las/lù Le chancelier Prince de Hohenlohe et bien d'autres, bons

portraitistes H peintres estimables de scènes historiques. Aussi, trouvonsnous ]«l n~ de saveur, là à M. Mehoffer {Une chanteuse) et à M. Moll (le Repos du dimanche . ici à M. Csôk, qui procède visiblement do noire Uagnan- Bouveret, mais qui applique hcurcuscmenl son éducation parisienne à dos types bien hongrois.

La Suisse offre un spectacle à peu prés semblable. Comme M. Klimi en Autriche, qui fait une si étrange mixture de souvenirs classiques et de désordre impressionniste, M. Hodler, avec une grande dépense de volonté et île savoir, cherche à renouveler l'art décoratif et historique par des làtonncmcnts divers dans l'archaïsme allemand ou l'archaïsme préhistorique. A côté de ce dilettantisme inquiet dont M. Carlos Schwabe, dans ses dessins el aquarelles, est le représentant le plus délicat, de très bons portraitistes el figuristes, M11' Brcslau toujours en tôle, MM. Hinderling, Rcithlisberger, des paysagistes sincères. MM. Sandrcuter, Jcanneret, Gos. Thomann, etc.. cherchent, dans un naturalisme intelligent, une expression dos choses plus nouvelle el plus vivante. Nous y retrouvons, cela va sans dire, avec leurs qualités connues, MM. Giron. Bieler, Burnand, Eugène ot Paul Girardet. M""-' Bocderstein, habitués de nos Salon-: mais, comme artistes, ce sont pour nou- île- compatriotes.

L'Italie ol l'Espagne, qui avaient tant à faire pour remonter vers leur gloire passée, se sont mises, celte fois, résolument en marche. Déjà, en 18S'J. nous avions constaté, dans la Haute-Italie, un mouvement accentué de retour vers des éludes plus vigoureuses et plus approfondies, d'après la nature el le milieu environnants. .Nous avions applaudi aux premiers succès do MM. Morbelli, Segantini, Carcano. etc.. Seganlini est mort trop loi. et son oeuvre posthume montre comment l'imitation primitive de Millet s'était depuis transformée chez lui en une puissance opiniâtre d'observation intense ol rude, très imposante et très personnelle. MM. Morbelli Jour de fête à l hospice Trivulzio. — Lr viatique), el Carcano Campagne d'Asiar/o ont encore fortifié el mûri leur talent sévère et gravi'. 11 en esl de même, dans le Midi, pour M. Miihelli qui s'est complètement transformé, ot. après avoir été, dan- -.•- pochades pétillantes et ensoleillées, le rival heureux do Fortuny el de Nittis. semble vouloir prendre les allure- d'un peintre épique et ethnique. Ses deux grande- processions de- Serpents et dos E-/r->j>i/;s. d'une exécution un peu lourde, mais souvent grave et puissante, contiennent quel-

M"" Locise Biiesl.ii . — Petite pille ai chien dlanc (pastelj.

LA PEINTURE

ques morceaux d'un grand carne [ère dans leur réalisme naïvement audacieux. L'école vénitienne poursuit aussi, avec entrain, sa marche en avant, commencée par Favrello et Nono. C'est elle qui. jusqu'à présent, semble avoir le mieux profité des premiers exemples d'émancipation et de retour à la clarté et au charme pittoresques donnés depuis longtemps par M. Domenico Morelli (Le Christ au désert, spécimen insuffisant de son grand talent) : c'est

A. Mohuelli. —Le juuu de fête a l'hospice Trivulzio \ Milan

elle qui s'est le plus vite rajeunie. Les cinq tableaux de M. Ettorc Tito (Vecchia ■pescheria. Sur la lagune, etc. , comme la Paix aux naufragés de M. Bazzaro, sont des œuvres colorées, vivantes, expressives, vraiment italiennes. Si l'on observe ensuite les œuvres de MM. Rotta, Bazzi, Pio Joris, Calderini, Tavcrnier, on aura confiance dans l'évolution italienne vers un art plus indépendant, plus sain el plus fécond que celui des Italiens de Paris, de M. Boldini et M"" Juana Romani, dont la virtuosité, si brillante el habile qu'elle soit, même en produisant des chefs-d'œuvre (comme le Portrait de M. Whistler par M. Boldini), reste stérile pour leurs compatriotes.

En Espagne et en Portugal, même mouvement d'indépendance, même reprise des traditions indigènes, plus librement continuées. L'aspect de la section espagnole, moins encombrée de cadavres et de tonalités sombres, est, celte luis, pittoresque, éclatant, mouvementé, vivant, grâce surtout à

M. Sorolla y Baslida, el ses toiles joyeusement ensoleillées, puis à MM. Moreno-Carbonero, Menender-Pidal. Fabrès, Pinazo-Martincz, Vasquez y Ubeda, el à ces deux admirables illustrateurs, d'une verve inépuisable. Urrabielta Vierge el José-Jimenez Aranda, etc. Il ne manque souvent, pour être des œuvres vraimenl supérieures, à ces improvisations éclatantes, qu'un pou plus d'approfondissement el de tenue. Dans le Portugal, le goût de la forte et

.1 . Sonoi la y B

Le ISwv

belle peinture, se rattachant à Vclasqucz ou Goya, s'affirme dans les portraits de M. Carlos Reiz. de M"1 la comtesse Alto Mearim el surtout de M. Columbano, tandis que la tradition parisienne est habilement représentée par MM. Souza-Pinto el Salgado, cl par S. M. Don Carlos Ier, roi de Portugal, diml la Levée des filets serait partout une excellente peinture.

Ce ne son) pas seulement les grandes nations dont nous avons parlé trop

rapidemenl qui onl voulu prendre pari au grand concours de la peinture. La

Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la République de l'Equateur, la Grèce, le

Luxembourg, la Roumanie, les Républiques de Saint-Marin, de San Salvador,

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