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A. LE ORAND-DUC l'Ail. ALEXANDROVITCH

les Belges gardent leur rang. C'est une grande perte pour eux que la mort si prématurée d'Evenepoel dont le Portrait de M. Iiurrino {^Espagnol à Paris est un superbe morceau. Il suffil d'admirer la solidité et l'éclat persistant des colorations de M. Stobbaerts, dans son Intérieur d'étable et sa Cour de ferme, l'aisance pittoresque el vivante de M. Clans dans son Passage des vaches, la gravité, la sensibilité, la science technique, de MM. Baertsoen, Verstraete,

LA PEINTURE

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Kelvin, Buysse, Heymans, Willaerl el bien d'autres, dans leurs paysages, pour se convaincre de la vitalité île l'art flamand.

En 1855, c'était la France, l'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne, <|ui possédaient seules des écoles actives de peinture. Partout ailleurs, saut quelques individualités isolées et formées presque toujours à Paris, Munich, Dusseldorf, ce n'était que production routinière «tans les vieilles écoles, et chez les peuples lointains ou neufs, quelques tâtonnements enfantins, le pins souvent l'indifférence ou l'inertie complète. La situation a bien changé

Le hire

depuis. Les États-Unis d'Amérique, qui n'avaient point d'art, s'étant mis à l'école du vieux monde, sonl en train, nous l'avons vu. de prendre, à leur tour, un rôle personnel dans l'évolution générale. C'est le cas aussi de la Russie, dont les envois en 1807. 1 XTS. el même, sauf quelques exceptions, en 1889, portaient encore, dans leur ensemble, l'empreinte d'une soumission excessive aux enseignements de l'éclectisme parisien ou munichois. La section, cette t'ois, se présente avec quelques artistes plus audacieux et plus personnels. Ce ne sont pas sans doute nos vieilles et aimables connaissances, M. Harlamoff, habitant de la place Pigalle, M. Makowski, de l'académie de Saint-Pétersbourg, malgré leur extrême habileté, qui nous semblent, le mieux. préparer l'évolution nationale. Le dilettantisme de M. .Makowski, savant el souple, tour a tour sentimental, épique, réaliste, caricatural, malgré quelques œuvres plus \i\es el très russes, comme la Communion des enfants et

la Procession, parait trop instable pour s'approfondir. C'est d'ailleurs la remarque à faire pour beaucoup d'artistes slaves: leur facilité extraordinaire, mais mobile et superficielle, d'assimilation, en l'ail de procédés pittoresques comme en l'ait de langage, donne quelque inquiétude sur les résultats délinilil's. En toul cas. ce qui est visible, c'est l'extraordinaire agitation d'esprit qui mel en contact chaleureux et fécond les peintres russes avec les maîtres anciens ou contemporains et qui permet de signaler, chez eux. dans tous les genres, des recherches actives et des trouvailles heureuses. Dans l'histoire ou le genre historique, JIM. Victor Wasnezow [Quelle route prendre?), Nesterov (Les montes), dans le portrait, M. Elie Rcpine, Mm' la princesse Eristoff Kazak, dans les éludes familières ou populaires, M. Korovine (Les Espagnoles), .M. Arkliipow (Le vira./ el Sur le Volga), M. Kassalkine (Couloir du palais). M. lîasinaritzine (Lu dernière relouche. Le musicien), M. Pasternac (A la veille </e l'examen), montrent de l'habileté et de l'observation. M. Pasternac est, en outre, l'auteur d'une remarquable série de dessins destinés à l'illustration de lîe'surrection par le comte Tolstoï, où les types locaux sont soigneusement observés el vivemenl mis en scène. Parmi les paysagistes. M. Tkatchenko, habitant Paris, se montre peut-être, dans ses excellentes toiles (Effet de lune et Calme sur la mer Noire), un peu trop imitateur de MM. Zuber el Harrison, mais d'autres tels que MM. Sviaeoslavsky, Stabrovski, sont plus directement impressionnés par l'aspect local.

Les deux meilleurs peintres que cette exposition nous aura révélés sont MM. Serov cl Maliavine. Les trois portraits de M. Serov, l'un en plein air. jusqu'aux genoux, celui de S. A. le grand-duc Paul Âlexandrovitch, près de son cheval que tient un écuyer, l'autre, à mi-corps, d'une fillette dans une salle à manger, sous une lumière fraîche, vue à contre-jour, l'autre, dans un salon sombre, d'une jeune femme en pied, en robe jaune garnie de Heurs, assise sur un canapé noir, sont tous les trois de fort beaux morceaux de peinture. La physionomie, l'allure, le tempérament, le costume, l'ambiance des personnages, y sont observés el rendus avec autan! de verve que leur disposition pittoresque sous ces éclairages divers. L'enseignement vient de Goya, de Regnault. de Gervex; mais M. Serov n'est plus un élève, c'est un maître, un maître hrillant, savoureux, vivant. M. Maliavine ne se dégage pas encore autant des souvenirs. L'influence de MM. Besnard el Zôrn, dans ses paysannes en rouge éclalanl de rire au milieu d'un pré vert [Le rire;, notant-

Zorn. — Mincit, 24 juin (Mora)

LA PEINTURE

ment, reste assez visible, comme ailleurs celle de quelques autres praticiens. Toutefois c'est un beau tempérament, éclatant et vigoureux, qui joue déjà à merveille l'air de bravoure et qui trouvera sans doute son originalité dès qu'il appliquera avec suite, comme il semble vouloir le faire, cette virtuosité à l'interprétation des types de son pays. C'est en effet à l'exaltation, non à la confusion, des divers tempéraments nationaux, par le contact et l'émulation des races diverses, que doivent aboutir le^ expositions universelles. Nous avons, dans la section russe même, un exemple frappant de la

J. Isbj

Retih'h DES Cil UII'S

tendance générale, dans les petites patries, comme dans les grandes nations, à affirmer, d'autant plus, l'individualisme local, qu'on se sent plus menacé par le cosmopolitisme commercial et scientifique. Les artistes finlandais y tonnent un groupe spécial, d'un caractère particulier, liés remarquable par sa sincérité, son sentiment respectueux et profond de la nature et de la vérité, fortifié des traditions indigènes d'un art un peu rude, mais ferme et expressil. M. Edelfell, que nous estimons depuis longtemps, ne représente pas complètement lui-même cet esprit finlandais dans toute sa simplicité ou toute son àprelé. Il faut surtout étudier avec soin les œuvres si caractéristiques de .M. Axel Gallen. ses portraits, ses éludes de paysans, ses décorations dans le pavillon de Finlande, et celles de M. Jaernel'ell. portraits, scènes

rustiques, paysages. C'esl là cl chez quelques autres de leurs compatriotes qu'on saisira cette vitalité intense, discrète, profonde, de l'âme finlandaise, qui. comme toutes les âmes Scandinaves, semble une réserve de noblesse, de simplicité, de santé, pour noire Europe centrale fatiguée par ses excès d'imagination égoïste el sensuelle.

C'esl un fait déjà remarqué en 1878 el INS',1 qu'on remontant vers le Nord l'art des peintres devient plu- simplement humain, plus naïf el plus tendre.

Y. Joilvnsbx. — Le Sûiu, les enfants

rS A LEUB TH.IVA.IL

Si l'on compare les Pays-Bas à la Belgique, on est déjà frappé de la différence, autant dans la technique que dans ]<■ choix des sujels. En Belgique, des scènes extérieures on pittoresques, une pâte solide, des couleurs tranchantes el éclatantes; en Hollande, des scènes intérieures el dévie ordinaire, une palette brouillée, des harmonies fondantes et grises. M. Joseph Israels a été l'un des inventeurs de celle peinture terne el triste, d'aspect indécis el pâteux, mais patiemment et délicatement animée par huiles sortes de subtilités lumineuses et de vibrations expressives ne permettant paa d'oublier qu'on est au pays de Rembrandt. Le Marchand de bric à brac. à peine visible dans sa pénombre grouillante, marque l'extrême limite où doit

LA PEINTURE

s'arrêter l'emploi de ce procédé, si l'on ne veut supprimer tout sentiment dos formes, en môme temps que toute variété et vérité des couleurs. Aussi voit-on avec plaisir, tout en retenant, dos exemples du maître, son grand goùl harmonique et sa fine sensibilité, beaucoup do ses compatriotes chercher dans la nature dos mouvements plus vifs et dos nuances moins obstinément attristées. Avec MM. Blommers {L'été), Heyberg Près du poêle), Briet [Jeune ménagère), Josselin de Jong Pur/mi/ de famille. Dans la fonderie), Neuhuys Intérieur , Marions (Le puits , Ilenker Réunion en conseil), etc., los Hollan-

P.-S. Kroyeb. — DÉJEUNER (1893

dais rentrent, avec un sentiment très moderne, mais une forme plus libre, dans la tradition complète dos Pays-Bas qui ost aussi bien celle de la bonne humour et des belles couleurs, que colle de la sincérité et delagravité. Parmi los paysagistes, M. Mesdag, le regretté Jacob Maris, MM. W. Maris. Gabriel, Kovor. trouvent maintenant des rivaux dans dos praticiens plus hardis tels que M. Soest, l'auteur d'une belle Matinée d'hiver et M. Weissenbruch Lu plage] .

Le Danemark, la Suède, la Norvège, comme la Finlande, semblent marcher, d'un pas plus résolu, dans les voies nouvelles. On n'y fait guère que de 1 art naturaliste, dos portraits, des -crues familières, dos paysages, pour lesquels on no se fait pas fauté de demander des conseils techniques, on Franco et ailleurs. Mais avec quelle liberté réfléchie, quel beau fonds de tempérament particulier, on reçoit et on utilise ces conseils ! Presque partout, quelle

délicate observation, quelle analyse émue des choses vivantes se joignent à la naïveté ou à la profondeur de la sensibilité murale! Comme on se sent loin des conventions de coteries el des préjugés scolaires ! En Danemark, ce ne sont pas seulement MM. Kroyer el Johansen qui excellent à traduire, dans un intérieur, les expressions de la lumière, naturelle on artificielle, et

F. Tm

Paysage.

celles île la figure bumaine, a uous inspirer l'amour de la gravité, du recueillement, des labeurs honnêtes cl des sentiments simples. Ce sont encore vingl autres. MM. Tuxen, Irminger, Hammershôj, Skovgaard, Thomsen, M"° et M. Ancher, MM. Helsted, Paulsen, dont les œuvres révèlent un rare esprit d analyse au service de vrais tempéraments de peintres. De même en Suède, où M. Zorn, avec son morceau capital, Minuit. 24 juin [Mord), des paysannes dansant au soleil de minuit, est entouré par un petit groupe de peintres presque aussi habiles que lui à trouver la poésie dans la vérité îles choses, animées ou inanimées, MM. Lardon, Bergh, Bjorck, S. A. li. le Prince Eugène. MM. Pauli, Wilhemson. De même en Norvège, où le célèbre D'Henrik

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