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L'ECOLE FRANÇAISE

L'EXPOSITION CEMENNALE

Dès lu fin du règne de Louis XVI. à la suite des découvertes faites en Italie el en Grèce, sous l'influence des doctrines de Winckelmann, une évolution avait commencé de se produire dans l'art et dans Le goût français. Tandis i[iic. par ses leçons el l'exemple de ses œuvres, Vien tentait de réagir contre l'esthétique frivole el trop facile des fades imitateurs de Bouclier, à de nombreux indices on avait pu reconnaître qu'une réforme pareille se préparait dans la sculpture. Les envois des jeunes artistes aux Salons, les morceaux de réception à l'Académie, jusqu'au choix des sujets désignés poulies commandes officielles, tout annonçait que la mode allait passer des ligures agitées, frissonnantes, fiévreuses, et que, chez 1rs sculpteurs épris d'un art plus classique, la préoccupation du style allait dominer toutes les autres, même celle d'exprimer la vie.

Ce qu'il y avait de raisonnable et de fondé dans le principe de celle réforme. la Révolution, avec son enthousiasme systématique pour toutes les choses de l'antiquité, l'avait poussé jusqu'à l'absurde. Au moment où s'ouvre le siècle, la sculpture française est en pleine réaction cl en pleine décadence. Ahan-

donnanl les Iradilions qui. pendanl lanl de siècles, l'on! faite si glorieuse, elle n'ose plus donner cours à son imagination ni à sa fanlaisie : elle a perdu l'habitude de l'observation directe, franche, spirituelle; imitatrice servile d'Athènes el de Rome surtout, elle ne vit que de formules, s'efforçant de ramoner sans cesse à des types connus el consacrés 1rs visages, les corps, les altitudes. Le trait imli\ iduel. l'expression, l'allure, tout ce qui donne à une figure humaine son caractère cl à sa représentation l'apparence de la vie, est proscrit de la sculpture comme contraire au grand ail. à I idéal, à la beauté, et c'est avec le plus profond dédain que les critiques du temps parlent de la collection merveilleuse de bustes légués par le xvmc siècle au foyer du Théâtre-Français.

Des sculpteurs qui s'étaient illustrés à celte époque île <■ corruption du goût i). les plus grands vivent encore: Iloudon, Glodion, Pajou ; et. bien que leurs chefs-d'œuvre soient d'une date antérieure à la Révolution, leurs noms doivenl pourtant ôtre inscrits à la première page de ces miles sur la sculpture du siècle, l.es organisateurs de « l'exposition ■> mil d'ailleurs l'ail à lluudon uni' assez large place. Sans parler de l'admirable Mirabeau que M. Delagravc a prêté à la \ ille de Paris et auquel la Constituante, par la voix de sa commission des beaux-arts, reprochait o de manquer de noblesse », on voit au Grand Palais les bustes si vivants de Duqucsnoij de Marceau, de Suffrcn et de Jose/ih Chénier. Celui de Napoléon, daté de 1806, exécuté à Sainl-Cloud, ti d'après nature », n'a point la môme franchise, ni la même hardiesse, soit que le dictateur ail été pour l'artiste un modèle impatient, suit que lluudon, faisanl de l'Empereur une image officielle, ail sacrifié au goût du jour et « idéalisé » les traits du souverain.

I ne statuette, la Vlore du musée d'Orléans, c'est tout ce qui rappelle aux visiteurs du Grand Palais le nom de Clodion. La ci rétrospective » installée de l'autre côté de l'avenue Nicolas 11 possède de ses œuvres une si riche série qu'on a jugé inutile, sans doute, d'en rassembler ici une seconde collection. Pourtant, il est de ses ouvrages que nous connaissons mal el qu'il eût été intéressant de nous faire connaître : ce -mil les productions de ses dernières années, celle- qui précisément avaient le droit, par leur date, de figurer à une exposition du siècle. Vers la fin de sa vie, le bon Clodion devait subir, cumule tant d'autres artistes de l'âge précédent, l'influence des doctrines nouvelles : il avait cru à la nécessité île rechercher le style, de se hausser jusqu'à la grande sculpture et, laissant le- bacchantes, les satyres, les nymphes, il

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