I.A SCULPTURE
s'était exercé aux sujets historiques. Il est dommage qu'on n'ait point, par exemple, songé à retrouver cette Scène du Déluge que l'artiste exposait au Salon de l'an IX, nu le Caton i|iii figura à celui do l'an XII.
Pajou n'est point représenté à l'exposition cenlennale. Il avait cependant
A. Ch.iudet. — BéLISAIKK appartient a M. Osiris .
tous les litres à y Être on bonne place. Morl eu ISO'-', il avait, jusqu'à ses derniers jours, continué de produire et de former des élèves : bien [dus. dès ses premiers ouvrae.es, quoiqu'ils nous apparaissent étroitement rattachés à l'art du xvtit0 siècle, cette fortune lui était échue de recueillir, sans trop savoir
L'ART A L'EXPOSITION i)K 19(10
comment, les suffrages de la nouvelle école qui saluait en lui « le restaurateur de 1 ail ». A défaut de Pajou, son disciple Roland figure au grand palais : doux bustes excellents, celui du Citoyen Chaptal et celui de Vestier, suffisent à prouver que, dans son enseignement pas plus que dans ses ouvrages, le
maître n'avait entendu rompre avec les traditions de nos grands portraitistes.
Que l'on regarde, pour mieux s'en rendre compte, les bustes que. vers la même époque, signent les Cartellier, les Cortot. les Chaudet, Ions ceux qui, dès la première heure, ont adopté les nouvelles doctrines. Si habiles que soient tous ces hommes de talent, quelques traces qu'on trouve encore dans leurs œuvres des qualités propres à la sculpture française, la préoccupation du style cl du beau idéal leur a fait perdre de vue le véritable but de l'art et surtout du portrait. Loin de mettre en relief les particularités des diverses ligures, loin d'en rechercher le caractère dominant et de s'efforcer, suivant le mot de Taine, de le rendre dominateur, ils s'appliquent, au contraire, à en éliminer tout ce qui les dislingue, tout ce qui donne à chaque visage ses traits, son expression et sa physionomie. Rien n'est plus instructif à cet égard que de comparer le Chaptal '''' Roland à celui de ('.baudet, et même, en dépit des réserves que nous avons dû faire, le Napoléon de Houdon aux autres effigies que les contemporains nous oui laissées de l'Empereur. Tandis que les survivants du xvme siècle excellent aux ébauches audacieuses et rapides, et, du premier coup d'œil, saisissent leurs modèles en pleine action, en pleine vie, dans l'attitude et le mouvemenl qui leur sont familiers, tandis qu'ils nous donnent, à force de justesse dans l'observation physique, l'impression d'une ressemblance morale complète et absolue, les adeptes .1,. la nouvelle doctrine apportent un soin
Divio d'Anuihs. — Paganini (musée d'Angers).
LA SCULPTURE 219
patient à corriger la nature, à régulariser et embellir les traits: ils atténuent ici la cavité des yeux, là la saillie des os; les rides, les accidents, les singularités, les traces de la pensée ou de l'allure habituelle, tout ce qui, dans un visage, diffère du « canon » adopté par l'Ecole, ils le proscrivent comme une difformité et ne s'avisent pas qu'ils suppriment, du même coup, tout ce qui fait l'intérêt cl le charme d'un portrait. Dans leurs froides images, aux épaules taillées comme celles des Hermès, aux yeux vides, sans regard, aux lignes symétriques, au modelé conventionnel et rond, à l'expression figée, il ne subsiste plus rien où s'accuse l'individualité, où palpite la vie. A une époque où généraux, politiciens et rois, sortis de tous les rangs de la nation, parvenus aux honneurs par les voies les plus inattendues, devaient garder au front, profondément empreints, les stigmates de leur origine, de leur éducation, des vicissitudes de leur carrière, tous les bustes officiels se ressemblent entre eux; ce sont autant de Brutus, de Césars, de Catons, pastiches médiocres des marbres romains.
Cette obsession de l'antique, il n'est guère d'artistes qui puissent alors y échapper. Nous avons vu Clodion et Iloudon lui-même, quoique plus intraitable, obligés d'y céder. Chinard, qui jusqu'à la lin de sa vie devait garder dans ses statuettes de terre cuite, dans ses médailles et dans ses basreliefs quelque chose de la liberté, de l'aisance et de la grâce aimable de l'âge précédent, ne sut pas toujours s'en défendre et il est amusant, après avoir revu son délicieux portrait de Madame Récamier, de le voir s'essayer à un style plus nohle quand il représente Mademoiselle Fanny P... sons les attributs de Psyché, jouant arec uni' couronne de fleurs.
Mais c'est surtout dans la grande statuaire, que se montre sensible le changement survenu, au commencement du siècle, dans l'esthétique des sculpteurs. Dès les premières années de l'Empire, la cour du Louvre, achevée par Percier et Fontaine, a fourni aux Lemot. aux Roland, aux Moitte, aux Ramey, l'occasion de s'exercer dans l'art monumental ; ils ont orné de Muses et de groupes « héroïques » les frontons des altiques et de la colonnade, et leurs compositions savamment équilibrées, ordonnées suivant un rythme impeccable, correctes, distinguées, mais un peu maigres, froides, rigides et gourmées, forment un singulier contraste avec les ligures si souples, si aisées, si naturellement décoratives, si vivantes pourtant, que, depuis la Renaissance, nos sculpteurs n'avaient cessé de prodiguer aux tympans de nos palais. On
l/Altï A L'EXPOSITION DE 1900
en pourra juger par 1rs quelques maquettes que l'on voil exposées sous les vitrines du Grand Palais. Celle railleur, celle convention et cette insignifiance, résultats d'une imitation inintelligente de l'antique, on les retrouve d'ailleurs dans (mis les morceaux qui datent de cette époque. Celte Femme couchée et plongée dans mie douce rêverie, que Lemot exposait au Salon de 1812 et que, par une involontaire antiphrase, il intitulait aussi La Contemporaine, semble la copie affadie d'un marbre assez banal de la décadence romaine ; cet Amour, de Chaudet, c'est la Grèce entrevue à travers Canova. Pour découvrir au milieu de tous ces pastiches une œuvre vraiment neuve, il faut aller chercher, sur l'un des meubles qui ornent le hall de l'escalier, un magnifique bronze île ce même Chaudet, le Bélisaire. Ce groupe n'est point