JKUNK FILLE DE BOU SA \MA
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chromes, précieux bibelots où se marient le bronze, le marbre, l'ivoire, l'onyx, ont déjà suscité de nombreux imitateurs. On peul rapprocher de ces intéressantes tentatives les essais de M. Gros et de M. Alexandre Charpentier dont l'un a en l'heureuse idée d'appliquer à la sculpture les charmantes colorations du verre, tandis que l'autre faisait renaître, dans sa grande frise des Boulangers, la céramique monumentale telle que la pratiquèrent les constructeurs du palais de Darius.
Ces artistes ne sont point les seuls qu'ait hantés le désir de substituer au marbre, incolore et froid, une matière plus riche, plus variée, plus vivante. On ne saurai! oublier la curieuse série de figures de grès et de bustes en bronze que Carriès excella à revêtir d'émaux et de patines aux nuances raffinées et. parmi les sculpteurs qui ont eu le mérite de remettre en honneur le bois, l'ivoire, la pierre. M. Desbois et M. Dampt, MM. Bartholomé, Baffier et Félix Charpentier, doivent être mentionnés.
On n'attend pas que, dans ces courtes miles, nous passions en revue toutes les œuvres intéressantes de la « décennale1 », Exposées pour la plupart dans les derniers Salons, elles sont encore présentes à toutes les mémoires. Personne n'a oublié les masques si expressifs de M. Emile Bourdelle ; les marbres, d'une étonnante virtuosité, qu'a signés M. Escoula ; les bas-reliefs et surtout la Pleureuse, où M1" Marie Cazin a su l'aire passer un peu du charme poétique qu'on admire dans les peintures de l'auteur de Judith; les fines nudités de M. Antonin Caries; les statuettes, m amoureusement modelées, de M"0 Camille Claudel: les œuvres de MM. Agathon Léonard, Hector Lemaire, Michel, Turcan, Longepied, Tony Noël : celles enlin de M. Marqueste, qui, après avoir sculpté pour le jardin des Tuileries ce Centaure enlevant une nymphe, comparable pour le sujet et la facture aux « morceaux de réception » des académiciens d'autrefois, expose celle année, avec son Eve et sa Cigale, la charmante Maternité dont nous donnons la gravure. Pendant que des artistes comme MM. de Sainl-Marceaux et Lenoir continuent de rechercher l'élégance délicate, et parfois un peu grêle, des modèles florentins, un certain nombre de nos contemporains semblent vouloir revenir à des traditions plus strictement nationales. Les uns, tels MM. Peynot et Injalberl, essaient de faire passer dans leurs compositions décoratives quelque chose de la sève abondante et forte des sculpteurs de Vaux et de Versailles. D'autres cherchent à retrouver l'aisance, la souplesse, la grâce du xvnï siècle. Au pre-
mier rang de ceux-ci. il faut ciler M. Puech, dont nous avons vu, cet hiver, ,111 cercle de la rue Boissy-d'Anglas, un buste de terre cuite digne de rivaliser avec un portrait de Pajou ; MM. Coulan, Verlet, parfoisM. Bouclier lui-même,
dont les Coureurs, la Terre et l'Eve, avaient paru surtout annoncer la vigueur, ont ('gaiement sulji la séduction des maîtres du siècle précédent.
C'est à la tradition de notre moyen âge que se rattache M. Bartholomé ; aussi ce peintre, venu tard à la sculpture, s'est-il l'ait, presque du premier coup, une place très particulière et très haute dans l'art de notre temps. La maquette de son Monument aux morts est revenue au Grand Palais; elle y soulève l'admiration émue dont nul ne peut se défendre, en apercevant parmi les cyprès du Pèrc- Lachaise le monument luimême, monument de douleur el de consolation, qui parle à l'âme la plus simple avec la même clarté et la même éloquence que les symboles sculptés aux porches des cathédrales par nos vieux imagiers.
C'est encore un retour vers l'art du moyen âge français que le mouvement qui entraine plusieurs de nos jeunes artistes à traduire en sculpture les différents aspects de la vie populaire. Vouée depuis la Renaissance à la
Th. Rivière, — L'ltimi'm i'eiiiexs brome cl marbre).
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représentation des sujets héroïques ou nobles, la sculpture, pendant près de trois siècles, a dédaigneusement ignoré l'ouvrier des villes et l'ouvrier des champs. L'un après l'au-
tre, le laboureur, le mineur, l'artisan, rentrés déjà dans la littérature, ont repris place dans l'art.
L'avènement du naturalisme date à peu près de la même époque dans la peinture et dans le roman.
11 se heurtait, en sculpture, à des préjugés plus tenaces dont il n'a triomphé que depuis peu d'années. Il fallait sans doute que les tableaux et les dessins de Millet, reconnus enfin pour des chefsd'œuvre, puis que les bronzes du grand sculpteur belge Constantin Meunier fussent venus révéler que la vie de l'ouvrier pouvait fournir à l'art des thèmes pleins de grandeur et de noblesse.
C'est, en effet, sous cette double influence que se sont développés tous les sculpteurs, qui, comme MM. Gaudez et Baffier,
s'attachent à représenter le peuple moderne et à glorifier toutes les formes du travail.
Nous ne pouvons que signaler en quelques mots le développement consi-
Aluh. — Paul Sédille (busie bronze).
dérable qira [iris, dan? l'arl contemporain, la sculpture d'animaux. Les Barye, les Frémicl n'avaient d'abord trouvé que peu d'imitateurs. Les animaliers sont aujourd'hui nombreux; plusieurs d'entre eux font preuve d'un grand
talent. Sans parler de M. Dalou, à qui l'on doit les lions superbes du Triomphe de lu République et ceux qui ornent, du côté des Invalides, l'entrée du ponl Alexandre III. M. Peter et surtout M. Garde! onl signé, en ce genre, des morceaux excellent- où l'inQuence de M. Frémiet parait plus sensible que celle de Barye.
Il nous faudrait maintenant, pour compléter ces notes, sortir de l'Exposition et pénétrer dans le musée que M. Rodin a l'ail expressément élever pour v réunir l'ensemble de son œuvre, accompli ou projeté'. Nous y éprouverions, comme la plupart îles visiteurs, un sentiment complexe, fait d'admiration sincère et de profonde déception. Il est impossible de n'être pas ému par l'impression de force et de beauté que donnent les bustes de Puvis de Chavannes, de Dalon, de Falguière, de Victor Hugo et celui que le catalogue dénomme le Buste américain. On ne peut rester insensible à la vie si intense qui se dégage de tous ces groupefrémissants et passionnés, de toute- ces ébauches fiévreuses que créent, sans relâche, une imagination infatigable et une main d'une prodigieuse habileté. Mais on ne saurait se consoler de voir tant de projets intéressants demeurer inachevés. Inachevée, la Porte <le l'Enfer, qu'on annonçait déjà pour l'exposition de 1K8'.! et à laquelle manquent, aujourd'hui encore. la plupart îles principaux groupes. Inachevé, le Monument de Victor Hugo, et même plus incomplet qu'au salon de 1891 où il fui exposé pour la première fois. Inachevé le Balzac, que M. Rodin lui-même, à ce qu'on nous avait dit, ne considérai! point comme définitif, et qui nous revient sans la moindre retouche, plus incompréhensible que naguère dans cet
K ■ — I. > ' i d'Airain statue bronzi
A. Palg
La Rochejacquelein
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étroit musée où le recul n'est point permis. Et ce qui augmente nos regrets, c'est de sentir combien, en dépit de quelques ressouvenirs de Michel- Ange, l'art île M. Rodin est essentiellement français, combien il se rattache à celui de Carpeanx et de tous nos grands sculpteurs qui ont aimé pardessus tout le mouvement et la vie. Qu'on regarde pour s'en convaincre l'Appel aux armes, la Bellone, et surtout la magnifique esquisse de bronze où l'artiste a fixé la première idée de son Monument à Yiclor Hugo! .Mais sans franchir les portes de l'Exposition, sans quitter le Grand Palais, on peut admirer à la cenlennale l'Âge d'airain, la tète du Sain/ Jean-Baptiste et le buste de Dalou et, devant ces chefs-d'œuvre, mesurer la puissance de l'artiste que de trop zélés admirateurs empêcheront peut-être d'accomplir toute sa destinée.
Maurice DEMAISON