LES ECOLES ÉTRANGÈRES
Le malheureux visiteur qui pénètre dans le vaste hall du Grand Palais avec la prétention d'examiner la sculpture en sort, le premier jour, tout ahuri. 11 lui faudra, certes, une vive curiosité ou un réel courage pour tenter de nouveau l'aventure. Nous sommes bien habitués par toutes les expositions annuelles à l'épilepsie des marbres et des plâtres, ce qu'on pourrait appeler le règne de la fureur blanche. Mais jamais spectacle plus déconcertant ne nous avait été fourni. On est loin du Père-Lachaise du Luxembourg et de la Salpêtrière des Salons. On dirait, à première vue, qu'on est descendu dans l'un des cercles de l'enfer du Dante. Plaignons vraiment les pauvres sculpteurs de cette calamité que n'a pas prévue une complainte devenue populaire et jetons avec eux l'anathème sur les peintres, race fortunée, envahissante et débordante, qui vient pulluler jusque sur le terrain consacré à ces frères moins heureux et toujours résignés.
Cherchons à nous repérer un peu maintenant à travers ce monde grouillant de bacchantes en goguette, de saturnales en délire, de saintes qui se pâment, de chevaux qui se cabrent dans les airs, de divinités scandalisées, de lions aux
aguets, de grands hommes officiels et de héros populaires, etc., qui se heurtent et qui s'écrasent dans cet espace limité et lâchons d'habituer peu à
peu nos yeux à cette confusion et à ce tumulte.
A droite, c'est toute l'école française qui se prolonge jusque dans le centre, au fond, pour rejoindre l'exposition centennale. A gauche, est accumulée la production de tous les pays étrangers d'Europe et d'Amérique dont le Ilot trop pressé se répand même sur les bords des jardins du Cours-la-Reine. La petite sculpture (bronzes, ivoires, etc.) a été répartie dans les salles de peinture, où elle joue heureusement un petit rôle décoratif, mais qui complique encore un peu la besogne du visiteur. Belges, Espagnols, Anglais, Allemands, Russes, Américains, Japonais eux-mêmes, dans leur nouvel uniforme occidental, voisinent, se coudoient et se mêlent comme les armées alliées de l'Extrême-Orient, témoignant ici encore avec éloquence que l'unification des idéals suit l'unification progressive des races, et que dans l'art comme dans la vie les nations ne peuvent plus vivre isolées. De plus en plus un même but exclusivement humain dirigera l'esprit des peuples. Au moment d'étudier la production de la pensée étrangère dans l'art, nous sommes obligés par l'évidence de reconnaître qu'il n'y a plus guère dans le monde qu'une seule pensée et qu'un seul langage et que nous ne. pouvons plus distinguer les nations que par leur état de culture, leur degré d'avancement ou de retard. L'accent local qui les dislingue a tout au plus la valeur d'une nuance, une différence de timbre ou d'intonation, ce que nous appellerions juste une prononciation de terroir.
Si cette constatation s'impose pour la peinture qui, pourtant, par son élasticité, par sa souplesse, est en mesure de traduire le simulacre de la vie qui passe et île noter plus distinctement, par la variété des spectacles, la diversité des rêves et des visions, qui' sera-ce dune pour la sculpture, dont les moyens sont étroitement limités, qui n'a à sa disposition ni le prestige de la couleur, ni l'illusion du mouvement, ni l'accompagnement du décor et qui vit presque exclusivement sur la donnée purement humaine !
Ayant résigné depuis longtemps le rôle expressif qu'elle tenait dans le passé', où l'image précédai! le livre, la sculpture a perdu le sens populaire qui pouvait lui conserver dans chaque pays le souvenir de son caractère ethnique. Elle est toute aujourd'hui à sa mission nouvelle de décoration, de consécration et de commémoration, sous la grande tutelle des chefs-d'œuvre
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de l'antiquité. D'où qu'ils soient partis, quels qu'ils soient devenus, tous les sculpteurs du monde ont reçu leur initiation au Parthénon.
De plus, si l'on considère t'influence illimitée prise par l'école française, soit par l'expansion de son enseignement, soit par le rayonnement de la gloire des maîtres qui ont. dans ce siècle, illustré notre pays, on comprendra mieux les liens d'étroite parenté qui unissent les manifestations de la statuaire chez tous les peuples jusqu'à en faire, pour ainsi dire, un seul art général.
Jadis, pour la statuaire, en dehors de la France, il ne paraissait guère exister d'écoles, c'est-à-dire de groupes compacts d'artistes réunis autour de certaines traditions ou du moins de certaines hahitudes professionnelles. Il n'y avait guère à l'étranger que des sculpteurs isolés. Cette situation a un peu changé aujourd'hui, cl il est telles nations, comme la Belgique ou les États- Inis. par exemple, qui présentent un ensemble de statuaires formés non plus exclusivement dans nos ateliers mais autour de leurs propres maîtres, dont quelques-uns sont devenus les égaux de nos plus grands.
La Belgique, rameau septentrional de la grande famille française, a marché avec nous depuis un siècle, dans toutes les phases de renouvellement de son art. Remise en branle dans sa voie récente par deux grands maîtres français qui ont préparé son école moderne, David pour la peinture, Bude pour la statuaire, elle est à peu près le seul pays, à côté du nôtre, qui ait donné dans cette dernière forme de l'art une suite ininterrompue d'artistes de réelle valeur. Tous les mouvements un peu actifs de la statuaire contemporaine en France y ont trouvé des échos vibrants et sympathiques, et. pour ne parler que de ces dix dernières années, la sculpture belge a singulièrement progressé, prenant chaque jour une place de plus en plus marquée dans nos Salons.
Elle a aujourd'hui pour chef un artiste de haute valeur qui domine son milieu local et prend place parmi les maîtres reconnus de notre temps : Constantin Meunier. Ce n'est certes pas un inconnu pour nous, il est un habitué de nos expositions et un pensionnaire de notre musée. La formation de sa pensée ne se rattache-t-elle même pas, par ses cotés les plus saillants, à certaines conceptions de l'idéal français moderne ?
C'est en effet une gloire pour notre Millet d'avoir fait naître un tel héritier de sa grande àme sympathique et humaine. Meunier, lui aussi, nous a
donné de profondes émotions d'art et de sentiment en nous faisant pénétrer la grandeur des êtres humbles ei la beauté méconnue dos choses dédaignées.
Cette même année, suit à l'Art nouveau, suit à l'exposition de la Société internationale, nous avons en l'occasion de l'admirer par un vaste ensemble d'oeuvres puissantes et expressives. Il est regrettable que le défaut de place qui a retenu à l'écart M. Van der Stappen et M. de Lalaing (celui-ci n'expose guère qu'un seul buste, d'un caractère grave, toujours un peu tendu), n'ait pas permis de représenter dans une circonstance aussi solennelle un artiste comme C. Meunier d'une façon plus complète. Du moins, son Faucheur et surtout son haut-relief de la Moisson, continuent-ils dignement la belle série de ses grandes œuvres rustiques, avec si-, gars robustes et ses belles filles qui fauchent les blés ou lient les gerbes sous les hautes ondulations îles épis pressés.
Tout autour de ce maître se serrent, vivants, émus, intéressés par la vie, ne s'éloignanl jamais trop des réalités, se gardant plus que Ions les autres des excès pittoresques, si fréquents à l'étranger, s'allaehant aux vraies conditions de la statuaire, aux silhouettes, aux plans, aux volumes, tout un groupe compact et pressé de sculpteurs dignes de ce nom.
Ici. c'est M. J. Lambeaux, l'auteur de la célèbre fontaine d'Anvers et du vaste haut-relief en marbre des Passions humaines, érigé dans le parc du cinquantenaire, à Bruxelles, qui est présenté aux Parisiens dans une exposition spéciale de l'artiste aux environs du Trocadéro. Un des fragments les plus remarquables de cette composition d'un art passionné, sensuel, mouvementé. où les chairs pulpeuses des femmes de Rubens sont émues d'un frisson plus aigu qui vient de chez Rodin, se trouve exposé au Grand Palais avec un buste étrange, hautain, souriant et provoquant de beauté flamande : Impéria, et divers autres morceaux du même caractère de vie débordante.
Là, c'est M. Dillens dont les figures du Monument Anspach sont d'un charmant esprit décoratif, élégant, distingué, animé, un peu dans le goût français du siècle dernier et rappelant par certains aspects le talent de .AI. Coutan chez nous. Le Laurier — Apollon, debout, tenant un rameau de laurier, tandis que derrière lui un aigle déploie ses ailes -- est encore un ouvrage d'un excellent arrangement.
M. Lagae est représenté par une exposition assez complète qui l'ail connaître son talent sous des aspects divers : Père ri mère, bonne étude
r. de 1699 j
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bourgeoise et flamande ; Mère et enfant, joli groupe en buste, d'un modelé très simple et très sculptural, d'un aspect jeune et vivant; divers autres bustes et surtout un groupe de deux captifs enchaînés, traités peut-être avec une légère exagération, dans un excellent souvenir des Bourgeois de Calais, de Rodin.
Avec un fort joli buste de Jeune fille bavaroise, M. Charlier, dans Misère. groupe en marbre d'un travail très délicat et très assuré, traduit avec émotion une de ces scènes intimes de la vie populaire, que son talent se plaît à exprimer. M. Samuel montre beaucoup de grâce ingénue dans son groupe du monument De Gosier, Ulenspierjel et Nèle; MM. Rom beaux et Leroy assemblent avec un sentiment de mouvement un peu agité leurs groupes de femmes ; M. Dubois, avec sa Femme à la chaise du musée de Bruxelles, et sa Femme couchée, d'un vivant modelé ; M. Braecke, avec le Pardon, scène contemporaine, d'un caractère ému; M. Van Bresbroeck, avec son groupe du monument Volders, Le peuple le pleure, dans le goût de Meunier; M. de Vigne, qui n'est malheureusement représenté que par de petites choses, font tous honneur à la statuaire belge.
A la suite de leurs confrères de la peinture, la plupart célèbres, les sculpteurs américains forment un groupe assez important qui s'est développé près de nous dans une éclosion rapide et brillante.
A leur tète. M. Augustin Saint-Gaudens, s'est placé, au même titre que le belge Constantin Meunier, hors de pair parmi toutes les écoles. Nous retrouvons de lui, ici, la plupart dos ouvrages qu'il nous a été donné d'admirer depuis deux ans au Salon : le Puritain, le monument si noble et si émouvant du Colonel Gould Schaiv, la belle ligure funéraire dont le bronze est maintenant au Luxembourg avec la remarquable série de ses médaillons et plaquettes, et surtout, le groupe colossal du Général Sherman. Il nous revient, repris tout entier, ayant perdu les quelques traces de sécheresse dans le cheval, soutenu el accentué encore par celle admirable ligure, si jeune et si enthousiaste de la Victoire, qui souligne le mouvement du groupe, sa marche en avant, lière el vaillante, en même lemps qu'elle lui donne, au point de vue de l'assiette, une masse plus solide et plus monumentale. Elle précède le vieux guerrier, aux clairs petits yeux bridés qui semblent voir si loin, dont le geste, simple et abandonné, l'attitude penchée, sont pourtant si éloquents. C'est à coup sûr une des plus belles statues équestres de noire temps.
Le goûi aaturel du peuple américain pour 1rs vastes entreprises monumentales devait offrir un débouché exceptionnel à la sculpture décorative.
Les jeunes statuaires y onl été «le lionne heure entraînés à l'exécution d'ensembles de dimensions inusitées chez nous. C'a été pour riix la véritable éducation de leur talent. M. French se faisait récemment applaudir par son Washington, el M. Bartlett par son Lafayette. Celui-ci élail connu plutôt par ses petites fontes si curieuses. Sun Michel-Ange est encore un morceau de très bonne tenue, (luaut à M. Mac Monnies, ce grand jeune humilie mince el nerveux ne rêve que projets gigantesques. Ce n'est pas à dire qu'il ne s'entende pas à étudier savamment quelque sculpture de morceaux ; sa Bacchante, du Luxembourg, et ses sujets de fontaines sont conçus dans un agréable mélange d'arl antique ctd'influence française, relevé par une pointe de sentiment britannique; mais il ambitionne de plus amples horizons, el ses groupes colossaux de chevaux, qui doivent accompagner, dans le parc de Brooklyn, le quadrige exposé au Salon de l'an dernier, nous montrent qu'il n'est embarrassé ni par le mouvement ni par les dimensions.
Quant à ses deux groupes A l'Armée el A la Manne, pour le même parc, ils nous prouvent mieux encore loul le sérieux de son talent. Conçus sous le souvenir de Rude, en deux hauts-reliefs monumentaux, ces deux groupes, par leur tenue, leur allure, leur sentiment, sonl des œuvres peu communes. I n peu plus de sobriété, un peu moins de confusion, et l'on n'aurait rien à désirer.
Nous rappellerons l'intelligente figure équestre de M. Dallin que nous avons déjà signalée ici, il y a un an. {'Homme de médecine, ce chef sioux ou
Mai Mokmbs. — B.VCI II VNTE
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apache. la main lovée, à cheval mit une petite bête jeune et nerveuse; les Lutteurs de M. Rondebush, sérieux morceau d'étude anatomique dans l'effort et dans la vie, remarqué de même 'a un Salon précédent.
Nous ne pouvons manquer de signaler la gracieuse fontaine de M. Karl ISiller. Danses d'enfants; les groupes un peu violents et maniérés; dans le style de Michel-Ange, de M. Barnard : les Deux natures ri Pan; la statue du colonel Cass, par M. Brooks : les petits groupes intéressants mais un peu agités de M. (iratly; les Joueurs de foot bail, de M. Tilden, etc.
Rien de très saillant pour la Grande-Bretagne. C'est un milieu plus généralement porté vers la couleur. Aussi trouvons-nous à la sculpture peu de morceaux d'importance, (l'est tout au plus si l'un découvre le monument à la mémoire du poète Shelley. qui apparaît à l'imagination des artistes comme une sorte d'Orphée moderne, dans lequel M. Ouslow Ford, qui expose au>si une jolie ligure d'Echo, fait preuve de ses qualités distinguées.
Peu même de figures de grandeur nature. A remarquer la Gircë de M. Drury, avec le plâtre d'un exquis petit buste dont le bronze est exposé au Luxembourg: VAge de l'innocence; le Persëè de M. Pomeroy ; et les Enfants da loup de M. Frampton. C'est un bergeF, aux formes viriles et élancées, aux proportions élégantes, qui porte dans ses bras deux petits entants, en s'avançanl avec une démarche vive et légère. L'ouvrage est charmant, d'un goût antique, un peu archaïque. Seul, un bout de ceinture déchiquetée, d'un pittoresque inutile, vient jeter une note gênante dans ce groupe simple et de bon goût.
Ce ne sont plus ensuite (pie bustes (la Clytie de M. Watts ; Lord Le'ujlilon de M. Brook, le Marquis de Salisbury par M. Bruce Joy) et nombre de figurines en bronze parmi lesquelles il faut citer les petites cires perdues de lionnes et de léopards de M. J.-M. Swan.
Peinture ou sculpture, l'exposition allemande se manifeste surtout par son aspect académique. A la vérité, malgré tout le talent qu'on y trouve et quel que soit le respect qu'on doive à des réputations consacrées, on est obligé d'avouer que la plupart de ces ouvrages pèchent par la recherche du pittoresque, du sujet, l'exagération sentimentale ou littéraire, l'esprit ou le pédantisme.
Voyez, par exemple, ce groupe de grandeur nature, la Soi/, de M. Cauer, qui nous fait assister à un fait divers militaire, vraie illustration du Petit
Journal, où l'on voit deux soldais coloniaux; l'un buvant dans son casque, en se détournant, tandis que l'autre se précipite pour le lui arracher. Voyez encore les Deux mères de M. Epier ! Sur un rocher aigu entouré de vagues, une femme s'est réfugiée, tenant un enfant dans ses bras. Elle gesticule avec fureur pour chasser une lionne qui. son petit à la gueule, tente de le mettre à l'abri sur le même récif. Trop d'idées ! 11 en faut bien peu pour faire de la sculpture, mais il les faut bonnes.
Les plus célèbres, comme M. Reinhold Begas, ne se défendent pas euxmêmes de ces fâcheuses habitudes. Son Caïn, bestial, à figure de gorille, ou tout au moins d'anthropopithèque, se penche sur le corps pantelant de sa victime, avec le geste de curiosité d'un assassin vulgaire qui vient de faire un mauvais coup au coin d'un bois. Le Mausolée Strossbrrg, dans le goût de la Renaissance, est d'un bon aspect, mais manque de fermeté et de personnalité.
Le Taureau de la campagne romaine de M. Geyger, sculpteur distingué' de même que graveur de talent, est conçu, de son côté, comme une sorte de savante restitution antique. C'est de l'art de docteur.
Avec certains petits côtés particuliers qui lui retirent un peu de grandeur. Y Amazone de M. .M. Tuai lion est. du moins, un groupe plein de remarquables qualités sculpturales. Le cheval est d'un excellent modelé : la figure de femme, vêtue d'une légère tunique collante, une hache à la ceinture, regardant de ses grands yeux d'émail, est bien assise sur sa bête avec une sorte d'élégance virile, et l'ensemble a un certain accent de vie.
Malgré les mêmes travers pittoresques et anecdotiques. c'est le même sentiment de vie. plus sensible encore ici, qui nous intéresse à la statue équestre de M. lloesel, le Hun. petite figure sauvage de Mogol, qui se penche sur son cheval, subitement arrêté et reniflant sur le sol des débris humains. 11 y a en elle un certain accent de réalité et de vie qui fait trop défaut dans le reste de la section. C'en est un des meilleurs ouvrages; il serait préférable encore s'il était conçu dans des dimensions beaucoup moindres.
.Nous sommes obligés de passer, en nous contentant de les signaler, sur VEnfant prodigue de M. Heising, d'un bon arrangement et d'un esprit recueilli, sur la Danseuse orientale As M. Brïïtt. le Tyran des mers de M. Herter, sujet emprunté aux mythologies marines mises à la mode par M. Bœcklin. sur les figurines antiques et néo-romantiques de M. Stuck. pour terminer
E. Frcnûet se-
IK-iissfy imp.
Saint Geouges
LA SCULPTURE 247
par la composition de beaucoup la plus importante de la section allemande, la fontaine érigée à Dresde par M. Die/., qu'il intitule la Tempête. Ce n'en est qu'un fragment, et il est regrettable qu'on ne puisse juger de l'ensemble complet de celte décoration qui l'ait, en place, tort bonne ligure. C'est une chevauchée gigantesque dans le monde turbulent des Ilots. Une sorte de Bellone, coiffée d'un coquillage hérissé de pointes, les cheveux emmêlés de serpents, se précipite, montée sur un cheval marin, au milieu des tritons, des sirènes et des siréneaux qui s'enfuient, environnée de requins allâmes, de pieuvres enlaçant des oiseaux de mer. Elle est entourée de deux génies marins, les cheveux mêlés d'algues, armés de lourds coquillages. Sans doute, ici. y a-t-il toujours trop de choses, trop d'ailes, trop de grilfes, de bras, de nageoires, et surtout trop d'intentions. A vouloir trop dire, on force cà regarder successivement, en détail, et l'on ôte au sujet son ampleur. Mais c'est là. néanmoins, une vraie œuvre de mouvement et d'imagination.
Nous passerons sur toute l'Autriche, y compris le Marcus-Antonius traîné par des lions, sujet d'bippodrome, par M. Strasser, qui décore un bosquet du grand palais, et sur la Hongrie qui montre pour le colossal un goût qui se por- Lerait plus utilement sur d'autres points. On peut cependant remarquer dans cette dernière section, les petits sujets antiques un peu trop spirituels de M. Rona [Dernier amour, Leçon de musique) et surtout les envois de M. StrobI, le buste de la tragédienne Marie Jaszay et particulièrement le marbre, Notre mère, une vieille femme assise, songeuse, un livre sur les genoux, d'une tenue sculpturale simple et expressive.
Dans les pays Scandinaves, à côté de quelques-uns de ces cas de folie froide à laquelle nous ont accoutumés les septentrionaux, pour la Suède. M. Eriksson, avec un joli petit buste de bretonne et divers petits bronzes, et pour le Danemark, M. Bisscn [Chasseresse), M. Stein [Le berger Fauslulus avec Romitlus et Rémus), M. Aarsleff [La prière cTAbel), se signalent par des qualités de pondération et de goût.
M. Vallgren, Finlandais, qui relie les pays Scandinaves à la Russie, est trop des nôtres pour que nous ayons besoin d'insister sur son petit monde de figurines mystiques, longues, délicates et un peu maniérées. Il y joint, cette fois, un grand haut-relief funéraire. Monument à Alexandre III et un excellent buste de M. Edelfelt.
i.ai; i \ L'EXPOSITION DE lono
Quant à la Russie proprement dite, au milieu tirs banalités officielles d'une écoleencore sans grand caractère^ on exceptera la collection île liusles, 1res vivante, très pittoresque, un peu trop peut-être, à laquelle il ne manque qu'un peu de style, île M. Bernstainm, les sujets rustiques de M. Tourgueneff et surtout l'ensemble assez nombreux de> envois ilu prince Paul Tronbctzkoï.
Il y a là de tout, statues, bustes, statuettes, figurines minuscules, d'un art souple, enveloppé, adroit et nerveux. On seul des doigts pétrissant vivement la glaise. Dans les grandes pièces ce travail spontané, qui dénote l'improvisation, semble assez' lâché, mais les petits bronzes, tels que le Cosaque ii cheval, le buste île Tolstoï, la figurine de Tolstoï à cheval, etc., sont de charmants sujets. trè> expressifs.
I (ans les pays du Sud. l'Italie, par ses traditions, devrait tenir la tête de toutes les écoles. A la vérité, ses sculpteurs ne marchent pas dans la voiede ses peintres qui ont fait des efforts plus sérieux pour se renouveler. Leur travers habituel, qui se manifeste ici amplement.
c'est une préoccupation mesquine de pratique, et un souci petit de expression. Ce ne sont que sujets gesticulant, grimaçant, d'une mimique
A. linim. — CihcÈj groupe bronze.
LA SCULPTURE
exagérée, comme les Gamins napolitains de M. lienda, [ePécheur de M. Jollo, ou le Matelot de .M. Kossi : des molifs sentimentaux, comme les Premiers brouillards de M. Grossoni, une fillette assise sur une chaise, une guitare a la main, ou la Couturière, de M. Laforet, endormie sur son ouvrage, figure qui n'esl point sans qualités, niais d'un espril trop anecdotique.
R. Iii ..■ - I..S 1 1 : m i ■ i : i , , I, Mil ... i..
Vincenzo Vêla, dans ses Victimes du travail, comme M. Graziosi, dans lé Fondeur, ont tenté, du moins, des sujets modernes plus élevés, dans le souvenir de Constantin Meunier, mais avec tension', exagération, recherche du pittoresque. La Senectus, de M. Bazzaio, est cependant un morceau très sérieux, calme et recueilli.
Dans cet ensemble on peut distinguer quelques délicieuses petites choses dans lesquelles survit l'espril de la race : c'esl le Parieur d'eau arabe de
M. Fontana cl les nombreuses figurines si vivantes, si expressives et toujours -i distinguées en même temps, de M. Gemito, comme l'Acqiiaiolo, le Pêcheur, etc.
Entin, une dernière œuvre, moins modeste, s'étale avec turbulence, vers le rond-point du grand hall, semblant chercher la réclame et le bruit. Et c'est, en effet, le morceau qui, dans toute l'exposition de sculpture, obtient le plus grand succès du public. On a reconnu les Saturnales de M. Ernest Biondi.
Un petit prospectus, collé tout le long du socle, prend soin de nous renseigner sur les visées esthétiques, philosophiques et morales de l'auteur. Nous nous en tiendrons à ses mérites artistiques. Il faut s'imaginer une farandole falote et caricaturale de dix personnages avinés, patricienne donnant la main à un gladiateur, prêtres titubant, prostituée dépoitraillée, mercenaire, esclave, joueuse de flûte, tout cela s'avançant de face, dans une marche aventureuse, avec un accent de vie exagéré, comme à travers l'ivresse lourde d'un cauchemar, présentant je ne sais quel aspect ridicule et farouche qui vous poursuit el qui vous hante. C'est évidemment un groupe qu'on n'oublie pas. Il y a là un talent peu commun, d'une singulière force expressive, joint à une habileté rare d'exécution. Un reste, cependant, un peu effrayé de l'emploi qui en est fait.
En Espagne, au milieu d'une production pittoresque assez médiocre, dans le mauvais goût italien, se distinguent deux ou trois figures d'artistes heureusement doués. C'est d'abord M. Benlliure, avec un Monument à Gayarre, dans le sentiment de la Renaissance florentine, trop chargé peut-être, mais d'un caractère très décoratif; divers bustes fort remarquables de vie et de tenue sculpturale et une très bonne statue de Trueba, romancier populaire, vivant, simple el d'excellent style.
M. Querol a envoyé divers bustes d'expression, un peu maniérés, quelques bons portraits, et sa ligure de la Tradition, déjà exposée il y a dix ans, singulière représentation de vieille femme, un corbeau sur l'épaule, enseignant deux jeunes enfants, prétexte un peu étrange à une étude réaliste.
M. Miguel Blay y Fabrega, que nous avons suivi dans nos Salons, est représenté par ses statues, déjà connues, des Vertus théologales, la Foi, l'Espérance, la Charité, exécutées avec un peu de mollesse, mais non sans une certaine ampleur et un lion caractère sculptural.
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LA SCULPTURE
A signaler aussi Après la messe, de M. Fuxa y Leal, — un enfant de chœur soulevant un gros évangéliaire qu'il porte en même temps que des bouts de
Prince Paul Thoubetzkoî,
Le com i k Tolstoï
cierges éteints — , petit sujet en bronze, rendu assez simplement dans une recherche d'observation qui ne vise pas trop à l'anecdote ni à l'esprit.
Le Portugal, enfin, mérite d'être mentionné, ne serait-ce que pour s'arrêter.
après avoir signalé les ligures de M. Gouveira (Béatrice de Portugal] , et Costa. (La Source), devant les envois de M. Antonio Teixéira Lopes. Nous nous trouvons là en l'aee d'un véritable statuaire. Ses Portes de réalise de Candelarra, d'un heureux arrangement décoratif dans le goût méridional du xvu" siècle, sa ligure en bois peint de Saint Isidore, sobre et expressive, sa Charité, une vieille femme tenant dans ses bras deux enfants, comme avec un lointain souvenir de Paul Dubois dans la couleur, dans l'exécution et dans la disposition des draperies, sont des œuvres tout à fait dignes d'estime. Mais je recommande particulièrement la figure de l'Histoire, assise sur le boni du tombeau de l'historien Oliveira Marlius, un livre ouvert sur les genoux et une palme dans les mains. Des patines diversement colorées diminuent un peu l'aspect de ce bronze en lui étant toute son unité, mais la ligure est modelée avec une recherche de naturalisme expressif, sans exagération ni petitesse, la draperie est étudiée avec goût, dans le caractère du personnage, et en dehors du convenu. C'est une image méditative, empreinte de mélancolie et de gravité. Elle honore cette petite école sympathique el clôt dignement cette revue d'oeuvres fort inégales et d'idéals un peu mêlés.
Léonce BÉNÉDITE.
E. Biondi. — Les S vïuix vi.k-
LA GRAVURE EN MÉDAILLES
L'EXPOSITION GENTENNALE
Dans un îles palais du Champ-de-Mars où sont exposés les « Instruments
et procèdes généraux (?) des Lettres, Sciences et Arts ». l'Administration des Monnaies a placé dans une vitrine circulaire les médailles et plaquettes dont les coins lui appartiennent. L'empressement du public autour des médailliers es) très grand. Tout le monde s'émerveille du bon marché de ces jolies pièces. On admire et on achète les jetons du xvnr" siècle, les médailles de la Révolution el de l'Empire naturellement celles qui concernent le roi de Rome font fureur), les élégantes plaquettes de Daniel Dupuis, les superbes médailles commémora tives de M. Chaplain, etc.. Depuis quelques années déjà le nombre des clients de la Monnaie a bien augmenté. La médaille de mariage de M. Roty est devenue presque populaire. Mais, dans le grand bazar de l'.tOO où tant de gens vonl furetanl à la recherche du bibelot-souvenir, cette exposition de la Monnaie part d'une excellente pensée : rien ne peut servir d'une façon plus efficace à la diffusion d'un art naguère encore dédaigné de la foule à laquelle il s'adresse pourtant plus directement que tout autre. En regardant Ions ces badauds inclinés sur les vitrines, qui marchandent cl commandent des médailles, on se réjouit de voir enfin compris, aimé, encouragé l'effort des artistes admirables qui, pendant trente années, ont travaillé à remettre en honneur la gravure en médailles, au milieu de l'indifférence de la multitude, du dédain des peintres et des sculpteurs, soutenus par l'enthousiasme — un peu stérile — de quelques amateurs.
Daniel Dopuis. —
hFlliM'l
Madone
L'A HT A l/EXI'osmox HK 1900
En 1880, dans L'exposition centennale dos Beaux-Arts, il y avait une section réservée à la gravure en médailles. Rapprochées des œuvres des médailleurs contemporains, les œuvres des Gatteaux, des Oudihé, des Degeorge, etc., permettaient de suivre l'évolution de la gravure en médailles depuis cent années et d'apprécier toute l'originalité des derniers venus. M. Roger Marx écrivit alors une remarquable notice qu'il a publiée sous ce titre : Les Médailleurs français dopais 178U : il est impossible aujourd'hui
d'écrire sur la glyptique contemporaine sans se reporter à ce travail si clair cl si complet. Un ne doit pas d'ailleurs oublier tout ce que M. Roger Marx a l'ait pour attirer l'attention de l'Etal et du public sur la renaissance de la médaille, française. C'est lui qui a appris aux amateurs le chemin des ateliers de nos graveurs. C'est lui qui a su obtenir du ministère des finances la création de nouveaux types monétaires.
L'exposition centennale de 1900 comprend quelques médailles disposées dans des vitrines horizontales où il est assez malaisé de les bien voir. Il y faut quelque application. Du moins les spécimens qu'on nous a montrés sont choisis avec goût; ils caractérisent bien la manière de chaque graveur. C'est un résumé sommaire de l'histoire de la médaille au xix" siècle. Parcourons-le rapidement. Nous insisterons davantage sur les cadres exposés dans le décennale : car c'est là que sont les chefs-d'ouivre du présent et les promesses de l'avenir
Augustin Dupré est le créateur de la médaille moderne. Il est un véritable artiste du xviu' siècle et il pratique l'art souple, familier et gracieux de son temps. Il est en plein dans la tradition française : il est réaliste, dans la mesure où les strictes conventions de son ail lui permettent le réalisme: il a
Rotv. — In LABOriE Ql'IES
Jeanne d'Arc
LA GRAVURE EX MEDAILLES
ij-.iteu-ï. — Abandon he tocs les privilèges
le sens inné de l'élégance, sans mièvrerie comme sans emphase et, lorsque
le spectacle de la Révolution surexcitera son génie, il saura au besoin
créer des œuvres d'une robuste et
forte sobriété (considérez le revers
de nos écus de cinq francs) ; il a le
goût de la mythologie, mais d'une
mythologie renouvelée et tout
imprégnée du sentiment moderne.
;i la manière de Prud'hon. Il est à
la fois un portraitiste [Franklin,
Lavoisier, Louis XVIII et presque
un paysagiste (la Bataille de Cow-
rens, la Flotte du comte d'Eslaing),
car c'est lui qui, rompant avec la
tradition antique, a introduit le pittoresque dans l'art de la médaille... On
est surpris, quand un considère des médailles de Dupré, de sentir son art
si voisin du nôtre ; les maîtres de la seconde moitié du xix" siècle ont trouvé en lui leur initiateur.
Mais, pour revenir à Dupré il leur a fallu se défendre contre d'autres souvenirs moins lointains et réagir contre l'académisme qui, durant près d'un demi-siècle, pesa sur la gravure en médailles, peutêtre plus lourdement encore que sur la peinture et sur la sculpture.
Dans les dernières années du xvme siècle, on peut encore signaler quelques médailles qui, sans
avoir le mérite de celles de Dupré. sont pleines de vie. comme l'Arrivée
du Roi à Paris, de Duvivier. ou bien cette admirable médaille du i août de
Gatteaux : ['Abandon de tous les privilèges, dont l'ordonnance est m belle et
A.NDHIÏ
]! LPTÊUE DU uni iie Rome
L'AHT A L'EXPOSITION DE 1900
où les altitudes sont si variées. Mais la tradition est brusquement rompue clans les dernières années de la Révolution. Dupré, pour représenter la Liberté, s'inspirait de la moderne beauté de Mrac Récamier. Ses rivaux et ses successeurs vont, à l'inverse, chercher leur inspiration dans les médailles et les statues antiques pour exprimer les idées et commémorer les événements de leur époque ; en même temps, infidèle aux leçons des maîtres ingénieux et élégants du xvmc siècle, leur art se raidit et s'alourdit. Comme André Chénier — avec lequel on lui découvre tant d'affinités de goût et de
Oudibê. — Notre Dame de Paris
génie — Dupré avait toujours des « pensers modernes». A côté de lui, après lui. la mode est de se faire une àme romaine.
C'est alors le règne victorieux de Louis David ; c'est le grand carnaval grécoromain du premier Empire. Dupré doit quitter la charge de « graveur général des monnaies ». Son Bonaparte, c'est encore le petit Corse aux cheveux plats. D'autres seront chargés de « césariser » à la façon romaine la figure du consul, puis de l'empereur.
Ces autres, ce sont les Galle, les Andiïéu, dont les productions glaciales, solennelles et allégoriques encombrent les médailliers de la Monnaie. Napoléon y revêt successivement les attributs de tous les dieux de l'Olympe. Les
LA GRAVURE EN MEDAILLES
graveurs ne se donnent même pas la peine d'inventer des allégories. La médaille de la Reprise des drapeaux français à Insprùck est la copie de la médaille romaine de la reprise des enseignes de Varus.
C'est dans le portrait, et seulement dans le portrait, que les médailleurs du premier Empire et de la Restauration conservent une véritable maîtrise.
U.iviu uA.Noi.ns. — La MOUT 1)1" MARÉCHAL NEY
Cela, d'ailleurs, ne doit pas nous étonner. Car, à aucune époque de noire histoire, les artistes français — peintres on sculpteurs — n'ont cessé d'être d'admirables portraitistes. Toujours, ceux qui ont suivi avec docilité les pins extravagants caprices de la mode, les pires influences de l'exotisme, les plus détestables routines de l'académisme, les plus sottes conventions de l'allégorie, les plus folles fantaisies du romantisme, tous ceux qui ont méconnu avec intrépidité les vraies traditions du génie national ou la vraie vocation de leur propre talent, Ions ont retrouvé la sincérité, la probité, la vérité, la nature, lorsqu'ils ont voulu traduire modestement et simplement une physionomie humaine. De 1800 à 18i0 les graveurs ont fait de pauvres médailles, mais sur la face de quelques-unes ils ont parfois gravé de véritables chefsd'œuvre.
Alpltéc Danois. — J.-l!. DuHAS
Commenl s'esl préparé, vers le milieu iln siècle, l'éclatani réveil de la glyptique .'
Ce qui est certain, c'est qu'il n'a pas été suscité par le génie d'un homme.
i ludiné fut sans doute un excellent graveur; on lui doit de très belles médailles; son enseignemenl a formé de grands artistes. Mais ce ne sont point ses œuvres qui ont directement inspiré à Ponscarme ses merveilleuses trouvailles un à Chaplain son admirable sentiment de la réalité.
lue médaille tic Dupré est. je le répète, plus près qu'une médaille d'< ludiné d'une médaille de Ghaplain.
C'est donc sous des influences extérieures que-s'est formée noire grande école de médailleurs.
Il faut d'abord insistersur l'enseignement d Ingres, disons mieux, l'enseignement qui se dégagede l'œuvre d'Ingres. Car l'ascendant de cet artiste, lorsqu il s'esl exercé directement, a presque toujours eu de déplorables effets. Dans les ateliers, on na voulu voir en lui que le conservateur entêté de la vieille formule académique (Inc.re< a. du reste, favorisé ce malentendu de toute-; ses foires et l'on a vénéré dans ses tableaux ce qu'ils renferment de suranné, de caduque. Sans doute d'autres peintres ont. depuis, découvert et admiré le véritable génie d'Ingres, sa géniale patience et ses sublimes scrupules. Mais ceux-là n'ont reçu de lui que la leçon très liante et très générale qui' donnent les maître- du passé. Ingres a eu sur les peintres, ses contemporains, une influence desséchante. Au contraire il a été un inspirateur sûr pour ceux qui, adonnés à un autre art. n'avaient pas à redouter les périls de l'imitation. Il a etc. en particulier pour le- graveurs eu médailles, un maître incomparable.
Le Semeur
I liardm.
LA NATURE SE DEVOILANT de 1899)
■■■' moderne
Imp.L.Fo;
LA GRAVURE EN MEDAILLES
11 leur a appris à rechercher les gestes essentiels, à résumer tout le caractère d'un homme ou d'une scène en quelques lignes extrêmement simplifiées. 11 leur a enseigné l'attention et la conscience. S'il est un ail qui ne peut pas se passer de probité, c'est bien la gravure en médailles. Oudiné a subi plus qu'aucun autre cette bienfaisante influence El, si vous rapprochez d'un dessin
1 ""''• — Médaille du Sacré-Cœur
d Ingres un dessin de M. Chaplain, vous comprendre/ que je n'exagère pas en attribuant à Ingres nue grande pari dans le renouveau de la glyptique.
Les sculpteurs de médaillons y contribuèrent aussi. Dans la salle de l'exposition centennale où sont exposées les médailles, on a placé sur les murailles quelques médaillons de David d'Angers', de Préault : je ne m'y
' David d'Angers e3f l'auteur de quelques magnifiques médailles, par exemple celle de la Mort du rmréchal Ney : le maréchal est debout; à droite, une ligne des canons de fusil braqués sur sa
arrêterai point : le médaillon est œuvre de sculpteur; la médaille esl œuvre île graveur; la différence dos procédés nid un large fossé entre les deux arls : il me semble que certains des médailleurs d'aujourd'hui n'en paraissent point assez ((invaincus. Mais médaillons el médailles obligent les artistes à un pareil effort de synthèse pour rendre sensible — sans caricature — la caractéristique d'un profil humain.
Or les sculpteurs de ce siècle ont excellé dans le médaillon. De l'œuvre de
IlEGEOnGB. — S UNI' I'ieiim. DE MONTROUGE (avers).
David d'Angers, ce qui demeure et demeurera éternellement, c'est celle suite d'images admirables où revit l'élite des hommes de son temps. Préault fui un déplorable sculpteur si vous n'en étiez point encore tout à fait convaincu, arrêtez-vous, un jour, sur le Champ-de-Mars, à l'entrée du pont, et regardez un peu le guerrier gaulois qui lient son cheval par la bride !) ; Préault non a pas moins fait de merveilleux médaillons. El les médaillons de Carpeaux ! ICI les médaillons de Chapu !
Ceux-là ont une importance toute particulière dans l'histoire delà médaille. M. Roty, qui est bien, en la matière, le meilleur des juges, a écrit de Chapu :
poitrine; à gauche l'extrémité du brancard île la civière qui l'emportera. Ces indications brèves sont d'une hardiesse el d'une éloquence admirables.
«Costa lui que nous devons la dernière évolution de laglyplique. » Considérez en effet la série des médaillons de Chapu et en particulier, ceux d'Elie Delaunay, de M"c Paula Breton, de Nino Garnier, de Vacquerie, de M. Vaudremer), considérez aussi ses ligures en haut relief des monuments de Regnault, de Félicien David, de Flaubert, etc.. et ensuite revenez vous placer devant
FnéMiET. — Paii. IlVTTIEIt
les médailliers où sont réunis les chefs-d'œuvre de nos graveurs contemporains : la filiation vous apparaîtra indiscutable. D'ailleurs Chapu lui-même est Tailleur d'une des plus belles médailles de notre temps, celle du Sacré- Cœur.
Avant d'arriver aux œuvres des grands graveurs contemporains, il serait injuste de ne point nous arrêter un instant devant les médailles des premiers élèves d'Oudiné : Tasset, Degeorge, Alphée Dubois. Làgrange, Ponscarme. C'est ce dernier qui a donné à la médaille moderne loul son charme el loule
sa liberté. C'est lui qui a supprimé la convention en vertu de laquelle le relief de la médaille devait toujours apparaître mal sur un champ miroi-
Tasset. — L.\ SALLE DES rHÈSES DE L'UNIVERSITÉ b'OKLÉANS
tant. C'est lui qui a supprimé le listel cl a varié à L'infini la forme et la disposition des légendes. Son polirait île Naudet marque nue date très importante
K. Vebmeb. — Inv ; \ l !"N m MONl'MENT DE G.AMBETTA (FACE Kl' KEVEIIS)
dans I histoire de la gravure en médailles. Ces artistes hardis et délicats
n'ont pa- eu toute la gloire qu'ils méritaient. Le public les a ignorés. Puis, plu-- lard, le joui' où son attention a élé enfin éveillée sur les œuvres des
Marque ste se
- ■ ! Art ancien et moderne