‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 60 sur 101 · LA GRAVURE EX PIERRES EIXES · texte numérisé non relu

LA GRAVURE EX PIERRES EIXES

J'aurais bien des motifs à invoquer pour être bref : je n'en avouerai qu'un seul, celui qui m'est fourni par l'Exposition universelle elle-même, ou pour mieux dire, par ses éminenls organisateurs.

Dans l'Avant-Propos du catalogue officiel de la Centennaie de l'art français (1800-1899), cette section, si intéressante à divers titres, est fort justement présentée comme une suite naturelle de la Rétrospective installée dans le Petit Palais, et comme la préface de la Décennale consacrée aux œuvres des artistes vivants. On s'est donc proposé pour but de donner un tableau général de l'art fiançais durant tout le siècle qui finit, dans ses manifestations multiples et sous tous les aspects : on n'a négligé ni la gravure en médailles, ni la miniature, ni l'eau-forte, ni la sculpture sur bois, ni la lithographie, ni la céramique, ni la décoration mobilière. Aussi, est-ce avec grand étonnement que j'ai dû constater, en cherchant à rassembler les éléments de cette causerie, que la gravure en pierres lines n'avait aucune part, — saut' dans les titres des chapitres, — à cette grandiose manifestation de l'histoire de l'ait du xixc siècle et qu'elle n'y figurait point, (•mise par inadvertance, négligée ou dédaignée, la glyptique rétrospective est absente et celle exclusion imméritée m'a prouvé une fois de plus que la plus ingrate des vertus, la modestie, — car la glyptique est modeste, — est la mère du plus ingrat des lils, l'oubli.

Ouoi qu'il en soit, c'est là une fâcheuse lacune. La glyptique a brillé dans l'histoire d'un assez vif éclat pour que le tableau de ce qu'elle a été durant la dernière période centennaie, à côté des autres branches de l'ait, ne soit pas indifférent à ceux qui ont entendu parler des Jacques Guay, des Pichler, des Jeuffroy, des Simon et de toute cette brillante école qui, par Jacques Guay,

278 L'Allï A L'EXPOSITION DE 1900

avait reçu sa première impulsion du M'"c de Pompadour elle-même. Que sont devenus les élèves, les fils et les arrière-neveux de ces délicats artistes ? Où sont leurs œuvres et qui les détient? Par quelles traditions les graveurs d'aujourd'hui se rattachent-ils à ces illustres ancêtres? Il eût été, je crois, fort intéressant et utile de le montrer dans deux ou trois vitrines dont l'ensemble n'eût pas dépassé quatre mètres carrés : la question d'emplacement, pour expliquer l'omission dont je me plains, est donc a priori hors de cause.

Et puisque je suis en veine de réclamations, on me permettra d'en formuler une autre. 11 existe à Paris, au n° G de la rue Portefoin, dans le quartier du Marais, une maison de modeste apparence, pour laquelle je demande une de ces plaques de marbre que le Conseil municipal fait fixer partout où l'on trouve utile de consacrer quelque souvenir. C'est dans celte maison, au troisième étage, que Jacques Guay, cet incomparable artiste, habitait et avait son atelier. Il y demeura tout le temps qu'il ne séjourna pas au palais de Versailles où l'avait appelé Mmc de Pompadour ; c'est là qu'il forma son élève préféré, Mayer Simon, qui y travailla lui-même sous la Révolution et le premier Empire. Simon finit par acheter la maison et, à sa mort, en 1821, il la légua à son élève Henri Beck; ce dernier, fabricant de bronzes et graveur à son tour, l'a laissée par testament en 1845 à M. J.-F. Leturcq qui, à côté de ses occupations industrielles, fut aussi amateur de pierres fines et se fit l'historien de Jacques Guay. Voilà donc une maison qui compte dans l'histoire de la glyptique, et je voudrais que, sur la façade, une plaque commémorative rappelât au moins le nom de Jacques Guay dont les œuvres, qu'on admirera aussi longtemps que subsistera le culte du beau dans l'humanité, ont passé, pour la plupart, du Cabinet du Roi, sous les vitrines du Cabinet des médailles, à la Bibliothèque nationale.

De tous les établissements publics français, le Cabinet des médailles est le seul qui possède, non pas, — loin de là ! — les éléments d'une histoire de la gravure en pierres fines au xixu siècle, mais quelques œuvres éparses et sans lien entre elles de cette période centennale ; et encore, sont-ce des dons individuels et le pur hasard, et non point des versements réguliers de l'Administration, qui en ont doté nos vitrines, pourtant si riches en ce qui concerne les siècles antérieurs. J'ignore où sont allées les œuvres commandées chaque année, depuis un siècle, par l'Etat aux graveurs en pierres fines; dans tous les cas et pour l'avenir, n'y aurait-il pas lieu de prendre quelques arrange-

5 Daniel Dhpuis o

I, 2. L'horticulture (face et revers). - 3, 1. La Source (face et revers). — 5, 6. — Le Nid (face et revers).

T. 8. Insigne du jury à l'Exposition de 1900.

Page 1