‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 72 sur 101 · A TE KHI · texte numérisé non relu

A TE KHI

fonde à laquelle tous les artistes, tous ceux qui aiment véritablement el qui comprennent la céramique, ont applaudi avec enthousiasme, mais dont beaucoup, après un examen un peu superficiel et sans tenir compte des travaux et des recherches de nos potiers français, ont trop facilement attribué tout l'honneur à la manufacture royale de Copenhague.

C'est là une erreur contre laquelle on ne saurait trop protester.

11 serait certainement puéril de nier l'influence considérable exercée

SoCFIÈRE D'i'N SERVICE ai i.iunii kei" fabrication de M. GvÊniK-I.Bzi a Umoj;o$

depuis 1880 sur l'industrie de la céramique en général, aussi bien en France qu'à l'étranger, par la porcelaine de Copenhague ; mais, en réalité, cette porcelaine n'a jamais été que l'expression d'une note d'art absolument personnelle. admirablement servie par l'emploi d'une matière merveilleuse, d'une pureté et d'une « distinction » parfaites, mais dont les procédés de décoration n'avaient rien de particulier. Que certains fabricants aient été séduits par cet art tout spécial jusqu'au point de le copier presque servilement, même dans ses formes, comme on en peut voir de regrettables exemples chez plusieurs exposants de la classe 12, cela est malheureusement vrai, mais il est inexact de dire que la transformation radicale qui s'est faite dans les procédés de décoration de la porcelaine actuelle soit due aux céramistes danois. Ils i'ont peut-être hâtée, mais en réalité, elle remonte beaucoup plus loin

que 1889; les travaux du laboratoire de Sèvres, les recherches de Ch. Feil, de Deck, de Peyrusson, les expositions de Bracquemond, d'Haviland et de tant d'autres sont là pour l'attester.

Ce qui domine actuel leraenl dans l'ensemble général de l'exposition de la

Yvse HE LA «INIKl'ITlii; NATIONALE DE SEVRES

porcelaine, sauf quelques rares exceptions, c'est l'emploi des couleurs au grand feu, dont la palette, forcément assez pauvre, s'esl sensiblement augmentée dans ces ilix dernières années et tend de jour en jour à s'enrichir. Le mode d'emploi varie, in;iï> de quelque façon qu'elles soient appliquées, ces couleurs n'en participent pas moins à l'éclat et à la pureté de la couverte et

LA TElïHK

prennent, sous L'action de la haute température à laquelle elles sont soumises, nue délicatesse de ton, une transparence et une harmonie que l'ancien procédé de peinture, sec el terni', étail impuissant à donner.

Ce que l'on v remarque également, c'est la prédominance des couvertes unies ou flammées et des « cristallisations » dont on ;i ti'op abusé, croyons-nous, surtoul dans les grandes pièces qu'elles « déforment » lorsqu'on les regarde à une certaine distance. et qui (Ment à la porcelaine son charme et sa pureté. Il en est de même de ces pièces jaspées de taches d'une coloration parfois étrange, frangées d'un liséré jaunâtre ou verdàlre. qui laissent croire que la porcelaine ainsi décorée est atteinte d'une maladie de peau.

En résumé, et c'est là ce qui distingue l'exposition actuelle des précédentes et la rend pleine de promesses pour l'avenir, c'est surtoul la « chimie » qui semble avoir progressé d'une façon merveilleuse. 11 faut maintenant que les savants, et le résultat se produira certainement, deviennent assez complètement maîtres des nouveaux procédés dont nous admirons les premières applications, pour les rendre en quelque suite

esclaves des artistes, de façon que ceux-ci puissent les employer à coup sûr. et les l'aire entrer presque mathématiquement et sans craindre de mécomptes dans un ensemble décoratif.

Ceci bien établi, il nous sera beaucoup plus facile d'étudier et de faire comprendre les différentes « expositions » qui attirent et retiennent l'attention à l'esplanade des Invalides.

Vase de la manufacture nationale

de Sk\ res

France. — Au premier rang, nous placerons celle de la manufacture de

Sèvres qui, malgré quelques esprits chagrins, obtient un succès incontestable. Ce que l'on ressent toul d'abord en entrant dans les salles réservées à notre grand établissement national, c'est une impression d'harmonie générale, claire, d'une délicatesse infinie et qui charme par sa nouveauté et l'on pour-

FlGORE KN UISCUIT ni' SURTOUT II LA D.VNSE l)E l'ËCHAM'E ». par M. A- Udmi ii (manufacture nationale de Sèvres].

rait dire par sa simplicité. 11 y a loin, en effet, de ces vases aux formes pures et parfois un peu rigides, aux décorations sobres, sans surcharges de bronzes cl de dorures, à ce que l'on était accoutumé de voir. Dans une lettre conservée aux Archives, Daru. par ordre de l'Empereur, adressait à Brongniart. alors directeur de la manufacture, de très vifs reproches au sujet de deux vases que l'on avait envoyés à Saint-Cloud et qui n'avaient que des fleurs pour tout décor. Dans les idées de l'Empereur, en effet, la porcelaine devait toujours «dire quelque chose ». Qu'ils tussent grands ou petits, les vases axaient pour

LA TERRE

mission de rappeler ilrs faits de l'histoire ancienne ou contemporaine — contemporaine surtout — el sur 1rs moindres pièces de service, même sur les assiettes, on devait voir îles portraits de personnages connus, îles villes con-

FlGI IIE EN BISCUIT DU SURTOUT " LA Dw'SE 1IE L'ÊCHAIIPE », pal' M. A. LtONAHD

manufacture nationale <!<■ Sèvres .

quises par ses armées victorieuses, des épisodes des batailles qu'il avait livrées, etc. dette préoccupation de « faire parler » la porcelaine dura pendant plus de la moitié du siècle et. longtemps encore, toutes les grandes manufactures, aussi bien en France qu'à l'étranger, subirent cette influence.

Aujourd'hui la porcelaine de Sèvres laisse à la peinture le soin de faire revivre sur la toile les événements dont on désire conserver le souvenir ou de

les commenter dans des allégories d'uni' conception puérile et souvent ridicule. Moins ambitieuse que par le passé, elle se contente de remplir un rôle jilns modeste, mais qui rentre mieux dans sa nature, celui de contribuer franchement ot simplement à la décoration de nos intérieurs: et si nous ne trouvons plus de « faits divers » sur ses vases, nous y rencontrons du moins des fleurs et des arabesques ingénieusement disposées, des plantes et des oiseaux qui n'ont d'autre prétention que de se montrer dans la simplicité d'un dessin irréprochable et d'un coloris harmonieux.

Vases et assiettes maison Doullon cl O, An;lclcrrD).

I n des grands succès de l'exposition actuelle de Sèvres est celui qu'obtiennent à juste titre ses biscuits en « porcelaine nouvelle .. d'une matière si délicatement pure el douce à l'œil et d'une perfection de fabrication que nulle autre manufacture ne peut égaler. Laissant de côté, sans cesser pourtant de les reproduire, les délicieux biscuits qui, au siècle dernier, ont fait sa réputation el dont les terres cuites originales sont une des richesses de son incomparable musée, Sèvres s'est surtout attaché à reproduire en porcelaine quelques-unes des œuvres les plus célèbres de nos sculpteurs modernes, tout en demandant également à plusieurs de nos maîtres actuels des modèles spéciaux. C'est ainsi que parmi les nouveautés de son exposition, on peut admirer les grandes pièces du Surtout de Frémiet, la Minerve et la Diane du Nord qui, abstraction faite de la question d'art, sont, au point de vue de la

Vase ex porcelaine dure (manufacture nationale de Sèvres).

LA TF.KHI

fabrication, de véritables merveilles de difficultés vaincues, celle du Surtout des chasses de Gardet. et cette suite si remarquée des gracieuses et vivantes figurines d'Agathon Léonard, la Danse de Fêcharpe.

La place nous manque pour étudier comme elles le mériteraient les expositions de nos grandes manufactures françaises qui toutes, elles aussi, ont absolument transformé leur mode de décoration et fait l'application la plus heureuse des couleurs de grand feu. Nous devons nous borner à citer les noms des Charles et Théodore Haviland . des Guérin-Lézé. des Hache, des Pillivuyt, pour ne mentionner que les plus importants, dont les produits, malgré l'installation défectueuse de la classe 72 à laquelle avait été réservé un emplacement peu en rapport avec la place que méritait d'occuper la céramique, n'en brillent pas moins au premier rang de l'industrie de la porcelaine et n'ont pas de rivaux en Europe.

Angleterre. — Pour des causes que nous ignorons, les grandes manufactures d'Angleterre qui, déjà, en 1889. ne s'étaient fait représenter que par des marchands, se sont complètement abstenues cette année, et la porcelaine anglaise ne figure à l'Esplanade des Invalides que dans le pavillon spécial, construit tout en grès, où sont exposés les différents produits de l'importante maison Doulton et Cie. Dans la partie réservée aux porcelaines, la pièce principale est un grand vase dans

V\se Diana

lison Iloullon cl <'■'■- Angleterre).

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lequel on rctn uvc toutes les qualités et, aussi, il faui bien le dire, tous les défauts des porcelaines anglaises en général; une pâte d'une nature spéciale se prêtani admirablement à la fabrication et à la décoration, une exécution hors ligne, à côté d'une surcharge de détails, d'Une lourdeur d'ornementation et d'un manque d'harmonie et de proportions entre 1rs diverses parties

de la pièce qui font regretter que tant de talent cl de soins aient été employés pour arriver à un résultat aussi peu satisfaisant. Ajoutez à cela, chez les céramistes anglais, ce que l'on pourrait appeler le manque de franchise, qui fait que l'on ne sait pas, au premier abord, à quelle matière l'on a affaire, >i c'est de la porcelaine ou de l'ivoire sali, de la porcelaine dorée ou «lu bronze mat mal patiné.

Tel est, en réalité, le grand vase Diana, décoré de chaque côté de peintures admirablement traitées, représentant le mythe d'Orphée, mais surchargé dé reliefs lourds et touffus, figure de Diane chasseresse sur le couvercle, griffons, mascarons, arabesques, etc., le tout dans le goût de celle fausse Renaissance qui sévissait en France il y a cinquante ans avec les Chenavard, les Julienne, les Catenacci, etc.; tel aussi le Vase du Dante, orné de 1res belles peintures, mais monlranl autour du pied quatre petites figures assises, roides, sans grâce et sans accent, représentant, les unes. Dante et Béa- Iri r. les deux autres Y Intelligence et la Force, tels encore le Vase de l'Amour el plusieurs autres qu'il est inutile de citer.

Combien sont préférables, à côté de ces pièces un peu prétentieuses, les vases plus simples : un, entre autres, de forme ovoïde, décoré en plein tic pivoines merveilleusement dessinées el d'une fraîcheur el d'une richesse de coloration à défier la palette du plus habile peintre sur toile.

Quant aux porcelaines de servie sposées par MM. DoulloU, et sorties

des fours de leur- manufactures de Burslem. elles sont ce que l'on devait attendre de ces habiles fabricants, les unes d'une richesse inouïe, el qui gagneraient beaucoup à être moins surchargées de dorures, les autres, plus

\ ISl EN PORCELAINE NOUVELLE

DÊCnnÉE AT GRAND l'F.r

manufacture royale .I.- Berlin' .

LA TERRE

simples et de bien meilleur goût, décorées par impression et d'un bon marché défiant toute concurrence, mais toutes d'une exécution irréprochable el d'une pâte superbe.

Allemagne. ■ — Très exallée par les uns. très dénigrée par les autres, l'exposition des porcelaines de la manufacture royale de Berlin (Charlottenburg) est très difficile à apprécier à sa juste valeur. Il est certain que si nous nous plaçons exclusivement au point de vue de notre goût français, étant données surtout les tendances de la nouvelle école, nous trouverons dans la plupart des pièces qui y sont exposées, trop d'exubérance et une surcharge certainement

exagérée de sculptures et de

eliel's.

Ce que personne cependant ne pourra leur refuser, c'est la perfection véritablement surprenante avec laquelle foutes ont été exécutées, el il esl permis de dire à qui connaît les difficultés du « métier » que certaines de ces pièces en porcelaine blanche, la grande cheminée et la console surmontées de glaces aux riches cadres de rocailles, la boîte d'horloge décorée de peintures et d'où se détache une

Renommée en haut-relief, méritent l'admiration la plus sincère et la plus absolue. Kl quelle belle matière ! Quel émail pur et limpide!

Si, faisant abstraction de la question d'art, toujours si délicate à apprécier, nous examinons au seul point de vue de l'exécution l'ensemble de la décoration des pièces exposées, ici encore nous n'avons qu à louer sans réserves. Il y a là des paysages signés Menzel, d'une souplesse et d'une habileté de facture, d'une fraîcheur et, souvent, d'une vigueur de coloration qui défient toute comparaison. Il esl juste de dire aussi que la couverte de la

Corbeille d un surtout de / pie :es offert par l'empereur d'Allemagne a l'empereur n'Ai ri;ii.n;

\ L'OCCASION DE snN JUBILÉ.

manufacture rovale de Berlin).

L'AHT A L'EXPOSlTrON DE 1900

porcelaine de Berlin se prèle merveilleusement à l'application des ors et des couleurs et l'on peut voir au musée de Sèvres des pièces du siècle dernier dont la peinture semble faire corps avec la couverte et, pour employer une expression technique, « glace » presque autant que sur la porcelaine tendre. Mais il est surtout une série ■ — et. à notre avis, il est regrettable que les organisateurs de l'exposition de la manufacture royale de Berlin n'aient pas cru devoir la mettre plus en valeur — que nous ne saurions trop louer, c'est

celle des porcelaines nouvelles au grand feu, qui se hou vent reléguées, et comme perdues, au second plan. Il y a là des pièces d'une conception tout à fait particulière, souvent d'un grand caractère d'art, et, surtout, d'une richesse de couleur, d'une pureté d'email, qui ont conquis les suffrages de tous les véritables céramistes et qui auront, croyons-nous, une heureuse influence sur l'avenir de l'art de la porcelaine en Allemagne.

Quant à la manufacture royale de Meisscn, qui occupe toute une salle à côté île celle de Berlin, nous ne pouvons que regretter la persistance avec laquelle elle croit devoir se cantonner dans son « ancien genre » et dans la reproduction des modèles de Kaëndler qui avaient établi sa réputation il y a cent cinquante ans. Les efforts qu'elle a faits pour en créer de nouveaux ne semblent pas avoir été 1res heureux, et certains de ses vases, entre autres celui de Richard Wagner, h « fond bleu royal avec de la peinture transparente en or et platine ». celui de la Danse des Néréides où « les profondeurs et les lueurs de la mer produisent un effet magique » etc., sont des erreurs qui n'ajouteront rien à sa renommée et qui n'ont rien «à voir avec l'art de la céramique.

Autriche- Hongrie. — La plupart des nombreuses et importantes manufactures de Bohème figurent à l'Exposition actuelle, mais à l'exception de

Vase ex porcelaine nouvelle décorée w grand peu (manufacture royale Je Berlin).

Y\ses EN porcelaine mue manufacture ni aie de Sèvres).

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