‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 71 sur 101 · I.A TERRE · texte numérisé non relu

I.A TERRE

Ce genre, dont on peut voir de nombreux exemples à L'exposition cenlennale de la céramique (cl. 72 , était caractérisé surtout par une profusion de dorures, par des cartels de figures. île paysages ou de fleure, et, plus lard, sous l'influence de la fausse et ridicule « Renaissance » inventée par Chenavard et autres, et pastichée de façon si déplorable par Jacob l'élit qui occupa pendant plus de quinze ans une place des plus importantes parmi les fabricants et les décorateurs, par une exagération de reliefs et de sculptures du goût le plus atroce.

La peinture, figures, ornements ou Ileurs, était toujours exécutée de la même façon, à l'aide de couleurs mélangées de fondants qui les faisaient adhérer plus ou moins à l'émail, mais sans l'aire corps avec lui comme cela avait lieu autrefois.

avec la porcelaine tendre; sur le fond blanc elle paraissait mate, sèche, elle ne « glaçait » pas; ce n'était pas « la même peau ». Un était arrivé, par des tours de force de fabrication, à exécuter des plaques de plus d'un métré sur lesquelles des artistes d'une habileté et d'une patience prodigieuses peignaient des copies assez compliquées de tableaux célèbres tels que Y Entrer de Henri IV à Paris, de Gérard, X Embarquement pour Cythère. de Watteau, les grands groupes de Ileurs el de fruits de Van Spaendonck el tant d'autres qui émerveillent encore

< VASE DES APÔTRES ». GRÈS DE YnlslXLIEl", PRÉS BEAU\ US l^ii

[composition el fabrication de J.-C. Ziéglbb).

les visiteurs du musée de Sèvres, mais ces copies, malgré leur valeur artistique, n'ont rien de véritablement céramique, on ne sent pas que le « feu » ait

passé parla, et si elles étaient peintes, avec le même soin et le même talent, sur toute autre matière que sur la porcelaine, elles produiraient le même effet. Vers 1847, après l'étude et l'analyse de pièces à différents états de fabrication et de décoration envoyées de Chine pas le P. Ly, on vit qu'il y avait

Imitation hes terhes de P.u.issv (premier essai de Plu., 1850).

peut-être autre chose à chercher et, sous la direction d'Ebelmen qui venait d'être adjoint à Brongniart auquel il devait succéder, on fit à Sèvres des essais qui, (lès le début, lurent couronnés de succès, et qui devaient, peu à peu, conduire à une révolution complète dans les procédés de décoration de la porcelaine. Le premier en date, celui qui. dès qu'il fut connu fut appliqué partout, en France aussi bien qu'à l'étranger, et qui devait ouvrir la voie à de nouvelles recherches et à de nouveaux perfectionnements, est celui des « pâtes colorées » ou « pâtes d'application ». trouvé en 1 8 4 '. > et qui lit sa première apparition à l'exposition de Londres en 1851.

UNK SURPRISE

LA TERRE

A pou près à la même époque et sous l'influence du retour aux choses du passé, provoqué par « l'école romantique ». une manifestation assez importante, au moins dans ses résultats, se produisait dans une autre branche de la céramique. D'une part, un artiste qui avait donné plusieurs preuves de talent, Ziégler, forcé par l'affaiblissement de sa vue d'abandonner sa profession de peintre, avait tenté de ressusciter dans le Beauvaisis l'industrie du grès qui,

Faïence fine dècoiièe par impression, g les mystères ue Paiiis » (dessin de Viclor Aoam ; inanufaclure de (lien. Loiret, vers 1830).

au xvi° siècle, y avait été en pleine prospérité, et avait produit des œuvres justement appréciées et dont parlent avec éloges les écrivains du temps ; et, d'autre part, un modeste potier de Tours, Charles Avisseau. épris de la splendeur des émaux de Palissy dont le hasard lui avait fait connaître quelques œuvres, avait au prix de durs sacrifices et de pénibles recherches, tenté de retrouver les secrets et les procédés du vieux maître saintongeois. La faveur avec laquelle leurs tentatives avaient été accueillies par les artistes fut le point de départ d'une sorte de renaissance qui eut de la peine à se développer, mais qui, cependant, grâce à la persévérance, à l'abnégation, et l'on

pourrait presque dire, à la passion de tous ceux qui se donnent à la pratique de ce bel art du feu qui a produit tant d'œuvrcs admirables, mais qui a fait aussi tant de victimes, devait prendre dans la seconde moitié du siècle un essor et une extension dont l'exposition actuelle nous montre les merveilleux

résultats.

11 faudrait un volume entier pour étudier comme ils le méritent les travaux de ces ouvriers de la première heure, les Pull, les Jean, les Devers, les Pinard, les Barbizet, les Parvillée, les Collinot et tant d'autres, jusqu'au maître Théodore Deck, en qui semble s'être s'incarne le génie de la céramique el [mur lequel le feu n'avail pas de secrets, pour redire leur vie de recherches incessantes et souvent de misère. Leur œuvre heureusement a été féconde et leurs élèves el imitateurs, les Chaplet, les Dammouse, les Delaherehe. les Dalpayrat, etc., dont nous étudierons plus loin les envois à l'Exposition, montrent que leur exemple a été dignement suivi. Grâce à eux aussi l'amour de la céramique s'est généralisé et des artistes tels que Théodore Rousseau, Harpignies, J.-P. Laurcns, Anker, Collin. Bracquemond, Eugène Carrière, Cazin, Mme Moreau-Nélaton, Henry Cros, Carriès, pour ne citer que les plus connus, n'ont pas dédaigné d'enluminer la faïence, de décorer la terre, ou de pétrir le grès, celle admirable matière qui se prèle aux travaux les plus lins et les plus délicats aussi bien qu'aux combinaisons architecturales les plus audacieuses el les plus largement traitées.

Porcelaine dure ne Sêviies (1862), « Vase buoi (dccoralion en « pâles d'application -, par i ;él\ i .

LA TERRE

La faïence fine dont la composition avait été modifiée de façon à égaler sinon à surpasser la faïence anglaise, n'avait pas, elle non pins, pendant longtemps, changé ses procédés de décoration qui consistaient à transporter sur la faïence des gravures ou <\<'> lithographies imprimées avec des encres céramiques qui se développaient et se fixaient à la cuisson ; ce procédé, très simple et peu coûteux, avait permis de généraliser la vaisselle historiée, vaisselle des plus curieuses à étudier et sur laquelle on peu! suivre pour

PollCEL.UNE lu: 5ÈV1IES, l'Ai'.-: ni KK NOUVELLE I88li (modèle de Ciurikh-Ubllbl'Sb, décoration de Paillhi .

ainsi dire pas à pas. comme sur lu faïence anglaise de la seconde moitié du siècle dernier, tout ce qui intéresse l'histoire militaire, civile, politique et même littéraire de la France. Cette ci illustration » de La faïence était généralement monochrome, imprimée en noir, en bistre ou en bleu ; quand on la voulait coloriée, on se bornait à passer au pinceau, sur l'impression déjà cuite, des teintes plates qui exigeaient une seconde cuisson, mais grâce aux progrès de la cliromolilliographie, et, surliuil.à l'initiative et aux recherches de Bracquemond, aussi passionné pour la céramique que pour la gravure, les procédés se sont tellement perfectionnés que l'on a pu les ('tendre à des produits d'un ordre plus élevé et livrer au commerce des pièces décorées

el des « services » de luxe, d'un arl souvent délicat et d'une exécution parfaite, à des prix relativement modestes.

Mais c'est plus spécialement dans le domaine de la porcelaine qu'une révolution complète s'est accomplie ; depuis les premières tentatives que nous avons

signalées en ltfifl, et dans ces vingt dernières années surtout, les recherches n'ont pas discontinué aussi bien dans les laboratoires de Sèvres que dans les ateliers de Limoges et de Vierzon, et nous verrons, en étudiant avec toute l'attention qu'ils méritent les produits qui figurent à l'esplanade des Invalides quel changement radical s'est produit, quelle transformation s'est faite. La merveilleuse matière qu'est la porcelaine domine maintenant dans toute sa splendeur: le règne de la « peinture » est fini, celui de la véritable décoration céramique commence.

Le verre. — Les progrès réalisés dans l'industrie du verre, et surtout du cristal, n'ont pas été moins considérables, el ils se sont produits plus tôt el plus rapide-

PoRCELAINE IiK SkmiF.S. PATE TENDRE NOUVELLE

deDeck ,-. ment-

premier essai de . rouge de fer », par K e l: A-U ci immeneemen l dll siècle, il

n'existait en France que deux cristalleries très peu importantes, celle de Saint-Louis et celle de Sèvres où Philippe Lambert avait, le premier, installé la fabrication du cristal d'après les procédés anglais et qui fut ensuite transportée à Montcenis, près Autun. puis au Creusot.

Ces deux établissements étaient loin d'être florissants et ne pouvaient

LA TF.lill

guère lutter avec l'étranger, lorsque, en 181(i. M. d'Arligues, fabricant de cristal à Vonèche (Belgique), ne pouvanl plus, à la suite des traités de lStr>. introduire librement ses produits en France, acquit à Baccarat, la petite verrerie de Sainte-Anne où l'on n'avait fabriqué jusqu'alors que des verres à vitres et de la verrerie ordinaire. A dater de ce moment, ri surtout à partir de 1822, smis la direction de MM. Godard, la fabrication du cristal y prit une extension considérable qui ne lil que grandir depuis.

On v appela à grands frais des ouvriers anglais qui perfectionnèrent les procédés de la « taille » ; on lit des verres colorés dans la masse qui imitaient les malachites et les marbres précieux; on v fabriqua de grands \a<es d'un blanc opalin, que. à l'imitation de la porcelaine, on décorait richement de dormes et de peintures exécutées avec des couleurs 1res fusibles qui cuisaient au feu de moufle à une très liasse température, etc. Tout en conservant la « gravure à la mue » pratiquée en France dès la lin du siècle dernier, on adopta en 1rs perfectionnant les procédés de gravure à l'acide trouvés en 1810 par Gay-Lussac cl Thénard.

Un grand progrès, dont nous parlerons plus longuement, mais que nous voulons indiquer dès à présent est celui des < verres doublés », à deux, cl souvent même, à plusieurs couches colorées superposées, qui permet, à l'aide de la taille à la roue cl en enlevant successivement, d'après un dessin tracé à l'avance, des parties colorées, d'obtenir des effets d'une transparence douce et harmonieuse, d'un charme inexprimable. Nos modernes verriers, les Galle, les Reyen, les Rousseau, les Lévcillé, cl tant d'autres mil produit eu ci' genre des merveilles d'un art délicat cl précieux.

Nous citerons enfin, comme une des dernières cl des plus pures manifestations artistiques de notre époque, les o pâtes de verre » colorées dans la

des anciens verriers <\f Rome et d'Alexandrie cl

Verre v

rilOIS COUCHES ET V CRAQl'ELl'HES Taliricalion de M. b:\nui).

pâte, uni étaient conn ni'

332 L'AKT A L'EXPOSITION DE 1900

dont Henry drus. Imminent sculpteur doublé d'un poète et d'un savant, a. le premier, retrouvé les procédés. Sa belle fontaine du musée du Luxem-

M.VSQl'E EN PATE DE VEllUE, |i.ir M. Ilcilli Chos.

bourg, L'histoire de Iran, et son grand bas-relief. L'histoire du /ru qui ligure à l'exposition actuelle, sont, de lavis de lous. de véritables chefsd'œuvre.

L'EXPOSITION DECENNALE

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