‹ L'Art a l'Exposition universelle de 1900Chapitre 76 sur 101 · LK GRÈS · texte numérisé non relu

LK GRÈS

La place nous manque pour étudier aussi complètement qu'elle mériterait de l'être la section des grès et nous devons, à notre grand regret", nous borner à ne citer que les noms des « vétérans » de cette belle industrie, les Delaherche, les Dammouse, les Dalpayral et tant d'autres dont les produits, déjà connus, ont été, cette année, comme aux expositions précédentes, grandement appréciés et recherchés par les amateurs, pour arriver aux vitrines des m nouveaux venus » dont plusieurs nous ont apporté des notes intéressantes et imprévues sur lesquelles nous sommes heureux d'appeler l'attention.

Mais avanl d'aller plus loin, il nous sera permis de regretter ici la décision prise par l'administration, décision qui a eu pour résultat, malgré des observations cl des réclamations hautemenl justifiées, de l'aire exposer pêle-mêle et sans méthode des produits de toutes sortes et souvent d'ordre très inférieur pour ne pas dire plus, au milieu desquels des œuvres absolument hors ligne se trouvent sacrifiées el perdues dans des voisinages déplorables.

Sans avoir la prétention — qui sérail, cependant, 1res admissible — «le

vouloir créer dans une exposition générale île la céramique une sorte d'aristocratie d'art, il est regrettable que le comité de la classe 72 n'ait pas cru devoir admettre le principe d'une sélection danslaquelle eussent été compris les céramistes qui ne sont pas des fabricants dans la grande acception du mot et dont les produits, admis et récompensés aux Salons annuels, méritaient mieux que d'être confondus avec des briques réfractaires, des tuiles, et des « tuyaux de descente ».

Nous l'avons dit à plusieurs reprises, el nous ne saurions trop le répéter, puisque malheureusement des exemples navrants viennent souvent à l'appui de noire assertion, la pratique de la céramique d'art demande à ceux qui l'exercent une abnégation el un esprit de sacrifices que l'on ne saurait trop admirer, mais auxquels il faut aussi venir en aide, et nous croyons qu'il eût été juste de créer une section à part, dans laquelle ces hommes si dévoués à l'art el si méritants n'eussenl pas eu à compter avec les exigences d'emplacements coûteux el d'installations hors de proportions avec leurs modestes ressources.

Le pavillon du musée des Ails décoratifs à l'esplanade des Invalides. véritable modèle de goût sobre et distingué, montre ce qu'aurait pu être l'exposition de la céramique d'arl si injustement el si maladroitement sacrifiée. La direction de l'Union centrale a disposé là. dans les vitrines des deux premières salles, les acquisitions qu elle a laites aux Salons île ces dernières années et jamais, il faul le dire bien haut, les chefs-d'œuvre de nos modernes

f rRÈS, de M . Auguste Dblaberi ue .

LA TERRE

artistes n'ont trouvé un cadre qui 1rs mette autant en valeur; le grès particulièrement, celle incomparable matière que rien ne peul égaler, y brille dans toute la splendeur et la richesse «le ses émaux, prouvant ainsi d'une façon victorieuse à quel degré de perfection a pu s'élever celle belle industrie pendant si longtemps dédaignée.

La troisième salle tout entière est réservée à AI. Georges Hœnlschel, l'ami dévoué du pauvre Garriès, si prématurément enlevé à l'art avant d'avoir pu réaliser sur le grès qu'il considérait comme la « matière supérieure», el que, dans son langage imagé, il appelait h le mâle de la porcelaine », loules les applications qu'il avait rêvées. Passionné lui-même pour le grès, M. Hœnlschel s'était rendu acquéreur et avait religieusement conservé, à Saint - Amand-en-Puysaye et à Montriveau, les ateliers et toute l'installation du maître si regretté ; puis, reprenant son œuvre quelques années plus tard, dans un autre ordre d'idées et sans se servir ni des modèles, ni des « formules » de Carriès, mais, cependant, avec l'aide des deux praticiens dévoués qu'il avait formés et associés à ses travaux, il arriva bientôt à produire des grès absolument remarquables, connus jusqu'à présent d'un petit cercle d'amis seulement et dans lesquels il se révèle à cette Exposition où il les soumet pour la première fois à l'appréciation du grand public, comme un céramiste hors ligne en même temps qu'un artiste île haute valeur.

Nous laisserons de côté le grand panneau, ou revêtement de forme ogivale et la baignoire qui l'accompagne, œuvre considérable mais qui nous semble un peu « froide » pour une salle de bains et dans laquelle quelques parties, d'un Ion trop foncé à côté d'autres plus claires — dissemblances

VASE a AU SEKPENT ». ;n'-i Je M. Hcentschbl.

ci Bah i), grès emaillé de M. Michel Cazik.

inévitables dues à la cuisson d'une pièce au>si importante — nuisent à 1 harmonie générale, pour nous attacher seulement aux grands vases, et plus particulièrement, aux pièces de petites dimensions renfermées dans les vitrines. Toutes les richesses de coloration que le feu seul peut donner se trouvent rassemblées sur ees grès d'uni' forme très étudiée, qui n'a rien emprunté, comme on l'a fail trop souvent, à l'art japonais.

el que viennent rehausser encore, comme pour les rendre plus complètes el plus séduisantes, îles bronzes patines d'une vigueur de modelé et d'une souplesse de ciselure qui en font des œuvres de premier ordre. Les mêmes qualités, avec les colorations en moins, se retrouvent sur les grands vases aux reliefs discrets, modelés sans sécheresse et d'une conception bien particulière. Le vase au serpent notamment est une pièce remarquable et qui l'ait le plus grand honneur à l'art français.

Parmi les « nouveaux », nous trouvons encore dans la classe 12. M. .Michel Cazin que le jury a justement récompensé d'une médaille d'or. Comme son

père que d'autres travaux ont forcé, à son grand regret, d'abandonner la céramique dans laquelle, à l'exposition de l'Union centrale, en 1883. il s'était révélé comme un maître de premier ordre et dont on peut voir au pavillon des Arts décoratifs dont nous avons parlé plus haut, et au musée du Luxembourg les quelques œuvres trop rares dont il a consenti à se dessaisir, M. Michel Cazin s'est épris à son tour de ci l'art de terre » et, lui aussi, pour ses débuts, a su se placer au premier rang de nos céra-

I |R] ÎS, de M, ir \nne>ey.

LA TERR

mistes. Chercheur passionné en même temps qu'artiste au talent souple et original, il est tout à la fois le chimiste, le praticien, le dessinateur de formes,

le tourn • et le modeleur «le la petite fabrique qu'il a installée à Equihen,

dans le Pas-de-Calais, et dans laquelle il a construit lui-même des fours répondant aux différents besoins de sa fabrication. En étudiant avec attention les pièces si variées que renferme sa riche vitrine de l'esplanade des Invalides, on ne sail ce qu'il faut louer le plus chez lui, de l'artiste ou du céramiste qui a su analyser cl mettre en œuvre les terres d'une nature toute particulière, souvent riches en kaolin et en feldspath, que lui fournit le voisinage de ses ateliers. Après des recherches laborieuses et des essais multiples, il est arrivé à revêtir ces terres d'émaux aux riches couleurs — notamment d'un cobalt dont l'application lui appartient bien en propre, et qui d'un ton doux et tranquille peul arriver au bleu le plus intense — aussi bien qu'à les recouvrir d'une simple patine « salée », d'un brun chaud et harmonieux qui laisse voir dans toute leur linesse les délicatesses du modelé. Son grand vase en grès entièrement tapissé de branchages de pins, celui en terre patinée. lié' par des cordes qui l'enserrent et dont la forme, d'une rare pureté, rappelle les poteries phéniciennes du musée du Louvre, sou « bar » d'une allure si souple et. pour ainsi dire, vivante, à l'émail teinté de bleu, ses petits vases au feuillage d'olivier coupé par des bandes obliques et tant d'autres pièces que nous ne pouvons mentionner ici, sont des œuvres tout à l'ail remarquables et pleines de promesses pour l'avenir.

Nous citerons également, dans cette série des céramistes exposant pour la première fois. M. Jeanneney, connu depuis longtemps des amateurs par son incomparable collection degrés japonais et autres et. qui a puisé', dans l'étude des œuvres pour lesquelles il s'était passionné, le désir d'en fabriquer, lui aussi. On seul dans la plupart de ses pièces une influence orientale évidente à côté' de recherches d un art déjà plus personnel, mais son exposition, un

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