LE VERRE
Dans la section réservée à la verrerie d'art, nous rencontrons au premier rang deux maîtres, tous les deux -avant- praticiens autant qu'artistes au goût pur, aux sentiments élevés, qui chacun, dans des manifestations différentes, ont su créer, en s'inspiranf d'une technique qui avait été pratiquée avant eux, un art exquis el pour ainsi dire nouveau. Henri Cros el Emile Galle.
Il semblerait après ce qui a été dit si souvent sur ces deux maître-, d'un talent si persoi I. qu'il n'y ail plu- de formules laudalive- à employer en
LA TERRE
parlant de leurs œuvres, mais tous les deux sont des chercheurs infatigables et des penseurs, voyant toujours au delà de ce qu'ils ont produit antérieurement, et chacune des expositions auxquelles ils prennent part nous réserve des surprises.
Celle année, M. Emile Galle nous arrive avec une application nouvelle. A côté de ses admirables verres à plusieurs couches qui ont commencé à établir sa réputation, ses cristaux martelés et ciselés, parmi lesquels nous citerons particulièrement les Constellations, en cristal émeraude ciselé sur un texle de Victor Hugo : « Les Globes, fruits vermeils des divines ramées »: les Larves, cornet en cristal ambre brun, sculpté sur inclusions; la belle bouteille en cristal améthyste, Fruit défendu, marquetée et ciselée, et tant d'autres dont nous regrettons de ne pouvoir parler, il nous montre ce que l'on pourrait appeler des » verres mosaïques » dont un surtout, Volubilis, est une véri-
lahl
e merveille
le mot n'est pas exagéré
de
Vase nÉcoiiÊ m vxs la m isse
par M. Kk\en.
couleur et de goût. M. Emile Galle a joint à son importante exposition loule une série d'éludés de fleurs modelées en cire qui prouvent quelle grande conscience et quel soin cet excellent artiste apporte à l'exécution de ses œuvres.
Dans une vitrine à cùlé de l'exposition de M. Galle, nous signalerons les beaux verres, également à plusieurs couches, de M. Reyen, un amoureux delà fleur, lui aussi, en même temps qu'un praticien de grand talent et d'une rare habileté, et un coloriste délicat. Ce que l'on ne saurait trop louer surtout chez M. Reyen, c'est la souplesse, et l'on pourrait dire la grâce avec lesquelles ces fleurs sont dessinées et ciselées, ce sont aussi ses applications variées de la matière.
Plus sévères d'aspecl, mais également très remarquables sont les verres du même genre exposés par M. Léveillé qui a continué la technique de son prédécesseur et ami, M. Rousseau. Nous ajouterons que quelques cristalleries, entre autres, celle de MM. Landier,au Ras-Meudon, pratiquent également celte belle industrie des verres gravés sur plusieurs couches, mais nous devons nous borner à les signaler sans pouvoir leur consacrer l'attention qu'elles méritent.
36i L'ART A L'EXPOSITION DE 1900
Il nous faudrait consacrer un article spécial aux remarquables travaux de M. Henri Cros que -es éludes sur les arts de l'antiquité, après l'avoir conduit à rechercher les procédés Je la sculpture polychrome sur la cire, la terre cuite, mate et vernissée, le marbre et autres matières, ont amené
également par l'examen approfondi de plusieurs pièces que possède le Louvre. — particulièrement des deux médaillons Silène et Faune de la collection Campana, et des Taureaux à tètes de béliers du Musée Egyptien, — ainsi que la lecture raisonnée du chapitre de Pline sur les différentes manières de travailler le verre, la « nobilis liquor », à poursuivre des recherches longues et difficiles sur l'emploi du verre pilé, fondu de nouveau et recevant dans la masse des colorations naturelles distribuées non par le hasard, mais par une volonté d'art évidente.
C'est au Salon de ISXo. que cet artiste si convaincu et si passionné, montra pour la première fois le résultat de ses travaux avec un o médaillon » qui. presque d'années en années, fut suivi d'oeuvres plus importantes, — entre autres la Circé du Musée de Sèvres — , pour arriver enfin à celte magnifique fontaine. l'Histoire de l'eau qui décore l'entrée du musée du Luxembourg. Celle année, il expose dans une des salles de la manufacture de Sèvres le bas-relief. l'Histoire du feu, et. jamais, son talent, d un art si personnel et si plein de poésie ne s'est élevé plus haut.
En terminant, nous appellerons également l'attention sur les « gobelets» en pâtes d'émaux exposés par M. Albert Dammousc dans la classe 72, en même temps que ses grès si magistralement décorés. Outre leur valeur artistique indéniable, ces petits objets se font remarquer par une délicatesse el une douceur de colorations véritablement exquises, que le procédé de M. Dammouse peut seul donner, et qui justifient le grand succès avec lequel les amateurs les nul accueillis.
Edouard GARNIER.
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'I M. I.ÉVtILI.Ê.
Le bois est une matière d'ordre primordial, d'usage éternel. Il a fourni d'indispensables ressources aux civilisalions naissantes; il en fournira sans trêve à nos derniers descendants. A quelle entreprise humaine n'a-t-il pas été mêlé? Huttes dans la forêt originaire, plus tard temples à piliers, palais, vasles maisons, ponts sur les rivières, navires par les océans, meubles, ustensiles, il a tout constitué, se prêtant à tous les besoins, s'assouplissant à toutes les convenances. Les primitifs progrès de l'architecture sont nés le plus souvent, de l'action concertée du charpentier et du maçon. Pierre et bois ne sauraient se dérober, d'ailleurs, en leurs organismes de structure et en leur décoration même, aux rigoureuses lois des conceptions architecturales. Une intime logique de construction doit présider à toute œuvre, quelles que soient sa nature et sa façon.
On a prétendu que le rôle grandissant du fer annulerait progressivement l'emploi des bois de charpente. Il n'y a guère apparence qu'une telle prophétie se réalise, surtout dans les pays où les grands arbres poussent et se renouvellent avec force, comme spontanément, et où les principes d'une juste économie suffiraient à soutenir les traditions. Notons, en passant, que le bois a des propriétés particulières qui le rendent, en bien des cas, essentiel. En ce qui touche la construction privée, nous constaterons aussi que la charpenterie n'a pas cessé d'être en honneur. Les contrées du Nord y ont constamment recours : chacun s'en peut apercevoir en levant les yeux, dans l'enceinte même de l'Exposition, sur les pavillons nationaux de la Suède et de la Norvège, de la Finlande et de l'Asie russe. Plusieurs de nos provinces françaises — par exemple, la Normandie et le pays basque — continuent à dresser très couramment des maisons en charpente. Si l'on peut négliger
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comme l'effel d'une mode la multiplication, en ces dernières années, de villas et de chalets en bois sur les plages plus ou moins fréquentées, le goût du bois nature], mis très en évidence, traité suivant ses qualités et ses aptitudes, s'accuse nettement jusque dans le mobilier. La réaction est manifeste, à une certaine hauteur de production, contre les placages, les dissimulations arbitraires, les abus de la tapisserie et des revêtements en lesquels flottaient ou se boursouflaient les formes. Un des traits originaux de l'ameublement actuel gît en cette recherche de sincérité.
J'ai regret de ne pouvoir toucher à la charpenterie : c'est à l'ébénisterie seule que doit cire consacrée celle esquisse. Encore n'y saurai-je tout marquer, même d'un simple trait. Il y faudrait, par exemple, caractériser les diverses essences de bois adoptés par l'ébéniste — bois indigènes, comme le chêne, le noyer, le hêtre, le sapin, le poirier; bois exotiques, tels que l'acajou, le citronnier, les bois de rose, d'ébène, de violette, d'amarante, de Paddouck, de palissandre, etc. — : définir les styles et les variations, les innovations et les routines, les outillages et les procédés: analyser, enfin, corrélativement, les principaux ouvrages des écoles étrangères et ceux de l'école française. Nul moyen de faire droit, ici, à tant de questions. Personne ne s'étonnera donc que je me tienne au strict nécessaire.
I. -- Tout d'abord indiquons à vol d'oiseau l'apport des différents peuples en meubles et accessoires du mobilier. Nous avons l'ennui de le trouver, en son ensemble, bien plus médiocre que de raison. Les contrées méridionales se débattent dans l'anarchie esthétique et le désir de l'ostentation quand même. On voit à la section italienne des meubles surchargés de sculptures, se rai lâchant à fous les styles du passé, voire aux vieux styles italiens, d'une extrême habileté d'exécution, d'une foncière insignifiance. D'Espagne il nous est venu une chambre à coucher Louis XV, en bois de rose, enrichie de sculptures, de dorures et de peintures mythologiques sur les panneaux, œuvre de vain étalage de .M. Joaquin Lleo, de Valence, et une chambre à coucher en style mauresque, assez puérilement décorée d'arcs outrepassés, d'arabesques, de dentelures et de motifs gravés et dorés, dérivés de l'étoile, œuvre de M. Echave, de Bilhao. Au point de vue de l'avenir, aucun germe en éveil,.
Le- peuples du Nord ont plus de simplicité et d'esprit pratique. Un art loul domiciliaire s'est développé chez eux. Les Anglais, doués d'un fort senti-
LE Unis
ment utilitaire, se sont éloignés par degrés des types de la Renaissance et de ceux des époques postérieures, pour ne penser qu'à la commodité des installations. Ils font des meubles exactement appropriés aux places qu'ils occupent, conçus pour tirer parti de tout l'espace disponible, très peu encombrants,
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mais de lignes souvent roides et sèches. Jusque dans leur vie sédentaire, ils ont le goût des ameublements de bateau à vapeur. Qu'on jette les yeux, à cet égard, sur la chambre à coucher, garnie d'armoires à portes pleines, exposée par la maison Waiïng et Gillow. Les membrures légères et les combinaisons de tablettes des meubles japonais ont aussi, fréquemment, exercé de l'action sur eux. De la sorte, ils ont créé un mobilier très spécial, sans superfétation, sans artifice, dédaigneux de l'apparat et des aspects moelleux. Leur genre s'est répandu, en se modifiant plus ou moins sous des influences nationales, dans l<ms les Etats septentrionaux, en Danemark, en Suède, en
3G8 L'AKT A L'EXPOSITION DE 1900
Norvège, en Hollande. A Bruxelles, une manière nouvelle en est issue, fondée sur la dissymétrie des compositions, la rupture constante et systématique des
lignes droites par des lignes courbes, l'allégement et la flexion des supports traités comme des liges d'arbres. Le style d'ébénisterie irrégulière, dit style moderne, n'admet guère, en fait d'ornements, que des sortes de nodosités sculptées dans le bois, des tiges rubanées, ou ces motifs singuliers, enroulés et chevelus, communément appelés des ■> vermicelles ». 11 s'est propagé chez nous par réaction contre les données classiques et nous en parlerons plus loin. L'influence en a, du reste, été ressentie, quoique avec moins de force, en Allemagne, en Autriche, où l'on avait, naguère, imaginé les meubles de fantaisie en bois courbé, en Hollande et même en Scandinavie. Toutefois, les Scandinaves, entraînés par un grand courant d'esthétique nationaliste, se ressouviennent par-dessus tout des rusticités populaires et primitives. J'en atteste les sièges, les crédences et les tables comme faites de main de charpentier qu'on remarque, çà et là. dans les galeries des Danois, des Suédois et des Norvégiens et, plus encore, les œuvres de la menuiserie de l'atelier de Borga, en Finlande, dessinées par M. Axen Gallen.
Dans l'empire germanique, la mode a. depuis trente ans, passé de l'imitation de la Renaissance au ressouvenir du baroque et de la rocaille. Le rêve de s'émanciper est. maintenant, de l'autre côté du Rhin comme partout, mais il ne semble pas que le génie allemand ait encore trouvé sa voie. Tout en s'essayant au « style moderne », on continue à composer et à exécuter de lourds et solennels ensembles, inspirés de tous les modèles de jadis. Carlsruhe a envoyé des meubles monumentaux, des boiseries imposantes illustrées de guirlandes, de niches et de statues traditionnelles. Berlin nous offre un salon de musique tout en blanc et noir, ayant pour centre un piano à queue au bâti laqué de blanc, aux panneaux d'ébène rehaussés de marqueterie. Révérence parler, on dirait d'un catafalque. Mais il est, fort heureusement, des tentatives moins prétentieuses et d'intérêt meilleur. Je mentionnerai, entre autres, une installation d'appartement aux meubles en bois d'une certaine austérité, mais non sans distinction et sans noblesse.
L'arl autrichien ne renoncera pas volontiers à des allures ronflantes. L'intérieur du pavillon impérial de la rue des Nations ne l'affirme que trop. Tel ensemble de meubles envoyés de Salzbourg manque vraiment de nouveauté. Le salon d'un yacht, dessiné par l'architecte Olbrich, réalisé par M. Ludwig
Porte i>e la salle des mariages a l'hôtel de ville i»e Carlsruhe d'apr&s les dessins de M tiermann i.utz.
Schmilt, témoigne d'une grande bonne volonté au service d'un goût peu sûr. Tout le mobilier, en noyer sombre à rehauts d'argent, nous déroute de l'inharmonieux contraste de lignes rigides à plaisir et de lignes lourdement contournées, de naïvetés voulues et de recherches maniérées. Je ne puis me plaire davantage aux applications du bois courbé à la décoration des murs hasardées par M. M. Kohn. Ces rinceaux: bizarres ne répondent à aucune nécessité, ne se recommandent d'aucune logique et d'aucune grâce.
Chez les Russes, l'incertitude se fait sentir. Tri fabricant s'adonne au style français du temps de Napoléon 1"; tel autre fait amende honorable au génie byzantin; tel autre se jette au genre purement populaire. Ce n'est là, au fond, que le point de départ d'un mouvement — le même mouvement constaté partout.
En dehors de l'Europe, deux pays de production sont à considérer : le Japon et les Etals-Unis. Nous avons déjà, à plusieurs reprises, fait la part des Japonais en nos recherches de renouvellement. Les maîtres du Nippon ne conçoivent pas une grande variété de meubles, mais ils excellent aux structures légères et dégagées et aux revêtements en vernis de laque. L'exposition de l'esplanade des Invalides nous montre un certain nombre de cabinets ou armoires basses, plus ou moins complétés par des casiers ouverts, d'un arrangement parfois spirituel, d'une décoration souvent exquise. On ne s'aperçoit que trop que les Européens, en se référant aux modèles japonais, en ont exagéré les divisions et les subdivisions irrégulières, au détriment de l'aspect solide et de cette ampleur principalement désirable, si ce n'est indispensable, dans les grands ouvrages d'ébénisterie meublante, de tradition occidentale.
Quant aux artistes des Etals-Unis, ils s'apparentent, en l'ordre du mobilier, à ceux de l'Angleterre, avec des aspirations à l'originalité et un esprit de hardiesse un peu sèche. L'étonnante particularité des Anglo-Saxons d'Amérique naît de leur « puissance générale de devenir ». Ou'on se rende compte de leur civilisation, jaillie de mêlées et de poussées d'efforts individuels, arrivant à se fondre par la force des destinées. Le peuple américain se compose de tous les éléments imaginables, mis en jeu par l'ambition de la fortune, organisés par la fatalité des groupements. Les petits-fils des trappeurs, des chercheurs d'or, des chasseurs de buffles, des aventuriers primitifs, s'entassent ni ces maisons de dix-huit à vingt étages dont la section d'architecture nous présente maints croquis pareilles à des ruches vertigineuses, troublante
SALON d'iJN YACHT, dessin do M. l'architecte Oumicn. exécution de M. Ludwïg Schmitt.
révélation d'une société aux évolutions presque fantastique? ! Les ébénistes. à l'heure qu'il est, empruntent des principes de construction à la ferronnerie et à la carrosserie. Tel est le « nouveau style » en sa désinence d'outremer..On verra plus tard ce qu'il en adviendra.
II. — A la section française, où j'arrive, les envois se distribuent selon trois caractères : la stricte imitation des styles anciens; l'interprétation plus
Canapé rn bois doré, d'après les dessins de M. G. de Fulbi maison Bing .
libre et la combinaison des formules accréditées: le dessein systématique de rompre avec le passé. Les pastiches et les demi-pastiches s'offrent à nous, à peu près aussi nombreux que jamais: les essais de « nouveau style » gagnent pourtant du terrain, et presque tout le monde s'en préoccupe. Il est clair qu'on veut marcher en avant. Reste à savoir si l'on est, dès maintenant. avancé au point que d'aucuns affirment. C'est quelque chose, assurément, de se détacher de l'esprit de copie et de se constituer en état de création; mais est-il parfaitement original de s'abandonner aux modèles anglo-belgejapon ais .'
La plus grande partie de l'Exposition se maintient aux formes et aux
LE lin IN
données de tradition. M. Royer est l'auteur d'un monumental cabinet sculpté, flanqué de colonnettes d'encadrement du genre Renaissance — et son œuvre n'est pas unique en sa sorte. La plupart des exposants s'imaginent renouveler un type quand ils ne l'on l que lui imposer des nouveautés de proportions ou
BUFFET DE SALLE v MANGER, d'après les dessins <ln M. Gaillard (maison Bing).
de détails. Tel, comme M. Maxime Clair, subit l'obsession des bois dorés du xvmc siècle et compose tables, guéridons, consoles, chaises, fauteuils et le reste, en l'amincissant. le cannelanl, le reperçant, l'enguirlandant. M. Cacaut et M. Loindraud aiment le Louis XVI proprement dit. D'autres ne jurent que par les ébénistes de l'époque impériale. L'exécution est généralement soignée, quelquefois tout à fait excellente ; une impression de déjà vu se dégage
37i L'ART A L'EXPOSl L'IOiN DE 1900
de tout. Nous avons d'habiles sculpteurs, des marqueteurs 1res adroits, des bronziers-ciseleurs experts, dos Iaqueurs patients. Au fond, tout ce mobilier de redites esl d'un luxe bourgeois el sans intérêl sérieux.
Dos fabricants plus résolus se mettent en devoir de tirer un développement à leur gré d'un point de dépari caractéristique. M. Boison. par exemple, apporte une salle à manger d'un seul aspect, en acajou plein, décorée d'applications en cuivre décoîrpé, à silhouettes végétales et librement affiliée au style « Empire ». Une chambre à coucher de M. Schmidt, que j'ai lieu de croire dessinée par M. Henri Fourdinois, se réclame de formes générales du temps de Louis XVI el se différencie par une multitude de recherches cl ô 1 i cales : coins du lit arrondis en ailerons pour unir le panneau de bout aux bas côtés ou balcons, raffinement gracieux el pratique dont M. Pignot peut, si je ne me trompe, revendiquer la première initiative; emploi de bois de poirier blanc el de bois de poirier rouge jouant sur un fond jaune de bois de citronnier; petite frise en marqueterie, aux deux panneaux de tète el de bout représentant des feuilles de rose; choix de la rose et du pavot comme éléments décoratifs générateurs ; perfection absolue de la technique. d'Ile chambre, aux meubles judicieusement unifiés, est, sans conteste, une des productions les plus remarquables de la série. De. M. Schmidt esl encore une salle à manger en << style moderne » où, comme il esl ordinaire, toutes les lignes droites se dissimulent par des contacts de courbes et où les intentions d'utilité se multiplient. Nous entrons ainsi comme à travers une brèche dans le « modernisme ».
El voici que se pressent à nos yeux les pièces isolées et même les installations complètes au goûl simplifié el compliqué des novateurs. Le chêne, le noyer, l'acajou, le pitchpin lui-même sont employés, sans parler de bois [dus rare-, iels que le courbaril. On veut, au tond, rester fidèle à l'effet ligneux el I on n'a pas tort ; mais on se plaît à des formes peu tranches, anguleuses, disséquées, contournées el agressives. J'ai regardé attentivement les installations diverse- exposées par MM. Leglas, Noyon, Epeaux, Damon et Colin, etc.. les tentatives plus décidées de M. Gaillard et de M. de Feure, au pavillon de l'Art nouveau de M. Bing, etles œuvres de MM. Plumet, Selmersheim, Genuys, Benouville, Guimard... Maint petit meuble est d'un joli caprice; les grands meuliles ont de bonnes partie- : mais qu'ils sont volontiers métalliques, arides et pesants jusque dans leur légèreté! Le provocant et l'inachevé sem-
Bl'FFET EX MARQUETERIE (maison Majoivll.).
Lient s'y être unis. Esl-il donc indispensable qu'un meuble de prix, pour être digne de nous, prenne un air si ambigu et si déplaisant?
11 ne s'agit pas bien entendu, de M. Emile Galle, de Nancy, maître ébéniste aux heures que lui laisse son art admirable de verrier. Le propre de son talent est la richesse de la fantaisie poétique, entièrement suggérée par les formes de la nature et, principalement les Heurs. Personne n'a plus demandé à la flore et plus obtenu d'elle par des appropriations décoratives d'une variété exquise et d'un charme subtil. Ses grands meubles sont souvent de construction pittoresque et irrégulière et faits pour être animés par la sculpture végétale et La marqueterie, et l'on sait combien sa marqueterie paysagiste, aux tons harmonieusement tendres, a fait école ! Ses menues productions telles que tables à thé, à plateaux superposés, sont ravissantes. L'art de M. Emile Galle a ceci pour lui qu'il s'appartienl toujours et doit demeurer, en tout état de cause, exceptionnel.
Un autre nancéien, M. Majorelle, se signale auprès du grand artiste que l'on vient de nommer, par ses constants efforts et sa passion d'individualité. Ces imaginatifs ébénistes contient au bois toutes sortes de rêves. Les meubles de M. Majorelle ont de grandes inégalités, du décousu en certaines conceptions, des contrastes de délicatesses et de raideurs. On sent que l'artiste désire, par-dessus tout, soutenir sa personnalité en dehors de M. Galle, dont le souvenir le hante. Mais ses façons, très distinguées à tout prendre, ne s'élèvent guère au-dessus d'une laborieuse fantaisie.
C'est là qu'en est finalement l'école française, incertaine du but, inquiète des moyens, poursuivant ses recherches sous l'œil des millionnaires indifférents qui préfèrent à tort les œuvres anciennes, vraies ou fausses, et sous l'œil des demi-riches aspirant à une sorte de demi-luxe. Les circonstances ne se prêtent guère, il faut en convenir, ta un renouveau facile. Et, cependant, malgré tout, le zèle des artistes ambitieux de renouveau se décèle chez nous plus honorablement, plus nettement que partout ailleurs.
III. — J'ai fait plus haut la remarque qu'un grand nombre d'oeuvres exposées témoignent d'une ardente volonté de rompre avec les formes connues. La tendance en elle-même n'est pas mauvaise. Tout ce qui débride les initiatives et brise la routine peut aboutir à des résultats heureux, à la condition que l'on prenne l'exacte conscience des buts et des moyens, et qu'on apporte,