‹ L'art à Paris (volume 2)Chapitre 10 sur 51 · Hamerling, Epilog an die Kritiker · texte numérisé non relu

Hamerling, Epilog an die Kritiker

effet, plus près de Domitien que de Curius, ce personnage à toge, représenté dans l’un des tableaux ? Au milieu de marbres tessellés, de mosaïques à fond d'or, et d’un, mobilier aussi riche qu’exotique, le vieux connaisseur se consulte, et mûrit son choix entre V esclave et la coupe, que lui offre simultanément un marchand de Phrygie ou de Cilicie ; et, tout en palpant les courbes bizarres du vase murrhin, il n’en interroge pas moins de ses yeux d’expert celles de la pauvre enfant, qui voudrait en vain s’y dérober. Plus proche aussi d’Actée l’affranchie ou de Poppée que de la rigide maison Cornélienne, est cette grande et belle fille, qu’on voit dans l’autre tableau s’appuyer gracieusement sur l’épaule d’un beau mousse à demi nu, et descendre du môle de quelque ville de la Grande Grèce à bord d’une riche galère, à proue d’argent, à tente de soie blanche et d’or. Tout en effleurant de son petit pied le pont du vaisseau, elle tourne à demi la tête vers le rivage : car de là-haut l’implore, en tremblotant sur ses pauvres jambes desséchées, un vieillard à tête chauve, n’ayant pour tout vêtement que la tablette votive suspendue à son cou. C’est le naufragé invoquant l’aumône, qui vaudra d’heureux auspices à la belle voyageuse. Peutêtre, dans ces toiles aussi, la palette de M. Siemiradski a-t-elle plus d’éclat que de profondeur; mais on n’y remarque pas ce trop plein de figures enchâtonnées sur un même plan, qui, dans le le grand tableau, rappellent un peu les composi-

LA PEINTURE

tions méplates des ivoires et des miniatures orientales. L'artiste ne pèche, après tout, que par l’excès même de ses qualités ; et tout en lui, même ce qui serait outré ailleurs, paraît convenir admirablement aux sujets de son choix.

C’est ici le lieu, je pense, de parler d’un peintre qu’il ne serait guère aisé de ranger dans une nationalité ou dans une école quelle qu’elle soit, et qu’on ne saurait classer d’après des titres plus authentiques que sa propre manière; car, Hollandais de naissance et enregistré au catalogue parmi les Anglais, il pourrait plus légitimement invoquer cette devise hautaine qui a coûté si cher à Dante et qui a fait sa gloire :

a te fia bello

« Averti fatta parte per te stesso1.

Le nom de M. Alma Tadéma s’est déjà rencontré un peu plus haut, sous ma plume. 11 est bon que nous nous y arrêtions maintenant un peu plus à loisir, car c’est, de lui, on peut le dire, que la peinture d’histoire, ou le peu qui en reste encore, tient ses tendances les plus récentes; les mêmes que nous venons de signaler tout à l’heure dans l’œuvre de M. Siemiradski, quoique, au point de vue technique, ce peintre ait plus de rapports avec M. Piloty, dont il a été l’élève.

Pourquoi donc la peinture d’histoire, que certains démolisseurs s’évertuent à proclamer épuisée, exerce-t-elle sur le public en général et même

1. « Ce sera ton honneur d’avoir dédaigné tous les partis et de t’en être forgé un à toit tout seul. « Le Paradis Chant XVII.

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