‹ L'art à Paris (volume 2)Chapitre 20 sur 51 · Bu principe de l’art · texte numérisé non relu

Bu principe de l’art

LA PEINTURE

de l’art. Loin de là. Ce fut au contraire une réaction fort naturelle et rien moins qu’inutile contre les maniéristes et les scolastiques de la décadence, que cette revanche accordée d’abord à toutes les rudesses, plus tard à toutes les méticulosités du vrai. Mais ceux qui voudraient en faire un exemple nouveau et un principe, comme dit M. Proudhon, de pédagogie sociale toute moderne, oublieraient que c’est justement dans le vrai, dans l’étude immédiate, sincère, constante du vrai, que notre Renaissance italienne avait trouvé son point de départ et d’appui ; que c’est de là que l’art du quatorzième siècle avait pris son élan pour sortir avec une rapidité prodigieuse de ses langes et de ses incunables, et, tout en restant dans la simplicité et dans la naïveté, toucher à l’apogée de la puissance, au siècle suivant.

Il y a en outre ceci à noter chez nous, c’est que nos peintres du quatorzième siècle cherchent toujours dans le vrai un sentiment, une idée, cette mentem , qui, suivant le mot d’un ancien penseur, est ce qu’il y a de mieux dans l’homme, quod est in homine divinius 1 : tandis que des Hollandais novateurs (et je dis des novateurs, car depuis Van Schoreel jusqu’à Heemskerk et à Honthorst, quelques-uns suivirent plus ou moins nos traces); des Hollandais novateurs un seul, Rembrandt, en cherchant avec une exégèse nouvelle le tableau religieux, se heurta au drame humain. Il

. Contarini, De Magistvcitibus et Republica Venetorum, 1543.

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fit les bourgeois de chez lui, il les fit pensant, travaillant, quelquefois même pénétrés d’un sentiment intense ; et partant il donna, plus ou moins volontairement, plus ou moins sciemment, n’importe, une impulsion dont l’art universel profita. Mais ses continuateurs, à vrai dire, ne s’en inquiétèrent pas trop ; et peut-être de cette impulsionlà le dernier à profiter fut justement l’art qui lui succéda, qui prit, chez lui-même, sa propre place.

Les Ostades nous offrirent après le drame rembrandtesque un peu de comédie; mais que nous ont-ils offert, les petits maîtres du fini et de l’infiniment petit, si ce n'est le plaisir des yeux, la perfection fantasmagorique de la chambre obscure ? Dow et les deux Miéris composent, il est vrai, un peu plus que les autres ; cependant leurs dames prenant le thé, leurs mamans donnant le sein , leurs hydropiques, leurs chimistes, leurs médecins, leurs merciers, ne sont que des prétextes à peinture, à satins, à tapis, à une magie d'intérieurs admirables, ni plus ni moins que les leçons de chant, d’épinette et de guitare de Terburg, de Netscher et de toute la pléiade. Et tous ensemble ils donnent beaucoup moins à penser, ils provoquent bien moins les rêveries profondes de l’observation, que ne parviennent à le faire leurs compatriotes les paysagistes. 11 y a telle forêt de Ruysdaël et tel jeu de nuages de Hobbéma qui en disent plus long qu’une tribu entière des irréprochables commères et des respectables ganaches, qui, dans les tableaux de ces admirables faiseurs, nous dévisagent d’un air bête

LA PEINTURE

des bancs de la taverne ou de l'appui de la fenêtre.

Qu’arriva-t-il donc sous de telles influences en Hollande, et qu'y a-t-il en Hollande de nouveau? Sauf l’absence complète du monde antique et du monde moyen âge, sauf une abolition si radicale de toute réminiscence classique à faire tressaillir de joie jusqu’aux mânes des romantiques les plus féroces, et une abolition si radicale de toute chevalerie romantique à satisfaire à leur tour les revanches les plus féroces de l’école du bon sens, il n’est arrivé et il n’y a ici rien qui distingue substantiellement celte production artistique des autres, rien qui la démontre inférieure, mais rien non plus qui la caractérise par une vitalité plus saine et par une virtualité plus puissante.

L’impression générale, sincère, indiscutable, qu’on recevait des salles hollandaises était plutôt au contraire celle-ci, à savoir qu’un épais nuage de tristesse est descendu sur l’honnête, laborieuse et pacifique contrée. Les temps sont loin, hélas ! où, par une digne récompense à l’esprit actif et libéral de ces sages bourgeoisies ayant su donner un asile à tous les persécutés et résister à tous les violents, les richesses du monde entier affluaient dans les Provinces-Unies et s’y échangeaient contre une production aussi variée qu’infatigable, et contre un service de transports presque universel. Ces temps ne sont plus qu'un souvenir, où, de Ceylan à l’île Formose et de Sumatra au Cap, les voies et les trésors de l’Inde lui appartenaient ; où sir William

l’art a paris.

Petty, passant en revue les forces de la marine marchande du monde entier, en attribuait un tiers à la rivale Hollande ; où Galilée, venant de découvrir les satellites de Jupiter et le moyen de s’en aider au profit de la navigation, offrait son invention aux Hollandais, « convaincu qu’il était, que parmi tous les potentats ils étaient les plus aptes à la mettre en pratique L » La fortune infidèle a fait tourner sa roue ; Cromwell et Colbert ont fait descendre l’Occident tout entier dans la lice; et qui saurait aujourd’hui se ressouvenir que New- York s’est appelée un jour Nouvelle-Amsterdam ? L’infatigable Hollande, cette grande carène de navire, où l’on est perpétuellement occupé à chasser l’eau qui envahit la cale, paraît se sentir comme cerclée d’une mer de plus en plus menaçante, plus trouble, plus haineuse, qui ne laisse guère entrevoir d indes dorées à l’horizon, mais ne découvre aux yeux que des archipels infects et des Accinois impitoyables. Tel est l’Océan qui rugit, furieux et chargé de tous les maléfices, de toutes les runes et de toutes les sagas du Nord, dans les puissantes marines de M. Mesdag.

Cependant, sur les rivages de ces terribles mers on n’en continue pas moins à combattre laborieusement contre la destinée, à vivre de l’âpre vie des habitants des côtes. Le bateau de sauvetage ,

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