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LA PEINTURE EN FRANCE

La peinture française a moins d’aïeux que la sculpture; ou, à parler plus exactement, entre ses premiers peintres et ceux qui ont créé la renommée de l’école, il y a solution de continuité, il y a entre les deux traditions un intervalle, une interruption volontaire. Tandis que la sculpture est un art presque indigène, qui naît, pour ainsi dire, du même coup avec l’architecture, et touche déjà, en allié naturel du style ogival, un degré de perfection remarquable avec les ymagiers du quatorzième siècle, la peinture, par la faute des circonstances dont j’ai déjà eu l’occasion de parler, reste longtemps cloîtrée dans les miniatures et dans les vitraux. Vers la fin du quinzième siècle encore, le peintre en titre de Louis XI, Jean Fouquet, est un miniaturiste ; encore en plein seizième siècle, Jean Cousin, le plus haut placé parmi les peintres qui sont restés étrangers aux

influences italiennes, est un peintre de vitraux. 11 n’y a pas jusqu’à Clouet, attaché à la cour de François 1er, qui ne réponde à son origine flamande. Ses portraits, modelés en pleine lumière, presque sans aide de clair-obscur, avec une naïveté et une finesse de détails tenant encore du quinzième siècle, rappelle l’école de Bruges. C'est alors que survient l’immigration italienne.

Déjà dans les dix dernières années du quinzième siècle une grande nouveauté était arrivée, un phénomène inattendu, et fécond en résultats imprévus dans fhistoire de la civilisation. La guerre venait de révéler l’art ; la vanité désœuvrée de Charles VIÏ1 s’était inconsciemment heurtée à ce que M. Michelet a parfaitement caractérisé par ces mots: la découverte de l’Italie. — « Les compagnons de Charles VIII — écrit l’éloquent historien — ne furent pas moins étonnés que ceux de Christophe Colomb. Excepté les Provençaux, que le commerce et la guerre y avaient souvent amenés, les Français ne soupçonnaient pas cette terre

ni ce peuple Le contraste était si fort avec la

barbarie du Nord, que les conquérants étaient éblouis, presque intimidés, de la nouveauté des objets. Devant ces tableaux, ces églises de marbre, ces vignes délicieuses peuplées de statues, devant ces vivantes statues, ces belles filles couronnées de fleurs qui venaient, les palmes en main, leur apporter les clefs des villes, ils restaient muets de stupeur. Puis leur joie éclatait dans une vivacité bruyante Rien n’était plat en Italie, rien pro-

LA PEINTURE

saïque, rien bourgeois. Milan n’était pas médiocre sous Vinci et Sfor/a, dans son bassin sublime, cerné des Alpes, Alpe elle-même par sa cathédrale de neige éblouissante de statues ; Milan sur le trône des eaux lombardes, dans sa centralisation royale des arts, des fleuves et des cultures. — Home n’était pas médiocre sous Borgia. L’ennuyeuse Rome moderne, bâtie des pierres du Colisée par les neveux des papes, n’existait pas encore, ni la petite hypocrisie, le vice masqué de décence. Rome était une ruine païenne, où l’on cherchait le christianisme sans le trouver Cela n’était pas mé-

diocre l. »

Et lorsque, trente ans après, à la veille de payer par le désastre de Pavie la victoire de Marignan, François Ier s’attarde pendant tout un hiver au Mirabel, à deux pas de la capitale lombarde, il s’éprend pour tout de bon de ces repos, de ces villas italiennes à mignons fenestrages , rapprochement d’art et de nature, de richesse et de vie champêtre, tout à fait inconnu aux châteaux français, qui, «encore militaires, dans leur morgue féodale, semblaient dédaigner, éloigner la campagne et le travail des champs, la terre des serfs. » De ce mélange virgilien de troupeaux errants et de fontaines de marbre, de chasses, de jardins et de vignobles, le souvenir lui reste si vif au cœur, qu’il s’épanouit plus tard jusque dans ses vers de prisonnier. Lorsqu’enfin, las de guerres désastreuses et lointaines, il étend au soleil d’automne ses 1. Histoire de France, Renaissance.

membres fatigués de valétudinaire, au milieu des raisins dorés de Fontainebleau, dans ce « délicieux dernier nid » qui paraît fait exprès , disons-le avec les mots de notre historien-poète , « pour reposer et boire encore ce qui reste de la vie, une goutte réservée de vendange, » il se résigne à clore là-bas sa propre Odyssée, et, «veuf de son rêve, l’Italie, se fait une Italie française l. »

Sincère était, après tout, son amour pour cet art italien, qui paraissait tour à tour lui prodiguer et lui demander des consolations ; sincère tout aussi bien le dévouement de nos artistes envers ce roi magnifique, ce maraviglioso re , comme Cellini ne se fait pas faute de l’appeler, le bon, l’unique, le libéral, bnono, unico, liberalissimo ; qui leur laissait au moins l’espoir (et après tout le mal qu’il venait de nous faire ce n’était pas trop, à la vérité), d’entreprendre de plus grandes choses que ne pouvaient désormais en comporter les fortunes déchues de l’Italie. Mais les choses factices ne parvenant jamais à remplacer de tout point les vraies, les protections exotiques ne sauraient valoir non plus les impulsions naturelles qui émanent du cœur même du pays. L’art, transvasé dans une atmosphère de cour, ne pouvait longtemps donner les mêmes produits qu’à l’air libre ; et il arriva que roi et artistes se gâtèrent mutuellement pour trop s’aimer.

Les artistes, les peintres surtout, comme il est

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