De l'idéal dayis l'art
qui avait surgi comme une protestation contre la sensualité dépravée du paganisme et contre les débordements sans frein du matérialisme impérial, devait naturellement arriver jusqu’à la condamnation de la nature. Ce fut en vain que les esprits versés dans les lettres gréco-romaines, que saint Augustin et saint Jean Chrysostôme s’efforcèrent de maintenir à la divinité l’attribut de la beauté ; les interprètes légitimes du monde byzantin, saint Justin, saint Basile, saint Cyrille, érigent la laideur en précepte inviolable. Le Concile de Nicée revientà la charge en déclarant que l’artiste n’invente rien ; que l’invention et la composition des tableaux appartiennent aux Pères qui les consacrent. Vers le dixième ou le onzième siècle encore, Théophile, en rédigeant des règles, ou plutôt en composant un manuel de procédés techniques ayant trait à la peinture, à l’orfèvrerie et aux autres arts du dessin, a bien soin d’établir que toutes ces connaissances sont l’héritage du Seigneur.
On peignait d’ailleurs, comme l’on prêchait, pour des peuplades barbares, sur lesquelles la terreur seule avait prise. Le monde, d’après la conception hiératique, était tout plein de terreurs : démons, sorcières, maléfices, répondaient dans les imaginations aux tyrans, aux extorqueurs, aux tourmenteurs, dont la féodalité regorgeait. Il fallait donc à leur tour menacer ces derniers d’autres et de plus formidables supplices ; et la peinture ne faisait que cela. Bogoris, roi des Bul-
gares, se laissa convertir, en effet, par les flammes de l’enfer, peintes par le moine Méthodius1. Mais, si la peinture du moine Méthodius a quelque peu perdu de l'abondance de ses sources, qui sont loin cependant d’être taries, si elle a beaucoup plus perdu de son prestige et de son ressort, ce n’est pas à nous, je crois, à le regretter.
D’où est-ce donc que la bonne, que la véritable inspiration de la Renaissance est partie ?
Il y a eu, au delà du Rhin, au cœur même du moyen âge, un élément, la chevalerie, qui, tout en acceptant une sorte d’investiture de l'idée religieuse, a essayé de revendiquer en propre une grande tâche, une tâche de justice, de réparation, voire de perfection idéale ; le peuple est quelquefois parvenu à se glisser dans ses rangs, sous le froc du moine ou sous la cotte de mailles du trouvère; et l’on ne saurait nier que ce météore chevaleresque n’ait sillonné de quelque éclair les ténèbres de l’art. Son apparition est surtout perceptible du temps des empereurs saxons; mais ses traces les plus considérables nous sont fournies par les œuvres coulées dans le métal ou taillées dans la pierre : la peinture n’en ressent quelque bienfaisante influence que par voie indirecte, par les miniatures et les émaux. Maître Oderis le miniaturiste, l’heureux maître que Dante a appelé :
L’onor d'Agobbio e i’onor di quell’arle