‹ L'art à Paris (volume 2)Chapitre 4 sur 51 · Emeric David, Peinture au moyen âge · texte numérisé non relu

Emeric David, Peinture au moyen âge

Che alluminare è chiamata in Parisi 1,

n’était pas encore de ce monde, que depuis longtemps déjà, dans quelqu’un de ces couvents où l’on osait de tout un peu (où l’abbesse Hroswitha, par exemple, ne se faisait pas faute d’écrire des comédies), on s’était plu à fabriquer certains cloisonnés, et à tracer à simples contours de deux ou trois encres certaines esquisses, qui donnent beaucoup à réfléchir; car, au milieu de l’ingénuité et de l’ignorance de l’époque, il est aisé d’y saisir je ne sais quelle énergie nouvelle, je ne sais quelle fraîcheur inattendue de sentiment. 11 est digne de remarque que c’est presque toujours dans des pièces d’orfèvrerie profane que l’on voit jaillir tout à coup ces veines de fantaisie novatrice; ou bien encore sur les marges de quelque poème chevaleresque séculier, de la façon de cette Enéide que Henri de Weldeck a travestie dans son idiome goth, en y mettant tout le bon vouloir d’un ménestrel du douzième siècle. On ne tarde pas, cependant, à s’apercevoir que ces efforts individuels ne sont pas appuyés par une force, par une volonté, par une pensée collective ; et que, lors même que l’architecture ogivale ne serait pas venue contraindre la peinture des peuples francoallemands à se réfugier tout entière dans les vides des vitraux, dans ces brillantes et transparentes mosaïques, dont Cologne, Chartres, Reims, Rouen et Paris même gardent les précieux débris, cette

1 . L’honneur d'Agubbio, et V honneur de cet art , qu'à Paris on appelle enluminer. Le Purgatoire, XI* Chant.

LA PEINTURE

peinture n’en serait pas moins restée une fine et luxueuse industrie, plutôt qu’un art indépendant, doué d’une véritable puissance, et destiné à un développement indéfini.

Ce qu’il fallait pour que la peinture pût vraiment renaître et fleurir, c’était, comme l’a fort bien compris M. Lübke1, un esprit libre de préoccupations et prêt à saisir les aspects de la nature en l’envisageant face à face, de manière à s’en former à nouveau une conception indépendante. Nul doute que la tradition romaine, survivant à tant de catastrophes et reprenant son cours dans les architectures du Midi, n’ait offert à l’imagination de nos peintres une opportunité heureuse, en leur tenant, pour ainsi dire, en réserve ces vastes pans de muraille, que l’ogive trouait dans le Nord ; mais ce qui leur a vraiment ouvert les yeux, ce qui leur a dégourdi la main en même temps que l’esprit, c'est ce principe d’action, ce moteur, ce souffle divin qu’on retrouve même après que tous les dieux ont disparu, la Liberté. Il n’y a pendant le treizième et le quatorzième siècle, soit en Italie, soit ailleurs, pas un de ces centres d’administration communale, pas un de ces admirables ganglions nerveux, ou l’art se réveille à la vie, où la peinture revient au sentiment du monde réel, qui n’ait été auparavant secoué, agité, renouvelé par la liberté politique, par la pratique des institutions libres. Ce maître Buschetto, qui arrive de Grèce pour refaire avec d’anciens débris une ar-

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