Les champs et la mer
l’art a paris.
Et suivre indolemment la lame qui, sans trêve,
S’avance, se retire et roule les galets;
Voir le goéland blanc croiser la voile blanche ;
Sur le roc, la fileuse enrouler son fuseau,
Quand sa coiffe palpite ainsi qu’un vol d’oiseau,
Qu'elle tourne son fil, la quenouille à la hanche :
Tant que sur tes coteaux fleurira l’ajonc d’or ;
Douarnenez, tu verras accourir les poètes L
Et en même temps que les vers, tu verras éclore les tableaux si honnêtes, si vrais, si charmants, de ton poète peintre.
Le pinceau de M. Breton est franc sans ostentation de rudesse, comme sa démocratie est sincère sans l’ombre d’une déclamation. 11 se contente de peu pour le fond de ses tableaux : d’une prairie, d’un vieux tronc d’arbre, d’une échappée laissant entrevoir la mer ; il ne recherche pas les costumes pittoresques, il ne les ajuste point, il ne les compose pas en jets laborieux ; mais de ces moissons , de ces pêcheries , de ces repos de travailleurs , de cette honnête satisfaction de soi-même, de ces labeurs primitifs et nécessaires, véritables mamelles de l'État , selon le mot de Colbert, il se dégage un souffle de poésie véritable, un arôme aussi sain que l’odeur des foins à peiné fauchés, ou que celui de la terre à peine arrosée par une pluie fécondante. Et tout aussi sain est l’enseignement que cet art répand ; il donne au travailleur d’excellents conseils de probité, de paix et de sagesse, il parle au riche de fraternité et d’assistance :
. Ibid.
LA PEINTURE
Sous le crépuscule et le halo Le paysan deux fois bruni,
Daignant son front dans le ciel pâle, S’en revient, le travail fini.
Sa compagne est robuste et sûre Et les enfants sont bien portants ;
L’âge vient: que peut sa morsure Près de l’enfance, gai printemps ?
Tel il marche par habitude.
Tel il ira jusqu’au tombeau :
Content si, par son labeur rude,
Les blés sont lourds et l'orge beau *.
Et vous n’avez qu’à comparer tout cela avec les bergeries riméesou peintes de Florian ou de Boucher, ou même avec les géorgiques virgiliennes de Léopold Robert et de l’abbé Delille, pour avoir une idée du chemin que l’art a parcouru.
Parallèlement à cette rénovation de la peinture champêtre procède la transformation de la peinture d z paysage, dont je ne saurais me passer de dire un mot, avant de quitter Fart français. Je ne parlerai point des animaliers , l’Exposition n’avait que quelques toiles de M. Yan Marke, et l’absence de Mlle Rosa Bonheur était universellement regrettée. Je ne dirai rien non plus des peintres de nature morte , et je me bornerai à remarquer que les deux différentes familles de talents qui, aux siècles passés, ont rivalisé de mérite dans cette province de l’art, ne sont pas sans avoir laissé en France de fort dignes héritiers et continuateurs. Pour ma part, j’appellerais volontiers Van Aalst et les deux