‹ L'art à Paris (volume 2)Chapitre 6 sur 51 · Studiidi letteratura e d’arte · texte numérisé non relu

Studiidi letteratura e d’arte

Flamands ou des Italiens; imitation merveilleuse chez le jeune Holbein, vulgaire chez les successeurs. Ceux qui s’engagent, au contraire, dans un combat à outrance pour la cause du naturalisme le plus déclaré, les Hollandais, n’en rendent pas moins un hommage involontaire à la suprématie de l’idée : car il n’y a pas un seul de ces miroirs vivants qu’on appelle les petits maîtres, les Ostade, Jean Steen, et, parmi les plus raffinés, Gérard Dow, Terburg, Netscher, les Mieris, qui ne soit forcé de s*avouer vaincu devant un rude compagnon, assez peu préoccupé, lui, d’amuser les yeux par d’impayables figurines; mais sachant remuer le cœur par toute sorte de drames puissants, quelque vulgaires qu’en soient les types, et quelque disgracieux que soit, le plus souvent, le costume des personnages. Vous avez reconnu là Paul Rembrandt : un maître qui à toutes ses compositions ne donne qu’un protagoniste, le clair-obscur, et qui se contente de cette seule poésie : la lumière.

Quant aux Français et aux Espagnols, ils sont là pour nous prouver que les cadets, pour peu qu’on cesse d’y prendre garde, dépassent aisément les aînés. Tandis que nous traversions, en effet, l’éclectisme des Carrache, les douceurs de Guido, et les dangereuses habiletés de Tiepolo et de Luca Giordano, pour en arriver, trop vite, hélas ! jusqu’aux misères des baroques, les Français tâchaient de se relever, avec Lesueur et avec Poussin, de ce maniérisme que la Cour avait mis à la mode ; pour les Espagnols, ils ne se contentaient pas d’essayer, ils

LA PEINTURE

réussissaient : témoins Murillo, Velasquez, Ribera, Zurbaran, autant d’individualités bien tranchées, autant de grands maîtres.

En quittant désormais l’histoire, où nous ne pouvions nous dispenser de prendre notre point de départ pour passer de là avec quelque profit à l’actualité, je ne prétends nullement conclure que l’idée religieuse n’ait pas largement contribué aux progrès de la peinture; j’irai plus loin: malgré l’indifTérence qui s’étend de plus en plus, je suis persuadé pour ma part que l’idée religieuse, si elle se retrempait à un plus pur esprit d’amour et de vérité, pourrait encore aider beaucoup le grand art à se relever; etlors môme que le cycle chrétien n’aurait à prêter à celui-ci que les thèmes admirables delà maternité et du sacrifice, toujours resterait-il là matière à chefs-d'œuvre. Il m’a paru bon cependant d’enlever à l’inertie et à la paresse d’un certain nombre d’artistes un prétexte qu’on leur entend mettre en avant à chaque instant : comme si, par ce seul fait que les croyances au surnaturel se sont attiédies ou transformées, il ne restait plus à l’art qu’à se vautrer, sans l’ombre d’un choix, dans tout ce que la réalité la plus infime peut étaler de plus repoussant. « La séparation du réel et de l idéal — écrit un puissant critique contemporain — la séparation du réel et de l’idéal est impossible d’abord dans la nature, qui nous donne l’un et nous suggère au moins l’autre; à plus forte raison dans l’art. Si nous n’avions d’autres idées que celles dont nous dote la nature par le spectacle de ses II. 3

l’art a paris.

créations ; si tout notre savoir était inscrit d’avance dans les choses et dans leurs rapports, nous n'aurions que faire de l’art et des artistes. La contemplation de l’univers suffirait à notre âme... Mais la nature ne nous a pas tout dit; elle n’a pas tout pensé, elle ne sait rien de notre vie sociale, qui est à elle seule un monde nouveau, une seconde nature ; elle ne peut rien nous apprendre de nos rapports, de nos sentiments, du mouvement de nos âmes, de l’influence changeante qu’elle exerce sur nous, des aspects nouveaux sous lesquels nous la voyons, des changements que nous lui faisons subir à elle-même. Tout cela nous suggère incessamment de nouvelles idées, de nouvelles idéalités... L’art n’est rien que par l’idéal; s’il se borne à une simple imitation, copie ou contrefaçon de la nature, il fera mieux de s’abstenir ; il ne ferait qu’étaler sa propre insignifiance, en déshonorant les objets même qu’il aurait imités. » Tout ceci, avec beaucoup plus de rudesse, mais aussi avec infiniment plus de puissance que je n’aurais pu le faire, tout ceci a été écrit par M. P. J. Proudhon1. Et il sera moins aisé, je pense, de dénoncer comme réactionnaire M. P. J. Proudhon que moi.

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