Fai le conduire après en la grasse Lyeie
Par le Somne et la Mort, iumele compagnie : Par ces vistes porteurs soudain il sera mis En son large pais, où frères et amis Pleurans lui dresseront colonne et sépulture. Car c'est l'honneur dernier de toute créature.
Les XXIII livres de VIliade d'Homère traduicts du grec en vers françois, les XI premiers par M. Hugues Salel, et les XIII derniers par Amadis Jamyn, à Paris, pour Abel Lengelier, 1584.
deinde una domus, communia omnia. Id autem est principium nrbis, et quasi seminariumreipublicae1 . »
11 est beau de voir la grande ville remplir avec tant de munificence son rôle en faisant de l'art ce qu'il devrait être le plus souvent possible, un instrument d'éducation populaire. Et personne n'en éprouve plus que moi un sentiment d'honnête envie, car, dans un cas identique, pour la salle des mariages d'une des villes les plus considérables de l'Italie, j'ai dû me borner à suggérer à titre d'unique décoration l'épigraphe que je viens de rappeler. Cette munificence, du reste, n'est pas une habitude récente de la Ville de Paris ; et quoique de nombreux et précieux témoignages de son initiative artistique aient été malheureusement dispersés ou détruits dans les tristes jours des discordes civiles, il en reste encore d'assez remarquables. Dans son pavillon spécial au Champ-de-Mars on pouvait revoir, en effet, la célèbre Prise de la Bastille de M. Delaroche, et plusieurs tableaux officiels de M. Robert Fleury rappelant les franchises accordées à la Ville par ses anciens rois.
Mais ce n'était pas encore dans ces toiles qu'on pouvait le mieux se rendre compte de l'œuvre du vénérable doyen de l'art français : un œuvre, qui, depuis YAuio-da-fé et les Ghettos saccagés et incendiés jusqu'à Jane Shore chassée du lit d'Henri VIII
1. La première société est dans le mariage ; la seconde dans les enfants ; d'où jaillit la maison et la communauté. C'est là qu'est le commencement delà cité, et ce qu'on pourrait appeler le vivier de la république.
dans la boue du ruisseau, a été toujours et tout entier une bataille contre les tourmenteurs, en faveur des tourmentés. A cette mission M. Fleury,je le tiens de sa bouche même, s'est voué depuis son jeune âge, un jour qu'à Rome, douloureusement frappé par le spectacle des avanies infligées à certains Juifs, il fit serment de se faire arme de ses pinceaux contre tout ce qui resterait des intolérances du moyen âge, soit pour les combattre, soit pour les vouer, faute de mieux, à l'infamie. Et dans sa verte vieillesse, il en reçoit cette récompense, précieuse entre toutes, de se voir dignement continué par son fils, qui, lui aussi, s'est consacré à la cause des affligés et des malheureux. Il y avait de lui à l'Exposition de 1867 un tableau superbe, où des moines et des femmes, agenouillés au milieu de l'impitoyable fusillade des Cosaques, paraissent élever à Dieu des prières et des hymnes pour la patrie en détresse. A la dernière exposition il avait revêtu la même conception de la majesté antique, en nous montrant la prise de Corinthe, des mères, des vierges, des enfants n'ayant survécu hélas ! que pour l'esclavage, au massacre de leurs défenseurs, et embrassant tout éplorés le simulacre de bronze de l'impassible déesse, tandis que, plus impassibles encore, les feri victores d'Horace s'avancent sous la conduite de Mummius, jusqu'au cœur de la malheureuse ville. Devantl'art, comme devantDieu, le temps et l'espace disparaissent; aussi le peintre de Corinthe franchissait-il d'un coup deux mille années, et nous transportait-il de la ville grecque
au milieu de Paris, du Paris de l'an III, nous initiant à toutes les douleurs et à toutes les horreurs de la Salpêtrière, mitigées pour la première fois par le philanthrope Pinel, qui restaura, s'il ne créa pas à nouveau, la véritable doctrine des aliénistes, en demandant à l'humanité ces remèdes, qu'on avait cru trouver jusqu'à lui, dans les sévices les plus honteux.
La noble coutume de persévérer de père en fils dans le même art, qui chez nous, où elle avait peut-être les racines les plus profondes, se perd malheureusement de jour en jour, n'est point rare en France ; nous en retrouvons un autre exemple chez MM. Glaize, une famille de penseurs en même temps que d'artistes. De M. Glaize père, personne n'a oublié ce fameux Pilori de 1855, où, depuis Socrate jusqu'à Jésus, et depuis Jésus jusqu'à Jeanne d'Arc, il avait cloué ces pauvres fous rêveurs, dont le chansonnier a si bien dit :
Tous nous crions : A bas les fous !
On les persécute, on les tue ;
Sauf, après un lent examen,
A leur dresser une statue
Pour la gloire du genre humain1.
Aujourd'hui, c'est un nouveau et tout aussi triste spectacle de la bêtise humaine qu'il nous offre, en nous faisant assister, à travers la série des temps, aux Tueries païennes, bibliques, chrétiennes, toutes au même titre, et par l'effet d'une même aberration, prétendant se légitimer par le zèle reli-