‹ L'art à ParisChapitre 29 sur 39 · Foscolo, La chioma di Bérénice · texte numérisé non relu

Foscolo, La chioma di Bérénice

de la vie, et de Lacs d'amour, et de Bandeaux d'amour, et de Vanités, et à' Incitations , et de Baisers, et de C âlineries ? Il n’y a qu’un mot à dire à ces vaillants jeunes gens, à MM. Calvi, Barcaglia, Malfatti, Guarnerio, Villa, Trombetta, et à tous les autres, qui, en ces sortes de gentillesses font merveille : Que la ressemblance meme, que l’eurythmie involontaire de vos œuvres vous mette en garde ; là où il n’y a pas de personnalité, il y a de la mode, il y a une impulsion reçue et non pas une impulsion donnée ; et lorsque la voie n’est pas à vous, ne vous flattez pas que le but le soit davantage. Vous avez la valeur, ayez l’audace aussi, la généreuse audace des grandes choses; sachez être vous-même, et ce public qui vous entraîne, c’est vous qui l’entraînerez à votre tour.

Mais surtout, je vous en prie, laissez les bébés et les enfants à leur mère. Groupés avec elle, surtout si vous les groupez avec la grâce que M. Borghi a su mettre dans ses Délices maternelles, ils seront charmants; seuls, quelque gentils que votre ciseau sache les faire, vous risquerez de n’offrir à l’esprit et aux yeux que des jouets vivants; et vous vous rappelez, n’est-ce pas? l’adage du poète latin : « il faut porter respect aux enfants ! » Maxima debetur puero reverentia. Certes, l’enfance elle aussi prête à l’observation, elle peut fournir des sujets d’étude sans nombre ; mais il y a méthode et méthode d’observer et d’étudier; et je pense que de l’enfance il en arrive dans l’art à peu près comme dans la vie. Y a-t-il rien de plus instructif

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et de plus délicieux que de suivre, sans en être observé, le bébé, dans ses mouvements si pleins de grâce tant qu’ils sont spontanés, si pleins de significations profondes, tant que, émanant tout seuls de ses facultés, de sa volition, rudimentaires encore et déjà puissantes, ils montrent en abrégé, et comme en raccourci, le petit homme futur? Mais si, trop épris de la mystérieuse petite créature, vous prétendez en faire une curiosité, si, comme tant de papas et tant de mamans, vous ne finissez plus de me chanter ses louanges, de l’enjoliver, de l’attifer, de lui mettre en tête toute sorte de fantaisies, n’ayant rien à voir avec son petit cerveau ; si de cent manières différentes, et toutes hors de propos , vous vous efforcez de lui donner le branle; si vous me l’envoyez à tout instant entre les jambes, avec le petit cheval, avec le minon, avec la poupée, et, que Dieu nous ait en sa sainte garde! avec un livre, montrer à tout le monde combien il est sage ; s’il doit m’offrir la petite fleur, le petit bouquet, le fruit où il mordrait plus volontiers à belles dents, s’il doit me faire admirer la nouvelle robe toute pimpante, ou le ruban nouveau ou le nouveau jouet; si, par comble d’infortune, il a un joli petit compliment à me réciter — je ne vous garantis pas, hélas! qu’il ne me prenne une sainte envie de trouver que les vœux de saint François d’Assise ont du bon.

Il en est de même dans l’art. Le jeune pâtre, le Ciociorello de M. Celliazzi, dont on croirait voir la poitrine s’élever et s’abaisser pendant le sommeil,

à peine agitée par la fraîche et suave haleine de l’adolescence, nous procure une satisfaction esthétique qui pourrait se comparer à celle dont nous jouissons en contemplant le Faune dormant, jadis du Musée Barberini, l’une, sans contredit, des plus belles statues qui soient au monde. Comment cela? C’est que l’un et l'autre, le pauvre garçon dans le gracieux désordre de ses hardes aussi bien que le demi-dieu dans l’éclat de sa nudité héroïque, nous révèlent le sens d’une grande fonction de la vie, nous aident inconsciemment à sonder la physiologie du repos. De même, comment se faitil qu’on se plaise presque autant à cette gracieuse enfant de M. Barzaghi, en train de jouer à colinmaillard avec ses compagnes, qu’aux plus jolis bronzes de Pompei ou de Corinthe? C’est que l’action est saisie sur nature, et avec l’action, cette grâce inimitable que l’enfant trouvait, sans le savoir, au fond de sa joie sincère et innocente. Mais, placez-moi dix autres jeunes tilles dans une pose artificiellement embellie avec tous les raffinements de l’école de danse, cherchez-moi laborieusement autant de motifs qu’il vous plaira pour varier la pose de dix autres garçons, en leur mettant tour à tour à la main les pipeaux de l’oiseleur, le gourdin du gamin, le cerceau du saltimbanque, et toutes les fantaisies les plus hétéroclites du monde — je n’en sortirai pas moins rassasié, ennuyé, épuisé de votre exhibition.

Que si vous voulez absolument me pousser à bout, tenez, vous n’aurez qu’à prendre à tâche de

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me faire accepter ces petits avortons pour des héritiers de noms illustres ou de futurs génies. J’aime encore mieux en revenir aux bégaiements de l’enfant en nourrice, j’aime mieux (à mes moments perdus, cela va sans dire) courir avec vous, si vous le voulez absolument, le pavé des rues, pour y ramasser les crieurs de journaux , pauvres petits Mercures des haillons et de la crotte ; ou bien m’encanailler dans les bas-fonds du port de Naples pour y voir croître et fleurir ce petit truand, le guappo , graine d’intrigants et de camorristes ; ou bien enfin barboter dans l’eau avec ce petit idiot de pêcheur, nu comme la main, qui est aux cieux lorsqu’il peut seulement faire entrer un crabe dans sa nasse. Je sais fort bien que même de cette vérité grossière, brutale, prêtant à la fois au rire et à la tristesse, des artistes du talent de MM. Gemito, Jerace, Pocardi, Ximenes, peuvent tirer des tours de force saisissants, de petites merveilles même, si l’on veut. Mais que ces bons amis veuillent bien y prendre garde. La chanson de Béranger a rarement plus de cinq couplets; et le couplet de Ileine a rarement plus de quatre vers. Qu’ils prennent garde ! Pas ne faudrait que la fable ésopienne tournât à la Batrachomyomachie ; et que la Batrachomyomachie, un triste jour, suffoquât l’Iliade.

APPENDICE

DOCUMENTS

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