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LA RENAISSANCE

A Renaissance, quelque charme qu'on trouve dans ses œuvres, quelles que soient la grâce, l'élégance, la distinction qu'on rencontre dans ses moindres productions, ne nous offre pas ce spectacle majestueux d'un art purement autochtone, jaillissant en quelque sorte du sol, n'empruntant rien qu'à lui-même, et ne devant à l'étranger que ces premiers rudiments, base commune de tous les ouvrages de l'homme parvenu à un certain développement de précision technique.

A son aurore en France, elle semble il est vrai, vouloir suivre cette voie personnelle. Mais on dirait que bientôt le chemin lui paraît trop long, la route trop difficile et sa marche trop lente. Elle veut se hâter à tout prix. Une fois la Féodalité écra-

FIG. 157. — TÊTE D'hERMÈS.

(Fontainebleau.)

sée par la main robuste de Louis XI, elle semble pressée de bannir tout ce qui a trait à la Féodalité. On va donc faire au delà des monts des emprunts nombreux et coupables. Sur des formes encore nécessaires, car les moeurs ne changent point en un jour, en un an, ni même en un siècle, on plaque une ornementation empruntée à d'autres climats. La France continue de nous imposer la forme; c'est Tltalie qui fournit le décor.

De là naît une esthétique nouvelle, toujours aimable, mais singulière parfois, peu conséquente et n'offrant plus, comme celle du moyen âge, des déductions logiques, une convenance absolue, une unité de conception éminemment remarquable.

C'est en vain qu'on chercherait, en effet, dans cet épanouissement provoqué par des passés divers, des principes sévères, arrêtés, fixes, immuables. C'est en vain qu'on lui demanderait cette sereine grandeur, cette majesté austère de l'art grec ou de l'art ogival, coulés d'un seul jet.

La Renaissance est bien trop accommodante pour s'affirmer par de si rigides caractères. Enfant prodigue, elle agit comme ses semblables ; et dès qu'elle se met à vivre d'emprunts, elle n'y regarde point de trop près. Elle prend les trois ordres chez VitruVe et, sans plus de façon, les plaque sur les édifices féodaux. Oubliant leur signification, elle mélange les styles et ne les emploie plus seulement à construire des temples, mais à décorer des églises, des palais, des vestibules, des escaliers, des salons, des boudoirs. De là naissent des compromis inattendus, des contresens élégants, des inconséquences adorables, condamnés par la sévère logique, flétris par l'austère érudition, mais si peu déguisés, si franchement avoués que, bien loin de blesser nos regards, ils prennent à nos yeux un charme encore plus vif.

Faut-il regretter que la Renaissance française, poussée par une hâte dangereuse, stimulée par la rapidité de l'effondrement

HeliOQ.DuiardJn

Imp. A. QuÉUitin

RETABLE EN BOIS SCULPTE À VIEUX^BRISACH Art Religieux du XV^ Siècle

féodal, se soit adressée au delà des Alpes, pour puiser à pleines mains dans un pays alors plus avancé et dans un passé répon-

FIG. 158. — EXE.MPI.E DB l'unIOX DES STYLES.

Hôtel de Bourgtherouldc, â Rouen. (D-.,près le dessin de H. Langlois.)

dant mieux à ses besoins nouveaux? — AssurémenI oui. Faut-il s'en étonner? — Assurément non.

,^g L'ART A TRAVERS LES MŒURS.

En tournant ses yeux vers Tltalie, la France du xv^ siècle obéissait à un instinct en quelque sorte natif. C^est de là que deux fois déjà, d'abord à Tépoque gallo-romaine, puis à Tépoque carolingienne, lui était venue, en même temps que la centralisation unitaire, l'initiation à la vie artistique. C'est là qu'elle retournait tout naturellement pour chercher son inspiration, quand, victorieuse de la Féodalité, elle se décidait à fonder d'une façon définitive son unité nationale. Le pli, au reste, en était si bien pris, que c'est encore vers l'Italie dégénérée et vers l'Antiquité, qualifiée par nous de classique, que la nation tournera les yeux quand, trois siècles plus tard, elle proclamera la France une et indivisible.

On peut donc, sans trop d'effort, admettre, avec certains écrivains mystiques, comme M. de Chateaubriand \ avec quelques architectes comme M. Adolphe Berty et Viollet-le-Duc, ou encore avec les rigoristes anglais, et notamment avec M. John Ruskin'-, que la Renaissance marque, sinon une époque de décadence, du moins une époque de relâchement dans la logique de l'art. On peut également ne point trop s'étonner quand, confondant la sincérité avec la vérité, ces rigoristes la dénoncent comme le moment où la pensée sérieuse, le sentiment et l'imagination abdiquent pour faire place à une sensualité un peu superficielle, à une ostentation de science et d'habileté parfois vaniteuse, à une recherche de belles formes indépendantes de toute signification; mais l'évolution produite ne peut ni ne doit, en aucun cas, sembler antinaturelle.

Il faut en outre, comme le remarque fort bien M. Ramée % se souvenir « que c'est avec le secours de la science antique que la Renaissance a émancipé l'esprit humain des rêves poétiques,

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