‹ L'art à travers les moeursChapitre 120 sur 179 · FIG. 14". — C HE. MI NEE DE LOUIS XII, AU CHIFFRE DANNE DE BRETAGNE · texte numérisé non relu

FIG. 14". — C HE. MI NEE DE LOUIS XII, AU CHIFFRE DANNE DE BRETAGNE

(Château de Blois.)

vrant de fleurs. L'ogive n'est point bannie; on se borne à la dépouiller de cette austère simplicité, de cette modestie touchante qui la faisaient ressembler à une prière.

CH.GOUTZWlLLEiC

PmOTOCRAVORC OIILÛT

FIG. 1-18. — RETABLE DE l'EXTRÊME FIN DU X V «^ SIÈCLE,

Provenant du couvent des Antonistes. (Musée de Colmar.)

Au lieu de s'élever brusquement vers les cieux, elle s'arrête désormais tout le long du chemin, pour déployer ses efïlorescences; elle s'attarde et se détourne pour se parer et s'embellir.

La peinture, la sculpture, le mobilier, le costume suivent la même voie. Ils abdiquent peu à peu cette rectitude de lignes, cette fermeté d'intention, qui sont comme la conviction de l'art. Le tableau et la statue deviennent moins symboliques, et se montrent plus humains. La beauté préoccupe davantage. La forme attire de plus en plus. On commence à l'aimer pour ellemême. L'expression, au contraire, abdique son empire et quand elle se montre par hasard, elle a perdu sa naïveté, elle grimace et se contorsionne; et cela se comprend. L'art ne tend plus à exprimer des sentiments mystiques, à rendre des abstractions; il aspire déjà à peindre l'humanité et à représenter la vie. Le royaume céleste cesse de l'intéresser exclusivement et fait place, dans les préoccupations générales, aux choses de ce monde. L'artiste s'efforçant non plus d'exprimer des sentiments, mais de représenter des êtres, va renouer insensiblement le fil de la tradition antique, et s'approcher de la classique beauté.

Il nous faudra cependant attendre près de cinquante ans encore, pour que la transformation se manifeste éclatante, avec tous ses caractères bien tranchés.

Jusqu'au commencement du xvi^ siècle, en effet, grâce à la puissance d'imagination du peuple et des artistes, l'art conservera, aussi bien en Italie qu'en France, son mépris complet de cette qualité essentiellement moderne que nous avons appelée la « couleur locale ».

Tant que l'esprit du moyen âge persiste, tant que les artistes empruntent encore au passé et n'ont point renouvelé d'une façon complète, absolue, la tradition qui les contient et l'idéal qui les guide, ils prêtent aux héros de l'Ancien et du Nouveau Testament le costume, les attitudes, les mœurs et les usages de

leur temps et de leur pays. Il semble que, par une sorte d'intuition merveilleuse, ils voient, au delà de ce qu'ils représentent, les scènes, les histoires dont ils indiquent simplement les traits, ou bien que les saintes légendes résument pour eux la vie hu-

ne. 149. — EXEMPLE DE l'l'NION DES STYLES.

Porte basse et fenêtre de la maison de Lallemaud, à Bourges (ijiS).

maine, qui se recommence sans cesse, et qui est à la fois de tousles pays et de tous les temps.

Mais, dès que l'esprit critique se manifeste, dès que cette immense période Imaginative du moyen âge prend fin d'une

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Jiehoô.Dujardih

ARCHITECTURE OGIVALE DU XV= SIECLE Hôtel de Cluny à Pans

Imp. A.Quanlin

COSTUME DE GUERRIER XVie SIÈCLE,

D'après Goltzius.

COSIU.\IE DE FEUUE, X%1' SIÈCLE,

D'après Holbeiii.

foçon définitive, il en est autrement. Les saintes légendes, coinme les anecdotes «biù empruntées à la my- " 1 thologie, sont reléguées dans un monde à part, pour lequel on compose un mobilier propre, un attirail particulier, un vestiaire spécial, et en même temps que ce déménagement s'accomplit, la forme corporelle pure se dégage brusquement des visions troublantes qui l'enveloppaient jusque-là. Elle échappe à ces angoisses singulières, à ces inquiétudes voisines de l'hallucination, cauchemar perpétuel de l'enfer et du paradis, où les alternatives d'exaltation et d'affaissement, de sereines espérances et d'éternelles craintes enserraient l'intelligence comme dans un étau; et la beauté humaine sort triomphante de ce chaos pour s'épanouir dans la tranquillité à laquelle elle a droit après de si rudes secousses, pour conquérir la placidité sereine et surtout la dignité qui lui convient.

C'est là, en effet, le caractère essen- ""• i"^'^ tiel, nouveau, par- no. 133.

COSTUME DE FEMME, XVIC SIÈCLE, . , . COSTUME DE .MARCHAND, SVlC SIÈCLE,

(D'après Holbdn). tlCUliera 1 art qui (D'après Colulus.)

■ t*^lA-,

se lève- désormais on admirera les formes pour elles-mêmes et „o„ pour 1-expression à laquelle elles concourent.

On va les étudier, les analyser e, l'on trouvera dans leur contemplation un plaisir supérieur. On parlera d'"" ^--;-> d'un nez bien attaché, d'un arrière-bras , dune belle pottnne, comme on parlait, auparavant, de quelque i-yau Prec.euv^ . Sache, dit Cellini, que lorsque le corps se penthe, les cnq anses ôtes forment une foule de reliefs e. de creux qu, so,^ ["™i les beautés du corps humain .; et cette complatsante admiration se comprend et s'explique.

Le mouvement, cette dominante preoccupauon des arts

encore jeunes, n'est plus indispensable à l'artiste pour exprimer

a colère, les joies, l'amour, l'effroi. Par ^ "-^ ^ ^^ ™

muscle, par la saillie d'un os, par un pl, du vtsage, >1 arr.ve au

même but d'une façon plus durable et plus saisissante

Dés lors au lieu d'habiller Vénus, ou déshabille les sa.utes. on revient a^x traditions grecques qui, au dire de Pline, étaient °e ne rien voiler igr.ca res es, ni, ,.,..). Dans la pen de précédente, l'individualisme humain s'était manifeste dans 1 exe : on m intenant c'est lui qui va fournir le su,et. La represenation humaine n'était qu'un moyen; désormais elle dev.enj bu, et le point important, dans les arts du dessin, seia de bien faire un homme et une femme nus. Le reste ne vient qu ensuite

et Daraît secondaire.

on comprend quel abime une pareille évolution de 1 enten. dément artistique allai, faire franchir aux artistes qu, vivaient

«n rp ternes de v^arturition.

L'" gothique - ou pour mieux parler, l'ar, /,.-,f.., comme l'appelaient si bien les architectes de la Renaissance , -

, , , le, voù,e. o.ivale, h ™,.l>r.u«s ner,.»re., PWUb.rt Delorme

Cli u u MLLEK^^

riG. iôA. — STATUE ÉiJUESTRE DE LOUIS XIi

Au-dessus de la porte d'entrée du chJteau de Blois.

lart Ogival français avait demandé ses plus puissants effets au nombre et à la richesse. L'art nouveau, au contraire, se manifeste par un dédain absolu de « l'innombrable ». Au lieu d'éblouir par la somptuosité, il cherche à émouvoir par .la simplicité; au lieu de prendre pour type l'épanouissement de l'arbre chargé de son feuillage, il se contentera de faire saillir du tronc une admirable statue. Cessant de se complaire dans des rêves gracieux, éthérés, de s'attarder dans la contemplation troublante d'un idéal qui leur échappe, de s'égarer dans les efflorescences magnifiques d'an art à son déclin, ses interprètes portent leurs yeux émus dans le passé et remontent au delà des siècles. Là, exhumant de ses débris l'Antiquité si longtemps méconnue, si barbarement traitée, ils ouvrent leurs yeux ravis à une lumière nouvelle et, comme Baldazare Castiglione \ ils sentent, à la vue des ruines qui couvrent la campagne romaine, des larmes douloureuses et fécondes inonder leur visage.

Superbi colli, e voi, sacre ruine, Chel nome sol di Roma ancor tenete ; Ahi, che reliquie miserande avete Di tant'anime eccelse e pellegrine !

Colossi, archi, teatri, opre Divine, Trionfal pompe gloriose e liete, In poco cener pur converse siete...

ne suivent plus ceste façon de voûte, oJypMcc cnlre les ouvriers la mode française, laquelle véritablement je ne veux despriser, ains plus tost confesser qu'on y a faict et pratiqué de fort bons traicts et difficiles. » Archileeture, fol. 107, r. On voit par cette simple citation combien ce titre de gothique, sur lequel on a tant discuté depuis un siècle pour rattacher l'architecture ogivale à l'Allemagne, est incorrect et peu justifié. Il est même à remarquer que ce qualificatif n'a été mis en usage que lorsque l'architecture à laquelle il s'applique fut tombée en complet discrédit; et le mot gothique, sous la plume de tous les écrivains du xvu'^ et du xvni'' siècle, est et demeure un terme de mépris. I. Lcttere, édit. Serassi, cité par E. Mûntz, I7> de Raphaël.

« Superbes collines, et vous, ruines sacrées, qui seules gardez encore le nom de Rome, hélas ! quels tristes restes ne conservez-vous pas de tant d'esprits rares et subhmes .

« Colosses, arcs, théâtres, œuvres divines, pompes triomphales, glorieuses et riantes, en un peu de cendre vous voila convertis »

Sculpture

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