‹ L'art à travers les moeursChapitre 129 sur 179 · NOBLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

NOBLE FRANÇAIS

D'après Ces.irc Vecellio.

à Tart du ciseleur ne se peint-elle pas en ce trait historique ?

Dans le vêtement, mêmes caractères généraux. Là encore, transformation complète, modifications inattendues, toute une révolution, en un mot, se traduisant par une telle variété de formes et d'ajustements que les contemporains eux-mêmes ne se font point faute d'en rire : « Il y a longtemps, écrit Henri Estienne', qu'on faict un compte d'un painctre, lequel ayant peint, ritalien habillé à l'Italienne, l'Hespagnol à l'Hespagnolle, l'Allemand à l'Allemande, et ayant faict le mesme quant à ceux des aultres nations, venant aux Françoys, fist autrement; car prévoyant le changement de façon d'habits que le Françoys pourroit faire le lendemain, suivant sa coustume, luy fist cet honneur de le peindre aussi nud qu'il estoit sorti du ventre de sa mère, lui mettant toutes fois une pièce de drap et des ciseaux entre les bras ».

Montaigne, de son côté, n'est guère moins sévère à l'endroit du

~ goût Français. « La fana. 179. FIG. 180.

NOBLE HOLLANDAIS. \. DlalogUCS llu llVlgagC fran- MATRONE HOLLANDAISE.

D'.iprès Ces.ire Vecellio. (<>}'& italuimsé. D'après Cesare Vecellio.

çon de se vestir présente, nous dit-il, lui faict incontinent con-

CH GOUTZWlLLEr.

FIG. 181. — PORTE EN BOIS S C U L P T F. (XVI" SlÈCr.K).

Collection du marquis d'Azeglio.

damner l'ancienne, d'une résolution si grande et d'un consen-

tement si universel, que vous diriez que c'est quelque espèce de manie qui luy tourne-boule ainsi Tentendement, parce que nostre changement est si subit et si prompt en cela que F invention de tous les tailleurs du monde ne sçauroit fournir assez de nouvelletez ' » .

Mahré ces incessantes variations de la mode, il est aisé de voir toutefois que, dans ses lignes générales, l'habillement s'est, lui aussi, radicalement transformé. « C'est à ce moment, écrit le bibliophile Jacob, que les hommes adoptent définitivement les vêtements adhérents au corps, les surtouts, les chapeaux de feutre à bords plus ou moins grands, les chausses fermées et que les femmes ont adopté les robes à corsages et à manches justes, les chapeaux à formes basses et les jupons à riche envergure » . Ainsi donc plus de développement en hauteur. Le cabasset et le morion n'affectent plus les hautes dimensions du heaume et ne portent plus tout un échafaudage d'objets hétéroclites. La toque aussi bien que le chapeau ont beau s'emplumer et s'empanacher, ils demeurent bas, aplatis et n'ont plus l'air de vouloir escalader le ciel. Les chaussures, de leur côté, ne sont plus ni longues ni pointues. Le soulier, l'escarpin, les pantoufles, toutes les chaussures en un mot, si soigneusement énumérées par Rabelais dans sa précieuse description de l'abbaye de Thélème, sont épatées du bout, évasées, crevées, camardes. Les chausses, elles aussi, prennent en largeur un énorme développement ; elles deviennent si bouffantes et si vastes qu une ordonnance de i563 doit en régler les dimensions et interdire aux tailleurs de leur donner « plus de deux tiers de tour et de les rembourrer de crin et de coton ».

La robe, que beaucoup d'hommes continuent de porter, bien qu'elle ne soit guère plus de mode, se met sans ceinture et, pour les gentilshommes, bourgeois et paysans, s'arrête à la hau-

Page 1