FIG. 183. — LA FEMME ADULTÈRE
Tapisserie française du xviic siècle.
des privilèges aux fabriques des Gobelins et de la Savonnerie de Chaillot. L'industrie de la soie devient une des préoccupations dominantes du roi et de son conseil. On encourage la fabrica-
3o8 L'ART A TRAVERS LES MŒURS.
tion des armes de luxe, celle des carrosses, alors dans toute sa nouveauté, celle des cuirs dorés et étampés. Ainsi l'activité moderne embrasse toutes les branches et se montre partout. Voyons maintenant quels caractères revêtent ces beaux-arts qu'on encourage si fort.
Avec une stabilité plus grande, un équilibre social mieux assis, plus de sécurité dans les institutions, plus de régularité dans' les mœurs, les formes ne pouvaient manquer de se montrer plus solides, plus carrées, plus robustes. L'élégance, la légèreté, la fragilité, si j'ose dire ainsi, des époques précédentes disparaissent rapidement.
L'ornementation nombreuse, variée, fleurie, fait place à une simplicité relative, et le besoin d'équilibre pesant et réfléchi se substitue à la fantaisie élégante et joyeuse.
L'architecture, devenue plus massive, ne renonce pas encore à ses hautes toitures, mais ce toit lui-même, lourd et sombre, dominant toute la construction, semble peser sur elle et la clouer au sol. Plus d'entablements gracieux pour dissimuler la hauteur de cette longue colline d'ardoises, plus de balustrades pour la masquer. La massiveté, la solidité des édifices sont en même temps rendues plus sensibles par les assises de briques et de pierres, retour vers la polychromie architecturale, qui rayent horizontalement la façade. D'un autre côté, la sobriété de l'ornementation et sa pesanteur ajoutent encore à l'aspect vaillant et robuste de la construction. Plus de frêles colonnettes ourlant les encognures, plus de consoles délicates, mais de solides pilastres qui ressemblent à un contre-fort. L'ogive, qui, tremblante, indécise, réservée, s'associait encore aux lignes fantaisistes de la Renaissance, est maintenant définitivement proscrite. Si quelques frises continuent de dérouler leurs fines sculptures, si des panneaux historiés intercalent entre les fenêtres leurs élégants bas-reliefs, si quelques niches continuent d'abriter des
LA l'LACE ROYALE
LA STATUE DE LOUIS Mil
Statues, si quelques figures gracieuses s'insinuent sous un fronton écrasé, ce n'est plus là qu'une exception. Dans tous les cas, ces ornements deviennent un pur et simple accessoire ; les lignes qui s'allongent et s'étendent parallèles au sol absorbent l'attention et s'imposent aux yeux.
Non seulement on est partout revenu au plein-cintre romain, mais la voûte écrasée et l'arc surbaissé, qui, dans certains édifices de ce temps, portent le premier étage, semblent vouloir se cramponner au sol et se rapprocher de la terre ; tandis que la construction en est rustique, les colonnes annelées et les pilastres vermicelles viennent ajouter encore à l'allure forte, solide, épaisse, du monument.
L'ameublement se conforme aux mêmes préoccupations et se met d'accord avec l'architecture. La table et le lit, le fauteuil et l'armoire, la crédence, le bahut se font plus trapus, plus carrés et plus lourds. La chaire ne dresse plus en l'air son interminable dosseret, le fauteuil réduit son dossier, les dressoirs cessent d'échafauder une forêt de frêles colonnettes chargées de soutenir trois ou quatre étages de faïences italiennes ou de vaisselles d'argent. Semblables à ces balustrades
FIG. 189. — ARCHITECTURE DU XVIie SIÈCLI
Porte de l'orphelinat de Groningue.
à mollet qui font leur première apparition, les pieds de la table et des sièges s'engorgent et se gonflent. La crédence et le lit s'épaississent des lourds ornements qu'il leur faut supporter.
La sculpture et la peinture subissent les mêmes inspirations. En même temps que la forme s'alourdit, le goût d'apparat s'augmente. Deux voies s'ouvrent : l'une sérieuse, austère, qui nous laisse entrevoir à travers les toiles relativement sobres de Simon Vouet la grandeur classique de Poussin et de Le Sueur ; l'autre qui, s'inspirant des magnificences de Rubens et des décorateurs
FIG. 190. — AMEUBLEMENT DU X V 1 1 "^ SIÈCLE Coflre de mariage sculpté et doré. (Musée de Cluny.)
italiens, aboutira aux pompes solennelles de Le Brun. Mais, de 'part et d'autre, une révolution s'est produite. La nature ne suffit plus à l'artiste. Un beau corps, bien sain et bien vigoureux, des traits nobles et réguliers ne sont plus capables de satisfaire à toutes les exigences. On veut un attrait plus touchant, des beautés plus sensuelles , des séductions plus enivrantes, une langueur plus mystérieuse, un abandon plus caressant et plus rêveur, en un mot, plus d'afféterie.
Sous l'empire de ces préoccupations, les contours s'amollissent, les draperies s'enroulent, la peinture s'enveloppe de demiteintes alanguies, la sculpture s'épaissit, la pensée se manière, l'ascétisme en outre est banni. La nudité des Madeleines chré-
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tiennes se charge d'un embonpoint appétissant et de carnations engageantes, et les saints déploient dans leurs extases des poses trop gracieuses pour n'être pas affectées.
Dans la littérature, nous remarquons ces mêmes caractères et ce double courant. La langue devient, elle aussi, forte et sonore Si Ronsard, à l'époque précédente, la appauvrie, à force de voufozr l'épurer, Malherbe est venu qui la domptée. Comme
Donné à l-égiise de Montai^u
FIG. 191. COFFKET EN CEISTAL