FIG. 186. — D.\ME VEUVE DE LA FIN DU RÈGNE DE HENRI IV
homme désire être prince' )i. Les démarcations tendent ainsi, sinon à s'effacer, du moins à s'atténuer d'une façon singulière.
FIG. 187. — MAISON DE ROUEN DE l'EXTRÊME FIN DU X V I^ S I fe C L B.
D'après un dessin d'Hyacinthe Langlois.
On commence enfin à se préoccuper du peuple, et ses intérêts sont représentés dans les conseils du roi.
I. Voy. Cahier d'Eny en 1576, dans le livre de M. A. Babeau : h Village sous i'ancien règiîne.
Henri IV prend, au milieu de cette transformation, l'aspect et la figure d'un monarque réparateur. Son avènement, après les troubles de la Ligue, rappelle le règne de Charles V succédant aux. horreurs de la Jacquerie. Pour la première fois, on voit un roi de France discuter avec son ministre sur les voies et moyens les plus propres pour accroître la richesse publique, développer l'industrie et protéger les métiers. Pour la première fois, on tente d'établir dans les finances de l'État une comptabilité régulière, appliquant, à chaque article de la dépense, un fragment de la recette qui ne pourra être détourné de son emploi. Pour la première fois, le public est saisi par la presse de ces questions vitales, et l'on voit apparaître une suite d'ouvrages traitant d'économie politique.
En même temps que ces réformes considérables se réalisent, partout les travaux utiles apparaissent et sont poussés avec une surprenante vigueur. Les commodités ou le bon plaisir du prince ne sont plus les seuls guides. Là encore, on commence à se préoccuper de l'intérêt général. Entrepris sous Henri IV, ces travaux se continuent même pendant les temps troublés de la régence, et, sous le règne de Louis XIII, achèvent de transfigurer Paris. Le Louvre continué, l'Hôtel-de- Ville accru, la place Royale terminée, le Marais transformé et en quelques années couvert de superbes hôtels, le quai Malaquais bâti, le palais Cardinal, la Sorbonne, l'Imprimerie royale, la Bibliothèque, les jardins, les fontaines publiques, les statues de Henri IV et de Louis XIII renouvellent l'aspect de la vieille Lutèce, et la rendent digne enfin des louangeuses épithètes de Montaigne, qui par anticipation l'avait appelée « la gloire de la France et l'un des plus beaux ornements du monde ».
Ajoutons que les constructions particulières ne le cèdent aux édifices publics ni en nombre ni en splendeur. « Maintenant, aussi bien que jadis on faisoit à certain peuple, on peut nous
3o6 L'ART A TRAVERS LES MŒURS.
reprocher que nous bâtissons comme si nous ne devions jamais mourir... ', » écrit non sans humeur un contemporain de cette transformation, Monchrestien de Wateville, économiste instruit pour son temps, mais chagrin à ses heures, pendant que le grand Corneille, dans un plus beau langage et dans un autre esprit, nous peint Tadmiration que lui cause ce spectacle :
Paris semble à mes yeux un pays de romans. J'y croyois ce matin voir une île enchante'e ; Je la laissai déserte et la trouve habitée,
Toute une ville entière avec pompe bâtie, Semble d'un vieux fossé par miracle sortie.
Cette ville entière, ce Paris, c'est notre Paris moderne à son aurore, et non seulement le Paris matériel, mais la société, la vie littéraire, intellectuelle, élégante, la vie des salons, des promenades, des théâtres. « Entre nous et ce Paris-là, dit un économiste de nos jours-, il y a moins loin qu'entre ce même Paris du xvn" siècle et celui de la Ligue, qui n'en était séparé pourtant que par un petit nombre d'années ».
Si l'architecture s'en donne à cœur joie, les autres arts ne sont pas négligés, eux non plus, et, pendant un demi-siècle, il n'est pas d'encouragements qu'on ne leur prodigue. Le roi, raconte Sauvai, établit « une colonie de sculpteurs, d'architectes, de tapissiers et autres semblables, occupant les galeries du Louvre. » L'intention de Henri lY, ajoute le fidèle historien, « étoit de loger dans son Louvre les plus grands seigneurs et les plus excellents maîtres du royaume, afin de faire comme une alliance de l'esprit et des beaux-arts avec la noblesse et l'épée. » Certes, c'était là une grande pensée et une belle intention.
1. Monchrestien de Wateville, Trat/^ d'économie politique, analysé par Jules Duval.