FIG. 231. — .APPLIQUE STYLE LOUIS XVI
Fac-similè d'un dessin de J.- G. Lafosse.
phiques. Il est passé à la mode de gémir sur l'infortune des classes pauvres. Au récit de ces douleurs obscures, les yeux des gens dégoût se mouillent de larmes qu'ils croient sincères. Le roi lui-même et sa jeune compagne se laissent gagner par cet attendrissement platonique. Malheureusement, si le retour à la vertu est prêché par toutes les lèvres, la dissipation continue dans les mœurs. Tandis que le peuple meurt littéralement de faim, le service de la bouche royale emploie 2g5 officiers, sans
PANNEAT.', STYLE LOUIS X\l.
Fac-similé d'un dessin de Prieur.
compter les garçons pour la table du roi, et coûte à lui seul plus de deux millions de livres. La maison civile du monarque occupe quatre mille personnes, la maison militaire dix mille, en tout, quinze mille oisifs pourvus de sinécures et une dépense de cinquante millions \
Pendant ce temps, la jeune reine, en dépit des conseils de sa mère-, endette la cassette royale.
Afin de satisfaire sa folle passion pour les bijoux, les pierres précieuses et pour ces « effets curieux » qui font, aujourd'hui encore, Tornement de notre Louvre et la parure de la galerie d'Apollon, elle emprunte de toutes parts. Les princes et les princesses, entraînés par la même démence, se livrent,
1. Xecker, Ailiniiilstration des finances, cité par Baudrillart, Histoire du luxe. Voir aussi H. Taine, les Origines de la Rh'ohition.
2. Voir Correspondance secrète cuire Marie -Thérèse et le comte de Mcrcy-A rgenteau.
de leur côté, aux prodigalités les plus insolentes. 11 est vrai que le roi fait de la serrurerie et que la reine à Trianon joue parfois à la meunière, — mais chacune de ses fêtes revient à quatre cent mille francs'.
On comprend la force et la portée que de tels abus donnent aux critiques amères des philosophes. Le régime qui se disloque est attaqué de tous les côtés à la fois, et ne trouve personne pour oser le défendre. Voltaire et Rousseau ont porté les coups les plus redoutables, Diderot et D'Alembert sont venus après eux, Grimm et l'abbé Galiani ont aidé à la tâche, et Beaumarchais, qui déjà s'annonce par son esprit d'intrigue et ses écrits secondaires, va achever de miner l'édifice vermoulu, jusqu'à ce qu'il s'écroule sous le souffle de Mirabeau, comme ferait un château de cartes.
Catastrophe imminente , nécessaire et prévue. Dès 1743, jyjme ^g Tencin n'a-t-elle point tracé cette phrase quasiment