‹ L'art à travers les moeursChapitre 17 sur 179 · DE UART ET DE SON BUT · texte numérisé non relu

DE UART ET DE SON BUT

ous venons de constater que TArt est le fidèle et l'inséparable compagnon de l'homme. Il apparaît au seuil de l'existence humaine.

11 la prend à son berceau. 11 la suit, sans la perdre un instant, à travers tous les développements des civilisations les plus diverses.

Avant d'aller plus loin, peut-être serait-il bon de déterminer exactement ce qu'on doit entendre par ce mot, l'Art ou les arts d'un peuple, et de savoir au juste quel but l'Art se propose, et quels moyens il emploie pour atteindre ce but.

Il n'est peut-être rien au monde qui ait été plus souvent défini que l'Art, surtout dans ces derniers temps. Et, fait très

FlG. l*?. — CHAPITEAU CORINTHIEN.

remarquable, si on laisse de côté un certain nombre d'esprits mystiques, ou par trop amoureux de la métaphysique, dont les formules sont plus difficiles à comprendre que Tentité même qu'ils prétendent définir ', les définisseurs ne sont pas loin d'être d'accord. Ils ne sont séparés que par des nuances.

Pour ne prendre que quelques-unes de ces définitions, nous citerons un peu au hasard les suivantes :

L'Art est la manière de faire une chose suivant une certaine méthode. — L'Art est « la science praticque qu'il fault opposer à la science spéculative ». — L'Art est l'homme ajouté à la nature. — L'Art est l'interprétation de la nature. — L'Art, c'est la nature vue à travers un tempérament. — L'Art, c'est la somme des moyens employés par l'homme pour perfectionner ses jouissances. — L'Art a pour but de plaire par la représentation d'une perfection sensible. — Et enfin : l'Art est la reproduction libre de la beauté.

A vrai dire, aucune de ces définitions, aucune de ces formules n'est absolument satisfaisante. Les premières peuvent être justes, elles sont trop vagues et trop larges dans leur application. Aussi bien cette définition de M. Littré « la manière de faire une chose suivant une certaine méthode », et VHomo additiis naturœ de Bacon peuvent s'appliquer à toutes les œuvres de l'homme. Quoi qu'il entreprenne, à quelque ouvrage que l'homme s'occupe, soit en bien soit en mal, il y met toujours du sien, et dès lors s'ajoute à la nature.

Celles qui viennent après sont trop restreintes. L'Art est souvent tout autre chose que l'interprétation des spectacles qui frap-

I. Par exemple Hegel, qui définit l'Art « la révélation de la vérité sous des formes sensibles », Zeising, qui l'appelle « la manifestation extérieure du divin », Jouffroy qui nous dit que « l'Art est l'e.xpression de l'invisible par les signes naturels qui le manifestent », Solger, Tieck, les deux Schlegel, qui disent des choses tout aussi peu claires en termes encore plus obscurs.

pent nos yeux. Lorsque les Athéniens construisaient le Parthénon, lorsque Raphaël exécutait ces merveilles incomparables qu'on appelle la Dispute du saint sacrement et V École d'Athènes, ils ne songeaient nullement à interpréter la nature. Dans un ordre moins élevé, on ne saurait nier que l'invention d'un ornement, tel que les méandres, les entrelacs, ne soit œuvre d'artiste, et cependant la nature n"a rien à voir là-dedans, si ce n'est pour fournir des éléments dont la combinaison, chose essentielle, constitue tout le mérite.

Cette autre définition « l'Art est la nature vue à travers un tempérament w conviendrait peut-être à un nombre très limité d'ouvrages : le portrait, les marines ou la peinture de paysage, par exemple. Mais elle ne saurait, non plus, s'appliquer à l'ensemble des productions qui relèvent de l'Art. Restent les trois dernières. « C'est, dit-on, la somme des moyens employés par l'homme pour perfectionner ses jouissances. « Ceci est plus vrai, mais c'est encore bien vague et bien vaste. A ce compte, il faudrait comprendre l'art culinaire et l'œnophilie parmi les arts. J'aime mieux la définition de Mendelssohn: « L'Art a pour but de plaire par la représentation d'une perfection sensible' », et surtout celle de M. Cousin- : « L'Art est la reproduction libre de la beauté » ; avec cette dernière nous voilà tout proche du but. Il ne faut y changer qu'un mot pour qu'elle nous satisfasse tout à fait. Au lieu de la reproduction libre de la beauté, il faudrait la recherche du Beau.

Les beaux-arts, en effet, ont pour but direct et immédiat la recherche du Beau, et nous en trouvons la preuve dans ce besoin d'embellir, d'orner, de décorer les personnes d'abord, les objets ensuite, que nous avons constaté dès l'origine, et qui

1. Voir Mendelssohn. Ueber die Haupgrundsœtze der schœnen Iiuenstc.

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